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La chronique d'Aliette de Laleu, Conseils pour la journée de la procrastination - Aliette de Laleu

Conseils pour la journée de la procrastination - Aliette de Laleu

Saskia : Bonjour Aliette de Laleu.

Aliette : Bonjour Saskia.

Saskia : Et ce matin vous nous parlez de la procrastination…

* Extrait de « Pierrot le fou » de Godard *

Comme Marianne dans « Pierrot le fou » de Godard parfois on ne sait pas quoi faire… Ou plutôt

on sait exactement quoi faire, mais on le remet à plus tard.

Typiquement, cette chronique, j'ai une semaine, voire plus, pour la faire, et je m'y prends toujours,

ou presque, le dimanche à 20h.

Vous pouvez témoigner Saskia.

Saskia : Je ne vois pas du tout de quoi vous parlez Aliette.

Aliette : Cette manie de tout remettre à plus tard porte un nom : la procrastination.

Un terme qui vient du latin : pro signifie « en avant » et crastinus « du lendemain ».

Cette manie est tellement répandue qu'elle a une journée mondiale et c'était hier.

Donc vous imaginez bien qu'en tant que procrastrinatrice professionnelle

cette chronique a été rédigée

entre 22h et minuit hier soir et pour être honnête je ne savais pas trop quoi raconter ce matin.

Au début je me suis dit que j'allais dire que procrastiner c'était mal et qu'il

fallait se forcer à faire des choses tout de suite maintenant.

Après j'ai réalisé que c'était aussi très bien d'accepter de ne rien faire

surtout qu'en France nous sommes champions en la matière donc pas de quoi culpabiliser.

Ensuite j'ai réalisé qu'il fallait quand même parler de musique, sur une radio qui

s'appelle France Musique, apparemment il y a des gens importants qui confondent,

on ne va pas faire l'impasse sur une petite anecdote musicale.

Donc j'en ai trouvé une, sur Rossini, champion de la procrastination : il faisait absolument

tout au dernier moment, au point que certains directeurs de théâtre se voyaient obligés

de l'enfermer pour qu'il finisse ses compositions, qui parfois devaient être données le soir même.

Rossini c'est bien gentil mais c'est un bonhomme

et j'aime bien mettre les femmes en valeur… Et là révélation :

Saskia : Astrig Siranossian.

Non ?

Aliette : Même pas ! Peut-être, peut-être qu'on peut avoir un témoignage en direct.

Mais révélation : l'ennui, à une époque, n'était-il pas essentiellement féminin ?

Les artistes travaillaient pour gagner leurs vies et subvenir aux besoins de leur famille.

Les femmes, elles, restaient au foyer, s'occupaient des enfants, des tâches ménagères, ce qui

fait déjà un bon petit planning hein, mais elles avaient probablement plus de temps libre

que les hommes.

Le temps d'écrire, de lire, de se promener, le temps de penser, parfois même

de jouer de la musique et le temps de s'ennuyer.

Un phénomène qui est en voie d'extinction.

Là je suis arrivée au stade de ma chronique du grand discours philosophique sur la vie,

il devait être 22h, je commençais à fatiguer, tenez-vous prêts.

Il fut un temps où l'on faisait l'éloge de la paresse, où les flâneurs étaient

des inspirateurs.

Aujourd'hui on vit clairement à 1000 à l'heure

et le fait de ne rien faire n'est pas vraiment bien vu.

Assumer de passer son samedi soir seule sur son canapé à écouter de la musique c'est

franchir une étape décisive dans sa vie.

Mais c'est un petit bonheur dont on se prive trop souvent sous prétexte qu'il y a des

choses à faire plus importantes à faire.

Or c'est faux.

Je vous invite donc, aujourd'hui lundi 26 mars, à fêter la journée de la procrastination

Saskia : Avec un jour de retard…

Aliette : Ben oui parce que le principe c'est de tout remettre au lendemain… Donc à partir

de demain, procrastinez et procrastinez mais en musique !

Acceptez de vous plonger dans des oeuvres, de prendre des risques,

de découvrir des musiques et surtout, surtout, surtout,

pensez aux compositrices.

Depuis septembre, je me penche sur leurs oeuvres, j'en parle autour de moi, à des mélomanes

avertis qui n'ont pas encore eu l'opportunité ou la curiosité de les écouter,

et je pense que ce travail de redonner une petite place aux femmes dans l'histoire de la musique

passe par l'écoute et l'engagement de chacun.

Lâchez un peu Brahms, Wagner ou Messiaen et écoutez Farrenc, Lili Boulanger ou encore

Amy Beach, compositrice américaine.

Et vous avez de la chance, ce matin je vous mâche un peu le travail ce matin et vous

propose une de ses oeuvres pour piano : By the still waters…

* Extrait de « By the still waters » de Amy Beach *

Un extrait de By the still waters d'Amy Beach, et là-dessus ne perdez pas de temps :

allez écouter cette oeuvre en entier et ne le faites pas demain !

Saskia : C'est promis Aliette de Laleu ! Merci beaucoup pour cette chronique qu'on réécoute

sur francemusique.fr, qu'on retrouver aussi sur les réseaux sociaux en vidéo !

Astrig Siranossian vous êtes plutôt du genre à remettre au lendemain vous ?

Astrig Siranossian : Euh... j'essaie de ne pas le faire mais... oui je pense qu'il y a une tendance finalement.

Saskia : On l'est toutes, on ne va pas se mentir.

Astrig Siranossian merci beaucoup d'avoir été notre invité ce matin.

Je vous souhaite à toutes les deux une très très belle journée.

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