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Le bouchon de cristal, Maurice Leblanc, V. — Les Vingt-Sept (2)

V. — Les Vingt-Sept (2)

Pour livrer l'un de ces noms il est obligé, s'il veut qu'on attache du crédit à son accusation, de publier la liste même, c'est-à-dire de se dessaisir du document, ou du moins de la photographie de ce document, et en faisant cela il provoque le scandale, mais se prive désormais de tout moyen d'action et de chantage.

— Oui et non, dit-elle.

— Comment le savez-vous ?

— Par Daubrecq, par Daubrecq qui est venu me voir, le misérable, et qui m'a raconté cyniquement son entrevue avec mon mari et les paroles échangées. Or il n'y a pas que cette liste, il n'y a pas que ce fameux bout de papier sur lequel le caissier notait les noms et les sommes touchées, et sur lequel, rappelez-vous, le président de la compagnie, avant de mourir, a mis sa signature en lettres de sang. Il n'y a pas que cela. Il y a certaines preuves plus vagues, que les intéressés ne connaissent pas : correspondance entre le président de la compagnie et son caissier, entre le président et ses avocats-conseils, etc. Seule compte, évidemment, la liste griffonnée sur le morceau de papier ; celle-là est la preuve unique, irrécusable, qu'il ne servirait de rien de copier ou de photographier, car son authenticité peut être contrôlée, dit-on, de la façon la plus rigoureuse. Mais, tout de même, les autres indices sont dangereux. Ils ont suffi à démolir déjà deux députés. Et de cela Daubrecq sait jouer à merveille. Il effraye la victime choisie, il l'affole, il lui montre le scandale inévitable, et l'on verse la somme exigée, ou bien l'on se tue comme mon mari. Comprenez-vous, maintenant ?

— Oui, dit Lupin.

Et, dans le silence qui suivit, il reconstitua la vie de Daubrecq. Il le voyait maître de cette liste, usant de son pouvoir, sortant peu à peu de l'ombre, jetant à pleines mains l'argent qu'il extorquait à ses victimes, se faisant nommer conseiller général, député, régnant par la menace et par la terreur, impuni, inaccessible, inattaquable, redouté du gouvernement qui aime mieux se soumettre à ses ordres que de lui déclarer la guerre, respecté par les pouvoirs publics, si puissant enfin qu'on avait nommé secrétaire général de la préfecture de police, contre tous droits acquis, Prasville, pour ce seul motif qu'il haïssait Daubrecq d'une haine personnelle.

— Et vous l'avez revu ? dit-il.

— Je l'ai revu. Il le fallait. Mon mari était mort, mais son honneur demeurait intact. Nul n'avait soupçonné la vérité. Pour défendre tout au moins le nom qu'il me laissait, j'ai accepté une première entrevue avec Daubrecq.

— Une première, en effet, car il y en a eu d'autres ?…

— Beaucoup d'autres, prononça-t-elle d'une voix altérée, oui, beaucoup d'autres… au théâtre… ou certains soirs à Enghien… ou bien à Paris, la nuit… car j'avais honte de le voir, cet homme, et je ne veux pas qu'on le sache… Mais il le fallait… un devoir plus impérieux que tout me le commandait… le devoir de venger mon mari…

Elle se pencha sur Lupin, et ardemment :

— Oui, la vengeance, ce fut la raison de ma conduite et le souci de toute ma vie. Venger mon mari, venger mon fils perdu, me venger, moi, de tout le mal qu'il m'a fait… je n'avais plus d'autre rêve, d'autre but. Je voulais cela, l'écrasement de cet homme, sa misère, ses larmes — comme s'il pouvait encore pleurer ! — ses sanglots, son désespoir…

— Sa mort, interrompit Lupin, qui se souvenait de la scène entre eux dans le bureau de Daubrecq.

— Non, pas sa mort. J'y ai pensé souvent. J'ai même levé le bras sur lui. Mais à quoi bon ! Il a dû prendre ses précautions. Le papier subsisterait. Et puis, ce n'est pas se venger que de tuer. Ma haine allait plus loin. Elle voulait sa perte et sa déchéance, et pour cela, un seul moyen, lui arracher ses griffes. Daubrecq privé de ce document qui le rend si fort, Daubrecq n'existe plus. C'est la ruine immédiate, le naufrage, et dans quelles conditions lamentables ! Voilà ce que j'ai cherché.

— Mais Daubrecq ne pouvait se méprendre sur vos intentions ?

— Certes non. Et ce fut, je vous le jure, d'étranges rendez-vous que les nôtres, moi le surveillant, tâchant de deviner derrière ses gestes et derrière ses paroles le secret qu'il cache… et lui… et lui…

— Et lui, dit Lupin, achevant la pensée de Clarisse Mergy… lui, guettant la proie qu'il désire… la femme qu'il n'a jamais cessé d'aimer… et qu'il aime… et qu'il veut de toutes ses forces, et de toute sa rage…

Elle baissa la tête et dit simplement :

— Oui.

Duel étrange, en effet, qui opposait l'un à l'autre ces deux êtres que séparaient tant de choses implacables. Comme il fallait que la passion de Daubrecq fût effrénée pour qu'il risquât ainsi cette menace perpétuelle de la mort et qu'il introduisît auprès de lui, dans son intimité, cette femme dont il avait dévasté l'existence ! Mais comme il fallait également qu'il se sentît en pleine sécurité !

— Et vos recherches aboutirent à quoi ? demanda Lupin.

— Mes recherches, dit-elle, furent longtemps infructueuses. Les procédés d'investigation que vous avez suivis, ceux que la police a suivis de son côté, moi, des années avant vous, je les ai employés et vainement. Je commençais à désespérer quand, un jour, en allant chez Daubrecq, dans sa villa d'Enghien, je ramassai sous sa table de travail, le début d'une lettre chiffonnée et jetée parmi les paperasses d'une corbeille. Ces quelques lignes étaient écrites de sa main, en mauvais anglais. Je pus lire :

Évidez le cristal à l'intérieur, de manière à laisser un vide qu'il soit impossible de soupçonner.

Peut-être n'aurais-je pas attaché à cette phrase toute l'importance qu'elle méritait, si Daubrecq, qui se trouvait alors dans le jardin, n'était survenu en courant et ne s'était mis à fouiller la corbeille, avec une hâte significative.

Il me regarda d'un air soupçonneux.

— Il y avait là… une lettre…

Je fis semblant de ne pas comprendre. Il n'insista point, mais son agitation ne m'avait pas échappé, et je dirigeai mes recherches dans le même sens. C'est ainsi qu'un mois après je découvris, au milieu des cendres de la cheminée du salon, la moitié d'une facture anglaise. John Howard, verrier à Stourbridge, avait fourni au député Daubrecq un flacon de cristal conforme au modèle. Le mot « cristal » me frappa. Je partis pour Stourbridge, je soudoyai le contremaître de la verrerie, et j'appris que le bouchon de ce flacon, d'après la formule même de la commande, avait été évidé intérieurement de manière à laisser un vide qu'il fût impossible de soupçonner.

Lupin hocha la tête.

— Le renseignement ne laissait aucun doute. Pourtant il ne m'a pas semblé que, même sous la couche d'or… Et puis la cachette serait bien exiguë.

— Exiguë, mais suffisante, dit-elle.

— Comment le savez-vous ?

— Par Prasville.

— Vous le voyez donc ?

— Depuis cette époque, oui. Auparavant, mon mari et moi, nous avions cessé toutes relations avec lui, à la suite de certains incidents assez équivoques. Prasville est un homme de moralité plus que douteuse, un ambitieux sans scrupules, et qui certainement a joué dans l'affaire du canal des Deux-Mers un vilain rôle. A-t-il touché ? C'est probable. N'importe, j'avais besoin d'un secours. Il venait d'être nommé secrétaire général de la préfecture. C'est donc lui que je choisis.

— Connaissait-il, interrogea Lupin, la conduite de votre fils Gilbert ?

— Non. Et j'eus la précaution, justement en raison de la situation qu'il occupe, de lui confirmer, comme à tous nos amis, le départ et la mort de Gilbert. Pour le reste, je lui dis la vérité, c'est-à-dire les motifs qui avaient déterminé le suicide de mon mari, et le but de vengeance que je poursuivais. Quand je l'eus mis au courant de mes découvertes, il sauta de joie, et je sentis que sa haine contre Daubrecq n'avait point désarmé. Nous causâmes longtemps, et j'appris de lui que la liste était écrite sur un bout de papier pelure, extrêmement mince, et qui, réduit en une sorte de boulette, pouvait parfaitement tenir dans un espace des plus restreints. Pour lui comme pour moi, il n'y avait pas la moindre hésitation. Nous connaissions la cachette. Il fut entendu que nous agirions chacun de notre côté, tout en correspondant secrètement. Je le mis en rapport avec Clémence, la concierge du square Lamartine qui m'était toute dévouée…

— Mais qui l'était moins à Prasville, dit Lupin, car j'ai la preuve qu'elle le trahit.

— Maintenant peut-être, au début non, et les perquisitions de la police furent nombreuses. C'est à ce moment, il y a de cela dix mois, que Gilbert reparut dans ma vie. Une mère ne cesse pas d'aimer son fils, quoi qu'il ait fait, quoi qu'il fasse. Et puis Gilbert a tant de charme !… Vous le connaissez. Il pleura, il embrassa mon petit Jacques, son frère… Je pardonnai.

Elle prononça, la voix basse, les yeux fixés au sol :

— Plût au ciel que je n'aie pas pardonné ! Ah ! si cette heure pouvait renaître ! comme j'aurais l'affreux courage de le chasser ! Mon pauvre enfant… c'est moi qui l'ai perdu…

Elle continua pensivement :

— J'aurais eu tous les courages s'il avait été tel que je me l'imaginais, et tel qu'il fut longtemps, m'a-t-il dit… marqué par la débauche et par le vice, grossier, déchu… Mais, s'il était méconnaissable comme apparence, au point de vue, comment dirais-je ? au point de vue moral, sûrement il y avait une amélioration. Vous l'aviez soutenu, relevé, et quoique son existence me fût odieuse… tout de même il gardait une certaine tenue, quelque chose comme un fond d'honnêteté qui remontait à la surface. Il était gai, insouciant, heureux. Et il me parlait de vous avec tant d'affection !

Elle cherchait ses mots, embarrassée, n'osant trop condamner devant Lupin le genre d'existence qu'avait choisi Gilbert, et cependant ne pouvant en faire l'éloge.

— Après ? dit Lupin.

— Après, je le revis souvent. Il venait me voir, furtivement, ou bien j'allais le retrouver, et nous nous promenions dans la campagne. C'est ainsi que, peu à peu, j'ai été amenée à lui raconter notre histoire. Tout de suite, il s'enflamma. Lui aussi voulait venger son père, et, en dérobant le bouchon de cristal, se venger lui-même du mal que Daubrecq lui avait fait. Sa première idée — et là-dessus je dois le dire, il ne varia jamais — fut de s'entendre avec vous.

— Eh bien, s'écria Lupin, il fallait…

— Oui, je sais… et j'étais du même avis. Par malheur, mon pauvre Gilbert, vous savez comme il est faible ! subissait l'influence d'un de ses camarades.

— Vaucheray, n'est-ce pas ?

— Oui, Vaucheray, une âme trouble, pleine de fiel et d'envie, un ambitieux sournois, un homme de ruse et de ténèbres, et qui avait pris sur mon fils un empire considérable. Gilbert eut le tort de se confier à lui et de lui demander conseil. Tout le mal vient de là. Vaucheray le convainquit, et me convainquit moi aussi, qu'il valait mieux agir par nous-mêmes. Il étudia l'affaire, en prit la direction, et finalement organisa l'expédition d'Enghien et, sous votre conduite, le cambriolage de la villa Marie-Thérèse, que Prasville et ses agents n'avaient pu visiter à fond, par suite de la surveillance active du domestique Léonard. C'était de la folie. Il fallait, ou bien s'abandonner à votre expérience, ou bien vous tenir absolument en dehors du complot, sous peine de malentendu funeste et d'hésitation dangereuse. Mais que voulez-vous, Vaucheray nous dominait. J'acceptai une entrevue avec Daubrecq au théâtre. Pendant ce temps, l'affaire eut lieu. Quand je rentrai chez moi vers minuit, j'en appris le résultat effroyable, le meurtre de Léonard, l'arrestation de mon fils… Aussitôt, j'eus l'intuition de l'avenir. L'épouvantable prédiction de Daubrecq se réalisait : c'étaient les assises, c'était la condamnation. Et cela par ma faute, par la faute de moi, la mère, qui avait poussé mon fils vers l'abîme d'où rien ne pouvait plus le tirer.

Clarisse se tordait les mains et des frissons de fièvre la secouaient des pieds à la tête. Quelle souffrance peut se comparer à celle d'une mère qui tremble pour la tête de son fils ? Ému de pitié, Lupin lui dit :

— Nous le sauverons. Là-dessus, il n'y pas l'ombre d'un doute. Mais il est nécessaire que je connaisse tous les détails.

V. — Les Vingt-Sept (2) V. - The Twenty-Seven (2)

Pour livrer l'un de ces noms il est obligé, s'il veut qu'on attache du crédit à son accusation, de publier la liste même, c'est-à-dire de se dessaisir du document, ou du moins de la photographie de ce document, et en faisant cela il provoque le scandale, mais se prive désormais de tout moyen d'action et de chantage. To deliver one of these names he is obliged, if he wants his accusation to be given credence, to publish the list itself, i.e. to divest himself of the document, or at least of the photograph of this document, and in doing so he provokes scandal, but henceforth deprives himself of any means of action and blackmail. Luovuttaakseen yhdenkin näistä nimistä hänen on, jos hän haluaa, että hänen syytteensä saa uskottavuutta, julkaistava itse luettelo, toisin sanoen luovuttava asiakirjasta tai ainakin asiakirjan valokuvasta, ja näin hän aiheuttaa skandaalin, mutta riistää itseltään vastedes kaikki keinot toimia ja kiristää.

— Oui et non, dit-elle. - Yes and no," she says.

— Comment le savez-vous ? - How do you know?

— Par Daubrecq, par Daubrecq qui est venu me voir, le misérable, et qui m'a raconté cyniquement son entrevue avec mon mari et les paroles échangées. — By Daubrecq, by Daubrecq who came to see me, the wretch, and who cynically told me about his meeting with my husband and the words exchanged. Or il n'y a pas que cette liste, il n'y a pas que ce fameux bout de papier sur lequel le caissier notait les noms et les sommes touchées, et sur lequel, rappelez-vous, le président de la compagnie, avant de mourir, a mis sa signature en lettres de sang. But it's not just this list, it's not just this famous piece of paper on which the cashier noted the names and amounts received, and on which, remember, the president of the company, before dying, put his signature in blood letters. Mutta se ei ole vain tämä luettelo, se ei ole vain tämä kuuluisa paperilappu, johon kassanhoitaja kirjoitti nimet ja saadut summat ja johon, muistakaa, yhtiön puheenjohtaja laittoi ennen kuolemaansa allekirjoituksensa verikirjaimilla. Il n'y a pas que cela. It's not just that. Il y a certaines preuves plus vagues, que les intéressés ne connaissent pas : correspondance entre le président de la compagnie et son caissier, entre le président et ses avocats-conseils, etc. There is some more vague evidence, which the interested parties are unaware of: correspondence between the company president and his cashier, between the president and his legal advisors, and so on. Seule compte, évidemment, la liste griffonnée sur le morceau de papier ; celle-là est la preuve unique, irrécusable, qu'il ne servirait de rien de copier ou de photographier, car son authenticité peut être contrôlée, dit-on, de la façon la plus rigoureuse. The only thing that counts, of course, is the list scribbled on the piece of paper; this is the unique, irrefutable proof, which it would be pointless to copy or photograph, because its authenticity can be checked, it is said, in the most rigorous way. Mais, tout de même, les autres indices sont dangereux. But, all the same, the other clues are dangerous. Ils ont suffi à démolir déjà deux députés. They have already led to the downfall of two deputies. Et de cela Daubrecq sait jouer à merveille. And Daubrecq knows how to play that game perfectly. Il effraye la victime choisie, il l'affole, il lui montre le scandale inévitable, et l'on verse la somme exigée, ou bien l'on se tue comme mon mari. He frightens the chosen victim, he panics him, he shows him the inevitable scandal, and one pays the sum demanded, or kills oneself like my husband. Comprenez-vous, maintenant ?

— Oui, dit Lupin.

Et, dans le silence qui suivit, il reconstitua la vie de Daubrecq. And, in the silence that followed, he pieced together Daubrecq's life. Il le voyait maître de cette liste, usant de son pouvoir, sortant peu à peu de l'ombre, jetant à pleines mains l'argent qu'il extorquait à ses victimes, se faisant nommer conseiller général, député, régnant par la menace et par la terreur, impuni, inaccessible, inattaquable, redouté du gouvernement qui aime mieux se soumettre à ses ordres que de lui déclarer la guerre, respecté par les pouvoirs publics, si puissant enfin qu'on avait nommé secrétaire général de la préfecture de police, contre tous droits acquis, Prasville, pour ce seul motif qu'il haïssait Daubrecq d'une haine personnelle. He saw him in control of this list, using his power, gradually emerging from the shadows, throwing the money he extorted from his victims into his own hands, making himself a general councillor, a member of parliament, reigning by threat and terror, unpunished, inaccessible, unassailable, dreaded by the government, which preferred to submit to his orders rather than declare war on him, respected by the public authorities, so powerful finally that Prasville was appointed Secretary General of the Prefecture of Police, against all acquired rights, for the sole reason that he hated Daubrecq with a personal hatred. Hän näki hänet tämän luettelon herrana, joka käytti valtaansa, astui vähitellen esiin varjoista, heitti uhreiltaan kiristämänsä rahat omiin käsiinsä, teki itsestään yleisvaltuutetun, parlamentin jäsenen, hallitsi uhkailun ja terrorin avulla, rankaisemattomana, saavuttamattomana, hyökkäämättömänä, hallituksen pelkäämä, joka mieluummin alistui hänen käskyihinsä kuin julisti sodan häntä vastaan, viranomaisten kunnioittama, lopulta niin voimakas, että Prasville oli nimitetty poliisiprefektuurin pääsihteeriksi vastoin kaikkia saavutettuja oikeuksia vain siitä syystä, että hän vihasi Daubrecqia henkilökohtaisella vihalla.

— Et vous l'avez revu ? - And did you see him again? dit-il.

— Je l'ai revu. - I saw him again. Il le fallait. We had to. Sen oli pakko olla. Mon mari était mort, mais son honneur demeurait intact. Nul n'avait soupçonné la vérité. No one had suspected the truth. Pour défendre tout au moins le nom qu'il me laissait, j'ai accepté une première entrevue avec Daubrecq. To at least defend the name he left me, I agreed to a first meeting with Daubrecq. Puolustaakseni ainakin nimeä, jonka hän oli jättämässä minulle, suostuin Daubrecqin ensimmäiseen haastatteluun.

— Une première, en effet, car il y en a eu d'autres ?… - A first one, indeed, because there have been others?... - Tämä on todellakin ensimmäinen kerta, koska onhan niitä ollut muitakin?

— Beaucoup d'autres, prononça-t-elle d'une voix altérée, oui, beaucoup d'autres… au théâtre… ou certains soirs à Enghien… ou bien à Paris, la nuit… car j'avais honte de le voir, cet homme, et je ne veux pas qu'on le sache… Mais il le fallait… un devoir plus impérieux que tout me le commandait… le devoir de venger mon mari… - Many others," she said in an altered voice, "yes, many others... at the theater... or on certain evenings in Enghien... or in Paris, at night... because I was ashamed to see him, this man, and I don't want anyone to know... But I had to... a duty more imperious than anything else commanded me... the duty to avenge my husband...

Elle se pencha sur Lupin, et ardemment : She leaned over Lupin, and fervently:

— Oui, la vengeance, ce fut la raison de ma conduite et le souci de toute ma vie. - Yes, vengeance was the reason for my actions and the concern of my whole life. Venger mon mari, venger mon fils perdu, me venger, moi, de tout le mal qu'il m'a fait… je n'avais plus d'autre rêve, d'autre but. Avenging my husband, avenging my lost son, avenging myself, from all the evil he has done to me... I had no other dream, no other goal. Je voulais cela, l'écrasement de cet homme, sa misère, ses larmes — comme s'il pouvait encore pleurer ! I wanted this, this man's crush, his misery, his tears - as if he could still cry! — ses sanglots, son désespoir… — her sobs, her despair...

— Sa mort, interrompit Lupin, qui se souvenait de la scène entre eux dans le bureau de Daubrecq. — Her death, Lupin interrupted, remembering the scene between them in Daubrecq's office.

— Non, pas sa mort. — No, not her death. J'y ai pensé souvent. J'ai même levé le bras sur lui. Mais à quoi bon ! Il a dû prendre ses précautions. He had to take precautions. Le papier subsisterait. Paper would remain. Et puis, ce n'est pas se venger que de tuer. Besides, it's not revenge to kill. Ma haine allait plus loin. My hatred went further. Elle voulait sa perte et sa déchéance, et pour cela, un seul moyen, lui arracher ses griffes. She wanted his downfall, and for that, there was only one way: to rip out his claws. Hän halusi miehen kaatuvan ja tuhoutuvan, ja siihen oli vain yksi keino: repiä miehen kynnet irti. Daubrecq privé de ce document qui le rend si fort, Daubrecq n'existe plus. Without the document that makes him so strong, Daubrecq no longer exists. C'est la ruine immédiate, le naufrage, et dans quelles conditions lamentables ! This is immediate ruin, shipwreck, and under what lamentable conditions! Voilà ce que j'ai cherché. That's what I was looking for.

— Mais Daubrecq ne pouvait se méprendre sur vos intentions ? - But Daubrecq could not be mistaken about your intentions?

— Certes non. Et ce fut, je vous le jure, d'étranges rendez-vous que les nôtres, moi le surveillant, tâchant de deviner derrière ses gestes et derrière ses paroles le secret qu'il cache… et lui… et lui… Und es waren, ich schwöre es Ihnen, seltsame Verabredungen, die wir hatten, ich beobachtete ihn und versuchte, hinter seinen Gesten und Worten das Geheimnis zu erraten, das er verbirgt... und er... und er... And it was, I swear to you, strange meetings that ours, me the surveillant, trying to guess behind his gestures and behind his words the secret he hides... and him... and him... Ja se oli, vannon teille, outo tapaaminen, joka meillä oli, minä katselin häntä, yritin arvata hänen eleidensä ja sanojensa takana salaisuutta, jota hän kätki... ja hän... ja hän... ja hän...

— Et lui, dit Lupin, achevant la pensée de Clarisse Mergy… lui, guettant la proie qu'il désire… la femme qu'il n'a jamais cessé d'aimer… et qu'il aime… et qu'il veut de toutes ses forces, et de toute sa rage… - And him, said Lupin, finishing Clarisse Mergy's thought... him, watching the prey he desires... the woman he has never stopped loving... and whom he loves... and whom he wants with all his might, and with all his rage...

Elle baissa la tête et dit simplement : She lowered her head and simply said:

— Oui.

Duel étrange, en effet, qui opposait l'un à l'autre ces deux êtres que séparaient tant de choses implacables. A strange duel indeed, pitting these two beings, separated by so many implacable factors, against each other. Comme il fallait que la passion de Daubrecq fût effrénée pour qu'il risquât ainsi cette menace perpétuelle de la mort et qu'il introduisît auprès de lui, dans son intimité, cette femme dont il avait dévasté l'existence ! Daubrecq's passion must have been unrestrained for him to risk this perpetual threat of death and to bring this woman, whose existence he had devastated, into his intimacy! Kuinka hillitöntä Daubrecqin intohimon on täytynyt olla, jotta hän olisi ottanut riskin tästä jatkuvasta kuoleman uhasta ja tuonut tämän naisen, jonka elämän hän oli tuhonnut, läheisyyteensä! Mais comme il fallait également qu'il se sentît en pleine sécurité ! But he must have also felt completely secure!

— Et vos recherches aboutirent à quoi ? - And what were the results of your research? demanda Lupin.

— Mes recherches, dit-elle, furent longtemps infructueuses. "My searches," she said, "were fruitless for a long time." Les procédés d'investigation que vous avez suivis, ceux que la police a suivis de son côté, moi, des années avant vous, je les ai employés et vainement. The investigative methods you have followed, those that the police have followed on their side, I, years before you, I used them and in vain. Tutkintamenettelyt, joita te noudatitte ja joita poliisi noudatti omalta osaltaan, minä, vuosia ennen teitä, käytin niitä turhaan. Je commençais à désespérer quand, un jour, en allant chez Daubrecq, dans sa villa d'Enghien, je ramassai sous sa table de travail, le début d'une lettre chiffonnée et jetée parmi les paperasses d'une corbeille. I was starting to despair when, one day, going to Daubrecq's house, in his villa in Enghien, I picked up, under his work table, the beginning of a crumpled letter thrown among the papers in a basket. Ces quelques lignes étaient écrites de sa main, en mauvais anglais. These few lines were written in his hand, in bad English. Je pus lire : I could read:

Évidez le cristal à l'intérieur, de manière à laisser un vide qu'il soit impossible de soupçonner. Empty the crystal inside, so as to leave a void that cannot be suspected. Tyhjennä kristalli sisältä ja jätä pahaa aavistamaton tyhjiö.

Peut-être n'aurais-je pas attaché à cette phrase toute l'importance qu'elle méritait, si Daubrecq, qui se trouvait alors dans le jardin, n'était survenu en courant et ne s'était mis à fouiller la corbeille, avec une hâte significative. Perhaps I would not have attached to this sentence all the importance it deserved, if Daubrecq, who was then in the garden, had not arrived running and started searching the basket, with a significant haste. En ehkä olisi antanut tälle lauseelle sen ansaitsemaa merkitystä, ellei Daubrecq, joka oli tuolloin puutarhassa, olisi juossut paikalle ja alkanut tutkia koria huomattavan kiireellä.

Il me regarda d'un air soupçonneux. He looked at me suspiciously.

— Il y avait là… une lettre… - There was... a letter...

Je fis semblant de ne pas comprendre. I pretended not to understand. Il n'insista point, mais son agitation ne m'avait pas échappé, et je dirigeai mes recherches dans le même sens. He did not insist, but his agitation had not escaped me, and I directed my investigations in the same direction. C'est ainsi qu'un mois après je découvris, au milieu des cendres de la cheminée du salon, la moitié d'une facture anglaise. It was thus that a month later I discovered, in the ashes of the living room fireplace, half of an English invoice. John Howard, verrier à Stourbridge, avait fourni au député Daubrecq un flacon de cristal conforme au modèle. John Howard, a glassmaker in Stourbridge, had supplied Deputy Daubrecq with a crystal flask conforming to the model. Le mot « cristal » me frappa. The word "crystal" struck me. Je partis pour Stourbridge, je soudoyai le contremaître de la verrerie, et j'appris que le bouchon de ce flacon, d'après la formule même de la commande, avait été évidé intérieurement de manière à laisser un vide qu'il fût impossible de soupçonner. Ich fuhr nach Stourbridge, bestach den Vorarbeiter der Glasfabrik und erfuhr, dass der Verschluss der Flasche laut Auftrag innen so ausgehöhlt worden war, dass eine Lücke entstand, die man nicht vermuten konnte. I set out for Stourbridge, I bribed the foreman of the glassworks, and I learned that the stopper of this flask, according to the very formula of the order, had been hollowed out internally in such a way as to leave a void that was impossible to suspect.

Lupin hocha la tête. Lupin nodded.

— Le renseignement ne laissait aucun doute. — The intelligence left no doubt. Pourtant il ne m'a pas semblé que, même sous la couche d'or… Et puis la cachette serait bien exiguë. Doch schien es mir nicht einmal unter der Goldschicht ... Und außerdem wäre das Versteck ziemlich eng. Yet it did not seem to me that even under the layer of gold... And then the hideout would be quite cramped.

— Exiguë, mais suffisante, dit-elle. — Cramped, but sufficient, she said.

— Comment le savez-vous ? - How do you know?

— Par Prasville. - By Prasville.

— Vous le voyez donc ? - So you can see it?

— Depuis cette époque, oui. - Since then, yes. Auparavant, mon mari et moi, nous avions cessé toutes relations avec lui, à la suite de certains incidents assez équivoques. Previously, my husband and I had ceased all relations with him, following certain rather equivocal incidents. Prasville est un homme de moralité plus que douteuse, un ambitieux sans scrupules, et qui certainement a joué dans l'affaire du canal des Deux-Mers un vilain rôle. Prasville is a man of highly questionable morality, an unscrupulous ambitious man, who most likely played a nasty role in the Two Seas Canal affair. Prasville on luonteeltaan kyseenalainen, häikäilemätön ja kunnianhimoinen mies, jolla oli varmasti ikävä rooli Canal des Deux-Mersin tapauksessa. A-t-il touché ? Did he get caught? C'est probable. It's probable. N'importe, j'avais besoin d'un secours. Anyway, I needed help. Il venait d'être nommé secrétaire général de la préfecture. He had just been appointed secretary general of the prefecture. C'est donc lui que je choisis. So it is him that I choose.

— Connaissait-il, interrogea Lupin, la conduite de votre fils Gilbert ? Did he know, Lupin asked, about the behavior of your son Gilbert?

— Non. No. Et j'eus la précaution, justement en raison de la situation qu'il occupe, de lui confirmer, comme à tous nos amis, le départ et la mort de Gilbert. Und ich war gerade wegen seiner Stellung vorsichtig genug, ihm wie allen unseren Freunden Gilberts Abreise und Tod zu bestätigen. And I took the precaution, precisely because of the position he occupies, of confirming to him, as to all our friends, Gilbert's departure and death. Ja nimenomaan hänen asemansa vuoksi varmistin hänelle, kuten kaikille ystävillemme, varotoimena Gilbertin lähdön ja kuoleman. Pour le reste, je lui dis la vérité, c'est-à-dire les motifs qui avaient déterminé le suicide de mon mari, et le but de vengeance que je poursuivais. As for the rest, I told him the truth, i.e. the reasons behind my husband's suicide, and the goal of revenge I was pursuing. Quand je l'eus mis au courant de mes découvertes, il sauta de joie, et je sentis que sa haine contre Daubrecq n'avait point désarmé. When I informed him of my findings, he jumped for joy, and I sensed that his hatred of Daubrecq had not been disarmed. Nous causâmes longtemps, et j'appris de lui que la liste était écrite sur un bout de papier pelure, extrêmement mince, et qui, réduit en une sorte de boulette, pouvait parfaitement tenir dans un espace des plus restreints. We chatted for a long time, and I learned from him that the list was written on a piece of peeling paper, extremely thin, and which, reduced to a sort of pellet, could fit perfectly into the smallest of spaces. Pour lui comme pour moi, il n'y avait pas la moindre hésitation. For him, as for me, there was no hesitation whatsoever. Nous connaissions la cachette. We knew the hiding place. Il fut entendu que nous agirions chacun de notre côté, tout en correspondant secrètement. It was agreed that we would act separately, while secretly corresponding. Je le mis en rapport avec Clémence, la concierge du square Lamartine qui m'était toute dévouée… I put him in touch with Clémence, the caretaker of Square Lamartine who was entirely devoted to me...

— Mais qui l'était moins à Prasville, dit Lupin, car j'ai la preuve qu'elle le trahit. - Aber in Prasville war sie es weniger", sagte Lupin, "denn ich habe den Beweis, dass sie ihn verrät. - But less so in Prasville," says Lupin, "because I have proof that she betrayed him. - Mutta vähemmän Prasvillessä", Lupin sanoo, "koska minulla on todisteita siitä, että hän petti hänet.

— Maintenant peut-être, au début non, et les perquisitions de la police furent nombreuses. - Now maybe, at first not, and police searches were numerous. C'est à ce moment, il y a de cela dix mois, que Gilbert reparut dans ma vie. It was then, ten months ago, that Gilbert came back into my life. Une mère ne cesse pas d'aimer son fils, quoi qu'il ait fait, quoi qu'il fasse. A mother never stops loving her son, whatever he has done, whatever he does. Et puis Gilbert a tant de charme !… Vous le connaissez. And Gilbert has so much charm!... You know him. Il pleura, il embrassa mon petit Jacques, son frère… Je pardonnai. He cried, he hugged my little Jacques, his brother... I forgave.

Elle prononça, la voix basse, les yeux fixés au sol : She uttered, her voice low, her eyes fixed on the ground:

— Plût au ciel que je n'aie pas pardonné ! - Ich wünschte, der Himmel hätte mir nicht verziehen! - Would to God I hadn't forgiven! - Kunpa en olisi antanut anteeksi! Ah ! si cette heure pouvait renaître ! if only this hour could come back to life! comme j'aurais l'affreux courage de le chasser ! how I would have the dreadful courage to chase it away! Mon pauvre enfant… c'est moi qui l'ai perdu… My poor child... it's me who lost him...

Elle continua pensivement :

— J'aurais eu tous les courages s'il avait été tel que je me l'imaginais, et tel qu'il fut longtemps, m'a-t-il dit… marqué par la débauche et par le vice, grossier, déchu… Mais, s'il était méconnaissable comme apparence, au point de vue, comment dirais-je ? - Ich hätte allen Mut gehabt, wenn er so gewesen wäre, wie ich ihn mir vorstellte, und wie er lange Zeit war, sagte er mir ... von Ausschweifung und Laster gezeichnet, grob, gefallen ... Aber wenn er als Erscheinung unkenntlich war, vom Standpunkt aus, wie würde ich sagen? - I would have had all the courage if he had been as I imagined him, and as he was for a long time, he told me... marked by debauchery and vice, coarse, fallen... But, if he was unrecognizable as appearance, to the point of view, how would I say? - Minulla olisi ollut kaikki rohkeus, jos hän olisi ollut sellainen kuin kuvittelin hänen olevan, ja sellainen kuin hän oli pitkään, hän kertoi minulle... riettauden ja paheellisuuden leimaama, karkea, langennut... Mutta jos hän olisi ulkonäöltään tunnistamaton, miten sanoisin? au point de vue moral, sûrement il y avait une amélioration. from a moral point of view, there was certainly an improvement. Vous l'aviez soutenu, relevé, et quoique son existence me fût odieuse… tout de même il gardait une certaine tenue, quelque chose comme un fond d'honnêteté qui remontait à la surface. Sie hatten ihn unterstützt und aufgerichtet, und obwohl mir seine Existenz zuwider war ... behielt er doch eine gewisse Haltung, so etwas wie ein Grundstock an Ehrlichkeit, der an die Oberfläche drängte. You had supported him, lifted him up, and even though his existence was odious to me... all the same, he kept a certain bearing, something like an honesty that rose to the surface. Te tuitte häntä, nostitte häntä ylös, ja vaikka hänen olemassaolonsa oli minulle vastenmielistä... hän säilytti kuitenkin tietynlaisen arvokkuuden, jotain rehellisyyden kaltaista, joka nousi pintaan. Il était gai, insouciant, heureux. Et il me parlait de vous avec tant d'affection !

Elle cherchait ses mots, embarrassée, n'osant trop condamner devant Lupin le genre d'existence qu'avait choisi Gilbert, et cependant ne pouvant en faire l'éloge. She searched for words, embarrassed, not daring to condemn Gilbert's chosen way of life in front of Lupin, yet unable to praise it.

— Après ? dit Lupin.

— Après, je le revis souvent. - Afterwards, I saw him often. Il venait me voir, furtivement, ou bien j'allais le retrouver, et nous nous promenions dans la campagne. He would come to see me, furtively, or I would go to meet him, and we would walk in the countryside. C'est ainsi que, peu à peu, j'ai été amenée à lui raconter notre histoire. This is how, little by little, I was led to tell him our story. Tout de suite, il s'enflamma. Immediately, he got caught up in the story. Lui aussi voulait venger son père, et, en dérobant le bouchon de cristal, se venger lui-même du mal que Daubrecq lui avait fait. He too wanted to avenge his father, and, by stealing the crystal cork, avenge himself for the harm Daubrecq had done him. Sa première idée — et là-dessus je dois le dire, il ne varia jamais — fut de s'entendre avec vous. Sein erster Gedanke - und hier muss ich sagen, dass er nie variierte - war, sich mit Ihnen zu einigen. His first idea - and on this, I must say, he never wavered - was to get along with you. Hänen ensimmäinen ajatuksensa - ja minun on sanottava, ettei hän koskaan horjunut - oli päästä sopimukseen kanssanne.

— Eh bien, s'écria Lupin, il fallait… - Well," cried Lupin, "you had to...

— Oui, je sais… et j'étais du même avis. - Yes, I know... and I was of the same opinion. Par malheur, mon pauvre Gilbert, vous savez comme il est faible ! Unfortunately, my poor Gilbert, you know how weak he is! subissait l'influence d'un de ses camarades. was under the influence of one of his comrades.

— Vaucheray, n'est-ce pas ?

— Oui, Vaucheray, une âme trouble, pleine de fiel et d'envie, un ambitieux sournois, un homme de ruse et de ténèbres, et qui avait pris sur mon fils un empire considérable. - Yes, Vaucheray, a troubled soul, full of gall and envy, a devious ambitious, a man of cunning and darkness, and who had taken a considerable empire over my son. Gilbert eut le tort de se confier à lui et de lui demander conseil. Gilbert made the mistake of confiding in him and asking him for advice. Tout le mal vient de là. That's where all the trouble started. Vaucheray le convainquit, et me convainquit moi aussi, qu'il valait mieux agir par nous-mêmes. Vaucheray convinced him, and convinced me too, that it was better to act on our own. Il étudia l'affaire, en prit la direction, et finalement organisa l'expédition d'Enghien et, sous votre conduite, le cambriolage de la villa Marie-Thérèse, que Prasville et ses agents n'avaient pu visiter à fond, par suite de la surveillance active du domestique Léonard. He studied the case, took charge of it, and finally organized the Enghien expedition and, under your leadership, the burglary of the Villa Marie-Thérèse, which Prasville and his agents had been unable to visit thoroughly, due to the active surveillance of the servant Léonard. C'était de la folie. It was madness. Il fallait, ou bien s'abandonner à votre expérience, ou bien vous tenir absolument en dehors du complot, sous peine de malentendu funeste et d'hésitation dangereuse. You had to either surrender yourself to your experience, or keep absolutely out of the plot, on pain of fatal misunderstanding and dangerous hesitation. Sinun oli joko antauduttava kokemuksellesi tai pysyttävä täysin poissa juonesta tai otettava riski kohtalokkaasta väärinkäsityksestä ja vaarallisesta epäröinnistä. Mais que voulez-vous, Vaucheray nous dominait. But Vaucheray dominated us. J'acceptai une entrevue avec Daubrecq au théâtre. I agreed to meet Daubrecq at the theater. Pendant ce temps, l'affaire eut lieu. Meanwhile, the incident took place. Quand je rentrai chez moi vers minuit, j'en appris le résultat effroyable, le meurtre de Léonard, l'arrestation de mon fils… Aussitôt, j'eus l'intuition de l'avenir. When I returned home around midnight, I learned the dreadful outcome, Leonard's murder, my son's arrest... Immediately, I had a sense of what was to come. L'épouvantable prédiction de Daubrecq se réalisait : c'étaient les assises, c'était la condamnation. Daubrecq's dreadful prediction was coming true: it was the trial, it was the conviction. Et cela par ma faute, par la faute de moi, la mère, qui avait poussé mon fils vers l'abîme d'où rien ne pouvait plus le tirer. And it was my fault, the fault of me, the mother, who had pushed my son into the abyss from which nothing could pull him back.

Clarisse se tordait les mains et des frissons de fièvre la secouaient des pieds à la tête. Clarisse was wringing her hands and shivers of fever were shaking her from head to toe. Quelle souffrance peut se comparer à celle d'une mère qui tremble pour la tête de son fils ? What suffering can compare to that of a mother who trembles for her son's safety? Ému de pitié, Lupin lui dit : Moved by pity, Lupin said to her:

— Nous le sauverons. - We'll save it. Là-dessus, il n'y pas l'ombre d'un doute. There is not the shadow of a doubt about that. Mais il est nécessaire que je connaisse tous les détails. But I need to know all the details.