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Le bouchon de cristal, Maurice Leblanc, V. — Les Vingt-Sept (1)

V. — Les Vingt-Sept (1)

L'enfant dormait paisiblement sur le lit. La mère ne remuait pas de la chaise longue où Lupin l'avait étendue, mais sa respiration plus calme, le sang qui revenait à sa figure, annonçaient un réveil prochain.

Il remarqua qu'elle portait une alliance. Voyant un médaillon qui pendait au corsage, il s'inclina et aperçut, après l'avoir retourné, une photographie très réduite qui représentait un homme d'une quarantaine d'années et un enfant, un adolescent plutôt, en costume de collégien, dont il étudia le frais visage encadré de cheveux bouclés.

— C'est bien cela, dit-il… Ah ! la pauvre femme !…

La main qu'il prit entre les siennes se réchauffait peu à peu. Les yeux s'ouvrirent, puis se refermèrent. Elle murmura :

— Jacques…

— Ne vous inquiétez pas… il dort… tout va bien.

Elle reprenait son entière connaissance. Mais, comme elle se taisait, Lupin lui posa des questions pour amener chez elle peu à peu le besoin de s'épancher. Et il lui dit en désignant le médaillon aux portraits :

— Le collégien, c'est Gilbert, n'est-ce pas ?

— Oui, dit-elle.

— Et Gilbert est votre fils ?

Elle eut un frisson et chuchota :

— Oui, Gilbert est mon fils, mon fils aîné.

Ainsi, elle était la mère de Gilbert, de Gilbert, le détenu de la Santé, accusé d'assassinat, et que la justice poursuivait avec tant d'âpreté !

Lupin continua :

— Et l'autre portrait ?

— C'est celui de mon mari.

— Votre mari ?

— Oui, il est mort voici trois ans.

Elle s'était assise. La vie tressaillait en elle, de nouveau, ainsi que l'effroi de vivre, et que l'effroi de toutes les choses terrifiantes qui la menaçaient. Lupin lui dit encore :

— Votre mari s'appelait ?

Elle hésita un moment et répondit :

— Mergy.

Il s'écria :

— Victorien Mergy, le député ?

— Oui.

Il y eut un long silence. Lupin n'avait pas oublié l'événement et le bruit que cette mort avait fait. Trois ans auparavant, dans les couloirs de la Chambre, le député Mergy se brûlait la cervelle, sans laisser un mot d'explication, sans qu'on pût, par la suite, trouver à ce suicide la moindre raison.

— La raison, dit Lupin, achevant sa pensée à haute voix, vous ne l'ignorez pas ?

— Je ne l'ignore pas.

— Gilbert, peut-être ?

— Non. Gilbert avait disparu depuis plusieurs années, chassé et maudit par mon mari. Son chagrin fut très grand, mais il y eut un autre motif.

— Lequel ? dit Lupin.

Mais il n'était pas nécessaire que Lupin posât des questions. Mme Mergy ne pouvait plus se taire, et, lentement d'abord, avec l'angoisse de tout ce passé qu'il fallait ressusciter, elle s'exprima ainsi :

— Il y a vingt-cinq ans, alors que je m'appelais Clarisse Darcel, et que mes parents vivaient encore, je rencontrai dans le monde, à Nice, trois jeunes gens dont les noms vous éclaireront tout de suite sur le drame actuel : Alexis Daubrecq, Victorien Mergy et Louis Prasville. Tous trois se connaissaient d'autrefois, étudiants de même année, amis de régiment. Prasville aimait alors une actrice qui chantait à l'Opéra de Nice. Les deux autres, Mergy et Daubrecq, m'aimèrent. Sur tout cela, et sur toute cette histoire, d'ailleurs, je serai brève. Les faits parlent suffisamment. Dès le premier instant, j'aimai Victorien Mergy. Peut-être eus-je tort de ne pas le déclarer aussitôt. Mais tout amour sincère est timide, hésitant, craintif, et je n'annonçai mon choix qu'en toute certitude et en toute liberté. Malheureusement, cette période d'attente, si délicieuse pour ceux qui s'aiment en secret, avait permis à Daubrecq d'espérer. Sa colère fut atroce.

Clarisse Mergy s'arrêta quelques secondes, et elle reprit d'une voix altérée :

— Je me souviendrai toujours… Nous étions tous les trois dans le salon. Ah !

j'entends les paroles qu'il prononça, paroles de haine et de menace horrible. Victorien était confondu. Jamais il n'avait vu son ami de la sorte, avec ce visage répugnant, cette expression de bête… Oui, une bête féroce… Il grinçait des dents. Il frappait du pied. Ses yeux, — il ne portait pas de lunettes alors, — ses yeux bordés de sang roulaient dans leurs orbites, et il ne cessait de répéter : « Je me vengerai… je me vengerai… Ah ! vous ne savez pas de quoi je suis capable. J'attendrai, s'il le faut, dix ans, vingt ans… Mais ça viendra comme un coup de tonnerre… Ah ! vous ne savez pas… Se venger… Faire le mal… pour le mal… Quelle joie !… Je suis né pour faire du mal… Et vous me supplierez tous deux à genoux, oui, à genoux !… » Aidé de mon père qui entrait à ce moment, et d'un domestique, Victorien Mergy jeta dehors cet être abominable. Six semaines plus tard, j'épousais Victorien.

— Et Daubrecq, interrompit Lupin, il n'essaya pas ?…

— Non, mais le jour de mon mariage, en rentrant chez lui, Louis Prasville, qui nous servait de témoin malgré la défense de Daubrecq, trouva la jeune femme qu'il aimait, cette chanteuse de l'Opéra… il la trouva morte, étranglée…

— Quoi… fit Lupin en sursautant, est-ce que Daubrecq ?…

— On sut que Daubrecq, depuis quelques jours, la poursuivait de ses assiduités, mais on ne sut rien de plus. Il fut impossible d'établir qui était entré en l'absence de Prasville, et qui était sorti. On ne découvrit aucune trace, rien, absolument rien.

— Cependant Prasville…

— Pour Prasville, pour nous, la vérité ne fit pas de doute. Daubrecq a voulu enlever la jeune femme, a voulu peut-être la brusquer, la contraindre et, au cours de la lutte, affolé, perdant la tête, il l'avait saisie à la gorge et tuée, presque à son insu. Mais, de tout cela, pas de preuve ; Daubrecq ne fut même pas inquiété.

— Et par la suite, que devint-il ?

— Pendant des années, nous n'entendîmes pas parler de lui. Nous sûmes seulement qu'il s'était ruiné au jeu, et qu'il voyageait en Amérique. Et, malgré moi, j'oubliais sa colère et ses menaces, toute disposée à croire que lui-même, ne m'aimant plus, ne pensait plus à ses projets de vengeance. D'ailleurs j'étais trop heureuse pour m'occuper de ce qui n'était pas mon amour, mon bonheur, la situation politique de mon mari, la santé de mon fils Antoine.

— Antoine ?

— Oui, c'est le vrai nom de Gilbert, le malheureux a tout au moins réussi à cacher sa personnalité.

Lupin demanda :

— À quelle époque… Gilbert… a-t-il commencé ?…

— Je ne saurais vous le dire au juste. Gilbert — j'aime autant l'appeler ainsi, et ne plus prononcer son nom véritable — Gilbert, enfant, était ce qu'il est aujourd'hui, aimable, sympathique à tous, charmant, mais paresseux et indiscipliné. Lorsqu'il eut quinze ans, nous le mîmes dans un collège des environs de Paris, précisément pour l'éloigner un peu de nous. Au bout de deux ans, on le renvoyait.

— Pourquoi ?

— Pour sa conduite. On avait découvert qu'il s'échappait la nuit, et aussi, que durant des semaines, alors que soi-disant, il était auprès de nous, en réalité il disparaissait.

— Que faisait-il ?

— Il s'amusait, jouait aux courses, traînait dans les cafés et dans les bals publics.

— Il avait donc de l'argent ?

— Oui.

— Qui lui en donnait ?

— Son mauvais génie, l'homme qui, en cachette de ses parents, le faisait sortir du collège, l'homme qui le dévoya, qui le corrompit, qui nous l'arracha, qui lui apprit le mensonge, la débauche, le vol.

— Daubrecq ?

— Daubrecq.

Clarisse Mergy dissimulait entre ses mains jointes la rougeur de son front. Elle reprit de sa voix lasse :

— Daubrecq s'était vengé. Le lendemain même du jour où mon mari chassait de la maison notre malheureux enfant, Daubrecq nous dévoilait, dans la plus cynique des lettres, le rôle odieux qu'il avait joué et les machinations grâce auxquelles il avait réussi à pervertir notre fils. Il continuait ainsi : « La correctionnelle un de ces jours… Plus tard les assises… et puis, espérons-le, l'échafaud. » Lupin s'exclama : — Comment ? c'est Daubrecq qui aurait comploté l'affaire actuelle ?

— Non, non, il n'y a là qu'un hasard. L'abominable prédiction n'était qu'un vœu formulé par lui. Mais combien cela me terrifia ! J'étais malade à ce moment. Mon autre fils, mon petit Jacques, venait de naître. Et chaque jour nous apprenait quelque nouveau méfait commis par Gilbert, de fausses signatures données, des escroqueries… si bien qu'autour de nous, nous annonçâmes son départ pour l'étranger, puis sa mort. La vie fut lamentable, et elle le fut d'autant plus quand éclata l'orage politique où mon mari devait sombrer.

— Comment cela ?

— Deux mots vous suffiront, le nom de mon mari est sur la liste des Vingt-sept.

— Ah !

D'un coup, le voile se déchirait devant les yeux de Lupin et il apercevait à la lueur d'un éclair toute une région de choses qui se dérobaient jusque-là dans les ténèbres.

D'une voix plus forte, Clarisse Mergy reprenait :

— Oui, son nom s'y trouve inscrit, mais par erreur, par une sorte de malchance incroyable dont il fut la victime. Victorien Mergy fit bien partie de la commission chargée d'étudier le canal français des Deux-Mers. Il vota bien avec ceux qui approuvèrent le projet de la compagnie. Il toucha même, oui, je le dis nettement, et je précise la somme, il toucha quinze mille francs.

Mais c'est pour un autre qu'il toucha, pour un de ses amis politiques en qui il avait une confiance absolue et dont il fut l'instrument aveugle, inconscient. Il crut faire une bonne action, il se perdait. Le jour où, après le suicide du président de la compagnie et la disparition du caissier, l'affaire du canal apparut avec tout son cortège de tripotages et de malpropretés, ce jour-là seulement mon mari sut que plusieurs de ses collègues avaient été achetés et il comprit que son nom, comme le leur, comme celui d'autres députés, chefs de groupes, parlementaires influents, se trouvait sur cette liste mystérieuse dont on parlait soudain. Ah !

les jours affreux qui s'écoulèrent alors ! La liste serait-elle publiée ? Son nom serait-il prononcé ? Quelle torture ! Vous vous rappelez l'affolement de la Chambre, cette atmosphère de terreur et de délation ! Qui possédait la liste ? On ne le savait pas. On savait son existence. Voilà tout. Deux hommes furent balayés par la tempête. Et l'on ignorait toujours d'où partait la dénonciation et quelles mains se trouvaient les papiers accusateurs.

— Daubrecq, insinua Lupin.

— Eh ! non, s'écria Mme Mergy, Daubrecq n'était encore rien à cette époque, il n'avait pas encore paru sur la scène. Non… rappelez-vous… la vérité on la connut tout d'un coup, par celui-là même qui la détenait, Germineaux, l'ancien Garde des Sceaux, et le cousin du président de la Compagnie du canal. Malade, phtisique, de son lit d'agonisant, il écrivit au préfet de police, lui léguant cette liste que, disait-il, l'on trouverait, après sa mort, dans un coffre de fer, au fond de sa chambre. La maison fut entourée d'agents. Le préfet s'établit à demeure auprès du malade. Germineaux mourut. On ouvrit le coffre. Il était vide.

— Daubrecq, cette fois, affirma Lupin.

— Oui, Daubrecq, proféra Mme Mergy, dont l'agitation croissait de minute en minute, Alexis Daubrecq, qui, depuis six mois, déguisé, méconnaissable, servait de secrétaire à Germineaux. Comment avait-il appris que Germineaux était le possesseur du fameux papier ? Il importe peu. Toujours est-il qu'il avait fracturé le coffre la nuit même qui précéda la mort. L'enquête le prouva et l'identité de Daubrecq fut établie.

— Mais on ne l'arrêta pas ?

— À quoi bon ! On supposait bien qu'il avait mis la liste en lieu sûr. L'arrêter, c'était l'esclandre, l'affaire qui recommençait, cette vilaine affaire dont tout le monde est las et que l'on veut étouffer à tout prix.

— Alors ?

— On négocia.

Lupin se mit à rire.

— Négocier avec Daubrecq, c'est drôle !

— Oui, très drôle, scanda Mme Mergy, d'un ton âpre. Pendant ce temps, il agissait, lui, et tout de suite, sans vergogne, allant droit au but. Huit jours après son vol il se rendait à la Chambre des députés, demandait mon mari, et brutalement exigeait de lui trente mille francs dans les vingt-quatre heures. Sinon, le scandale, le déshonneur. Mon mari connaissait l'individu, il le savait implacable, plein de rancune et de férocité. Il perdit la tête et se tua.

— Absurde ! ne put s'empêcher de dire Lupin. Daubrecq possède une liste de vingt-sept noms.

V. — Les Vingt-Sept (1) V. - Die Siebenundzwanzig (1) V. - The Twenty-Seven (1)

L'enfant dormait paisiblement sur le lit. The child was sleeping peacefully on the bed. La mère ne remuait pas de la chaise longue où Lupin l'avait étendue, mais sa respiration plus calme, le sang qui revenait à sa figure, annonçaient un réveil prochain. The mother did not move from the lounger where Lupin had laid her, but her calmer breathing, the blood returning to her face, announced an imminent awakening. Äiti ei liikahtanut sohvalta, johon Lupin oli hänet laskenut, mutta hänen rauhallisempi hengityksensä ja veren palaaminen hänen kasvoilleen kertoivat hänen lähestyvästä heräämisestään.

Il remarqua qu'elle portait une alliance. He noticed that she was wearing a wedding ring. Voyant un médaillon qui pendait au corsage, il s'inclina et aperçut, après l'avoir retourné, une photographie très réduite qui représentait un homme d'une quarantaine d'années et un enfant, un adolescent plutôt, en costume de collégien, dont il étudia le frais visage encadré de cheveux bouclés. Seeing a medallion hanging from the bodice, he leaned forward and, after turning it over, saw a very small photograph of a man in his forties and a child, a teenager rather, in a schoolboy's suit, whose fresh face framed by curly hair he studied.

— C'est bien cela, dit-il… Ah ! — That's it, he said... Ah! la pauvre femme !… the poor woman!...

La main qu'il prit entre les siennes se réchauffait peu à peu. The hand he held between his own was slowly warming up. Les yeux s'ouvrirent, puis se refermèrent. The eyes opened, then closed. Elle murmura : She murmured:

— Jacques… — Jacques...

— Ne vous inquiétez pas… il dort… tout va bien. — Don't worry… he's sleeping… everything's fine.

Elle reprenait son entière connaissance. She was coming back to full consciousness. Mais, comme elle se taisait, Lupin lui posa des questions pour amener chez elle peu à peu le besoin de s'épancher. But, as she remained silent, Lupin asked her questions to gradually bring out the need in her to confide. Mutta kun hän pysyi hiljaa, Lupin esitti hänelle kysymyksiä rohkaistakseen häntä vähitellen avautumaan. Et il lui dit en désignant le médaillon aux portraits : Pointing to the medallion with the portraits, he said:

— Le collégien, c'est Gilbert, n'est-ce pas ? — The schoolboy, that's Gilbert, right?

— Oui, dit-elle. — Yes, she said.

— Et Gilbert est votre fils ? — And Gilbert is your son?

Elle eut un frisson et chuchota : She shivered and whispered:

— Oui, Gilbert est mon fils, mon fils aîné. — Yes, Gilbert is my son, my eldest son.

Ainsi, elle était la mère de Gilbert, de Gilbert, le détenu de la Santé, accusé d'assassinat, et que la justice poursuivait avec tant d'âpreté ! Thus, she was Gilbert's mother, Gilbert, the prisoner at La Santé, accused of murder, and pursued by justice with such bitterness!

Lupin continua :

— Et l'autre portrait ?

— C'est celui de mon mari.

— Votre mari ?

— Oui, il est mort voici trois ans.

Elle s'était assise. She had sat down. La vie tressaillait en elle, de nouveau, ainsi que l'effroi de vivre, et que l'effroi de toutes les choses terrifiantes qui la menaçaient. Life was pulsating within her again, as well as the terror of living, and the terror of all the terrifying things that threatened her. Lupin lui dit encore : Lupin told her again:

— Votre mari s'appelait ?

Elle hésita un moment et répondit :

— Mergy.

Il s'écria :

— Victorien Mergy, le député ?

— Oui.

Il y eut un long silence. Lupin n'avait pas oublié l'événement et le bruit que cette mort avait fait. Lupin had not forgotten the event and the noise that this death had caused. Trois ans auparavant, dans les couloirs de la Chambre, le député Mergy se brûlait la cervelle, sans laisser un mot d'explication, sans qu'on pût, par la suite, trouver à ce suicide la moindre raison. Three years earlier, in the corridors of the Chamber, Deputy Mergy shot himself in the head, without leaving a word of explanation, without it being possible, afterwards, to find the slightest reason for this suicide. Kolme vuotta aiemmin Mergy poltti talon käytävillä aivonsa pihalle ilman selitystä, eikä kukaan kyennyt löytämään pienintäkään syytä hänen itsemurhaansa.

— La raison, dit Lupin, achevant sa pensée à haute voix, vous ne l'ignorez pas ? "The reason," said Lupin, finishing his thought out loud, "you do not ignore it?" - Syytä, sanoi Lupin päättäen ajatuksensa ääneen, - etkö tiedä?

— Je ne l'ignore pas. — I am not ignorant of it.

— Gilbert, peut-être ? — Gilbert, perhaps?

— Non. — No. Gilbert avait disparu depuis plusieurs années, chassé et maudit par mon mari. Gilbert had disappeared for several years, hunted and cursed by my husband. Son chagrin fut très grand, mais il y eut un autre motif. His grief was very great, but there was another reason.

— Lequel ? — Which one? dit Lupin. Lupin said.

Mais il n'était pas nécessaire que Lupin posât des questions. But there was no need for Lupin to ask questions. Mme Mergy ne pouvait plus se taire, et, lentement d'abord, avec l'angoisse de tout ce passé qu'il fallait ressusciter, elle s'exprima ainsi : Mme Mergy could no longer remain silent, and, slowly at first, with the anguish of all that past that had to be resurrected, she spoke as follows:

— Il y a vingt-cinq ans, alors que je m'appelais Clarisse Darcel, et que mes parents vivaient encore, je rencontrai dans le monde, à Nice, trois jeunes gens dont les noms vous éclaireront tout de suite sur le drame actuel : Alexis Daubrecq, Victorien Mergy et Louis Prasville. - Twenty-five years ago, when my name was Clarisse Darcel and my parents were still alive, I met three young people in Nice, whose names will immediately shed light on the current drama: Alexis Daubrecq, Victorien Mergy and Louis Prasville. Tous trois se connaissaient d'autrefois, étudiants de même année, amis de régiment. The three of them knew each other from the old days, students in the same year, friends from the regiment. Prasville aimait alors une actrice qui chantait à l'Opéra de Nice. Prasville then loved an actress who sang at the Nice Opera. Les deux autres, Mergy et Daubrecq, m'aimèrent. The other two, Mergy and Daubrecq, loved me. Sur tout cela, et sur toute cette histoire, d'ailleurs, je serai brève. On all of this, and on this whole story, I will be brief. Les faits parlent suffisamment. The facts speak for themselves. Dès le premier instant, j'aimai Victorien Mergy. From the very first moment, I loved Victorien Mergy. Peut-être eus-je tort de ne pas le déclarer aussitôt. Perhaps I was wrong not to declare it immediately. Mais tout amour sincère est timide, hésitant, craintif, et je n'annonçai mon choix qu'en toute certitude et en toute liberté. But all sincere love is timid, hesitant and fearful, and I only announced my choice with complete certainty and freedom. Malheureusement, cette période d'attente, si délicieuse pour ceux qui s'aiment en secret, avait permis à Daubrecq d'espérer. Unfortunately, this waiting period, so delightful for those who love each other in secret, had allowed Daubrecq to hope. Sa colère fut atroce. His anger was atrocious.

Clarisse Mergy s'arrêta quelques secondes, et elle reprit d'une voix altérée : Clarisse Mergy stopped for a few seconds, and then she resumed in an altered voice:

— Je me souviendrai toujours… Nous étions tous les trois dans le salon. I will always remember... We were all three in the living room. Ah ! Ah!

j'entends les paroles qu'il prononça, paroles de haine et de menace horrible. I hear the words he spoke, words of hatred and horrible threats. Victorien était confondu. Victorien was bewildered. Jamais il n'avait vu son ami de la sorte, avec ce visage répugnant, cette expression de bête… Oui, une bête féroce… Il grinçait des dents. He had never seen his friend like this, with this repugnant face, this beastly expression... Yes, a ferocious beast... He was grinding his teeth. Il frappait du pied. He was stomping his foot. Ses yeux, — il ne portait pas de lunettes alors, — ses yeux bordés de sang roulaient dans leurs orbites, et il ne cessait de répéter : « Je me vengerai… je me vengerai… Ah ! His eyes, - he was not wearing glasses then, - his bloodshot eyes rolled in their sockets, and he kept repeating: 'I will take revenge... I will take revenge... Ah!', vous ne savez pas de quoi je suis capable. you do not know what I am capable of.', J'attendrai, s'il le faut, dix ans, vingt ans… Mais ça viendra comme un coup de tonnerre… Ah ! I will wait, if necessary, ten years, twenty years... But it will come like a thunderbolt... Ah! vous ne savez pas… Se venger… Faire le mal… pour le mal… Quelle joie !… Je suis né pour faire du mal… Et vous me supplierez tous deux à genoux, oui, à genoux !… » Aidé de mon père qui entrait à ce moment, et d'un domestique, Victorien Mergy jeta dehors cet être abominable. You don't know... Revenge... Doing evil... for evil's sake... What joy!... I was born to do evil... And you'll both beg me on your knees, yes, on your knees!..." Victorien Mergy, aided by my father who had just entered, and a servant, threw this abominable being out of the room. Six semaines plus tard, j'épousais Victorien. Six weeks later, I married Victorien.

— Et Daubrecq, interrompit Lupin, il n'essaya pas ?… - And Daubrecq," interrupted Lupin, "he didn't try?

— Non, mais le jour de mon mariage, en rentrant chez lui, Louis Prasville, qui nous servait de témoin malgré la défense de Daubrecq, trouva la jeune femme qu'il aimait, cette chanteuse de l'Opéra… il la trouva morte, étranglée… — No, but on the day of my wedding, when Louis Prasville returned home, who served as our witness despite Daubrecq's prohibition, he found the young woman he loved, that opera singer... he found her dead, strangled...

— Quoi… fit Lupin en sursautant, est-ce que Daubrecq ?… — What... Lupin said, startled, did Daubrecq ?...

— On sut que Daubrecq, depuis quelques jours, la poursuivait de ses assiduités, mais on ne sut rien de plus. — It was known that Daubrecq had been pursuing her attentions for a few days, but nothing more was known. Il fut impossible d'établir qui était entré en l'absence de Prasville, et qui était sorti. It was impossible to establish who had entered in Prasville's absence, and who had left. On ne découvrit aucune trace, rien, absolument rien. No trace was discovered, nothing, absolutely nothing.

— Cependant Prasville… "However, Prasville..."

— Pour Prasville, pour nous, la vérité ne fit pas de doute. — For Prasville, for us, the truth was clear. Daubrecq a voulu enlever la jeune femme, a voulu peut-être la brusquer, la contraindre et, au cours de la lutte, affolé, perdant la tête, il l'avait saisie à la gorge et tuée, presque à son insu. Daubrecq wanted to abduct the young woman, perhaps wanted to force her, to coerce her, and in the course of the struggle, panicked, losing his mind, he grabbed her by the throat and killed her, almost without realizing it. Daubrecq halusi siepata nuoren naisen, ehkä hän halusi rynnätä ja pakottaa hänet, ja kamppailun aikana hän tarttui paniikissa, menetti päänsä, tarttui häntä kurkusta ja tappoi hänet, melkein naisen tietämättä. Mais, de tout cela, pas de preuve ; Daubrecq ne fut même pas inquiété. But, of all this, no proof; Daubrecq was not even bothered.

— Et par la suite, que devint-il ? - And what happened next?

— Pendant des années, nous n'entendîmes pas parler de lui. - For years, we heard nothing from him. Nous sûmes seulement qu'il s'était ruiné au jeu, et qu'il voyageait en Amérique. We only knew that he had gambled himself to ruin, and that he was traveling in America. Et, malgré moi, j'oubliais sa colère et ses menaces, toute disposée à croire que lui-même, ne m'aimant plus, ne pensait plus à ses projets de vengeance. And, despite myself, I forgot his anger and threats, completely willing to believe that he himself, no longer loving me, no longer thought about his plans for revenge. D'ailleurs j'étais trop heureuse pour m'occuper de ce qui n'était pas mon amour, mon bonheur, la situation politique de mon mari, la santé de mon fils Antoine. Besides, I was too happy to care about anything other than my love, my happiness, my husband's political situation, and the health of my son Antoine.

— Antoine ? - Antoine?

— Oui, c'est le vrai nom de Gilbert, le malheureux a tout au moins réussi à cacher sa personnalité. - Yes, that's Gilbert's real name, but at least he's managed to hide his personality.

Lupin demanda :

— À quelle époque… Gilbert… a-t-il commencé ?… — At what time... Gilbert... did he start?...

— Je ne saurais vous le dire au juste. — I couldn't tell you exactly. Gilbert — j'aime autant l'appeler ainsi, et ne plus prononcer son nom véritable — Gilbert, enfant, était ce qu'il est aujourd'hui, aimable, sympathique à tous, charmant, mais paresseux et indiscipliné. Gilbert - I prefer to call him that, and not pronounce his real name anymore - Gilbert, as a child, was what he is today, kind, sympathetic to all, charming, but lazy and undisciplined. Lorsqu'il eut quinze ans, nous le mîmes dans un collège des environs de Paris, précisément pour l'éloigner un peu de nous. When he was fifteen, we sent him to a college near Paris, precisely to get him away from us for a while. Au bout de deux ans, on le renvoyait. After two years, he was fired.

— Pourquoi ?

— Pour sa conduite. — For his behavior. On avait découvert qu'il s'échappait la nuit, et aussi, que durant des semaines, alors que soi-disant, il était auprès de nous, en réalité il disparaissait. Wir hatten herausgefunden, dass er nachts ausbricht und dass er wochenlang, wenn er angeblich bei uns war, in Wirklichkeit verschwand. It had been discovered that he was escaping at night, and also, that for weeks, while supposedly he was with us, in reality he was disappearing. Huomasimme, että hän pakeni öisin ja että hän katosi viikoiksi kerrallaan, kun hänen oletettiin olevan kanssamme.

— Que faisait-il ? — What was he doing?

— Il s'amusait, jouait aux courses, traînait dans les cafés et dans les bals publics. — He was having fun, racing, hanging out in cafes and public balls.

— Il avait donc de l'argent ? — So he had money?

— Oui. — Yes.

— Qui lui en donnait ?

— Son mauvais génie, l'homme qui, en cachette de ses parents, le faisait sortir du collège, l'homme qui le dévoya, qui le corrompit, qui nous l'arracha, qui lui apprit le mensonge, la débauche, le vol. - His evil genius, the man who, in secret from his parents, took him out of school, the man who devoured him, who corrupted him, who tore him away from us, who taught him lies, debauchery and theft.

— Daubrecq ?

— Daubrecq.

Clarisse Mergy dissimulait entre ses mains jointes la rougeur de son front. Clarisse Mergy concealed the redness of her forehead between her clasped hands. Clarisse Mergy peitti otsansa punoitusta yhteenliitetyillä käsillään. Elle reprit de sa voix lasse : She resumed in her tired voice:

— Daubrecq s'était vengé. - Daubrecq had taken his revenge. Le lendemain même du jour où mon mari chassait de la maison notre malheureux enfant, Daubrecq nous dévoilait, dans la plus cynique des lettres, le rôle odieux qu'il avait joué et les machinations grâce auxquelles il avait réussi à pervertir notre fils. The very next day after my husband kicked our unfortunate child out of the house, Daubrecq revealed to us, in the most cynical of letters, the despicable role he had played and the machinations through which he had succeeded in corrupting our son. Il continuait ainsi : « La correctionnelle un de ces jours… Plus tard les assises… et puis, espérons-le, l'échafaud. He continued: 'One of these days, the correctional court... Later the assizes... and then, hopefully, the scaffold.' » Lupin s'exclama : "Lupin exclaimed: — Comment ? c'est Daubrecq qui aurait comploté l'affaire actuelle ? Is it Daubrecq who would have plotted the current affair?

— Non, non, il n'y a là qu'un hasard. — No, no, it's just a coincidence. L'abominable prédiction n'était qu'un vœu formulé par lui. The abominable prediction was just a wish expressed by him. Mais combien cela me terrifia ! But how terrified I was! J'étais malade à ce moment. Mon autre fils, mon petit Jacques, venait de naître. Et chaque jour nous apprenait quelque nouveau méfait commis par Gilbert, de fausses signatures données, des escroqueries… si bien qu'autour de nous, nous annonçâmes son départ pour l'étranger, puis sa mort. And every day we learned of some new misdeed committed by Gilbert, forged signatures given, swindles... so much so that those around us were announcing his departure for abroad, and then his death. La vie fut lamentable, et elle le fut d'autant plus quand éclata l'orage politique où mon mari devait sombrer. Life was miserable, and all the more so when the political storm that was to engulf my husband erupted.

— Comment cela ?

— Deux mots vous suffiront, le nom de mon mari est sur la liste des Vingt-sept. - Two words will be enough for you, my husband's name is on the list of the Twenty-seven.

— Ah ! - Ah!

D'un coup, le voile se déchirait devant les yeux de Lupin et il apercevait à la lueur d'un éclair toute une région de choses qui se dérobaient jusque-là dans les ténèbres. Suddenly, the veil was torn before Lupin's eyes and he saw in a flash a whole region of things that had previously eluded him in the darkness.

D'une voix plus forte, Clarisse Mergy reprenait : With a stronger voice, Clarisse Mergy resumed:

— Oui, son nom s'y trouve inscrit, mais par erreur, par une sorte de malchance incroyable dont il fut la victime. - Yes, his name is inscribed there, but by mistake, by a kind of incredible misfortune of which he was the victim. - Kyllä, hänen nimensä on siinä, mutta vahingossa, jonkin uskomattoman epäonnen seurauksena, jonka uhriksi hän joutui. Victorien Mergy fit bien partie de la commission chargée d'étudier le canal français des Deux-Mers. Victorien Mergy was indeed part of the commission tasked with studying the French Canal of the Two Seas. Victorien Mergy oli jäsenenä toimikunnassa, jonka tehtävänä oli tutkia Ranskan Canal des Deux-Mersin kanavaa. Il vota bien avec ceux qui approuvèrent le projet de la compagnie. He voted with those who approved the company's project. Hän äänesti niiden kanssa, jotka hyväksyivät yrityksen hankkeen. Il toucha même, oui, je le dis nettement, et je précise la somme, il toucha quinze mille francs. He even got, yes, I'll say it clearly, and I'll specify the sum, he got fifteen thousand francs. Hän jopa sai, kyllä, sanon sen selvästi ja täsmennän summan, hän sai viisitoista tuhatta frangia.

Mais c'est pour un autre qu'il toucha, pour un de ses amis politiques en qui il avait une confiance absolue et dont il fut l'instrument aveugle, inconscient. But it was for another that he vouched, for one of his political friends in whom he had absolute trust and of whom he was the blind, unconscious instrument. Mutta hän kosketti toista, erästä poliittista ystäväänsä, johon hän luotti täysin ja jonka sokea, tiedostamaton väline hän oli. Il crut faire une bonne action, il se perdait. He thought he was doing a good deed, he was actually ruining himself. Le jour où, après le suicide du président de la compagnie et la disparition du caissier, l'affaire du canal apparut avec tout son cortège de tripotages et de malpropretés, ce jour-là seulement mon mari sut que plusieurs de ses collègues avaient été achetés et il comprit que son nom, comme le leur, comme celui d'autres députés, chefs de groupes, parlementaires influents, se trouvait sur cette liste mystérieuse dont on parlait soudain. The day when, after the president of the company's suicide and the disappearance of the cashier, the affair of the canal emerged with all its corruption and dirtiness, that day only did my husband realize that several of his colleagues had been bought and he understood that his name, like theirs, like that of other deputies, group leaders, influential parliamentarians, was on that mysterious list that was suddenly being talked about. Sinä päivänä, kun yhtiön puheenjohtajan itsemurhan ja kassanhoitajan katoamisen jälkeen kanavajuttu kaikkine siihen liittyvine huijauksineen ja väärinkäytöksineen tuli julki, mieheni tiesi, että useita hänen kollegoitaan oli lahjottu, ja hän tajusi, että hänen nimensä, kuten heidän ja muidenkin parlamentin jäsenten, ryhmien johtajien ja vaikutusvaltaisten parlamentin jäsenten nimet, oli salaperäisellä listalla, josta yhtäkkiä alettiin puhua. Ah !

les jours affreux qui s'écoulèrent alors ! the terrible days that passed then! La liste serait-elle publiée ? Would the list be published? Son nom serait-il prononcé ? Would his name be mentioned? Quelle torture ! Vous vous rappelez l'affolement de la Chambre, cette atmosphère de terreur et de délation ! Remember the panic in the Chamber, the atmosphere of terror and denunciation? Qui possédait la liste ? On ne le savait pas. On savait son existence. Voilà tout. Deux hommes furent balayés par la tempête. Two men were swept away by the storm. Et l'on ignorait toujours d'où partait la dénonciation et quelles mains se trouvaient les papiers accusateurs. And we still didn't know where the denunciation came from, or which hands held the accusing papers. Emmekä vieläkään tienneet, mistä ilmianto oli tullut tai kenen käsissä syytöspaperit olivat.

— Daubrecq, insinua Lupin. - Daubrecq," insinuated Lupin.

— Eh ! non, s'écria Mme Mergy, Daubrecq n'était encore rien à cette époque, il n'avait pas encore paru sur la scène. no, exclaimed Mrs. Mergy, Daubrecq was nothing at that time, he had not yet appeared on the scene. Non… rappelez-vous… la vérité on la connut tout d'un coup, par celui-là même qui la détenait, Germineaux, l'ancien Garde des Sceaux, et le cousin du président de la Compagnie du canal. No... remember... the truth was suddenly known, by the very person who held it, Germineaux, the former Minister of Justice, and the cousin of the president of the Canal Company. Ei... muistakaa... totuus tuli yhtäkkiä julki juuri siltä henkilöltä, jolla se oli, Germineaux'lta, entiseltä sinettien vartijalta ja kanavayhtiön puheenjohtajan serkulta. Malade, phtisique, de son lit d'agonisant, il écrivit au préfet de police, lui léguant cette liste que, disait-il, l'on trouverait, après sa mort, dans un coffre de fer, au fond de sa chambre. Ill, consumptive, from his deathbed, he wrote to the police prefect, bequeathing him this list that, he said, would be found, after his death, in an iron safe, at the bottom of his room. Hän kirjoitti sairaana ja ftiisitautisena kuolinvuoteeltaan poliisiprefektille ja testamenttasi hänelle tämän luettelon, joka hänen mukaansa löytyisi hänen kuolemansa jälkeen hänen huoneensa takaosassa olevasta rauta-arkusta. La maison fut entourée d'agents. Le préfet s'établit à demeure auprès du malade. The prefect takes up residence with the patient. Germineaux mourut. On ouvrit le coffre. Il était vide.

— Daubrecq, cette fois, affirma Lupin.

— Oui, Daubrecq, proféra Mme Mergy, dont l'agitation croissait de minute en minute, Alexis Daubrecq, qui, depuis six mois, déguisé, méconnaissable, servait de secrétaire à Germineaux. - Yes, Daubrecq," exclaimed Mme Mergy, whose agitation was growing by the minute, "Alexis Daubrecq, who for six months, disguised and unrecognizable, had been Germineaux's secretary. Comment avait-il appris que Germineaux était le possesseur du fameux papier ? How had he learned that Germineaux was the owner of the famous paper? Il importe peu. It does not matter. Toujours est-il qu'il avait fracturé le coffre la nuit même qui précéda la mort. In any case, he had broken into the safe the very night before the death. L'enquête le prouva et l'identité de Daubrecq fut établie. The investigation proved it, and Daubrecq's identity was established.

— Mais on ne l'arrêta pas ? — But they didn't stop him?

— À quoi bon ! — What's the point! On supposait bien qu'il avait mis la liste en lieu sûr. It was assumed that he had kept the list safe. L'arrêter, c'était l'esclandre, l'affaire qui recommençait, cette vilaine affaire dont tout le monde est las et que l'on veut étouffer à tout prix. To stop him was to cause a scandal, to start the affair all over again, the ugly affair that everyone is tired of and wants to hush up at all costs. Hänen pysäyttämisensä olisi merkinnyt skandaalia, sen ikävän tapauksen toistumista, johon kaikki ovat kyllästyneet ja jonka kaikki haluavat kaikin keinoin vaieta.

— Alors ?

— On négocia. - We negotiated.

Lupin se mit à rire. Lupin laughed.

— Négocier avec Daubrecq, c'est drôle !

— Oui, très drôle, scanda Mme Mergy, d'un ton âpre. - Yes, very funny," Ms. Mergy scolded, her tone harsh. Pendant ce temps, il agissait, lui, et tout de suite, sans vergogne, allant droit au but. Meanwhile, he acted immediately, shamelessly and to the point. Huit jours après son vol il se rendait à la Chambre des députés, demandait mon mari, et brutalement exigeait de lui trente mille francs dans les vingt-quatre heures. Eight days after his flight he went to the Chamber of Deputies, asked for my husband, and brutally demanded thirty thousand francs from him within twenty-four hours. Sinon, le scandale, le déshonneur. Otherwise, scandal, dishonor. Mon mari connaissait l'individu, il le savait implacable, plein de rancune et de férocité. My husband knew the individual, he knew him to be relentless, full of resentment and ferocity. Il perdit la tête et se tua. He lost his head and killed himself.

— Absurde ! — Absurd! ne put s'empêcher de dire Lupin. could not help but say Lupin. Daubrecq possède une liste de vingt-sept noms. Daubrecq has a list of twenty-seven names.