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La chronique d'Aliette de Laleu, Apollinaire, Poulenc et les femmes - Aliette de Laleu

Apollinaire, Poulenc et les femmes - Aliette de Laleu

Saskia : Bonjour Aliette de Laleu.

Aliette : Bonjour Saskia.

Saskia : Ce matin on a droit à un peu de poésie, un peu de Poulenc et un peu de féminisme…

* Extrait de « Non Monsieur mon mari » de Francis Poulenc *

Cet air de Poulenc est connu comme l'air féministe par excellence dans le répertoire classique.

C'est extrait de l'opéra Les Mamelles de Tirésias, inspiré de la pièce

surréaliste de Guillaume Apollinaire du même nom.

Sur le papier, la chanteuse proclame « Non Monsieur mon mari vous ne me ferez pas faire ce que vous voulez,

je suis féministe et je ne reconnais pas l'autorité de l'homme, je veux agir à ma guise,

je veux faire la guerre et non pas des enfants. ».

Saskia : Les intentions féministes sont plutôt claires..

Aliette : Oui et pourtant, si on contextualise l'oeuvre et que l'on regarde le livret, de nombreux

éléments prouvent que cet opéra ne revendique pas vraiment la cause féministe.

Certains écrits disent qu'elle la dessert ce à quoi je ne crois pas car Apollinaire et Poulenc

avaient un discours très positif sur la place des femmes dans la société.

Mais résumons un peu : nous sommes en 1947 pour la création à l'Opéra Comique des Mamelles de Tirésias.

La pièce a été écrite en 1917. Deux périodes d'après-guerre où l'un des principaux sujets sociétaux

qui agitent les Français c'est la dépopulation. Apollinaire l'explicite clairement dans

sa préface, et Poulenc s'en sert aussi dans son prologue :

« Écoutez, ô Français, la leçon de la guerre, Et faites des enfants, vous qui n'en faisiez guère. »

Si le personnage Thérèse, que l'on entendait au début de cette chronique, fustige cette injonction

des femmes à n'être que des bêtes reproductives dans son air, elle finira, à la fin du 2e acte,

par féliciter son mari qui réussit

à mettre au monde 40 000 enfants tout seul.

Saskia : Tout simplement. Et c'est finalement ça le sujet de l'opéra : le mélange des genres,

le mélange des sexes.

Aliette : Exactement ! On est clairement sur le sujet des transgenres et ce n'est pas

un hasard si l'oeuvre s'appelle les Mamelles de Tirésias.

Dans la mythologie, ce personnage a plusieurs histoires et plusieurs genres.

Dans l'une des versions de son mythe, celle d'Ovide, Tirésias surprend un jour deux serpents en train

de s'accoupler et les sépare.

Pour le punir, il est transformé en femme pendant 7 ans jusqu'à ce qu'il

revive cette scène d'accouplement, il resépare les bêtes et hop, il redevient homme.

Son histoire de changement de sexe devient célèbre jusqu'aux oreilles des dieux et

provoque une dispute entre Zeus et sa soeur Héra. Elle soutient que la femme éprouve

plus de plaisir que l'homme pendant un acte sexuel, lui le contraire. Donc pour se départager

ils demandent à Tirésias, qui connaît bien cette situation, de départager le débat.

Une idée de la réponse Saskia ?

Saskia : On est quand même dans une chronique féministe non ?

Et bien oui, Tirésias affirme que sur une échelle imaginaire orgasmique de 10, la jouissance

de la femme arrive à 9 tandis que celle de l'homme ne vaut qu'1. Héra le condamne

donc aux ténèbres éternelles, et pour compenser, sans trop froisser la déesse du mariage,

de la fécondité, Zeus lui offre le don de divinité et six vies supplémentaires.

Mais revenons un peu à Poulenc et Apollinaire…

Si en effet le sujet principal des Mamelles de Tirésias n'est pas le féminisme,

on note tout de même que cette oeuvre a été créée dans un contexte particulier.

La baisse de natalité mais aussi la participation des

femmes à l'effort de guerre. Elles travaillent dans les usines, prennent en main le pays

en guerre et revendiquent, déjà en 1917, des droits égaux par rapport aux hommes.

Thérèse, au début de l'opéra, est une digne représentante de ces combats et des

aspirations des femmes à travailler et occuper des postes réservés jusque là aux hommes.

Jusqu'à la fin où elle retrouve sa condition de femme et on imagine va devoir gérer 40 000 enfants,

ce qui n'est pas une mince affaire…

Saskia : Merci beaucoup Aliette de Laleu pour cette chronique qu'on podcast sur francemusique.fr,

qu'on retrouve en vidéo sur les réseaux sociaux. Bonne journée Aliette.

Aliette : Merci.

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