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InnerFrench - Vol. 1, #88 - Pourquoi les Français sont-ils anti-vaccins ? (1)

#88 - Pourquoi les Français sont-ils anti-vaccins ? (1)

Salut à toutes et à tous ! Je suis très content de vous retrouver pour ce premier épisode de 2021. Peut-être que vous entendez que le son est un peu différent parce que j'ai acheté un nouveau micro. Donc si je ne me suis pas trompé dans les réglages, la qualité audio devrait être meilleure qu'avant. D'autant plus que maintenant, il y a un ingénieur du son qui va s'occuper de monter, d'éditer les épisodes. Cet ingénieur du son, c'est Chris, un Américain qui est aussi un fidèle auditeur du podcast. Donc j'en profite pour le saluer vu que c'est lui qui va monter cet épisode. Bienvenue dans l'équipe, Chris !

Maintenant, pour bien commencer l'année, on va essayer d'être optimistes. Espérons que 2021 sera moins chaotique que 2020. Voilà, on n'en demande pas trop, on n'est pas trop exigeants. Et si possible, bien sûr, espérons qu'on viendra à bout de cette pandémie.

À vrai dire, on a quelques raisons d'être optimistes, notamment les vaccins qui ont commencé à arriver un peu partout. D'ailleurs, le mot «vaccin» est sur toutes les lèvres depuis quelques semaines, tout le monde ne parle que de ça.

Mais en France, mes compatriotes n'ont pas hâte de se faire vacciner contre le covid. En fait, ils sont plutôt sceptiques. Eh oui, on est comme ça, nous les Français. On n'aime pas se réjouir trop vite. On a besoin d'être convaincus.

Selon les sondages, grosso modo, un Français sur deux ne veut pas du vaccin contre le covid. Ça fait beaucoup ! Si la moitié des Français refuse de se faire vacciner, on va avoir du mal à atteindre l'immunité collective. Mais en même temps, leurs arguments pour justifier ce refus semblent assez raisonnables. Ils disent qu'ils ont peur des effets secondaires de ces vaccins, que les laboratoires n'ont pas assez de recul pour bien en mesurer les risques, et qu'ils ont des doutes sur leur efficacité.

Le problème, c'est que leur scepticisme ne concerne pas uniquement ce vaccin. En 2018, l'ONG britannique WellCome a mené une grande étude pour comparer l'attitude des citoyens de 144 pays sur les questions de santé publique. Une des questions de ce sondage, c'était : pensez-vous que les vaccins sont sûrs ? (autrement dit, que les vaccins ne sont pas dangereux). Et vous savez qui a le plus souvent répondu «non» à cette question ? Les Français, bien sûr ! Un tiers, autrement dit 33% des Français pensent que les vaccins ne sont pas sûrs. Pour comparer, la moyenne mondiale pour cette question, c'était 7%, donc cinq fois moins que les Français.

Alors, ça peut sembler paradoxal parce que la France est le pays de Louis Pasteur, l'homme qui a inventé le vaccin contre la rage et popularisé la technique de vaccination. La France, c'est aussi l'un des pays où il y a le plus de vaccins obligatoires pour les enfants. Depuis 2018, il y a 11 vaccins obligatoires en France alors qu'en Allemagne ou au Royaume-Uni, d'après mes recherches, il n'y en a aucun. Il y a seulement des recommandations, mais les parents sont libres de choisir [correction : le vaccin contre la rougeole est obligatoire en Allemagne].

Donc voilà, c'est plutôt bizarre non ? Pourquoi les Français ont-ils cette défiance, cette désapprobation vis-à-vis des vaccins ? Est-ce qu'ils ne font plus confiance à la science ?

En fait, vous allez voir que c'est un phénomène assez récent qui s'est développé ces dix dernières années. Avant ça et pendant longtemps, les Français étaient très favorables à la vaccination.

Alors, pour tout vous dire, en choisissant ce sujet, je pensais que ça ne me prendrait pas trop de temps. Je me disais que c'était un bon thème pour commencer tranquillement l'année. Mais je me suis vite rendu compte que la vaccination, c'est une question beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît. C'est un sujet très sensible qui suscite beaucoup d'émotions parce qu'il touche à notre corps ou à celui de nos enfants. C'est à la fois un choix personnel et une question de santé publique. Bref, c'est difficile d'en parler calmement.

Donc on va essayer de comprendre les arguments des deux camps sans tomber dans la caricature. Si la moitié des Français ont peur du vaccin contre le covid, il faut les écouter. On ne peut pas simplement les ignorer et les forcer à se faire vacciner. J'imagine que dans votre pays aussi, il y a des personnes qui ne sont pas favorables à la vaccination. Peut-être que vous-mêmes, vous avez des doutes. Donc j'espère que cet épisode vous permettra d'en apprendre davantage.

Avant de commencer, je vous rappelle que la transcription de l'épisode est disponible sur innerfrench.com, et vous trouverez aussi les sources des articles et études que je cite sur la page de l'épisode.

Allez, c'est parti !

Je ne vais pas vous détailler toute l'histoire de la vaccination mais je peux au moins vous dire que depuis son invention, elle a toujours eu des détracteurs. Et quand on sait comment ça fonctionne, c'est pas étonnant que les gens en aient eu peur, surtout au début avec les premières expérimentations.

C'est vrai, la vaccination, ça consiste à injecter un virus pour en être protégé ensuite. Enfin, pour être plus clair, on injecte soit un virus affaibli, soit déjà mort, pour que le corps apprenne à reconnaître le danger et à créer des anticorps (autrement dit des protéines immunitaires) pour pouvoir mieux résister au vrai virus plus tard.

On peut se demander comment quelqu'un a eu une telle idée !

En occident, on considère que l'inventeur du vaccin, c'est un médecin anglais, Edward Jenner. Pendant plusieurs siècles, en Europe, il y avait une maladie qui faisait des ravages : la variole (qu'on appelle aussi parfois la petite vérole). C'était une maladie très contagieuse et souvent mortelle qui frappait surtout les jeunes enfants. Elle était facile à identifier parce que les malades avaient des pustules, des gros boutons qui apparaissaient partout sur le corps.

À la fin du XVIIIème siècle, Edward Jenner était docteur dans la campagne anglaise, et il a remarqué que certaines personnes semblaient immunisées contre la variole. Ces personnes avaient un point commun : elles avaient toutes été contaminées par une autre maladie, la vaccine. La vaccine, c'était une forme de variole qui affectait principalement les vaches mais qui était bénigne pour les êtres humains, autrement dit une maladie sans gravité, sans danger pour nous. Et pour votre culture générale, sachez que le nom de cette maladie, «vaccine», il vient du mot latin «vacca» qui veut dire «vache».

Bref, quand Edward Jenner a découvert ça, il a eu l'idée de prélever, de prendre du pus d'une personne qui était malade de la vaccine et de l'inoculer à un enfant. Après ça, il a essayé de contaminer l'enfant avec la variole, mais il était immunisé. C'est comme ça qu'Edward Jenner est devenu le premier médecin en Europe à expérimenter scientifiquement la vaccination. Grâce à sa découverte, les Anglais ont pu protéger leurs enfants de la variole.

Mais en France, bien sûr, il est hors de question qu'on célèbre un Anglais ! Alors on a choisi un autre héros pour la vaccination : Louis Pasteur. Environ un siècle après la découverte de Jenner, Pasteur s'est inspiré de ses recherches pour approfondir la méthode de vaccination avec d'autres maladies. Il est principalement connu pour avoir inventé le vaccin contre la rage, une maladie qui était assez commune chez certains animaux sauvages et mortelle pour l'homme.

Néanmoins, pour Pasteur comme pour Jenner, il a fallu du temps avant de réussir à convaincre leurs collègues de l'efficacité de leur méthode. Par exemple, même si Pasteur était déjà un scientifique très respecté quand il a découvert le vaccin contre la rage, il a été très critiqué par certains médecins, notamment parce que lui, il avait une formation de chimiste, pas de médecin. Donc certains médecins ne croyaient pas aux résultats de ses recherches. Ils disaient que Pasteur avait juste «de la chance» et que la vaccination était une chose dangereuse qu'il fallait interdire.

Les institutions catholiques étaient assez réticentes à cette idée elles aussi, mais pour d'autres raisons. Ce qui les dérangeait, c'était le principe-même de la vaccination : injecter le mal pour faire le bien. Pourtant, Pasteur était lui-même catholique. Mais au XIXème siècle, les institutions catholiques n'étaient pas toujours convaincues des bienfaits, des bénéfices de la science.

Comme vous pouvez l'imaginer, l'opinion publique était assez dubitative elle aussi ! Quand les médecins ont dit à leurs patients qu'ils devaient leur injecter une petite dose d'un virus pour les protéger, les réactions n'étaient pas toujours enthousiastes…

Et franchement, je les comprends ! Même moi, je me rappelle que mes visites chez le médecin pour mes vaccins quand j'étais petit, c'était pas une partie de plaisir ! Ma mère m'expliquait que c'était pour ne pas tomber malade plus tard, mais moi je pensais seulement à la douleur de la piqûre. Alors entre avoir mal tout de suite ou tomber malade plus tard, j'aurais choisi la 2nde option (si j'avais eu le choix). Mais heureusement, je n'avais pas le choix : c'était ma mère qui décidait pour moi. Donc j'ai bien reçu tous les vaccins obligatoires et je n'ai jamais attrapé ces maladies.

Finalement, c'était ça, le meilleur argument pour convaincre les sceptiques : l'efficacité des vaccins. C'est grâce aux vaccins que des maladies comme la variole, la diphtérie, la polio ou la tuberculose ont complètement ou quasiment disparu (en tout cas, dans les pays riches). Et pour accélérer leur diffusion, il y a des pays qui ont même décidé de les imposer à leurs citoyens. Par exemple, en 1902, la France a rendu le vaccin contre la variole obligatoire.

Mais justement, aujourd'hui, un siècle plus tard, dans certains pays riches, les doutes concernant la vaccination reviennent. L'étude de l'ONG britannique WellCome que j'ai déjà citée montre que ce sont les habitants des pays riches qui font le moins confiance aux vaccins, particulièrement en Europe. Comme il n'y a pas eu de grande épidémie depuis longtemps (du moins, jusqu'à l'arrivée du covid l'année dernière), les habitants ne voient pas l'intérêt de se faire vacciner.

C'est un phénomène que les chercheurs appellent «l'effet de laisser-aller». En français, l'expression «laisser-aller», elle est plutôt négative. Elle désigne une forme de négligence. Par exemple, si quelqu'un néglige son apparence physique, ses vêtements, on dit qu'il se laisse aller. En ce moment, comme on est obligés de rester à la maison, on a tendance à se laisser-aller. On reste en pyjama toute la journée, on ne prend pas de douche tous les jours… Mais on utilise aussi cette expression pour dire que quelqu'un ne fait pas d'effort au travail. Vous savez, si vous avez un collègue qui va bientôt quitter l'entreprise parce qu'il a trouvé un autre poste, les derniers jours, il ne travaille plus beaucoup. Il vient au bureau, mais il ne fait pas grand-chose. Donc à ce moment-là, son chef peut dire «il y a du laisser-aller !».

Bref, dans les pays riches, les gens n'ont plus peur des épidémies donc ils ne se font pas toujours vacciner, ils négligent leurs obligations. C'est pour ça que les chercheurs utilisent le terme d'«effet de laisser-aller».

Au contraire, dans les pays pauvres où ces maladies contagieuses sont encore très présentes, le niveau de confiance vis-à-vis de la vaccination est beaucoup plus élevé. Par exemple, l'étude de WellCome montre que la quasi-totalité des habitants du Bangladesh et du Rwanda ont confiance dans la sûreté et l'efficacité des vaccins. Souvenez-vous que 33% des Français pensent le contraire.

Cette tendance dans les pays riches est aussi due à l'apparition de groupes anti-vaccins qui se sont rapidement développés grâce à internet. Mais ça, on va en reparler un peu plus tard.

D'ailleurs, cette défiance explique en partie pourquoi certaines maladies qui avaient disparu sont en train de réapparaître, comme la rougeole par exemple. La rougeole, c'est aussi une maladie qui touche les enfants et qui fait apparaître des taches rouges sur la peau. Ça ressemble un peu à la variole mais c'est beaucoup moins dangereux. Grâce au vaccin, la rougeole avait quasiment disparu, mais depuis quelques années, le nombre de cas augmente dans certains pays. Par exemple, en France, il y a eu une épidémie de rougeole entre 2008 et 2012. Elle a fait «seulement» 14 morts parce qu'on dispose de traitements efficaces, mais si tous les enfants avaient été vaccinés correctement, ces décès auraient pu être évités.

Même si on entend des critiques contre les vaccins dans les pays riches, elles restent assez marginales, sauf en France ! Comme je vous l'ai dit en introduction, mes compatriotes ont pas mal de doutes concernant le vaccin. Mais en fait, c'est une tendance récente qui est apparue il y a une dizaine d'années. Donc maintenant, on va essayer de comprendre ce qui s'est passé.

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