×

Nós usamos os cookies para ajudar a melhorar o LingQ. Ao visitar o site, você concorda com a nossa política de cookies.

Promoção de Ano Novo - Semana Prolongada Até 50% de Desconto
image

Bram Stoker - Dracula, Part (7)

Part (7)

« Est-il étonnant que nous soyons une race de conquérants, que nous soyons fiers, que quand les Magyars, les Lombards, les Avars, les Bulgares et les Turcs déferlèrent par milliers à nos frontières, nous soyons parvenus à les repousser ? Faut-il s'étonner que quand Arpad et ses armées traversèrent la mère patrie hongroise, il nous trouva face à lui à la frontière, et que l'Honfoglalas, la conquête hongroise, se soit arrêtée ici ? Et quand la déferlante des hongrois submergea l'est, les Szekelys furent appelés frères par les Magyars victorieux, et on nous confia pendant des siècles la garde de la frontière du pays des Turcs, oui, nous montâmes la garde pour toujours, car, comme

le disent les Turcs : « Les eaux dorment, mais l'ennemi ne dort jamais. » Laquelle parmi les quatre nations, a plus que la nôtre accepté de payer le prix du sang, ou s'est assemblée plus vite sous la bannière du roi lorsqu'elle était appelée à la guerre ? Quand fut rachetée la grande honte de ma nation, la honte de Carsova, quand les drapeaux des Valaches et des Magyars s'inclinèrent devant le croissant ? Qui, sinon un Voïvode de ma propre race, traversa le Danube pour vaincre le Turc sur son propre terrain ? Un Dracula, bien sûr ! Maudit soit son frère indigne, qui après sa mort, vendit son peuple aux Turcs et le couvrit de la honte de l'esclavage. Et n'est-ce pas ce même Dracula qui en inspira plus tard d'autres de sa race, qui, encore et encore, firent passer à leurs troupes le grand fleuve pour envahir la Turquie, lui qui, une fois battu, revenait encore et encore et encore, même s'il devait laisser sur le champ de bataille ensanglanté ses troupes massacrées, car il savait qu'à la fin, même seul, il triompherait ! On disait qu'il ne pensait qu'à lui seul. Bah ! A quoi serviraient ces paysans sans chef ? A quoi bon la guerre sans un cerveau et un cœur pour la diriger ? A nouveau, quand, après la bataille de Mohacs, nous nous débarrassâmes du joug des Hongrois, nous les Dracula, étions parmi les chefs, car nous ne pouvions supporter de ne pas être libres. Ah, jeune homme, les Szekelys, et les Dracula qui leur donnèrent leur sang, leurs cerveaux et leurs épées, on fait ce que les Habsbourg et les Romanov ne sont jamais parvenus à faire. Mais le temps des guerres est révolu. Le sang est chose trop précieuse en ces temps de paix déshonorante, et la gloire des grands peuples de jadis n'est plus qu'une légende. » C'était alors presque le matin, et nous allâmes nous coucher. (Note : Ce journal ressemble de plus en plus aux Contes des Mille et Une Nuits, car le récit est sans cesse interrompu par le chant du coq ; cela m'évoque aussi l'apparition du fantôme du père de Hamlet). 12 mai Commençons par les faits : nus, simples, avérés, dont il est impossible de douter. Je ne dois pas me fier seulement à mes observation ou à mes souvenirs. Hier soir, lorsque le Comte est venu me trouver, il commença par m'interroger sur des questions de droit relativement à certaines affaires. J'avais justement passé la journée dans les livres, et, simplement pour m'occuper l'esprit, j'avais revu certains points que j'avais étudié à Lincoln's Inn. Il y avait une certaine logique dans les demandes du Comte ; je vais donc m'efforcer de les retranscrire dans l'ordre ; peut-être cela me sera-t-il utile d'une façon ou d'une autre. D'abord, il me demanda si à Londres un homme pouvait avoir deux solicitors ou plus. Je lui répondis qu'il pouvait en avoir une douzaine s'il ne voulait, mais qu'il n'était pas sage d'avoir plus d'un solicitor pour une affaire donnée, car un seul pouvait agir à la fois, sinon ce serait néfaste pour les intérêts du client. Il sembla m'avoir parfaitement compris, et me demanda alors s'il y avait quelque difficulté pratique à avoir un homme s'occupant, par exemple, de la banque, et un autre supervisant les expéditions de marchandises, dans le cas où un relai local serait nécessaire dans un port éloigné de la demeure du premier solicitor. Je lui demandai d'exprimer plus complètement sa pensée, afin que je sois certain de ne pas l'induire en erreur, et il me dit : « Je vais être plus explicite. Votre ami, mon ami, Mr. Peter Hawkins, à l'ombre de votre belle cathédrale d'Exeter, qui est très éloigné de Londres, fait l'acquisition en mon nom, et grâce à vos bons offices, de ma demeure de Londres. Bien ! Maintenant, je vous le dirai franchement, vous pourriez trouver étrange que j'aie requis les services d'un solicitor si éloigné de Londres, au lieu d'en choisir un qui résiderait dans la capitale. Mais mon but était qu'aucun intérêt local ne puisse l'emporter sur mon propre intérêt. Celui qui résiderait à Londres pourrait peut-être rechercher un profit personnel, pour lui-même ou pour un de ses amis. En conséquence, je suis allé chercher ailleurs un agent dont l'unique but sera de servir mes intérêts. Maintenant, supposons, qu'ayant de nombreuses affaires à traiter, je désire expédier des marchandises, disons, à Newcastle, à Durham, à Harwich ou à Douvres. Ne serait-il pas plus simple pour moi de m'adresser à un agent différent dans chaque port ? » Je lui répondis que, certainement, cela serait plus facile, mais que nous autres solicitors avions un système d'agences grâce auquel les affaires locales pouvaient être traitées localement sur instruction d'un autre solicitor, si bien que le client, sans aucun souci pour lui, ne s'adressera qu'à un seul homme, qui retransmettra toutes ses instructions. « Mais », dit-il, « J'aurais toute liberté pour conduire l'affaire moi-même, c'est bien cela ? » « Bien sûr », répondis-je, « Les hommes d'affaires qui ne souhaitent pas que leurs transactions soient connues de quiconque procèdent souvent ainsi. » « Bien ! » dit-il. Puis il s'informa sur les différents moyens d'expédier des marchandises, les formalités à accomplir, et sur toutes les difficultés qui pouvaient survenir, et les moyens de s'en prémunir. Je lui expliquai tout cela aussi clairement que possible, et, certainement, il me donna l'impression qu'il aurait pu lui-même faire un très bon solicitor, car il pensait à tout et prévoyait tout. Pour un homme qui n'avait jamais visité le pays, et qui ne connaissait pas grand-chose aux affaires, ses connaissances et sa perspicacité étaient formidables. Quand il eut obtenu toutes les informations demandées, et que je les eus vérifiées à

l'aide des livres dont je disposais, il se leva soudain et me dit : « Avez-vous écrit depuis votre première lettre, à notre ami Mr. Peter Hawkins, ou à qui que ce soit d'autre ? » C'est le cœur plein d'amertume que je lui répondis que je ne l'avais pas encore fait, que je n'avais pas encore trouvé l'occasion d'écrire la moindre lettre. « Alors, écrivez maintenant, mon jeune ami » dit-il, posant sa lourde main sur mon épaule. « Ecrivez à notre ami et à qui vous voudrez, s'il vous plaît, que vous resterez ici encore un mois à compter d'aujourd'hui. » « Voulez-vous que je reste si longtemps ? » demandai-je, car mon cœur se glaçait à cette seule pensée. « J'y tiens beaucoup ; non, je n'accepterai aucun refus. Quand votre maître, employeur, ou tout ce que vous voudrez, s'est engagé à m'envoyer quelqu'un en son nom, il était entendu que tout serait fait selon mes désirs. Je n'ai pas été avare de mon argent. N'est-ce pas exact ? » Que pouvais-je faire sinon m'incliner ? Il ne s'agissait pas de moi, mais des intérêts de Mr. Hawkins, et je devais penser à lui avant de penser à moi ; et par ailleurs, tandis que le Comte Dracula me parlait, il y avait dans ses yeux et dans son attitude quelque chose qui me rappelait que j'étais son prisonnier, et que même si je l'avais voulu, je n'aurais pas pu partir. Le Comte comprit sa victoire à la façon dont je m'inclinai ; il vit à mon visage troublé qu'il était mon maître. Il utilisa immédiatement cet ascendant qu'il avait sur moi, mais de la façon insidieuse et irrésistible qui était la sienne : « Je vous prierai, mon jeune ami, de ne pas aborder dans vos lettres de sujets autres que ceux qui concernent nos affaires. Certainement, vos amis seront heureux de savoir que vous allez bien, et que vous vous réjouissez de les retrouver bientôt. N'est-ce pas le cas ? » Tout en parlant, il me tendit trois feuilles de papier et trois enveloppes, de ce papier très fin utilisé pour les courriers envoyés à l'étranger. Je les examinai, puis le regardai lui. Je remarquai son sourire tranquille, les canines pointues dépassant sur sa lèvre inférieure très rouge, et je compris, aussi clairement que s'il me l'avait dit à haute voix, que je devais faire attention à ce que j'écrirais, car il serait capable de tout lire. Je décidai donc de n'écrire pour l'instant que de brèves notes, et de rédiger ensuite en secret des courriers beaucoup plus complets pour Mr. Hawkins, et aussi pour Mina : car, à elle, je pouvais écrire en sténographie, et le Comte, si d'aventure il ouvrait le courrier, ne pourrait me comprendre. Après avoir écrit les deux lettres, je restai assis à lire tranquillement, tandis que le Comte rédigeait quelques notes, se référant à des livres qui se trouvaient sur la table. Puis il prit mes deux lettres, et les rangea avec les siennes à côté de son nécessaire à écriture, et il sortit. Dès que la porte se referma sur lui, je me penchai pour examiner les lettres qu'il avait écrites, et qui étaient posées face contre la table. Je n'en éprouvai aucune honte : dans les circonstances présentes, il me semblait que je devais tout faire pour assurer ma protection. L'une des lettres était adressée à Samuel F. Billington, n°7, The Crescent, Whitby, une autre à Herr Leutner, à Varna ; la troisième à Coutts & Co, Londres, et enfin la quatrième aux Herren Klopstock & Billreuth, banquiers à Buda-Pesth. La deuxième et la quatrième lettres n'étaient pas cachetées. J'étais sur le point de les lire, lorsque je vis la poignée de la porte bouger ; je m'enfonçai alors dans mon siège, ayant juste eu le temps de replacer les lettres comme elles l'étaient et de reprendre mon livre, avant que le Comte, tenant une autre lettre à la main, ne pénétrât dans la pièce. Il prit les lettres qui se trouvaient sur la table, les timbra avec soin, puis se tournant vers moi, il me dit : « Vous voudrez bien m'excuser, mais j'ai beaucoup de travail à faire en privé ce soir. Vous trouverez, je l'espère, tout ce dont vous aurez besoin. » Une fois à la porte, il se retourna après une courte pause, et ajouta : « Laissez-moi vous donner un conseil, mon jeune ami, non, laissez-moi vous avertir très sérieusement, que si vous quittiez ces pièces, vous ne pourriez trouver le repos en aucune autre partie du château. Celui-ci est vieux, avec beaucoup de souvenirs, et de mauvais rêves attendent les dormeurs imprudents. Faîtes attention ! Si à un moment le sommeil semble vous gagner, alors hâtez-vous de regagner votre chambre ou ces pièces-ci, car là seulement vous pourrez dormir en paix. Mais si vous n'y prenez pas garde, alors… » Il finit sa phrase d'un ton proprement terrifiant, en faisant un geste comme pour indiquer qu'il s'en lavait les mains. Je le compris tout à fait, et je ne me posais qu'une question : comment un rêve pourrait-il être plus terrible que cette monstrueuse et surnaturelle nasse de ténèbres et de mystères qui semblait se refermer sur moi ? Plus tard – Je ne renie pas les derniers mots que j'ai écrits, mais maintenant je n'ai plus aucun doute. Je n'aurai pas peur de m'endormir où que ce soit, pourvu que le Comte n'y fût pas. J'ai placé le crucifix au-dessus de la tête de mon lit – j'espère que mon repos sera ainsi protégé des mauvais rêves, et le crucifix restera là. Quand le Comte me quitta, je retournai dans ma chambre. Après un moment, n'entendant aucun bruit, je sortis et gravis l'escalier de pierre, jusqu'à l'endroit où je pouvais avoir une vue sur le sud. Ces vastes étendues m'inspiraient un sentiment de liberté, même si elles m'étaient inaccessibles, lorsque je les comparais à la cour étroite et obscure, qui me donnait l'impression d'être véritablement en prison, lorsque j'y plongeais mes regards. Je n'avais qu'une envie, respirer l'air frais, bien

qu'il fît nuit. Cette existence nocturne commence à me peser, je le sens. Elle me porte sur les nerfs. Je sursaute rien qu'à voir mon ombre, et je suis assailli par toutes sortes de pensées horribles. Dieu sait que ce lieu maudit justifie toutes mes craintes !

Learn languages from TV shows, movies, news, articles and more! Try LingQ for FREE