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InnerFrench - Vol. 1, #95 - La Commune : une guerre civile française (1)

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#95 - La Commune : une guerre civile française (1)

Salut à toutes et à tous ! Aujourd'hui, on va encore parler d'histoire mais, je vous rassure, pas de Napoléon (enfin, presque pas, promis !). Je sais, ça fait trois épisodes d'affilée consacrés à un sujet historique (voire quatre, si on compte celui sur Socrate…). Mais c'est parce que cette année, c'est une année un peu spéciale pour les Français. On commémore plusieurs grands anniversaires. Comme vous le savez, il y a eu le bicentenaire de la mort de Napoléon. Mais 2021, c'est aussi le 150ème anniversaire de la Commune. Alors, je suis à peu près sûr que vous connaissiez toutes et tous Napoléon, mais peut-être que vous n'avez jamais entendu parler de la Commune. On l'a brièvement évoquée dans l'épisode précédent, dans l'entretien avec l'historien Florent Vandepitte, en disant qu'Emmanuel Macron ne commémorerait pas cet anniversaire, contrairement au bicentenaire de Napoléon. Pourtant, c'est un évènement très important de l'histoire de France : une guerre civile pendant laquelle les Parisiens se sont insurgés contre le pouvoir en place. Enfin, pas tous les Parisiens, on va le voir… Ce conflit n'a duré que 72 jours, mais il a durablement marqué les esprits. Karl Marx disait que c'était la 1ère révolution prolétarienne, une révolution qui devait en inspirer beaucoup d'autres. Un siècle et demi plus tard, les Gilets jaunes ont eux aussi rendu hommage à la Commune pendant leurs manifestations.

Mais, comme Napoléon, la Commune ne fait pas l'unanimité . En fait, c'est un sujet qui divise toujours les Français aujourd'hui. À gauche, c'est une référence que les politiciens citent souvent dans leurs discours. À droite, on estime que c'est un évènement anecdotique qui ne mérite aucune commémoration. Alors, dans cet épisode, on va essayer de comprendre ce qui s'est passé à Paris pendant ces 72 jours qu'a duré la Commune. Et ensuite, on verra quel héritage cet évènement a laissé aux Français.

Pour commencer, vous le savez, il faut remettre les choses dans leur contexte. Comme je vous l'ai déjà dit dans un autre épisode, le XIXème siècle, c'est un siècle qui a été très intense au niveau politique pour les Français. Ils ont changé cinq fois de régime ! Il ne faut pas croire que la démocratie se soit imposée durablement après la Révolution de 1789, loin de là ! Si vous avez écouté l'épisode sur Napoléon, vous savez qu'il a mis fin à la Révolution en instaurant un pouvoir autoritaire, d'abord avec le Consulat puis le 1er Empire. On ne va pas entrer dans les détails mais globalement, même après sa mort, les Français ont continué de vivre sous des régimes autoritaires où ils avaient assez peu de libertés.

À partir de 1852, un nouveau régime est mis en place : le 2nd Empire. Et devinez qui en a l'idée ? Un certain Louis-Napoléon Bonaparte. Alors non, ce n'est pas une coïncidence, c'est le neveu de Napoléon 1er. Et comme son oncle, lui aussi, il veut devenir Empereur. Donc il applique la même méthode : un coup d'État ! Et voilà, en 1852, l'histoire se répète : un autre Bonaparte devient Empereur et prend le nom de Napoléon III (parce que «Napoléon II» était déjà pris, c'était le nom du fils de Napoléon. Mais ça, c'est une autre histoire.) Bref, Napoléon III garde le pouvoir pendant presque 20 ans, jusqu'en 1870. Cette année-là, il y a de fortes tensions entre la France et son voisin, la Prusse, autrement dit l'ancêtre de l'Allemagne. Et ces tensions finissent par déclencher une guerre. L'armée prussienne enchaîne les victoires, elle remporte bataille après bataille. Le 2 septembre 1870, l'armée française capitule après la défaite de Sedan (Sedan, c'est une petite ville du nord-est de la France). À l'issue de cette dernière bataille, Napoléon III est même capturé par les Allemands. Mais les députés français refusent cette capitulation. Ils décident de destituer Napoléon III et d'instaurer un nouveau régime pour continuer le combat contre la Prusse. C'est comme ça que la IIIème République est proclamée le 4 septembre, deux jours après la défaite de Sedan. Malheureusement, la nouvelle armée mise sur pied par les Républicains ne fait pas beaucoup mieux que les troupes de Napoléon III. Les défaites continuent. L'armée allemande conquiert les villes françaises les unes après les autres. La seule qui réussit encore à résister, c'est Paris où se trouve le Gouvernement de Défense provisoire. Il faut savoir qu'à cette époque, Paris était une des dernières capitales européennes qui était encore protégée par des remparts, des fortifications qui faisaient le tour de la ville. Alors l'armée allemande encercle la capitale française et commence à la bombarder pour faire céder les Parisiens. Mais ils tiennent bon, les Parisiens, ils résistent à l'ennemi pendant de longs mois ! Le gros problème, en plus des bombardements, c'est qu'ils sont complètement coupés du reste du pays. Ils n'ont pas de ravitaillements, de provisions pour survivre. En plus, l'hiver cette année-là est particulièrement rude. Il fait très froid. Donc les conditions de vie sont extrêmement difficiles. Les Parisiens sont au bord de la famine. Ils sont tellement affamés qu'ils se mettent à manger des rats. Sauf les plus riches qui, eux, ont droit à des animaux plus… «raffinés», disons, ou en tous cas exotiques. Le soir de Noël 1870, un restaurant chic parisien sert à ses clients du loup, de la girafe et de l'éléphant. Tous des anciens résidents du Jardin des plantes de Paris…

En plus de leurs écrasantes victoires militaires, les Prussiens se permettent quelques humiliations symboliques. Le 18 janvier 1871, ils se réunissent au château de Versailles pour déclarer officiellement la création de l'Empire allemand qui sera dirigé par le célèbre chancelier Otto von Bismarck. Côté français, on comprend qu'on ne pourra pas gagner cette guerre. Une grande partie du territoire français est à présent occupée par l'armée allemande. Alors des élections législatives sont organisées et elles sont gagnées par une majorité royaliste.

Mais le vrai vainqueur de ces élections, c'est Adolphe Thiers qui devient chef du pouvoir exécutif. Adolphe Thiers, c'est un des hommes politiques français les plus influents du XIXème siècle. C'est un vrai caméléon (pour le dire poliment…) : il a la capacité de s'adapter à chaque nouveau régime. Les régimes politiques changent mais Adolphe Thiers reste en place. C'est l'homme du compromis et un partisan de la paix. Et cette année-là, en 1871, il est au sommet de sa carrière. Les monarchistes ont confiance en lui et les Républicains l'acceptent aussi. D'ailleurs, ça vous semble peut-être bizarre qu'il y ait encore tellement de royalistes en France à cette époque alors qu'on est bien après l'exécution de Louis XVI. En fait, c'est surtout le cas en province, dans les petites villes et à la campagne. Là, ce sont souvent les notables, autrement dit les membres de la haute société, et l'Église qui donnent les consignes de vote. Eux, bien sûr, ils veulent un retour à l'ordre ancien donc à la monarchie. Au contraire, dans les grandes villes, notamment à Paris, les habitants rêvent d'une société nouvelle sans roi ni empereur. Le mot magique, c'est «République». Ah oui, une petite précision ici. Les «Républicains» de cette époque sont assez différents de la vision qu'on en a actuellement. Au XIXème siècle, les Républicains, ce sont les partisans d'un nouveau régime qui s'oppose à la monarchie. Donc ils incarnent un espoir de liberté et de progrès social. Les Républicains sont les progressistes de l'époque alors qu'aujourd'hui, en France et aux États-Unis, ils sont conservateurs. Donc si on simplifie, d'un côté, il y a la province qui est favorable aux idées monarchistes et qui veut signer la paix pour mettre fin à l'occupation allemande. Et de l'autre, il y a Paris qui se bat pour les valeurs républicaines et continue de résister à l'envahisseur. Forcément, quand la nouvelle majorité monarchiste de l'Assemblée vote l'armistice avec l'Allemagne le 28 janvier 1871, ça ne plaît pas du tout aux Parisiens. Et ce qui leur plaît encore moins, c'est quand les troupes allemandes reçoivent l'autorisation d'entrer dans Paris pour défiler sur les Champs-Élysées le 1er mars. (D'ailleurs, ça ne sera pas la seule fois que les Parisiens devront assister à ce spectacle. Apparemment, nos amis allemands aiment bien défiler sur les Champs-Élysées ! ).

En signant cet armistice, la France doit céder une partie de son territoire à l'Empire allemand : l'Alsace et la Lorraine, à l'est. Le pays doit aussi payer de lourdes indemnités de guerre et les frais d'occupation des troupes allemandes. Il faut savoir que c'est en grande partie à cause de cette guerre que le sentiment nationaliste et anti-allemand va se développer parmi les Français, jusqu'à atteindre son paroxysme en 1914. Cette défaite a vraiment été vécue comme une humiliation qu'il faudrait venger à tout prix. Heureusement, maintenant, on a les matchs de foot pour ça !

Mais revenons à nos amis Parisiens. Ils ont résisté avec courage pendant quatre mois. Ils ont fait beaucoup de sacrifices pour ne pas perdre cette guerre. Donc évidemment, ils sont révoltés par la décision de l'Assemblée. Ils critiquent les députés en disant que ce sont des «ruraux», des «culs-terreux». «Cul-terreux», c'est une insulte pour désigner un paysan, littéralement quelqu'un qui a le cul, les fesses couvertes de terre parce qu'il travaille dans les champs toute la journée. Et comme en province, la majorité des gens était des paysans, c'était une insulte que les Parisiens utilisaient pour se moquer des Provinciaux. D'ailleurs, elle est encore utilisée aujourd'hui. Cerise sur le gâteau, l'Assemblée prévoit de quitter Paris pour s'installer à Versailles, le symbole absolu de la Monarchie ! Elle vote aussi deux lois qui vont la rendre encore plus impopulaire aux yeux des Parisiens.

La première, c'est la fin du moratoire sur les effets de commerce et les loyers. Pendant la guerre, le gouvernement avait suspendu les dettes des commerçants et le paiement des loyers. Si vous ne pouviez pas payer votre loyer ou une dette, on n'avait pas le droit de vous mettre en prison. C'était un moyen de soutenir l'économie et les plus pauvres pour qu'ils ne se retrouvent pas à la rue. Mais là, le 10 mars, la nouvelle Assemblée met fin à ce moratoire pour favoriser les propriétaires, alors qu'une grande partie de la population urbaine est déjà dans une situation extrêmement précaire. Et le même jour, les députés votent la suppression du solde, du salaire des membres de la Garde nationale. Ça, c'est la 2nde décision qui va provoquer la colère des Parisiens. Mais pour comprendre ça, je dois d'abord vous expliquer ce qu'est la Garde nationale. La Garde nationale, ce n'est pas l'armée française. C'est une milice qui a été créée à Paris en 1789 pour protéger la Révolution face aux troupes royalistes. Les soldats de la Garde nationale n'étaient pas des soldats «professionnels» mais de simples citoyens qui voulaient se battre pour défendre les valeurs de la Révolution. D'autres milices similaires ont vu le jour dans les principales villes françaises, et elles ont fini par être regroupées sous le nom de Garde nationale. Mais le problème, c'est que cette Garde nationale a toujours été assez indépendante. Le pouvoir avait parfois du mal à la contrôler parce que ces «soldats-citoyens» défendaient leurs propres valeurs, qui n'étaient pas toujours alignées sur celles du régime en place. D'ailleurs, il est arrivé plusieurs fois que la Garde nationale se retourne contre lui. Paradoxalement, pendant la guerre franco-allemande, les Gardes nationaux sont assez peu mobilisés. Au début du conflit, Napoléon III ne leur fait pas confiance. Il préfère s'appuyer uniquement sur l'armée française. Pareil ensuite avec la nouvelle Assemblée. Et ça peut sembler absurde parce que rien qu'à Paris, à cette époque, il y a environ 350 000 gardes nationaux. Ah oui, «rien que», c'est comme «seulement» ou «uniquement». Au moment de ces évènements, il y a 350 000 gardes nationaux rien qu'à Paris. Une des raisons pour lesquelles il y a autant de Gardes nationaux, c'est qu'il est très difficile de trouver du travail. On est en pleine guerre, l'économie est dans un sale état et le chômage est élevé. Pour beaucoup d'hommes, rejoindre la Garde nationale est un des seuls moyens de gagner un peu d'argent. Attention, n'allez pas non plus croire que les gardes nationaux roulent sur l'or. «Rouler sur l'or», c'est une expression qui signifie «gagner beaucoup d'argent, être riche». Avec son solde, un garde national a de quoi acheter une salade par jour… C'est pas énorme mais c'est mieux que rien. Et faire partie de la Garde nationale, pour beaucoup d'hommes, c'est aussi un moyen d'exprimer sa citoyenneté, bien plus qu'avec le vote par exemple. C'est un moyen de se battre pour défendre les valeurs françaises. Bref, à Paris, il y a ces 350 000 gardes nationaux qui s'ennuient alors que la ville est encerclée par les troupes allemandes. Ils essayent de s'organiser pour aider les Parisiens. Ils se donnent des missions, par exemple s'occuper des blessés faits par les bombardements allemands. Ils sont très présents dans la vie des quartiers et plutôt appréciés des habitants.

Donc imaginez leur réaction quand ils apprennent que les Versaillais ont signé l'armistice. Ils ont l'impression qu'on ne leur a même pas donné leur chance. Et en plus, une des premières décisions de ce gouvernement pour faire des économies, c'est de supprimer leur solde, autrement dit leur salaire de soldat. Je vous ai dit que pour beaucoup d'hommes à cette époque, rejoindre la garde nationale est le seul moyen de gagner un peu d'argent. Donc là, à cause de cette décision, une grande partie d'entre eux perdent leur seule source de revenus. Forcément, les gardes nationaux commencent à voir les Versaillais d'un mauvais œil. À Paris, l'atmosphère est électrique. Il ne manque qu'une étincelle pour mettre le feu aux poudres. Vous connaissez cette expression : «mettre le feu aux poudres» ? Vous savez, avant, les armes à feu fonctionnaient avec de la poudre, par exemple les canons, on les chargeait avec de la poudre et un boulet, un projectile. On mettait le feu à cette poudre et ça provoquait une explosion qui projetait le boulet. C'est de là que vient l'expression «mettre le feu aux poudres» qui signifie «provoquer une situation explosive ou dangereuse». Et justement, vous allez voir que ce qui va mettre le feu aux poudres et déclencher le début de la Commune, c'est une histoire de canons. Mais avant de vous parler de cet évènement, résumons le contexte.

Nous sommes en mars 1871. La France vient de perdre la guerre contre l'Allemagne malgré la résistance des Parisiens qui ont tenu bon pendant de longs mois. Un nouveau gouvernement vient d'être élu avec une majorité monarchiste et le conservateur Adolphe Thiers à sa tête, alors que les Parisiens sont plutôt du côté des Républicains. Ce gouvernement signe l'armistice avec l'Allemagne, annonce qu'il va déménager à Versailles et prend des mesures économiques très impopulaires. Les Parisiens, en particulier les membres de la Garde nationale, se sentent trahis par leurs nouveaux représentants politiques. Ils vivent cette capitulation comme une humiliation. Bref, à Paris, la situation est explosive…

Tout bascule dans la nuit du 17 au 18 mars. Ça fait plusieurs semaines que des canons français sont stationnés au sommet de la butte Montmartre. Vous savez, c'est cette colline dans le nord de Paris sur laquelle il y a la basilique du Sacré-Cœur. À cette époque, la basilique n'existe pas encore. Il y a seulement des habitations. Les Gardes nationaux ont caché les canons là-bas pour que les soldats allemands ne les prennent pas quand ils sont entrés dans Paris pour défiler sur les Champs-Élysées.

Mais Adolphe Thiers ne veut pas laisser ces canons entre les mains des Parisiens. Il demande donc à l'armée d'aller discrètement les récupérer pendant la nuit. Le problème, c'est que l'opération prend plus de temps que prévu donc le matin, quand les Parisiens se réveillent, ils voient les soldats en train de voler leurs canons. Ça ne leur plaît pas du tout, d'autant plus qu'ils les ont achetés eux-mêmes, avec leur propre argent en participant à une souscription populaire. Une foule commence à se rassembler autour des soldats pour les dissuader de prendre les canons. Dans cette foule, il y a des femmes et des enfants, des habitants du quartier de Montmartre. Ils demandent aux soldats de laisser les canons. Ils leur offrent aussi à boire et à manger. Bref, ils fraternisent. Mais le général chargé de l'opération, le général Lecomte, il n'est pas aussi tendre que ses hommes. Lui, il compte mener à bien sa mission, peu importe le prix à payer.

Il demande à la foule de partir. Les gens refusent. Le ton monte. Alors, le général Lecomte ordonne à ses soldats de tirer. C'est à ce moment précis que tout bascule, que la révolution commence. Premièrement, parce que les Parisiens comprennent que le gouvernement est prêt à utiliser l'armée contre eux. Deuxièmement, parce que les soldats désobéissent à leur commandant, ils refusent de tirer sur la foule. C'est l'étincelle qui met le feu aux poudres. À cause de cette erreur stratégique d'Adolphe Thiers, l'insurrection parisienne commence. Pendant cette journée du 18 mars, la nouvelle se répand, se diffuse partout dans la ville. Les Parisiens apprennent que l'armée a essayé de voler leurs canons, et qu'un général a donné l'ordre à ses soldats de tirer sur la foule. En quelques heures, les rues se couvrent de barricades. C'était un réflexe que les Parisiens avaient souvent au XIXème siècle. Dès qu'il y avait des tensions, hop, des barricades ! D'ailleurs, c'est une des raisons pour lesquelles Napoléon III a fait construire des avenues très larges quand il a modernisé la capitale avec son célèbre architecte, le Baron Haussmann. Il se disait que ça faciliterait le maintien de l'ordre. Mais ce 18 mars 1871, ça n'empêche pas les insurgés de construire des barricades partout dans Paris. Dans l'après-midi, la tension monte encore d'un cran quand la foule capture et exécute deux généraux de l'armée, dont le général Lecomte (vous savez, celui qui a ordonné à ses soldats de tirer sur la foule). «Monter d'un cran», ça signifie «augmenter d'un niveau». La tension est montée d'un cran, elle a «augmenté d'un niveau». Adolphe Thiers et les députés comprennent que ça sent le roussi. Le «roussi», c'est l'odeur d'une chose qui est en train de brûler. Et «sentir le roussi», c'est une expression familière pour dire que la situation semble dangereuse, que quelque chose de grave est sur le point d'arriver. Avec ce début d'insurrection parisienne, ça sent le roussi pour le nouveau régime. Et depuis 1789, on ne prend pas ce genre d'évènements à la légère ! Donc Adolphe Thiers quitte Paris avec les autres membres du gouvernement pour aller se réfugier à Versailles. Et une grande partie de la bourgeoisie parisienne décide de faire la même chose quand elle voit ce qui se passe dans les rues.

Les insurgés se retrouvent donc maîtres de la capitale malgré eux, sans l'avoir vraiment voulu ni prévu. Ils se demandent comment s'organiser vu qu'il n'y a pas de leader désigné ni de parti politique pour prendre les rênes, prendre la direction des opérations. La seule force institutionnelle encore présente à Paris à ce moment-là, c'est la Garde nationale. C'est donc elle qui se retrouve au pouvoir le soir du 18 mars 1871. Son comité central s'installe à l'Hôtel de ville. Elle prend le nom de «Fédération» et ses soldats deviennent les «fédérés».

Bref, vous voyez que cette journée change pas mal de choses. À présent, l'ennemi des Parisiens, ce n'est plus l'armée allemande mais Adolphe Thiers et son assemblée de monarchistes, «les Versaillais» comme ils les appellent. C'est ce gouvernement qui a capitulé face à l'Allemagne, qui a utilisé son armée pour tenter de voler leurs canons et qui a fini par s'enfuir à Versailles. En face, c'est pareil. Le gouvernement ne compte pas laisser Paris aux insurgés. Adolphe Thiers exige le désarmement immédiat de la Garde nationale. Ce 18 mars 1871, les deux camps sont face à face, prêts à commencer une nouvelle bataille. C'est donc cette date que les historiens ont choisie comme point de départ pour la Commune de Paris.

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