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Ted Talk en français, 15b. Entreprendre sa vie. Jacques Attali. Partie 2/2.

15b. Entreprendre sa vie. Jacques Attali. Partie 2/2.

Et si on pousse le raisonnement, on s'aperçoit qu'aujourd'hui, nous sommes entrés dans une logique où cet individualisme, qui va de plus en plus être amené à, idéologiquement, remplacer les structures collectives, qui sont en train de disparaître par une globalisation sans règles, va pousser à « marchandiser » à peu près tout et n'importe quoi.

On voit aujourd'hui, progressivement, non pas un monde qui évolue vers une société post-industrielle, comme on le racontait avec beaucoup de bêtise, mais une société hyper-industrielle où les services deviennent des objets, et non pas des services remplaçant les objets.

On l'a dit tout à l'heure, le corps lui-même devient un objet de prothèse, les relations entre objets deviennent des objets qui se parlent, les objets parlent, et comme l'a montré un très joli film récemment, les objets parlent et les hommes parlent aux objets dans leur solitude, considérant les objets comme des équivalents des hommes, parce que les homme eux-mêmes se transforment en objets.

Et cette équivalence, c'est celle-là.

Alors il faut, bien sûr, entreprendre, bien sûr, savoir que le marché est en train de l'emporter, bien sûr s'y inscrire mais pas comme Fabrice dans Waterloo. S'y inscrire en se posant la question de savoir : mais entreprendre quoi ? Entreprendre pour quoi ? Qu'est-ce qui est important à entreprendre ?

Quel est la chose la plus importante que je dois entreprendre ? Est-ce que c'est créer de la valeur ? Peut-être. Ça peut être utile. Mais la chose la plus importante à entreprendre, me semble-t-il, tout simplement, c'est notre propre vie. La première entreprise que nous avons à gérer, c'est notre vie !

Et c'est celle-là qu'il faut gérer comme une entreprise. Je dirais idéalement, c'est toutes les entreprises qu'il faudrait gérer comme nous aimerions gérer notre vie. Et notre vie, comment faudrait-il, sans être ici pour faire un prêche, la gérer ? Nous avons deux choix : soit nous gérons notre vie comme une entreprise et nous la consacrons à gagner le maximum de richesses pour créer les conditions d'une vie matérielle la plus heureuse possible.

Ou nous considérons que notre vie n'a de sens que si elle est une œuvre d'art. Une œuvre d'art. Non pas le moyen d'acheter des œuvres d'art, mais elle-même une œuvre d'art.

Et une œuvre d'art, ça veut dire quelque chose d'unique, quelque chose qui est beau, quelque chose qui laisse une trace dans le souvenir des autres, quelque chose qui permet d'apporter à l'humanité quelle que chose que d'autres n'auront pas apporté, puisque par définition une œuvre d'art est unique. Et si on pense sa vie comme une œuvre d'art, alors on est amené à appliquer à sa vie et aux entreprises qui peuvent la meubler quelques principes.

● Premier principe : c'est de ne faire que des choses qui ne pourraient être faites par personne d'autre.

Principe tout à fait révolutionnaire.

Ne jamais occuper une fonction qui pourrait être occupée mieux par quelqu'un d'autre. ● Deuxième principe : ne faire que des choses belles.

La définition du beau est arbitraire, mais dans sa tête avoir l'idée qu'on ne fera que des choses belles.

● Et troisième principe : ne pas se limiter à une seule [vie] mais à plusieurs.

Pensez que, dans la mesure où on n'est pas certain tout à fait certain d'être un jour ressuscité, il vaut mieux essayer de vivre avec plusieurs vies simultanément. L'artiste, le vrai artiste ne se consacre pas à une seule œuvre, il est plusieurs choses à la fois.

Il est artiste individuel, il est artiste dans un ensemble. Le meilleur exemple que je puisse prendre pour terminer, c'est la musique.

Nous sommes tous comme des musiciens, chacun vivant son instrument. Parfois, nous jouons seuls ou nous jouons avec les autres, parfois, nous sommes partis d'un orchestre qui se réunit provisoirement pour une soirée ; parfois nous appartenons à un orchestre qui nous dépasse, et dans ce cas-là, on peut dire qu'on a été au service de l'humanité. Je vous remercie.

(Applaudissements)

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