×

Nós usamos os cookies para ajudar a melhorar o LingQ. Ao visitar o site, você concorda com a nossa política de cookies.

Ted Talk en français, 06a. Y a-t-il une vie avant la mort ?… – Text to read

Ted Talk en français, 06a. Y a-t-il une vie avant la mort ? Pierre Rabhi. Partie 1/3.

Intermediário 1 Francês lesson to practice reading

Comece a aprender esta lição agora

06a. Y a-t-il une vie avant la mort ? Pierre Rabhi. Partie 1/3.

Ça fait un bon moment que je me demande qu'est-ce que je vais pouvoir dire.

Et je vois défiler, évidemment, des choses extrêmement intéressantes qui m'ont beaucoup enrichi.

Je n'ai pas d'images à projeter, alors je vous invite simplement à imaginer un grand désert.

Donc, de sable, de rocailles, très grand comme ce que j'appelle « un gouffre horizontal » : c'est à dire, l'infini partout, le silence. Et au milieu de cet infini et de ce silence, une petite tâche verte, un petit biotope, un petit écosystème qu'on appelle les oasis.

Et c'est ce, dans une de ces oasis, réalisées par les êtres humains, dans les zones les plus arides, que je suis né.

Donc, silence, le minaret, les cinq prières, la journée, et puis, on dirait que ce vaisseau au milieu de ce grand désert est installé pour l'éternité, et depuis l'origine de la vie.

Et puis, tout se passe bien.

Un père forgeron qui est à la fois poète et musicien, qui enchante les gens par sa musique ; et en même temps, toute la journée, et ben (et bien), il pétrit le métal et fait chanter l'enclume. Et l'enclume chante dans le, dans la cité, des gens viennent, s'assoient, devisent. Ben cette cité a été créée au 17e siècle par un thaumaturge sûfi dont l'enseignement était la non-violence. Il avait compris que la violence n'amenait que de la violence. Et puis, tout d'un coup, grand séisme. Il se trouve que ce pays était colonisé par la France. Et puis, les géologues, ou je ne sais qui, découvrent du charbon.

Et en découvrant du charbon, alors bien sûr, on bascule : la modernité était là.

Ce qui fait que toute la population deviennent des salariés, mineurs ; on exhume cette matière noire, qu'on avait sous les pieds mais dont on ignorait la présence. Et puis, mon propre père se trouve au chômage, puisque les gens qui, pour qui il travaillait, forgeait les outils, ben ne le consultent plus, du coup, il est obligé lui-même donc, de devenir mineur.

Et puis, c'est la fin du chant de l'enclume.

Je vois ce père qui avait une certaine noblesse, revenir tous les soirs noir de charbon, c'est-à-dire que je l'ai ressenti très fortement comme ayant subi une forme d'humiliation du destin. La modernité était là. Et il se trouve que dans les mêmes périodes, ma mère meurt, mon père se questionne sur le futur, et dit, finalement, « ben (et bien) la règle du jeu n'est plus entre nos mains. »Donc il me confie à un couple de français, un ingénieur et une institutrice migrés dans le pays pour ce travail des mines. Et puis, je rentre dès l'âge de 5 ans dans la modernité, en n'ayant pas connu ma mère. Et je rentre dans cette modernité donc, finalement, où je pars, je saute de la tradition à la modernité, de l'islam au christianisme, de… disons du feu au lieu de la pièce aux brosses à dents, etc.

Et, et je me trouve, disons, pris dans ces deux - des sous-cultures - sauf que ces deux cultures, il y a des éléments convergents qui sont très peu convergents, et il y a beaucoup de divergences dans la vision et dans la façon et dans la culture.

J'assume cette question-là, et puis finalement, ça m'interloque.

Et je suis scolarisé, je suis un élève moyen pour faire plaisir à mes enfants - à mes parents - mais ce qui m'interroge, c'est, finalement, mon identité. Qui suis-je ? Et qui a raison ? Est-ce que c'est la population traditionnelle ? La population moderne ?

Avec ce discours contradictoire, et bien je démarre dans cette interrogation, et je fréquente, évidement, plutôt que d'être – faire des éclats en chimie et en mathématiques ou autres – ben je fréquente beaucoup les philosophes, c'est-à-dire ceux qui, finalement, s'interrogent profondément sur le sort, et le sens, que peut avoir l'humanité.

La guerre d'Algérie arrive, je quitte l'Algérie, non pas parce que j'avais fait un choix quelconque, mais simplement parce que je devais venir.

Il faut rappeler aussi que quand on m'enseignait, on m'a appris que mes ancêtres étaient des gaulois. Alors il y a qu'à me regarder pour se rendre compte que c'est l'évidence, ou alors je suis le seul gaulois, bon !

(Rires)

Donc ça, ça veut dire quoi ?

Ça veut dire conditionnement, ça veut dire assimilation, ça veut dire intégration de la personne dans une idéologie. Je… j'arrive à Paris, exclu des deux cultures, et je m'aperçois que - enfin, je cherchais un travail - et je m'aperçois finalement que je n'avais pas acquis de qualifications. Je pouvais faire un, peut-être une bonne dissertation sur Socrate, que j'aimais beaucoup, mais mon employeur ne semblait pas tellement intéressé.

Donc, je deviens ce qu'on appelle un OS : Ouvrier Spécialisé.

Et qu'est-ce qu'on (appelle)… pourquoi on appelle ouvrier spécialisé? C'est justement celui qui n'est spécialisé en rien. Voilà ! Même si j'étais P2, hein, s'il vous plaît.

Donc, je suis dans ce microcosme du travail, et j'essaye, comme je faisais beaucoup de philosophie de l'histoire, d'anthropologie, etc, j'essaye de donner une configuration à ce système dans lequel j'étais.

Et c'était toujours la pyramide qui s'impose. Il y a des gens importants en haut de la pyramide, et des gens pas importants en bas de la pyramide.

Et il y a une hiérarchie : il y a le PDG, le directeur général, les cadres supérieurs, les cadres un peu moins supérieurs, et puis on descendait jusqu'à nous, OS, qui, comme dirait Fernand Reynaud, « nous n'avions personne à vexer ».

Voilà ! On était la dernière strate, voilà.

(Applaudissements)

Et dans ce monde suractivé, où finalement on a donné au travail, le travail est une vertu, on n'arrête pas d'ajouter que le travail était une vertu.

Euh, donc pratiquement, un homme qui est travailleur, est un homme de choix dans le système social.

Et puis, qu'est-ce que cette effervescence interne au système?

Elle est aiguillonnée par le fait qu'il faut produire de plus en plus, qu'il faut être un bon travailleur, et puis finalement, on aboutissait à hausser le produit national brut, à travers cette effervescence, mais sans l'équité que j'aurais souhaité.

Learn languages from TV shows, movies, news, articles and more! Try LingQ for FREE