49. Shoah : Introduction à l'Extermination des Juifs.
Le XXe siècle a été le théâtre de nombreux génocides aux quatre coins de la planète.
L'un d'eux se distingue pourtant de tous les autres par sa nature et son ampleur. Pour la première fois dans l'Histoire, des Hommes vont en exterminer d'autres en exploitant pleinement le phénoménal potentiel de destruction d'une société industrielle. Cette organisation inédite du meurtre de masse s'appuie sur la science, la technologie et la bureaucratie. Produit du régime national-socialiste d'Adolf Hitler, elle prend pour cible les juifs et fera 6 millions de morts. Son nom : la Shoah.
Quand il s'agit de remonter aux origines de ce génocide, deux écoles s'opposent.
D'un côté, les intentionnalistes et de l'autre, les fonctionnalistes. Pour les intentionnalistes, l'extermination des juifs est un plan fomenté de longue date par Adolph Hitler. Il en est le maitre d'œuvre et le déploie méthodiquement, grâce au contrôle absolu qu'il exerce sur l'appareil d'état allemand. Pour les fonctionnalistes, la dite « solution finale à la question juive » serait plutôt l'aboutissement d'une politique de persécution chaotique, évoluant au grès des aléas de la guerre. Ici pas de grand architecte mais de multiples protagonistes qui finissent par converger vers une décision commune : celle consistant à passer d'une politique d'expulsion à une politique d'éradication. La réalité se situe probablement quelque part entre ces deux thèses.
Quoi qu'il en soit, les faits restent les mêmes.
Entre 1933 et 1936, les lois antisémites se multiplient et marginalisent complètement les juifs au sein de la société allemande. À partir de 1938, année marquée par le pogrom de la nuit de cristal, les nazis s'attaquent systématiquement aux biens des juifs et les expropriations forcées se multiplient. En 1939, les autorités décident de concentrer les juifs dans des ghettos, l'idée étant de préparer leur expulsion hors des frontières du Reich. Seul problème : personne ne sait vraiment où les envoyer. Un temps, il est envisagé de les expédier à Madagascar ; mais le projet se heurte à de nombreuses difficultés et finit par être abandonné.
Finalement les massacres débutent à l'été 1941, durant l'invasion de la Russie.
Le travail est alors confié à des unités spéciales appelées les Einstazgruppen. Dans chaque ville conquise par l'armée allemande, les juifs sont raflés, conduits en campagne et exécutés – parfois avec la complicité de soutiens locaux. Cette « shoah par balle » représentera 40% des victimes de l'Holocauste. En 1942, le massacre prend une dimension inédite qui le fera rentrer dans l'Histoire à tout jamais. Les munitions coûtent trop chères et la santé mentale des bourreaux commence à montrer des signes de faiblesse. Le commandement allemand décide alors de régler le problème en ouvrant les premiers camps d'extermination.
Ces camps sont au cœur d'une organisation très complexe visant à capturer, à acheminer et à éliminer avec le plus d'efficacité possible les millions de juifs qui peuplent l'Europe.
Pour assassiner ces déportés, les nazis essaient différentes méthodes d'asphyxie et finissent par jeter leur dévolu sur le Zyklon B, un gaz capable de tuer une salle remplie d'êtres humains en une quinzaine de minutes. On estime aujourd'hui que 100 000 à 500 000 personnes auraient été directement impliquées dans cette vaste entreprise de mise à mort…
Mais pourquoi ces personnes ont-elles accepté de collaborer à une telle entreprise ?
Tout d'abord, la propagande raciale du régime national-socialiste est très efficace. À force d'être rabâchée, elle parvient à diaboliser les juifs et les exclut pour ainsi dire de l'humanité. Ensuite, ceux qui ne sont pas directement impliqués dans les meurtres de masse, préfèrent faire leur travail sans trop se poser de question. Ils s'arrangent avec leur conscience en se disant qu'après tout ils obéissent aux ordres, ne font rien de mal et ne pourraient de toute façon rien faire d'autre.
Les bourreaux évoluent quant à eux dans des environnements particulièrement fanatisés.
Nombre d'entre eux sont de farouches antisémites. Ils sont persuadés du bien-fondé de leurs actions et leur foi dans la politique raciale du Reich est inébranlable. Ceux qui doutent, s'interrogent ou montrent des signes de faiblesse sont maintenus sous pression et finissent généralement par se soumettre aux règles du jeu – soit par conformisme, soit par lâcheté. Seules portes de sorties : le suicide ou le départ pour le front de l'Est.
Tout au long de ce déferlement de violences, les juifs vont bénéficier d'un soutien extrêmement limité de la part des démocraties occidentales ; démocraties elles aussi passablement antisémites.
Malgré la gravité de la situation, ces dernières rechignent à accueillir plus de réfugiés et refusent d'échanger du matériel contre des vies quand l'opportunité leur en est donnée. Les Britanniques interdisent également aux sionistes l'accès à la Palestine où certains aimeraient se réfugier. Pour beaucoup, l'Europe est un piège mortel qui se referme lentement et face auquel ils sont impuissants.
Dès juin 1942, les forces alliées sont informées de l'existence des camps de la mort.
Pourtant rien ne sera entrepris pour empêcher les tueries qui s'y déroulent. Priorité est donnée aux objectifs ayant un intérêt stratégique dans la guerre menée contre l'Axe. Une décision controversée sur le plan moral, mais probablement pertinente sur le plan militaire, au regard de la situation et des enjeux : bombarder les voies de chemin de fer aurait retardé les trains de quelques jours seulement, bombarder les camps aurait tué des centaines de prisonniers et les risques encourus par l'aviation pour mener ce genre de mission à bien aurait été énorme.
En conséquences, les déportés devront attendre 1944 et la libération des premiers camps pour recouvrer la liberté.
Le bilan est catastrophique : les deux tiers des juifs d'Europe sont morts assassinés – 6 millions d'hommes, de femmes et d'enfants. Cette réalité symbolise probablement mieux que toutes autres l'effondrement total d'une Europe coupable de ne pas avoir su défendre ses valeurs fondamentales. Car au-delà de l'extermination de tout un peuple, la Shoah incarne l'échec de toute une civilisation : une civilisation dite de progrès : la nôtre.