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Bel Ami (Graded Reader), Chapitre 1. Rencontre

Chapitre 1. Rencontre

Paris, mois de juin. Il fait chaud. Georges Duroy sort d'un restaurant des Grands Boulevards. Les femmes se retournent sur sa beauté. Mais, en poche, il ne lui reste que trois francs quarante. Cela représente deux dîners sans déjeuners ou deux déjeuners sans dîners, au choix. Les repas du matin étant moins chers que ceux du soir, il choisit cette option. Il lui reste ainsi un peu de monnaies pour se payer deux collations au pain et au saucisson ainsi que deux verres de bière, ce qui lui fait très plaisir.

Il ne sait pas trop où aller ce soir. Il aime les lieux pleins de filles publiques, leurs bals, leurs cafés, leurs rues. Il se dirige vers la Madeleine et regarde les gens assis aux terrasses qui boivent des verres. Qu'il a soif ! Il envie tous ces hommes. Il se souvient de sa vie de soldat en Algérie : comme il était facile alors de trouver de l'argent… Mais, à Paris, la vie est dure. Tout en pensant, il est maintenant au coin de la place de l'Opéra. Là, il croise un gros jeune homme qu'il reconnaît. C'est Charles Forestier. Ils se sont rencontrés justement à l'armée.

— Ah, comment vas-tu mon vieux ? demande Duroy.

— Oh ! Je tousse tout le temps. J'ai la bronchite, même en été.

Forestier est très malade. Il devrait rester dans le sud de la France, mais il ne veut pas à cause de sa femme et de son travail. Il est journaliste. Rapidement, il propose à Duroy de l'accompagner à son bureau.

— Je dirige la politique à La Vie Française. J'ai fait du chemin, tu sais…

Duroy est étonné par ce changement. Quand il l'a connu, Forestier était un homme maigre, un peu étourdi. Aujourd'hui, il a fière allure dans son costume et son petit ventre rond dit que c'est un homme qui dîne bien. En trois ans, Paris l'a transformé.

Quand Forestier pose la question à Duroy :

— Et toi, que fais-tu à Paris ?

Duroy répond :

— Je crève de faim. Je suis venu ici pour faire fortune… ou plutôt pour vivre à Paris… Mais, ça fait six mois que je travaille aux bureaux du chemin de fer. Je ne gagne presque rien.

— Ah, je vois…

— Que veux-tu ? Je ne connais personne ici.

— Tu sais, ici, il faut de l'aplomb. Un homme malin devient plus facilement ministre que chef de bureau. Il faut t'imposer et non pas demander. As-tu ton bac ?

— Non, j'ai échoué deux fois.

— Ce n'est pas grave, du moment que tu as fait des études. Tu connais Cicéron et Tibère ?

— À peu près…

— Ça suffit. Personne n'en sait davantage. Le tout est de ne pas se faire prendre en plein flagrant délit d'ignorance.

En bavardant, ils arrivent boulevard Poissonnière, devant le bureau de La Vie Française. Forestier doit corriger quelques épreuves et il fait entrer Duroy. Il y a beaucoup de monde : des hommes passent et repassent avec des papiers à la main. Duroy fait la connaissance de Jacques Rival, le célèbre chroniqueur duelliste, ainsi que le poète Norbert de Varenne.

Un peu plus tard, assis devant une bière, Forestier raconte à Duroy que ces hommes gagnent des fortunes pour peu de travail. Tout à coup, il dit :

— Pourquoi tu n'essaies pas toi aussi le journalisme ?

— Mais, je n'ai jamais rien écrit…

— Bah ! Il faut bien commencer ! Je pourrais t'employer à aller me chercher des renseignements. Je vais en parler au directeur. Ça te dit ?

— Certainement !

— Alors, viens dîner chez moi demain. Il y aura le patron M. Walter, sa femme, Jacques Rival, Norbert de Varenne, une amie de ma femme et Mme Forestier.

— Mais, c'est que je n'ai pas d'habit…

— Bigre ! Ce n'est pas possible à Paris. Il vaudrait mieux ne pas avoir de lit que d'habit. Tiens, prends ces deux louis d'or, loue ou achète des vêtements. Tu me les rendras quand tu pourras.

— Tu es trop aimable, merci !

— C'est bon ! Tu veux encore flâner un peu ?

— Oui, volontiers !

— Où allons-nous ? J'aimerais qu'il y ait ici un jardin comme celui du parc Monceau. Il serait ouvert la nuit, on entendrait de la musique et on pourrait boire un verre sous les arbres. Ce serait un lieu pour flâner. Alors, où veux-tu aller ?

— Je ne connais pas Les Folies-Bergères, j'y ferais bien un tour.

— Bigre ! Il fera très chaud, mais si tu veux, c'est toujours drôle.

Forestier mène donc son ami rue du Faubourg-Montmartre. Là, ils entrent sans payer, car Forestier connaît le lieu. Une foule compacte d'hommes et de femmes se trouve à l'intérieur. Les deux hommes s'installent dans une loge. Duroy ne regarde pas beaucoup le spectacle sur la scène : il est surtout fasciné par les femmes. Une d'elles l'accoste même, c'est une certaine Rachel que Duroy rejoindra plus tard dans la soirée.

Le lendemain soir, Duroy se rend chez les Forestier. En montant les escaliers, il se regarde dans un miroir et se dit qu'avec cette allure et son désir de réussir il devrait y arriver. Cependant, en entrant dans l'appartement quand un valet lui ouvre la porte, il se sent mal à l'aise : il va faire son premier pas dans le « Monde », dans l'existence dont il rêve. C'est Mme Madeleine Forestier qui l'accueille :

— Bonsoir. Charles m'a parlé de votre rencontre d'hier soir. Quelle bonne idée il a eue de vous inviter.

Et, elle l'installe dans un fauteuil. Assis dans le velours confortable, Duroy sent qu'il devient quelqu'un d'autre, une nouvelle vie va commencer. Mme Forestier est une jeune femme blonde gracieuse. Arrive ensuite Mme Clotilde de Marelle, une petite brune vive, suivie de sa fille, Laurine. Puis, Monsieur le député Walter, un homme petit et gros, avec sa femme Virginie, aux manières distinguées, arrivent. Ce couple est le plus âgé de la soirée. Jacques Rival et Norbert de Varenne font leur apparition en même temps.

À table, Duroy est assis entre Mme de Marelle et sa fille. Il se sent gêné. On parle d'un procès et Duroy n'ose pas dire un mot. Il regarde de temps en temps sa voisine, Clotilde : elle est très séduisante, drôle et gentille. Le dîner est très bon. On sert du bon vin et Duroy commence à se sentir un peu ivre. La conversation tourne autour de la colonisation en Algérie. C'est là que Duroy ouvre la bouche et raconte qu'il a vécu en Algérie et parle de sa vie là-bas et de ses aventures de guerre. Tout le monde le regarde et Mme Walter propose :

— Vous devriez écrire des articles sur vos souvenirs.

Forestier saute alors sur l'occasion pour proposer à Walter de faire entrer son ami au journal.

— Il est vrai que M. Duroy a un esprit original, répond le directeur. Venez demain dans mon bureau, nous arrangerons ça. Mais avant, je voudrais que vous écriviez une petite série sur l'Algérie. Vous raconterez vos souvenirs et vous mêlerez la colonisation à cela, c'est d'actualité et ça plaira à nos lecteurs. Je veux le premier article pour demain ou après-demain.

Duroy triomphe intérieurement. Il ose enfin adresser la parole à sa voisine :

— Vous avez, Madame, les plus jolies boucles d'oreilles que j'aie jamais vues.

Son regard pénètre le coeur de la jeune femme. Mme Forestier, de son côté, le surveille d'un regard bienveillant. On parle ensuite du projet de chemin de fer métropolitain dans la capitale.

La soirée continue. Duroy se sent à l'aise avec les femmes. Mais, de peur de tout gâcher, il décide de partir.

En partant, Forestier lui rappelle :

— À demain, n'oublie pas !

En descendant l'escalier, Duroy est heureux.

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