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Le Ciné-Club de M.Bobine, Le mythe de Bruce Lee, l'analyse de M. Bobine (1)

Le mythe de Bruce Lee, l'analyse de M. Bobine (1)

Adeptes de la grande toile bonjour.

47 ans après sa disparition,

Bruce Lee est devenu une véritable légende du cinéma d'arts martiaux,

et même du cinéma tout court.

Selon le Time Magazine,

il est l'une des 100 personnalités les plus influentes du 20e siècle

et il suscite toujours autant d'admiration, de fantasmes

et même de controverses puisque sa courte apparition

dans Once Upon a Time in Hollywood de Quentin Tarantino a été très remarquée,

au point que le réalisateur a dû se justifier d'avoir montré cette icône

se faire rosser par un simple cascadeur…

Et oui, même si tout semble avoir été dit sur Bruce Lee,

les proches et anciens collaborateurs de l'acteur ont savamment entretenu la confusion

entre la réalité des faits et des parts d'ombres souvent romancées.

Mais n'est-ce pas finalement cette part de fantasme

qui distingue l'acteur des autres artistes martiaux célèbres ?

Car plus qu'une légende, Bruce Lee est devenu un véritable mythe cinématographique !

Et pour se lancer dans un tel sujet,

le plus simple c'est de commencer par une petite biographie.

Bruce Lee, de son vrai nom Lee Jun Fan

est né le 27 novembre 1940 à l'hôpital chinois de San Francisco.

Son père Lee Hoi Chuen est un acteur d'opéra cantonais

qui va très tôt lui transmettre son goût de la scène mais aussi des arts martiaux.

Durant sa jeunesse, Bruce enchaîne plusieurs rôles au cinéma

dans divers comédies et mélodrames cantonnais

qui lui vaudront une certaine célébrité à Hong Kong.

Cependant son tempérament d'adolescent rebelle

lui vaut de nombreuses brouilles avec ses parents et plusieurs bandes.

Pour calmer ses ardeurs,

l'un de ses amis l'emmène prendre des cours d'arts martiaux chez un enseignant nommé Yip Man

qui comme par hasard, est lui aussi une légende

qui sera largement mise à l'honneur sur le grand écran.

Ce dernier confie le jeune homme à l'un de ses assistants, Wong Shun Leung,

qui lui apprendra le Wing Chun.

Bien qu'il soit un élève brillant,

Bruce Lee garde un tempérament colérique qu'il extériorise

lors de combats sur les toits de la ville contre des élèves d'écoles d'arts martiaux rivales,

le tout sous l'œil complice de son mentor.

Après une dernière bagarre particulièrement violente,

le jeune homme est amené devant la justice.

Les relations de sa famille lui permettent d'éviter la prison

en échange d'un exil aux États Unis.

En 1959, Bruce, alors âgé de 19 ans, s'installe à Seattle dans l'État de Washington

chez une amie de son père pour laquelle il fait la plonge,

avant d'enseigner à son tour les arts martiaux.

Après avoir ouvert trois écoles et acquis une solide renommée dans son domaine,

la carrière de celui que l'on surnomme le petit dragon connaît un nouveau tournant

lorsqu'une de ses prestations filmée au Tournoi de Long Beach atterrit

sur le bureau de William Dozier, producteur de la série Batman avec Adam West.

Dozier engage le jeune enseignant pour incarner Kato

l'acolyte du Frelon vert dans la série du même nom.

Malgré la durée éphémère du show, le comédien acquiert une certaine notoriété

qui lui vaut d'enseigner son art au gratin d'Hollywood :

Steve McQueen, James Coburn ou encore Blake Edwards.

Avec le soutien d'un de ses élèves, le scénariste oscarisé Stirling Silliphant,

Bruce Lee développe un projet nommé La flûte silencieuse

qu'il espère bien faire mettre en images par un autre de ses élèves : Roman Polanski.

Cependant l'assassinat en 1969 de Sharon Tate, épouse du cinéaste

et également l'une de ses élèves, met un frein a ce projet.

Le comédien tentera de le relancer avec l'aide de James Coburn, mais sans succès.

Par ailleurs, il est écarté de son projet de série Warrior

qui deviendra Kung Fu avec David Carradine.

C'est dans ce contexte houleux que Bruce Lee reçoit une offre

du producteur Hong Kongais Raymond Chow de la Golden Harvest.

Malgré un cachet misérable, le comédien accepte le contrat.

La suite vous la connaissez probablement.

Le succès des quatre films qu'il tourne dans la foulée en font une star dans toute l'Asie.

Mais cette carrière connaît un arrêt brutal le 20 Juillet 1973.

Alors qu'il s'apprêtait à reprendre le tournage du Jeu de la Mort,

l'acteur meurt des suites d'un œdème cérébral.

Après seulement quatre films et un cinquième inachevé,

le nom de Bruce Lee aurait très bien pu sombrer dans l'oubli.

Pourtant, c'est tout l'inverse qui va se produire

et c'est à partir de là que sa renommée va dépasser les frontières.

Lors de sa sortie en salles aux États Unis en 1973,

Opération dragon devient le deuxième titre le plus rentable pour Warner Bros

juste derrière L'exorciste.

En France, après une 1ère exploitation plutôt discrète de Big Boss et La fureur de vaincre

par le producteur André Génovès,

c'est René Château, l'homme de confiance de Jean-Paul Belmondo

qui importe le phénomène dans l'hexagone,

au point de faire de son cinéma parisien, le Hollywood Boulevard,

un endroit dédié au comédien dont il diffuse les films en continu.

Bruce Lee est pour la jeunesse d'aujourd'hui

ce que représentaient Douglas Fairbank et Errol Flynn pour nos parents.

Dans la foulée du succès planétaire des films de Bruce Lee

et de l'engouement pour les arts martiaux chinois qu'il a suscité,

on voit monter une vague de contrefaçon, la bien nommée Brucesploitation,

qui va tenter de profiter des retombées du phénomène.

Raymond Chow, quant à lui, va récupérer les rushes du Jeu de la mort

pour en proposer une version tristement célèbre,

qui reste encore aujourd'hui cité en exemple dans les débats

portant sur l'utilisation d'images d'interprètes décédés.

Le 31 mars 1993,

le décès tragique de son fils Brandon sur le tournage de The Crow

va très vite avoir une résonance particulière avec celui de son père.

En effet, depuis sa mort en 1973,

de nombreuses rumeurs et théories du complot farfelues sur la mort de Bruce Lee

ont largement participé à façonner sa légende,

comme si cette triste fin n'était pas à la hauteur du mythe.

D'ailleurs, dans le biopic fantaisiste que lui consacra Rob Cohen en 1993,

il est même question d'une malédiction familiale.

Ah oui quand même, il fait pas les choses à moitié, le Rob Cohen…

WOWOWOW c'est quoi ce bordel ???

Attendez… Rob Cohen c'est pas le mec qui reprochait à Stephen Sommers

de faire n'importe quoi avec l'Egypte dans La Momie ?

Bref...

En tout cas, une partie du mythe de Bruce Lee s'est construit sur le fait

que l'acteur est décédé au début de sa gloire,

au même titre que Marylin Monroe et surtout James Dean,

dont il était un grand fan au point qu'il s'amusait à l'imiter.

Ainsi, l'image de Bruce Lee restera à jamais celle d'un combattant arrogant et indestructible.

Pour certains il représente la facette belliciste et ultra viriliste des arts martiaux

qui fait l'éloge de la loi du plus fort,

une imagerie popularisée par certaines actions stars des années 80-90,

qui n'ont jamais caché leur admiration pour le petit dragon.

Et ce n'est probablement pas un hasard si David Fincher s'amusera à détourner

cette imagerie viriliste dans son Fight Club.

De la même manière,

je peux comprendre que Tarantino ait eu envie de coller une beigne

à cette icône dans son dernier film.

Cependant, il serait dommage de ne réduire le mythe de Bruce Lee qu'à cela.

Car s'il y a bien deux domaines dans lesquels

l'héritage du petit dragon se fait encore ressentir aujourd'hui,

c'est bien le cinéma et les arts martiaux.

Ses anciens élèves et amis comme Dan Inosento

où les regrettés Jesse Glover et Taky Kimura

ont fait connaître son art auprès des nouvelles générations.

Et l'on ne compte plus les innombrables hommages rendus à la star dans des films,

comics, jeux vidéos

où même dans des détournements qui ont vraiment de la gueule,

au point que Bruce Lee semble être désormais devenu un personnage de fiction à part entière.

Mais est-ce que le fait d'avoir été fauché en pleine jeunesse suffit

à expliquer cet engouement pour l'acteur ?

À première vue, les œuvres qui lui ont apporté la gloire

sont très loin d'être le haut niveau du cinéma hongkongais de l'époque.

Si La fureur de vaincre et Opération dragon sortent quelque peu du lot,

on est quand même loin de ce que la Shaw Brothers pouvait offrir au même moment,

ou des productions japonaises de la Toei mettant en scène Sonny Chiba.

Pour comprendre la singularité des œuvres de Bruce Lee,

il faut sortir de la vision encore dominante aujourd'hui

du réalisateur comme seul responsable de la qualité artistique d'une œuvre.

Et oui, on ne le dira jamais assez, mais le cinéma est un art collectif,

et sur ses films l'implication de l'acteur dépassait largement ce que l'on attendait de lui.

Dès ses débuts dans la série Le frelon vert,

le comédien insistait lui-même pour superviser ses propres combats,

malheureusement, il déchante très vite après un 1er essai catastrophique,

qui lui fait prendre conscience de son manque d'expérience en la matière.

Mais les choses changent avec Big Boss.

Profitant de l'amateurisme de cette production,

il va tirer la situation à son avantage.

Par exemple, il propose quelques idées pour améliorer le scénario,

Mais surtout, il met à profit son approche très personnelle des arts martiaux.

À travers ce 1er combat, un contraste s'opère immédiatement entre Bruce Lee et les figurants.

Si des derniers se battent n'importe comment,

Lee adopte tout de suite une gestuelle travaillée, pour ne pas dire iconique,

y compris lorsqu'il pointe du doigt ses adversaires au sol,

nous faisant comprendre instinctivement que c'est lui qui contrôle l'espace.

À partir de cet instant précis,

Bruce Lee met en place un dispositif qu'il va sans cesse perfectionner

dans le reste de sa filmographie.

Son affrontement avec les élèves japonais au début de La fureur de vaincre

en est un parfait exemple.

On y retrouve tous les éléments disséminés ça et là dans Big Boss

mais condensés en une seule scène pour un résultat plus convaincant

qui permet à l'interprète de donner libre cours à sa fureur.

Ce combat est également l'occasion pour Bruce Lee de rendre hommage

à la scénographie des affrontements des Zatôichi,

une franchise japonaise qu'il affectionne particulièrement.

À cela, l'acteur ajoute de nouvelles choses qui vont parfaire son style

et accroître sa popularité.

La présence de ralentis pour mettre en valeur ses coups,

ou encore une approche du combat beaucoup plus dansante et féline

héritée de son passif de danseur en cha cha cha.

Alors jusqu'ici, on pourrait se dire que Bruce Lee se contente

de mixer une forme de réalisme avec des mouvements plus spectaculaires

hérités du Wu Xia Pian.

Mais maintenant qu'il est seul à bord pour gérer les combats de La fureur du dragon

dont il assure également la réalisation et le scénario,

Bruce Lee ancre totalement ses combats dans un réalisme et une violence

qui lorgnent du côté de la boxe et du combat de rue.

L'utilisation de fléchettes semblent indiquer

que l'acteur voulait agrémenter son style d'autres moyens de défense.

Cependant si sa popularité était surtout fondée sur ses prouesses martiales,

d'autres facteurs sont à prendre en compte.

Notamment sa manière de capter l'attention du spectateur

avec son regard sans cesse sur le qui vive

et ses entrées dans le cadre qui coupe toute illustration sonore.

Enfin il y a la violence réaliste et brutale qui va en crescendo

allant jusqu'à ternir l'ambiance légère du dernier acte de La fureur du dragon,

au point qu'on se demande si le gars qui vient de terrasser Chuck Norris

n'a pas quelque chose de louche dans sa tête.

Une démarche qui trahit une psychée plus complexe qu'elle n'y paraît

comme le fait remarquer l'un de ses plus célèbres fans : Christophe Gans.

« Pour les gens Bruce Lee c'est le grand champion des arts martiaux,

ça c'est la version polie.

Moi je vois Bruce Lee dans La Fureur de vaincre, et c'est un psychopathe, un fou furieux.

Il y a quelque chose chez lui qui est à la fois obscène, transgressif,

quelque chose qui dépasse la rationalité.

Il donne une forme absolument fascinante à la violence comme personne n'a pu le faire.

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