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Le Ciné-Club de M.Bobine, La trilogie du Hobbit de Peter Jackson : l'analyse de M. Bobine (3)

La trilogie du Hobbit de Peter Jackson : l'analyse de M. Bobine (3)

Mais je n'ai pas souvenir que ces petits arrangements avec le texte

aient suscité les mêmes réactions épidermiques que sur Le Hobbit.

Bien au contraire...

Globalement, en termes d'écriture,

il semblerait donc que ce soit la nature même du livre qui ait poussé les scénaristes

à « seigneurdesanneauxiser» Le Hobbit,

quitte à passer pour des paresseux qui veulent juste reproduire une formule qui gagne.

Pour ce qui est de l'imagerie,

j'aurais tendance à y voir une conséquence de la production compliquée des films.

Quand Peter Jackson récupère le projet en cours de l'été 2010

suite au départ de Guillermo Del Toro,

il demande aussitôt à la Warner

de repousser la sortie du premier film d'une année complète

pour lui laisser le même temps de préparation que sur Le Seigneur des Anneaux.

Manque de bol, la major lui oppose un refus catégorique

car elle a besoin au plus vite de franchises attractives

pour prendre le relais des Harry Potter et autres Dark Knight qui touchent à leur fin.

La date de sortie d'Un voyage inattendu est donc maintenue à Noël 2012

et le premier tour de manivelle prévu pour le mois de février 2011.

Jackson et son équipe ont donc à peu près 5 mois

pour abattre un travail qui leur en a pris 18 sur la trilogie précédente !

Comme si ça ne suffisait pas,

notre ami Peter doit affronter au même moment un appel au boycott

lancé par le syndicat des comédiens néo-zélandais,

qui réclament des droits identiques à leurs collègues anglais et américains.

Pour court-circuiter le mouvement et ranger derrière lui l'opinion publique,

le cinéaste menace de délocaliser le tournage en Europe.

Le gouvernement s'en mêle et pond une loi très controversée, dite « Loi Hobbit »,

qui va surtout faire les affaires de la Warner.

Jackson remporte donc la bataille,

mais son image de Saint Patron du cinéma néo-zélandais en sort considérablement ternie.

Résultat de tout ce stress,

le réalisateur est admis aux urgences de Wellington

pour un ulcère hémorragique de l'estomac à 15 jours du tournage

et il doit superviser la fin de la pré-production depuis son lit d'hôpital.

Pour moi, il ne faut pas forcément chercher plus loin les raisons

de la redondance esthétique du Hobbit vis-à-vis du Seigneur des Anneaux.

Là où Guillermo del Toro était libre de réinventer visuellement la Terre du Milieu,

Jackson et son équipe,

confrontés à une deadline ingérable et à des emmerdes en série,

n'ont guère eu d'autre choix que de revenir aux fondamentaux.

Si l'on se fie aux innombrables plans de Peter Jackson au bord du burn out

qui parsèment les bonus du Hobbit

le tournage n'a pas été une partie de plaisir

et a plus ou moins ressemblé à ça.

Le documentaire The Gathering of the Clouds,

visible sur l'édition collector du dernier film,

donne une bonne idée du gros bordel qu'a été la production.

Même si ce n'est pas clairement formulé,

on y devine la principale raison ui a poussé Peter Jackson

à transformer sur le tard Le Hobbit en trilogie.

Alors non pas le pognon.

Ni l'envie de raconter en détails tous les événements liés à la quête d'Erebor.

Encore moins le besoin dramaturgique de conclure chaque film

sur un moment-clef pour Bilbo.

Non, il s'agissait surtout d'un choix pragmatique

qui permettrait de repousser d'une année entière

toutes les problématiques narratives, scénographiques et logistiques

liées à la fameuse Bataille des Cinq Armées.

Car, à l'époque du tournage principal, faute de script finalisé,

celle-ci ne ressemblait tout simplement à rien

Bien sûr, à partir de là, il a fallu repenser toute la structure du Hobbit

et créer ex nihilo un nombre considérable de scènes

pour faire en sorte que les films atteignent la durée épique qu'on attend d'eux.

Voilà qui explique ce fichu triangle amoureux,

qui a pris forme lors de reshoots de 2012 et 2013.

Encore là, le scénario était loin d'être bouclé,

au grand dam des comédiens issus du théâtre qui ne jurent que par le texte.

La scène des forges, qui fait office de climax à La désolation de Smaug,

a ainsi été en grande partie improvisée à même le plateau.

Après quoi, les équipes de Weta Digital n'ont eu que quelques mois

pour tenter d'en tirer quelque chose de spectaculaire et d'à peu près cohérent.

Qu'est-ce qui a pu faire croire à Peter Jackson

qu'il pourrait s'en sortir avec cette méthode de travail

qui consiste à foncer tête baissée au mépris du bon sens ?

Eh bien, parce qu'il était déjà passé par là. Et que ça lui a plutôt réussi.

Certains d'entre vous sont sûrement trop jeunes pour s'en souvenir,

mais Le Seigneur des Anneaux est né presque sur un coup de tête,

dans la foulée de l'annulation par Universal du remake de King Kong,

sur laquelle Jackson planchait depuis presque un an.

A l'origine, il s'agissait d'un diptyque, comme Le Hobbit,

composé de deux films : La communauté de l'anneau et La guerre de l'Anneau.

C'est le big boss de la New Line, Robert Shaye,

qui à la grande surprise de Jackson, a choisi d'en faire une trilogie,

forçant du coup le réalisateur et ses scénaristes à revoir leur découpage.

Eh ouais, plus les choses changent, plus elles restent les mêmes.

Les décisions de dernière minute prises sur Le Hobbit,

qui seraient pour certains responsables de son échec artistique,

étaient déjà largement au menu du Seigneur des Anneaux.

Ainsi, il a longtemps été question qu'Arwen débarque au Gouffre de Helm,

avant qu'elle ne soit purement et simplement sucrée du montage.

Et, lors de la bataille de la Porte Noire,

c'est contre Sauron lui-même qu'Aragorn devait se battre,

avant que les infographistes de Weta n'en fassent un simple Troll.

Si vous ne l'avez pas déjà fait, je vous conseille vivement

de jeter un œil au documentaire The End of All Things

qui accompagne la version longue du Retour du Roi.

On peut y voir l'état de stress total des différentes équipes

engagées dans la post-production du film

face aux changements incessants demandés par Peter Jackson

à seulement quelques semaines de la sortie.

Résultat des courses :

11 oscars et plus d'un milliard de dollars de recettes dans le monde.

Comme quoi, la politique du « on verra au montage »

peut parfois donner des choses pas trop dégueulasses...

Après Le Seigneur des Anneaux,

Peter Jackson va continuer de faire de ses films des « work in progress »

susceptibles d'évoluer jusqu'au dernier moment.

Voyez comme la tronche de King Kong a carrément changé d'aspect

entre les deux bandes-annonces.

Le cinéaste a aussi choisi de remercier le compositeur Howard Shore

deux mois avant la sortie en salles de King Kong.

Et son remplaçant James Newton Howard a hérité de la lourde tâche

d'écrire en quelques semaines un score de trois heures capable de rivaliser

avec celui de Max Steiner pour le film original.

C'est sur Le Hobbit que la méthode Jackson a clairement montré ses limites.

Et j'ai l'impression que lui-même s'en est bien rendu compte.

Alors, est-ce que tout aurait été pour le mieux dans le meilleur des mondes

si Guillermo del Toro avait eu la chance de faire le film à la place de Jackson ?

Eh bah j'en suis pas si sûr,

parce que, malgré d'évidentes affinités,

les deux bonhommes ne travaillent pas du tout de la même manière.

Au plus fort de la production du Seigneur des Anneaux,

il y avait pas moins de sept équipes qui tournaient en simultané

aux quatre coins de la Nouvelle-Zélande.

Des scènes cruciales ont été filmées sans la présence de Peter Jackson,

comme celle-là,

celle-là

ou encore celle-là.

Del Toro, lui, s'est toujours passé de seconde équipe

et tient à superviser en personne chaque plan,

même les plus insignifiants.

Maintenant imaginez que ces différences de méthodologies aient abouti

à un clash en plein tournage et au départ précipité de notre ami Guillermo,

avec Jackson obligé de reprendre les rênes du bidule.

Là ce n'est pas au Seigneur des Anneaux que Le Hobbit aurait un peu trop ressemblé,

mais à Justice League !

Le design du dragon Smaug tel que l'envisageait Guillermo Del Toro

n'a jamais été révélé au public,

mais d'après nos sources, il ressemblerait à quelque chose comme ça.

Apparemment, la bestiole était très loin de faire l'unanimité chez Weta.

Je n'ose même pas concevoir la réaction des fans du Seigneur des Anneaux

en découvrant le résultat en salles.

Qu'est-ce qu'on parie qu'ils auraient, dans leur grande majorité, crié au scandale

et regretté très fort que Peter Jackson ne soit plus derrière la caméra ?

La vérité c'est que quel que soit le réalisateur aux commandes et quelle que soit sa vision,

Le Hobbit était condamné à décevoir.

Tout comme Lucas avec sa prélogie.

L'attachement qu'on porte à Star Wars et au Seigneur des Anneaux,

depuis l'enfance pour beaucoup d'entre nous,

n'est pas toujours des plus sains.

Il nous fait idéaliser les films d'origine,

quitte à tomber parfois dans le déni.

Et il les transforme à nos yeux en objets « préssssieux »

qu'il nous faut protéger contre tous ceux qui voudraient y toucher…

Fussent-ils les auteurs des films en question !

C'est marrant de constater à quel point

le destin des créateurs d'univers épouse parfois celui de leurs personnages.

A l'époque du premier Star Wars,

George Lucas n'était pas très différent du héros de son film :

un jeune cinéaste rebelle en lutte contre l'empire d'Hollywood.

Avec la prélogie et les éditions spéciales qui ont quelque peu défiguré son œuvre,

une nouvelle analogie est née, peut-être plus évidente encore.

Avec Le Seigneur des Anneaux,

Peter Jackson, réalisateur de « petits » films venu des antipodes,

s'est lancé dans une mission qui semblait à priori trop grosse pour lui.

Et le résultat à dépassé les espérances de tout le monde.

Voilà qui illustre à merveille un des thèmes majeurs de Tolkien

Franchement, qui n'a pas envie de célébrer ça ?

Par contre,

quand on le voit revenir 10 ans plus tard à cet univers devenu très familier

pour des raisons pas forcément très nobles,

la métaphore du brave petit Hobbit qui se lance à l'aventure ne marche plus,

et il nous faut en trouver d'autres.

Pour Lindsay Ellis, qui voit Jackson comme une marionnette

aux ordres du grand méchant studio,

ce sera Saroumane le Blanc.

Pour d'autres, ce sera le fier prince Thorïn, animé au départ des meilleures intentions

mais qui n'a pas su résister au Mal du Dragon.

Je me permets de vous en proposer une dernière.

Compte tenu du bordel monstrueux que fut la production,

j'ai du mal à voir Le Hobbit autrement

que comme une série de films malades et un peu schizo sur les bords.

Une fois qu'on a surmonté la déception initiale

de voir Peter Jackson ne pas rééditer l'exploit du Seigneur des Anneaux,

le mieux pour moi est encore d'adopter la philosophie de Bilbo.

Le mauvais, je pense qu'on en a suffisamment causé...

Le bon, eh bien c'est à peu près tout le reste !

C'est le choix de casting juste parfait de Martin Freeman.

C'est Smaug,

c'est le traîneau de Radagast tiré par des lapins

ou encore ce moment perturbant

où Bilbo zigouille sans scrupules un bébé araignée

Ce sont ces passages où les scénaristes s'appuient intelligemment

sur le passif du Seigneur des Anneaux

pour décupler des effets comiques ou dramatiques

C'est Jackson qui renoue avec son goût pour la comédie visuelle

les chorégraphies endiablées et l'humour potache,

un peu délaissés depuis les années 90.

C'est la passion et l'énergie évidente déployées par les départements artistiques

pour redonner vie à la Terre du Milieu jusque dans les moindres détails.

Et bien sûr il y a le HFR,

qui était, quoiqu'on pense du résultat,

une proposition de cinéma résolument inédite

puisqu'il entendait revenir sur une tradition vieille de 100 ans.

Si vous avez vu notre épisode consacré au sujet

vous savez que les choses ne se sont pas vraiment passées comme prévu.

Tous nos espoirs reposent désormais sur James Cameron

pour éviter que ce format ne rejoigne la VistaVision

ou l'Odorama dans les oubliettes du cinéma.

Aujourd'hui, Peter Jackson semble être un homme très occupé.

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