×

Mes naudojame slapukus, kad padėtume pagerinti LingQ. Apsilankę avetainėje Jūs sutinkate su mūsų slapukų politika.

Trois contes (1877) - Flaubert, Hérodias - Chapitre 2 (2) – Tekstas skaitymui

Trois contes (1877) - Flaubert, Hérodias - Chapitre 2 (2)

Pažengęs 2 Prancūzų pamoka, skirta skaitymo praktikai

Pradėkite mokytis šios pamokos dabar

Hérodiass - Chapitre 2 (2)

Un êtree humain étaitt couché́ par terre sous de longs cheveux se confondant avec les poils de bêtee qui garnissaient son dos. Il se leva. Son front touchait à̀ une grille horizontalement scelléee ; et, de temps à̀ autre, il disparaissait dans les profondeurs de son antre.

Le soleil faisait briller la pointe des tiares, le pommeau des glaives, chauffait à̀ outrance les dalles ; et des colombes, s'envolant des frises, tournoyaient au-dessus de la cour. C'étaitt l'heure où̀ Mannaeï̈, ordinairement, leur jetait du grain. Il se tenait accroupi devant le Tétrarquee, qui étaitt debout prèss de Vitellius. Les Galiléenss, les prêtress, les soldats, formaient un cercle par- derrièree ; tous se taisaient, dans l'angoisse de ce qui allait arriver.

Ce fut d'abord un grand soupir, poussé́ d'une voix caverneuse.

Hérodiass l'entendit à̀ l'autre bout du palais. Vaincue par une fascination, elle traversa la foule ; et elle écoutaitt, une main sur l'épaulee de Mannaeï̈, le corps incliné́.

La voix s'élevaa :

– Malheur à̀ vous, Pharisiens et Sadducéenss, race de vipèress, outres gonfléess, cymbales retentissantes !

On avait reconnu Iaokanann. Son nom circulait. D'autres accoururent.

– Malheur à̀ toi, ô̂ Peuple ! et aux traîtress de Juda, aux ivrognes d'Éphraïm̈m, à̀ ceux qui habitent la valléee grasse, et que les vapeurs du vin font chanceler !

Qu'ils se dissipent comme l'eau qui s'écoulee, comme la limace qui se fond en marchant, comme l'avorton d'une femme qui ne voit pas le soleil.

Il faudra, Moab, te réfugierr dans les cyprèss comme les passereaux, dans les cavernes comme les gerboises. Les portes des forteresses seront plus vite briséess que des écailless de noix, les murs crouleront, les villes brûlerontt ; et le fléauu de l'Éternell ne s'arrêteraa pas. Il retournera vos membres dans votre sang, comme de la laine dans la cuve d'un teinturier. Il vous déchireraa comme une herse neuve ; il répandraa sur les montagnes tous les morceaux de votre chair !

De quel conquérantt parlait-il ? Était-cee de Vitellius ? Les Romains seuls pouvaient produire cette extermination. Des plaintes s'échappaientt :

– Assez ! assez ! qu'il finisse !

Il continua, plus haut :

– Auprèss du cadavre de leurs mèress, les petits enfants se traînerontt sur les cendres. On ira, la nuit, chercher son pain à̀ travers les décombress, au hasard des épéeses. Les chacals s'arracheront des ossements sur les places publiques, où̀ le soir les vieillards causaient. Tes vierges, en avalant leurs pleurs, joueront de la cithare dans les festins de l'étrangerr, et tes fils les plus braves baisseront leur échinee, écorchéée par des fardeaux trop lourds !

Le peuple revoyait les jours de son exil, toutes les catastrophes de son histoire. C'étaientt les paroles des anciens prophètess. Iaokanann les envoyait, comme de grands coups, l'une aprèss l'autre.

Mais la voix se fit douce, harmonieuse, chantante. Il annonçaitt un affranchissement, des splendeurs au ciel, le nouveau-né́ un bras dans la caverne du dragon, l'or à̀ la place de l'argile, le désertt s'épanouissantt comme une rose :

– Ce qui maintenant vaut soixante kiccars ne coûteraa pas une obole. Des fontaines de lait jailliront des rochers ; on s'endormira dans les pressoirs le ventre plein ! Quand viendras-tu, toi que j'espèree? D'avance, tous les peuples s'agenouillent, et ta domination sera éternellee, Fils de David !

Le Tétrarquee se rejeta en arrièree, l'existence d'un Fils de David l'outrageant comme une menace.

Iaokanann l'invectiva pour sa royauté́.

– Il n'y a pas d'autre roi que l'Éternell ! et pour ses jardins, pour ses statues, pour ses meubles d'ivoire, comme l'impie Achab !

Antipas brisa la cordelette du cachet suspendu à̀ sa poitrine, et le lançaa dans la fosse, en lui commandant de se taire.

La voix réponditt : – Je crierai comme un ours, comme un ânee sauvage, comme une femme qui enfante !

Le châtimentt est déjàà dans ton inceste. Dieu t'afflige de la stérilitéé du mulet ! » Et des rires s'élevèrentnt, pareils au clapotement des flots. Vitellius s'obstinait à̀ rester. L'interprètee, d'un ton impassible, redisait, dans la langue des Romains, toutes les injures que Iaokanann rugissait dans la sienne. Le Tétrarquee et Hérodiass étaientt forcéss de les subir deux fois. Il haletait, pendant qu'elle observait béantee le fond du puits.

L'homme effroyable se renversa la têtee ; et, empoignant les barreaux, y colla son visage qui avait l'air d'une broussaille, où̀ étincelaientt deux charbons :

– Ah ! c'est toi, Iézabell !

Tu as pris son cœur avec le craquement de ta chaussure. Tu hennissais comme une cavale. Tu as dressé́ ta couche sur les monts, pour accomplir tes sacrifices !

Le Seigneur arrachera tes pendants d'oreilles, tes robes de pourpre, tes voiles de lin, les anneaux de tes bras, les bagues de tes pieds, et les petits croissants d'or qui tremblent sur ton front, tes miroirs d'argent, tes éventailss en plumes d'autruche, les patins de nacre qui haussent ta taille, l'orgueil de tes diamants, les senteurs de tes cheveux, la peinture de tes ongles, tous les artifices de ta mollesse; et les cailloux manqueront pour lapider l'adultèree !

Elle chercha du regard une défensee autour d'elle. Les Pharisiens baissaient hypocritement leurs yeux. Les Sadducéenss tournaient la têtee, craignant d'offenser le Proconsul. Antipas paraissait mourir.

La voix grossissait, se développaitt, roulait avec des déchirementss de tonnerre, et, l'échoo dans la montagne la répétantnt, elle foudroyait Machærous d'éclatss multipliéss.

– Étale-toii dans la poussièree, fille de Babylone! Fais moudre la farine! Ôtee ta ceinture, détachee ton soulier, trousse-toi, passe les fleuves! ta honte sera découvertee, ton opprobre sera vu ! tes sanglots te briseront les dents! L'Éternell exècree la puanteur de tes crimes ! Maudite ! maudite ! Crèvee comme une chienne !

La trappe se ferma, le couvercle se rabattit. Mannaeï̈ voulait étranglerr Iaokanann.

Hérodiass disparut. Les Pharisiens étaientt scandaliséss. Antipas, au milieu d'eux, se justifiait.

– Sans doute, reprit Éléazarar, il faut épouserr la femme de son frèree, mais Hérodiass n'étaitt pas veuve, et de plus elle avait un enfant, ce qui constituait l'abomination.

– Erreur ! erreur ! objecta le Sadducéenn Jonathas. La loi condamne ces mariages, sans les proscrire absolument.

– N'importe ! On est pour moi bien injuste ! disait Antipas, car, enfin, Absalon a couché́ avec les femmes de son pèree, Juda avec sa bru, Ammon avec sa sœur, Loth avec ses filles.

Aulus, qui venait de dormir, reparut à̀ ce moment-là̀. Quand il fut instruit de l'affaire, il approuva le Tétrarquee. On ne devait point se gênerr pour de pareilles sottises; et il riait beaucoup du blâmee des prêtress, et de la fureur de Iaokanann.

Hérodiass, au milieu du perron, se retourna vers lui.

– Tu as tort, mon maîtree ! Il ordonne au peuple de refuser l'impôtt.

– Est-ce vrai ? demanda tout de suite le publicain.

Les réponsess furent généralementnt affirmatives. Le Tétrarquee les renforçaitt.

Vitellius songea que le prisonnier pouvait s'enfuir ; et comme la conduite d'Antipas lui semblait douteuse, il établitt des sentinelles aux portes, le long des murs et dans la cour.

Ensuite, il alla vers son appartement. Les députationss des prêtress l'accompagnèrentt.

Sans aborder la question de la sacrificature, chacune émettaitt ses griefs.

Tous l'obsédaientt. Il les congédiaa.

Jonathas le quittait, quand il aperçutt, dans un créneauu, Antipas causant avec un homme à̀ longs cheveux et en robe blanche, un Essénienn ; et il regretta de l'avoir soutenu.

Une réflexionn avait consolé́ le Tétrarquee. Iaokanann ne dépendaitt plus de lui ; les Romains s'en chargeaient. Quel soulagement ! Phanuel se promenait alors sur le chemin de ronde.

Il l'appela et, désignantt les soldats :

– Ils sont les plus forts ! je ne peux le délivrerr ! ce n'est pas ma faute !

La cour étaitt vide. Les esclaves se reposaient. Sur la rougeur du ciel qui enflammait l'horizon, les moindres objets perpendiculaires se détachaientt en noir. Antipas distingua les salines à̀ l'autre bout de la mer Morte, et ne voyait plus les tentes des Arabes. Sans doute ils étaientt partis ? La lune se levait ; un apaisement descendait dans son cœur.

Phanuel, accablé́, restait le menton sur la poitrine.

Enfin, il révélala ce qu'il avait à̀ dire.

Depuis le commencement du mois, il étudiaitt le ciel avant l'aube, la constellation de Perséee se trouvant au zénithh. Agalah se montrait à̀ peine, Algol brillait moins, Mira-Cœti avait disparu ; d'où̀ il augurait la mort d'un homme considérablee, cette nuit mêmee, dans Machærous.

Lequel ? Vitellius étaitt trop bien entouré́. On n'exécuteraitt pas Iaokanann. « C'est donc moi ! » pensa le Tétrarquee.

Peut-êtree que les Arabes allaient revenir ? Le Proconsul découvriraitt ses relations avec les Parthes ! Des sicaires de Jérusalemm escortaient les prêtress; ils avaient sous leurs vêtementss des poignards ; et le Tétrarquee ne doutait pas de la science de Phanuel.

Il eut l'idéee de recourir à̀ Hérodiass. Il la haïssaitt pourtant. Mais elle lui donnerait du courage ; et tous les liens n'étaientt pas rompus de l'ensorcellement qu'il avait autrefois subi.

Quand il entra dans sa chambre, du cinnamome fumait sur une vasque de porphyre ; et des poudres, des onguents, des étoffess pareilles à̀ des nuages, des broderies plus légèreses que des plumes, étaientt disperséess.

Il ne dit pas la prédictionn de Phanuel, ni sa peur des Juifs et des Arabes ; elle l'eûtt accusé́ d'êtree lâchee. Il parla seulement des Romains ; Vitellius ne lui avait rien confié́ de ses projets militaires. Il le supposait ami de Caïuss, que fréquentaitt Agrippa ; et il serait envoyé́ en exil, ou peut-êtree on l'égorgeraitt.

Hérodiass, avec une indulgence dédaigneusee, tâchaa de le rassurer. Enfin, elle tira d'un petit coffre une médaillee bizarre, ornéee du profil de Tibèree. Cela suffisait à̀ faire pâlirr les licteurs et fondre les accusations.

Antipas, émuu de reconnaissance, lui demanda comment elle l'avait.

– On me l'a donnéee, reprit-elle.

Sous une portièree en face, un bras nu s'avançaa, un bras jeune, charmant et comme tourné́ dans l'ivoire par Polyclètee. D'une façonn un peu gauche, et cependant gracieuse, il ramait dans l'air, pour saisir une tunique oubliéee sur une escabelle, prèss de la muraille.

Une vieille femme la passa doucement, en écartantt le rideau.

Le Tétrarquee eut un souvenir, qu'il ne pouvait préciserr.

– Cette esclave est-elle à̀ toi ?

– Que t'importe ? réponditt Hérodiass.

Learn languages from TV shows, movies, news, articles and more! Try LingQ for FREE