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Pas pire - France Daigle (1998), Chapitre 14 – Tekstas skaitymui

Pas pire - France Daigle (1998), Chapitre 14

Tarpinis 2 Prancūzų pamoka, skirta skaitymo praktikai

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Chapitre 14

Ce n'était pas la brillance à toute épreuve du diamant qui avait impressionné Hans. À plusieurs reprises, il avait pris la petite pierre entre ses doigts et l'avait laissée tomber sur le morceau de tissu que le marchand avait étalé sur le comptoir. Chaque fois la pierre faisait éclater ses mille feux, mais cela avait quelque chose de lassant à la longue. Non, ce fut autre chose qui retint son attention.

Quelque chose qui n'avait rien à voir avec l'esthétique de la pierre. Refaisant le geste, Hans eut cette fois l'impression de jouer aux dés, ce qui lui fit penser au hasard de la lumière et de la richesse. Là, il sentit qu'il approchait de quelque chose. Retenant cette idée du hasard de la lumière et de la richesse, il sortit de la boutique avec un sentiment de bonheur.

***

Carmen Després revint avec une Moosehead verte sur son plateau. N'étant pas non plus friande de toutes ces nouvelles marques de bière, elle ne s'était pas forcée outre mesure. Mais elle aimait cette bouteille verte avec un peu de rouge, qui lui faisait penser à Noël.

Terry n'eut pas le temps de sortir l'argent de sa poche.

— Non, c'est moi qui paye. Un cadeau.

Terry n'eut pas, non plus, la chance de protester, car Carmen était déjà en train de servir les gens qui venaient de commencer à jouer à la table d'à côté.

***

Cette idée du hasard de la lumière et de la richesse ne quitta plus Hans. C'était comme si, par cette seule idée, le monde s'était ouvert devant lui, suscitant quelque chose de nouveau, quelque chose d'inusité. Une sensation de légèreté le portait. Curieusement, ce petit diamant qu'il avait tenu entre ses doigts avait tout simplifié.

La vie avait changé. La chose manquante était apparue. Cherchait-il cette chose depuis longtemps ? Hans n'aurait su le dire.

L'espérait-il vraiment, ou avait-il cessé de l'espérer ? Encore là, Hans ne savait pas. Il avait été occupé, préoccupé. Son esprit avait été ailleurs.

Aujourd'hui tout cela s'était fondu en un. Tout cela était devenu quelque chose d'autre en lui. Il était devenu. Le devenir avait agi, avait pris place.

Comme par miracle. Comme si c'était possible.

***

Carmen et Terry commencèrent à se voir de plus en plus souvent.

— Hier, sus mon bateau, y'avait un homme qui s'appelait Absence Léger.

Carmen regarda Terry d'un air sceptique.

— Je te dis. Moi non plus je le croyais pas. Ça fait que j'ai ben écouté et je te dis, y l'avont appelé comme ça toute la journée.

— Ça devait être Absconse. Absconse Léger. Y'avait une femme par chez nous qui s'appelait de même.

— Non. Je te dis. Je suis sûr que c'était Absence. Absence Léger.

— …

— Ça me tanne. Je peux pas arrêter d'y penser.

***

Rêve d'après-midi dans le salon d'un appartement aux fenêtres grandes ouvertes sur une douce pluie d'été : un énorme cube de granit foncé se tient en équilibre sur le pic d'une montagne. Les arêtes du cube sont arrondies mais grenues, comme l'ensemble de la surface. Mon regard parvient à pénétrer l'opacité de la pierre. Au centre du bloc se trouve un énorme diamant brut.

Rien ne laisse deviner sa présence. Mais il y est pourtant, une richesse que personne ne peut voir. Ce qui frappe, c'est l'opposition entre le bloc parfaitement massif et structuré, et son intérieur, tout en angles de lumière et de légèreté. Ce qui frappe, c'est la transformation progressive du granit, la réorganisation secrète qui a pris place.

Lorsqu'un diamant apparaît en rêve, ses qualités de clarté, de solidité, de maturité et de perfection deviennent des valeurs quelque peu pétrifiées. Dans le rêve, le diamant revêt surtout les valeurs associées au cristal, matière vivante capable de croissance. Sa limpidité devient alors aptitude à tout contenir et à tout engendrer. Le rêveur prend alors conscience d'une énergie refoulée, le diamant symbolisant une tension entre un élan vers la perfection et la promesse d'une explosion. Cette prise de conscience s'apparente à un rajustement de pôles, notamment ceux de la fixité et de flexibilité, ceux de la perfection et de la simplicité.

***

Au début, Terry et Carmen avaient une manière plutôt inhabituelle de se parler. Le jour, à les entendre, on aurait presque pu croire qu'ils se tapaient un peu sur les nerfs.

— Hey… tu portes du rouge aujourd'hui !

— T'as des bons yeux.

— C'est la première fois que je te vois avec du rouge. Ça t'avient ben.

Plus tard, assis à une terrasse au soleil, au beau milieu d'un silence de septembre, Terry ajouterait :

— Les Acadiennes aimiont beaucoup le rouge. Mais a n'aviont pas beaucoup, ça fait qu'a le portiont juste par petits morceaux. Des fois a le tissiont dans d'autre matériel pour que ça n'en faise plusse.

— …

— En tout cas, c'est ça que j'ai lu.

Carmen tira sur sa cigarette, l'air un peu exaspérée, et lâcha en soupirant :

— J'ai pas hâte à l'hiver. Vraiment pas hâte.

Et puis, les sujets abordés le jour refaisaient doucement surface la nuit.

— Ben, quelles couleurs qu'a portiont si y'avait pas beaucoup de rouge ?

— Y'avait juste de la teinture pour le vert pis le noir.

— Comment ça se fait qu'y'avait pas de rouge ?

— Je sais pas. Quand y'en avait, ça venait des Anglais. Des redcoats. Peut-être qu'y'eux arrachiont leu' manteaux d'dessus le dos.

— …

— …

— …

— As-tu lu la Bible, toi ?

— Non. J'ai essayé une fois. C'est pas lisable.

— Ben, crois-tu que quelqu'un peut vivre sans avoir lu la Bible ? Je veux dire, sans savoir quoi c'que ça veut dire, toutes ces affaires-là, le chemin de Damoclès pis l'épée de Damas ?

— Ç'a tout l'air.

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