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La chronique d'Aliette de Laleu, Les instruments de musique ont-ils un genre ? Aliette de Laleu

Les instruments de musique ont-ils un genre ? Aliette de Laleu

Clément Rochefort : C'est l'heure de la chronique féministe, c'est un peu le thème chaque semaine.

Alors, lundi dernier, dans votre chronique

vous avez prononcé apparemment deux mots interdits… Aliette de Laleu: Apparemment..

En parlant de la place des femmes dans le jazz j'ai osé, oui j'ai osé, parler

d'instruments genrés, c'est à dire des instruments de musique que l'on associe

à un genre, féminin ou masculin.

Par exemple la harpe c'est pour les filles, la trompette c'est pour les garçons.

Face aux réactions mi agacées mi étonnées je me suis dit que c'était l'occasion d'en

faire une chronique.

C'est un sujet de recherche très sérieux.

Plusieurs musicologues qui ont travaillé sur cette question peuvent affirmer que dans

l'histoire de la musique, les instruments ont quasiment tous été considérés à un

moment donné comme masculin ou féminin.

Aujourd'hui encore !

Depuis l'arrivée des femmes dans les orchestres dans les années 60/70,

on constate qu'elles sont sous représentées parmi les cuivres ou les percussions.

Clément: Il y a quand même des progrès sur cette question Aliette ?

Aliette: Oui.

Dans le monde musical, il devient rarissime qu'une personne soit choquée de voir une

femme souffler dans un cor.

Pourtant ce n'était pas gagné.

De nombreux instruments ont longtemps été interdits aux musiciennes.

Au XIXe siècle, souffler dans un instrument était mal vu car cela pouvait déformer le

visage des femmes, et comme elles portaient des corsets, la pratique des instruments à

vent était déconseillée.

Autre interdiction : mettre un bec ou une hanche dans sa bouche puisque c'était considéré

comme trop sexuel.

Enfin deux autres instruments ne pouvaient être joués par des femmes à cette époque:

le violoncelle et la harpe.

Vous savez pourquoi Clément ?

Clément: Parce qu'on a les jambes écartées.

Aliette: Parce qu'il faut tenir les instruments entre ses jambes écartées.

Clément: C'est si sensuel pourtant.

Aliette: Oui mais c'était jugé comme indécent.

Les femmes pouvaient donc chanter ou jouer du piano.

A la limite se mettre au violon.

Toute cette évolution correspond à l'ouverture des classes pour les femmes au conservatoire de Paris.

1795 : on accepte les chanteuses et les pianistes. 50 ans plus tard, la première violoniste.

Mais il faudra attendre les années 70, donc presque 2 siècles plus tard, avant que les

femmes puissent étudier hautbois, clarinette, basson etc et encore une dizaine d'années

pour qu'elles se mettent aux cuivres…

Clément : Les freins au XXe siècle, et aujourd'hui encore,

ne sont pas les mêmes Aliette...

Non, on est plus dans l'interdit.

Les freins sont psychologiques ou sociologiques.

Chaque instrument a son histoire mais dans les grandes lignes, les femmes vont inconsciemment

se tourner vers des instruments au son aigu, doux, discret, quand les hommes, eux, sont

attirés par la puissance, la force.

Un peu à l'image de l'éducation que l'on donne aux enfants : aux filles les

jeux calmes, aux garçons les jeux exubérants.

Il existe d'autres freins.

Des freins historiques : les cuivres associés à la fanfare, milieu très masculin.

Ou des freins pratiques : il faudrait soit disant plus de force pour jouer de la contrebasse

ou souffler dans un tuba, et ce serait plus difficile pour les femmes.

Sauf que la bonne pratique d'un instrument ne dépend pas de la force ou de la taille du musicien.

Les femmes peuvent donner de la puissance dans leur jeu comme les hommes.

Et les hommes peuvent jouer de manière sensible comme les femmes.

Ce schéma met encore du temps à s'imposer.

Il faut laisser les enfants choisir leurs instruments au-delà des préjugés qui touchent

autant les filles que les garçons.

Une fille peut jouer de l'euphonium et un garçon de la harpe.

J'en parle souvent mais les modèles sont très importants.

Or, parmi les solistes, les hommes sont majoritaires y compris parmi les instruments que l'on

juge plus féminin, la harpe et la flûte.

Alors, heureusement il existe de nombreuses initiatives comme ces orchestres qui vont

présenter leurs instruments aux scolaires, ou les projets pédagogiques de création

d'orchestres à l'école.

Parfois, c'est à nous aussi de porter un nouveau regard et d'éviter de tomber dans les clichés.

Aux professeurs de ne pas faire de réflexions déplacées à leurs élèves comme « pour

une fille tu te débrouilles bien », ce qui arrive encore.

Et il faut écouter les enfants, ne pas leur imposer un instrument mais leur montrer et

leur faire entendre tout ce qui existe.

Souvent, la pratique instrumentale commence par un coup de coeur : un son, une forme d'instrument,

une couleur, un artiste…

Ce fut le cas pour Lucienne Renaudin Vary, jeune trompettiste

qui a commencé à l'âge de 9 ans après avoir écouté Chet Baker et qui vient de

sortir son premier album :

* Extrait musical - Les filles de Cadix de Léo Delibes par Lucienne Renaudin Vary *

Clément: Lucienne Renaudin Vary à la trompette.

Merci beaucoup Aliette de Laleu.

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