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Mamytwink, Le pilote allemand qui a risqué sa vie pour sauver un bombardier américain (1943) - HDG #17

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode d'Histoires de guerre en compagnie de Zecharia.

Aujourd'hui on va vous raconter une histoire qu'on avait envie de vous relater depuis très longtemps.

Elle est touchante, elle est humaine, elle se passe pendant la seconde guerre mondiale, à plus de 8000 mètres d'altitude.

Exactement, on est en 1943 et Franz Stigler, un pilote de chasse Allemand

poursuit un bombardier B17 américain dans le but de l'abattre,

et à ce moment là dans les airs il va prendre la décision la plus importante de sa vie, il va sauver l'équipage

de ce B17. Ça va donner lieu à une histoire humaine

incroyable puisque les deux pilotes vont se retrouver 47 ans plus tard et nouer une étroite amitié.

Je vous propose de découvrir

l'incident Charlie Brown et Franz Stigler.

20 décembre 1943

11h32 dans le ciel d'Allemagne.

Le puissant vrombissement du bombardier américain fend le ciel au-dessus de la ville de Brême.

L'équipage, composé de dix hommes, s'apprête à larguer ses trois tonnes de bombes sur une usine d'armement du troisième Reich.

Charlie Brown effectue son premier vol d'opération aux commandes du B17 baptisé The Old Pub.

Le pilote, âgé de 21 ans à peine, est concentré sur son objectif.

Soudain, une importante détonation surprend l'équipage. Les Flaks, les canons anti aériens de l'armée allemande viennent de riposter

"On est touché !" crie l'un des navigateurs dans sa radio.

Les projectiles ont criblé l'avion américain de toutes parts, la coque en plexiglas s'est brisée en mille morceaux

et deux moteurs sont endommagés par des éclats.

Le vent glacial s'engouffre dans la carlingue trouée. À plus de 8000 mètres d'altitude il fait moins 60 degrés et l'oxygène est rare.

Charlie Brown donne l'ordre d'ouvrir les trains. Le chapelet de bombes se détache de l'avion et plonge à toute vitesse sur l'objectif.

Abîmé l'appareil perd de la vitesse et de l'altitude.

L'équipage n'a pas d'autre choix que de rebrousser chemin.

Mais le pire reste à venir.

À l'horizon, une nuée de chasseurs allemands fonce en direction du bombardier américain

bien décidée à le détruire. Une pluie de balles s'abat sur l'avion,

déchirant son fuselage. Un des tireurs du B17 est décapité sur le coup et d'autres hommes sont blessés.

La radio interne est pulvérisée et la plupart des canons sont enrayés par le froid mordant.

Charlie Brown lutte contre le manque d'oxygène et sombre bientôt dans les limbes.

L'aéronef plonge du nez et tombe en spirale. Face à la chute infernale de l'appareil les chasseurs allemands font demi-tour

convaincus que leur mission est accomplie.

7000, 6000, 5000, 4000 mètres. L'altimètre s'emballe, dégringolant à une vitesse vertigineuse.

Tout à coup, Charlie Brown se réveille et prend une grande inspiration. Il aperçoit le sol qui s'approche dangereusement.

Le pilote s'enfonce brusquement dans son siège et tire de toutes ses forces sur le manche de l'appareil.

Le jeune Américain s'accroche aux commandes comme à sa vie.

À moins de 1000 mètres d'altitude, il parvient à redresser son avion et à reprendre le vol.

Miraculé, l'équipage est passé à quelques secondes de la mort.

Quelques minutes plus tôt, dans un aérodrome allemand.

Des techniciens retirent la bombe du réservoir du Messerschmitt et terminent de réarmer le chasseur.

Au loin, le vrombissement caractéristique d'un bombardier américain résonne dans les airs. Franz Stigler, un as du ciel de la Luftwaffe,

lève les yeux au ciel à la recherche de l'ennemi.

Bien décidé à battre la proie, il saute immédiatement dans son cockpit et met les gaz. Sans même demander l'autorisation à la tour de contrôle,

il décolle de la base aérienne et se précipite vers le bombardier.

L'homme de 28 ans, au 27 victoires aériennes, s'apprête à accrocher une nouvelle médaille sur son veston.

Il parvient rapidement à rattraper le B17, se place dans son sillage et positionne son viseur, le doigt sur la gâchette.

Pourtant aucun tir ne retentit.

Un détail trouble l'aviateur allemand.

Les tourelles de la forteresse volante sont désespérément pointées vers le sol, et la carlingue de l'appareil est percée de toutes parts.

Chaque plaque de métal est criblée de trous de la taille d'un poing.

Comme un corps écorché dont on verrait les os, Stigler peut apercevoir l'ossature métallique de l'appareil.

Il se demande comment ce tas de ferraille peut encore voler.

Stupéfait, l'as décale son Messerschmitt et se positionne au niveau de l'aile droite du B17.

Il observe l'intérieur de l'avion et distingue l'équipage.

Un des soldats est mort, l'autre a une jambe en sang et le reste des Américains est pétrifié par la peur.

Franz Stigler s'avance au niveau du cockpit du bombardier et tourne sa tête vers l'ennemi.

Il croise le regard désespéré de Charlie Brown.

L'Allemand repense alors aux mots de son instructeur.

"Si je te vois ou si j'apprends que tu as tiré sur un homme en parachute, je te descendrai moi-même !

Bats-toi selon les règles si tu veux garder une part d'humanité."

Ce bombardier n'est pas plus dangereux qu'un homme en parachute, hors de question de l'abattre lâchement.

Dans la cabine de pilotage du B17, Charlie Brown ferme les yeux, c'est la fin.

Aucune détonation, Aucune salve de mitrailleuse. Seul le bruit assourdissant des moteurs.

*Bruit de moteur*

Lorsque le jeune homme ouvre à nouveau les yeux, son adversaire est toujours là, il gesticule d'une manière étrange.

Charlie Brown comprend tout à coup ce qui est en train de se passer.

L'ennemi essaie de communiquer avec lui. De son côté Franz Stigler s'agite

"Descendez !" leur crie-t-il en montrant le sol, en vain.

"Suède, Suède" s'époumone l'Allemand dans le cockpit de son Messerschmitt.

Stigler leur indique la direction du pays Scandinave neutre afin qu'ils puissent atterrir sans encombres.

Les jeunes américains ne saisissent pas le message et ne changent pas de cap. Ils ignorent encore qu'ils se dirigent droit

vers le mur de l'Atlantique, la ligne fortifiée allemande qui ceinture le continent.

À leur altitude, ils n'ont aucune chance de survivre face à l'armada de canons anti-aériens du troisième Reich.

"Quels idiots" enrage Stigler. S'il s'éloigne du bombardier, les Américains se feront réduire en miettes par l'artillerie allemande.

L'as du ciel prend alors la décision la plus audacieuse de sa vie.

Il accompagnera l'avion américain jusqu'à la Mer du Nord.

Escorté par le chasseur allemand,

le bombardier B17 est ainsi épargné par le feu des Flaks et survole les lignes de défenses ennemies sans déclencher un seul tir.

Une fois au dessus de la Mer du Nord,

Franz Stigler jette un dernier regard sur le cockpit américain et salue Charlie Brown avant de basculer et de faire demi tour.

Charlie et ses hommes commencent seulement à réaliser que l'aviateur allemand vient de leur sauver la vie.

Le B17, aux allures de cercueils volants, parvient à traverser la mer et à rejoindre l'Angleterre.

De retour au sol, l'équipage miraculé est accueilli par les militaires de l'US Airforce.

Charlie Brown est conduit dans le bureau d'un officier supérieur.

Il n'épargne aucun détail de son incroyable périple.

Les Flaks, la carlingue éventrée par les balles ennemies, la chute infernale et enfin son mystérieux sauveur.

Intransigeant, le commandement aérien allié

décide de classer l'affaire top secret et ordonne à l'équipage de ne jamais raconter cette journée de décembre 1943.

Charlie Brown se rend à l'évidence,

quelqu'un avait décidé qu'on ne pouvait pas être humain et être à bord d'un cockpit allemand.

1986 43 ans plus tard, base aérienne de Maxwell en Alabama

L'audience est rassemblée autour du vénérable pilote de la seconde guerre mondiale.

Un homme interpelle Charlie Brown et lui demande de relater sa meilleure anecdote de guerre.

Le vétéran grisonnant s'éclaircit la voix et raconte, pour la première fois depuis 43 ans, son incroyable rencontre dans le ciel allemand.

Peu à peu les détails lui reviennent et Charlie Brown décrit ce mystérieux pilote de la Luftwaffe qui lui a sauvé la vie.

Incrédule, un homme s'adresse à lui "Tu devrais le chercher, il pourrait toujours être en vie".

Charlie Brown souri à la question, comment pourrait-il retrouver un pilote ennemis croisé

43 ans plus tôt pendant une dizaine de minutes et avec qui il n'a jamais échangé un seul mot ?

Les années s'écoulent et l'aviateur retraité cherche en vain des traces de son mystérieux sauveur, hanté par le souvenir de leur rencontre.

Pendant quatre ans il fouille les archives de l'US Airforce, de la Royal Airforce et de la Luftwaffe.

L'homme reste introuvable.

Charlie Brown écrit à un journal tenu par une association d'anciens pilotes Allemands pour y déposer une annonce.

Une dernière bouteille à la mer.

Janvier 1990 Vancouver

Le vieil homme sort de sa maison et se dirige vers sa boîte aux lettres.

Impatient de retrouver le nouveau numéro du Jäger Blatt.

Le vétéran Allemand, qui a refait sa vie au Canada,

épluche avec plaisir les pages de la revue à la recherche de souvenirs d'un passé révolu.

Confortablement installé dans son fauteuil, il consulte le journal à la recherche de vieilles connaissances.

Soudain, l'homme se lève, manquant de renverser son siège et hèle sa femme "C'est lui ! C'est lui ! Celui que je n'ai pas abattu !"

Franz Stigler vient de tomber sur l'annonce de Charlie Brown.

Sans attendre, il se précipite sur sa machine à écrire, glisse une feuille dans le rouleau et tape frénétiquement sur les touches.

"Cher Charles,

toutes ces années je me suis demandé ce qui était arrivé à ce B17, s'en était-il sorti ou pas ?

Je suis heureux que vous vous en soyez sorti vivant.

Ça en valait la peine."

L'Allemand s'empare de la lettre dactylographiée et la poste pour la Floride aux États Unis.

*Sonnerie de téléphone*

Cinq jours plus tard, le téléphone retentit dans le bureau de Franz.

*Bruit de téléphone décroché*

"Êtes vous bien monsieur Franz Stigler ?"

"Ja."

"Le Franz Stigler qui a participé à la seconde guerre mondiale ?"

"Ja."

"Franz,

je crois que nous devons discuter. C'est Charlie Brown à l'appareil."

La conversation entre les deux hommes commence sous des airs d'interrogatoire.

Méfiant, Brown questionne son interlocuteur.

Franz Stigler livre le récit du 20 décembre 1943 dans les moindres détails.

Il mentionne de nombreux éléments, dont certains avaient même échappés à la mémoire de l'Américain.

Charlie Brown réalise petit à petit que l'homme qu'il a au bout du fil est celui à qui il doit la vie.

L'Américain font en larmes.

21 juin 1990.

Près de cinquante ans après s'être croisés dans les airs, Franz Stigler et Charlie Brown se retrouvent.

Au premier regard, les deux hommes s'enlacent et fondent en larmes.

Pendant les dix-huit années qui suivent, les deux pilotes restent en contact régulier et nouent une étroite amitié.

Ensembles, ils parcourent le continent américain pour relater leur histoire dans les écoles.

Leur complicité s'exprime également au cours des interviews qu'ils livrent à la télévision.

Franz Stigler et Charlie Brown s'éteignent tous les deux en 2008, à quelques mois d'intervalle.

Franz Stigler, dont le frère était mort au combat pendant la seconde guerre mondiale,

avait inscrit, sur la couverture d'un livre offert à son ami Charlie Brown,

"En 1940 j'ai perdu mon unique frère,

le 20 décembre 1943,

quatre jours avant Noël, j'ai eu la chance de sauver un bombardier B17 de la destruction.

Un avion si endommagé, que c'était un miracle s'il pouvait voler encore.

Son pilote Charlie Brown est pour moi aussi précieux que l'était mon frère."

En choisissant de sauver la vie de Charlie Brown et de l'équipage

Franz Stigler a pris un énorme risque.

Il faut savoir qu'en se posant en juste après l'incident sur l'aérodrome, le pilote allemand avait super peur.

Il disait "si jamais je me fais interroger par la Gestapo et qu'ils apprennent que j'ai épargné

l'équipage américain, ils vont m'envoyer à la cour martiale et je vais probablement me faire exécuter."

Il a donc vécu dans la peur jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale et même les années qui ont suivi

la guerre puisque en Allemagne avait encore de forts ressentiments contre de potentiels traîtres.

Finalement, l'histoire se termine plutôt bien puisque 47 ans plus tard,

Il retrouve Charlie Brown, ils se nouent d'amitié et ils font le tour des États Unis et du Canada pour raconter leur histoire.

Effectivement, après s'être retrouvés,

Charlie Brown et Franz Stigler deviennent de très très bons amis. Ils passent beaucoup de temps aux États Unis où ils vont partager leur témoignage,

raconter leur histoire, pour casser les préjugés, à l'époque très tenaces qui

voulaient que tous les Allemands était nazis et comme le dit Charlie Brown qu'on ne pouvait pas

avoir de l'honneur et voler dans un cockpit allemand.

Les amis, dites nous dans les commentaires ce que vous avez pensé de cette histoire.

Nous elle nous a beaucoup touché lors de nos recherches, lors de l'écriture.

On aurait rêvé pouvoir rencontrer ces deux pilotes pour

leur poser quelques questions mais malheureusement, ils se sont éteints il y a déjà

douze ans. En tout cas, dites nous si vous voulez d'autres histoires de guerre, si vous avez des suggestions.

C'est toujours un plaisir

d'aller chercher ces récits pour les partager avec vous.

On vous donne rendez-vous à très bientôt pour une nouvelle vidéo,

et je dirais dans un mois pour un nouvel épisode d'Histoires de guerre. - Salut à tous. - Salut à tous.



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Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode d'Histoires de guerre en compagnie de Zecharia.

Aujourd'hui on va vous raconter une histoire qu'on avait envie de vous relater depuis très longtemps.

Elle est touchante, elle est humaine, elle se passe pendant la seconde guerre mondiale, à plus de 8000 mètres d'altitude.

Exactement, on est en 1943 et Franz Stigler, un pilote de chasse Allemand

poursuit un bombardier B17 américain dans le but de l'abattre,

et à ce moment là dans les airs il va prendre la décision la plus importante de sa vie, il va sauver l'équipage

de ce B17. Ça va donner lieu à une histoire humaine

incroyable puisque les deux pilotes vont se retrouver 47 ans plus tard et nouer une étroite amitié.

Je vous propose de découvrir

l'incident Charlie Brown et Franz Stigler.

20 décembre 1943

11h32 dans le ciel d'Allemagne.

Le puissant vrombissement du bombardier américain fend le ciel au-dessus de la ville de Brême.

L'équipage, composé de dix hommes, s'apprête à larguer ses trois tonnes de bombes sur une usine d'armement du troisième Reich.

Charlie Brown effectue son premier vol d'opération aux commandes du B17 baptisé The Old Pub.

Le pilote, âgé de 21 ans à peine, est concentré sur son objectif.

Soudain, une importante détonation surprend l'équipage. Les Flaks, les canons anti aériens de l'armée allemande viennent de riposter

"On est touché !" crie l'un des navigateurs dans sa radio.

Les projectiles ont criblé l'avion américain de toutes parts, la coque en plexiglas s'est brisée en mille morceaux

et deux moteurs sont endommagés par des éclats.

Le vent glacial s'engouffre dans la carlingue trouée. À plus de 8000 mètres d'altitude il fait moins 60 degrés et l'oxygène est rare.

Charlie Brown donne l'ordre d'ouvrir les trains. Le chapelet de bombes se détache de l'avion et plonge à toute vitesse sur l'objectif.

Abîmé l'appareil perd de la vitesse et de l'altitude.

L'équipage n'a pas d'autre choix que de rebrousser chemin.

Mais le pire reste à venir.

À l'horizon, une nuée de chasseurs allemands fonce en direction du bombardier américain

bien décidée à le détruire. Une pluie de balles s'abat sur l'avion,

déchirant son fuselage. Un des tireurs du B17 est décapité sur le coup et d'autres hommes sont blessés.

La radio interne est pulvérisée et la plupart des canons sont enrayés par le froid mordant.

Charlie Brown lutte contre le manque d'oxygène et sombre bientôt dans les limbes.

L'aéronef plonge du nez et tombe en spirale. Face à la chute infernale de l'appareil les chasseurs allemands font demi-tour

convaincus que leur mission est accomplie.

7000, 6000, 5000, 4000 mètres. L'altimètre s'emballe, dégringolant à une vitesse vertigineuse.

Tout à coup, Charlie Brown se réveille et prend une grande inspiration. Il aperçoit le sol qui s'approche dangereusement.

Le pilote s'enfonce brusquement dans son siège et tire de toutes ses forces sur le manche de l'appareil.

Le jeune Américain s'accroche aux commandes comme à sa vie.

À moins de 1000 mètres d'altitude, il parvient à redresser son avion et à reprendre le vol.

Miraculé, l'équipage est passé à quelques secondes de la mort.

Quelques minutes plus tôt, dans un aérodrome allemand.

Des techniciens retirent la bombe du réservoir du Messerschmitt et terminent de réarmer le chasseur.

Au loin, le vrombissement caractéristique d'un bombardier américain résonne dans les airs. Franz Stigler, un as du ciel de la Luftwaffe,

lève les yeux au ciel à la recherche de l'ennemi.

Bien décidé à battre la proie, il saute immédiatement dans son cockpit et met les gaz. Sans même demander l'autorisation à la tour de contrôle,

il décolle de la base aérienne et se précipite vers le bombardier.

L'homme de 28 ans, au 27 victoires aériennes, s'apprête à accrocher une nouvelle médaille sur son veston.

Il parvient rapidement à rattraper le B17, se place dans son sillage et positionne son viseur, le doigt sur la gâchette.

Pourtant aucun tir ne retentit.

Un détail trouble l'aviateur allemand.

Les tourelles de la forteresse volante sont désespérément pointées vers le sol, et la carlingue de l'appareil est percée de toutes parts.

Chaque plaque de métal est criblée de trous de la taille d'un poing.

Comme un corps écorché dont on verrait les os, Stigler peut apercevoir l'ossature métallique de l'appareil.

Il se demande comment ce tas de ferraille peut encore voler.

Stupéfait, l'as décale son Messerschmitt et se positionne au niveau de l'aile droite du B17.

Il observe l'intérieur de l'avion et distingue l'équipage.

Un des soldats est mort, l'autre a une jambe en sang et le reste des Américains est pétrifié par la peur.

Franz Stigler s'avance au niveau du cockpit du bombardier et tourne sa tête vers l'ennemi.

Il croise le regard désespéré de Charlie Brown.

L'Allemand repense alors aux mots de son instructeur.

"Si je te vois ou si j'apprends que tu as tiré sur un homme en parachute, je te descendrai moi-même !

Bats-toi selon les règles si tu veux garder une part d'humanité."

Ce bombardier n'est pas plus dangereux qu'un homme en parachute, hors de question de l'abattre lâchement.

Dans la cabine de pilotage du B17, Charlie Brown ferme les yeux, c'est la fin.

Aucune détonation, Aucune salve de mitrailleuse. Seul le bruit assourdissant des moteurs.

*Bruit de moteur*

Lorsque le jeune homme ouvre à nouveau les yeux, son adversaire est toujours là, il gesticule d'une manière étrange.

Charlie Brown comprend tout à coup ce qui est en train de se passer.

L'ennemi essaie de communiquer avec lui. De son côté Franz Stigler s'agite

"Descendez !" leur crie-t-il en montrant le sol, en vain.

"Suède, Suède" s'époumone l'Allemand dans le cockpit de son Messerschmitt.

Stigler leur indique la direction du pays Scandinave neutre afin qu'ils puissent atterrir sans encombres.

Les jeunes américains ne saisissent pas le message et ne changent pas de cap. Ils ignorent encore qu'ils se dirigent droit

vers le mur de l'Atlantique, la ligne fortifiée allemande qui ceinture le continent.

À leur altitude, ils n'ont aucune chance de survivre face à l'armada de canons anti-aériens du troisième Reich.

"Quels idiots" enrage Stigler. S'il s'éloigne du bombardier, les Américains se feront réduire en miettes par l'artillerie allemande.

L'as du ciel prend alors la décision la plus audacieuse de sa vie.

Il accompagnera l'avion américain jusqu'à la Mer du Nord.

Escorté par le chasseur allemand,

le bombardier B17 est ainsi épargné par le feu des Flaks et survole les lignes de défenses ennemies sans déclencher un seul tir.

Une fois au dessus de la Mer du Nord,

Franz Stigler jette un dernier regard sur le cockpit américain et salue Charlie Brown avant de basculer et de faire demi tour.

Charlie et ses hommes commencent seulement à réaliser que l'aviateur allemand vient de leur sauver la vie.

Le B17, aux allures de cercueils volants, parvient à traverser la mer et à rejoindre l'Angleterre.

De retour au sol, l'équipage miraculé est accueilli par les militaires de l'US Airforce.

Charlie Brown est conduit dans le bureau d'un officier supérieur.

Il n'épargne aucun détail de son incroyable périple.

Les Flaks, la carlingue éventrée par les balles ennemies, la chute infernale et enfin son mystérieux sauveur.

Intransigeant, le commandement aérien allié

décide de classer l'affaire top secret et ordonne à l'équipage de ne jamais raconter cette journée de décembre 1943.

Charlie Brown se rend à l'évidence,

quelqu'un avait décidé qu'on ne pouvait pas être humain et être à bord d'un cockpit allemand.

1986 43 ans plus tard, base aérienne de Maxwell en Alabama

L'audience est rassemblée autour du vénérable pilote de la seconde guerre mondiale.

Un homme interpelle Charlie Brown et lui demande de relater sa meilleure anecdote de guerre.

Le vétéran grisonnant s'éclaircit la voix et raconte, pour la première fois depuis 43 ans, son incroyable rencontre dans le ciel allemand.

Peu à peu les détails lui reviennent et Charlie Brown décrit ce mystérieux pilote de la Luftwaffe qui lui a sauvé la vie.

Incrédule, un homme s'adresse à lui "Tu devrais le chercher, il pourrait toujours être en vie".

Charlie Brown souri à la question, comment pourrait-il retrouver un pilote ennemis croisé

43 ans plus tôt pendant une dizaine de minutes et avec qui il n'a jamais échangé un seul mot ?

Les années s'écoulent et l'aviateur retraité cherche en vain des traces de son mystérieux sauveur, hanté par le souvenir de leur rencontre.

Pendant quatre ans il fouille les archives de l'US Airforce, de la Royal Airforce et de la Luftwaffe.

L'homme reste introuvable.

Charlie Brown écrit à un journal tenu par une association d'anciens pilotes Allemands pour y déposer une annonce.

Une dernière bouteille à la mer.

Janvier 1990 Vancouver

Le vieil homme sort de sa maison et se dirige vers sa boîte aux lettres.

Impatient de retrouver le nouveau numéro du Jäger Blatt.

Le vétéran Allemand, qui a refait sa vie au Canada,

épluche avec plaisir les pages de la revue à la recherche de souvenirs d'un passé révolu.

Confortablement installé dans son fauteuil, il consulte le journal à la recherche de vieilles connaissances.

Soudain, l'homme se lève, manquant de renverser son siège et hèle sa femme "C'est lui ! C'est lui ! Celui que je n'ai pas abattu !"

Franz Stigler vient de tomber sur l'annonce de Charlie Brown.

Sans attendre, il se précipite sur sa machine à écrire, glisse une feuille dans le rouleau et tape frénétiquement sur les touches.

"Cher Charles,

toutes ces années je me suis demandé ce qui était arrivé à ce B17, s'en était-il sorti ou pas ?

Je suis heureux que vous vous en soyez sorti vivant.

Ça en valait la peine."

L'Allemand s'empare de la lettre dactylographiée et la poste pour la Floride aux États Unis.

*Sonnerie de téléphone*

Cinq jours plus tard, le téléphone retentit dans le bureau de Franz.

*Bruit de téléphone décroché*

"Êtes vous bien monsieur Franz Stigler ?"

"Ja."

"Le Franz Stigler qui a participé à la seconde guerre mondiale ?"

"Ja."

"Franz,

je crois que nous devons discuter. C'est Charlie Brown à l'appareil."

La conversation entre les deux hommes commence sous des airs d'interrogatoire.

Méfiant, Brown questionne son interlocuteur.

Franz Stigler livre le récit du 20 décembre 1943 dans les moindres détails.

Il mentionne de nombreux éléments, dont certains avaient même échappés à la mémoire de l'Américain.

Charlie Brown réalise petit à petit que l'homme qu'il a au bout du fil est celui à qui il doit la vie.

L'Américain font en larmes.

21 juin 1990.

Près de cinquante ans après s'être croisés dans les airs, Franz Stigler et Charlie Brown se retrouvent.

Au premier regard, les deux hommes s'enlacent et fondent en larmes.

Pendant les dix-huit années qui suivent, les deux pilotes restent en contact régulier et nouent une étroite amitié.

Ensembles, ils parcourent le continent américain pour relater leur histoire dans les écoles.

Leur complicité s'exprime également au cours des interviews qu'ils livrent à la télévision.

Franz Stigler et Charlie Brown s'éteignent tous les deux en 2008, à quelques mois d'intervalle.

Franz Stigler, dont le frère était mort au combat pendant la seconde guerre mondiale,

avait inscrit, sur la couverture d'un livre offert à son ami Charlie Brown,

"En 1940 j'ai perdu mon unique frère,

le 20 décembre 1943,

quatre jours avant Noël, j'ai eu la chance de sauver un bombardier B17 de la destruction.

Un avion si endommagé, que c'était un miracle s'il pouvait voler encore.

Son pilote Charlie Brown est pour moi aussi précieux que l'était mon frère."

En choisissant de sauver la vie de Charlie Brown et de l'équipage

Franz Stigler a pris un énorme risque.

Il faut savoir qu'en se posant en juste après l'incident sur l'aérodrome, le pilote allemand avait super peur.

Il disait "si jamais je me fais interroger par la Gestapo et qu'ils apprennent que j'ai épargné

l'équipage américain, ils vont m'envoyer à la cour martiale et je vais probablement me faire exécuter."

Il a donc vécu dans la peur jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale et même les années qui ont suivi

la guerre puisque en Allemagne avait encore de forts ressentiments contre de potentiels traîtres.

Finalement, l'histoire se termine plutôt bien puisque 47 ans plus tard,

Il retrouve Charlie Brown, ils se nouent d'amitié et ils font le tour des États Unis et du Canada pour raconter leur histoire.

Effectivement, après s'être retrouvés,

Charlie Brown et Franz Stigler deviennent de très très bons amis. Ils passent beaucoup de temps aux États Unis où ils vont partager leur témoignage,

raconter leur histoire, pour casser les préjugés, à l'époque très tenaces qui

voulaient que tous les Allemands était nazis et comme le dit Charlie Brown qu'on ne pouvait pas

avoir de l'honneur et voler dans un cockpit allemand.

Les amis, dites nous dans les commentaires ce que vous avez pensé de cette histoire.

Nous elle nous a beaucoup touché lors de nos recherches, lors de l'écriture.

On aurait rêvé pouvoir rencontrer ces deux pilotes pour

leur poser quelques questions mais malheureusement, ils se sont éteints il y a déjà

douze ans. En tout cas, dites nous si vous voulez d'autres histoires de guerre, si vous avez des suggestions.

C'est toujours un plaisir

d'aller chercher ces récits pour les partager avec vous.

On vous donne rendez-vous à très bientôt pour une nouvelle vidéo,

et je dirais dans un mois pour un nouvel épisode d'Histoires de guerre. - Salut à tous. - Salut à tous.


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