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La chronique d'Aliette de Laleu, Pourquoi certains chœurs d'enfants refusent-ils les filles ? - Aliette de Laleu

Pourquoi certains chœurs d'enfants refusent-ils les filles ? - Aliette de Laleu

Saskia de Ville : Christ Church à Oxford accueille en résidence pour la première fois depuis

1525 un choeur de jeunes filles...

Aliette : Et c'est un symbole très fort pour un milieu encore réticent à la mixité…

Les chorales d'enfants dans les églises, chapelles et cathédrales

ont été pendant des siècles 100% masculines.

La présence de jeunes filles choristes était tout simplement interdite.

Depuis les années 90, certaines institutions acceptent la mixité,

mais ce n'est pas le cas partout.

Comment en est-on arrivé là ? Il faut remonter à l'an 379, lors du Synode d'Antioche.

Cette année-là, l'assemblée d'ecclésiastiques décide d'imposer l'antiphonie, une forme

musicale typique de la liturgie chrétienne qui consiste à faire chanter deux choeurs

de manière alternée.

En l'occurrence, c'était une manière de séparer les voix d'hommes et les voix de

femmes qui chantaient jusqu'à présent à l'unisson.

Saskia : Une règle qui va être appliquée ensuite à Rome, à Milan puis à Constantinople.

Oui jusqu'à ce que la pratique du chant liturgique s'institutionnalise et que des

écoles de musique dédiées soient créées, notamment en Italie au 4e et 5e siècles.

Puis arrive un 2e synode, celui d'Auxerre en 578 qui interdit tout simplement aux femmes

de chanter dans les églises.

L'archevêque Boniface de Mayence et le Pape Léon 4 iront dans ce sens et à partir

de cette époque et jusqu'au 20e siècle, seuls les hommes auront le droit de chanter

la liturgie.

King's College Choir : Herefordshire Carol Arrangement Ralph Vaughan Williams

Au 17e siècle, avec l'avènement de la musique baroque, les voix de femmes se font

entendre, non pas dans les églises, mais sur scène.

Bon à cette époque, elles sont concurrencées par les voix de castrats, pratique pour chanter

le registre haut pendant les offices vu qu'il n'y a pas de femmes.

On était prêt à mutiler des hommes pour contourner une règle absurde.

Il faut imaginer que l'on se prive, depuis presque 1500 ans de la beauté des choeurs

mixtes dans les églises, non pas pour des raisons purement musicales ou esthétiques

mais pour une idéologie complètement obsolète.

Des études à l'aveugle ont été réalisées sur les voix de jeunes filles et de jeunes

garçons et les résultats montrent qu'il est rare d'arriver à distinguer le genre

de l'enfant juste à l'écoute.

Saskia : Et aujourd'hui, rien n'interdit les jeunes filles de chanter dans les choeurs

d'église ?

On est passé en 1 siècle des propos du pape Pie X qui écrivait en 1903 : “les femmes

étant incapables d'assurer l'office liturgique ne peuvent être admises à faire partie du

choeur ou de la maîtrise” à Pie XII en 1953 qui autorise les femmes à chanter, mais

hors de l'enceinte du choeur et, je cite : “les hommes sont séparés des dames et

jeunes filles pour éviter tout inconvénient”.

Et depuis 1983 les femmes peuvent chanter où elles veulent dans l'église, donc les

choeurs d'enfants pourraient être mixtes.

Saskia : Mais ils ne le sont pas...

Pas toujours, et surtout, les plus réputés sont exclusivement masculins.

Par exemple le choeur du King's College à Cambridge n'admet toujours pas les filles

dans ses rangs.

La soprano Leslie Garett avait publié une tribune pour que cela change mais les avis

sont très partagés sur le sujet, surtout en Angleterre où ces choeurs de garçons

sont des petits bijoux d'excellence.

Et c'est là où je trouve qu'il y a un problème à cette non-mixité.

Ce n'est pas tant dans l'idée d'arriver à une parité parfaite à tout prix dans

tous les domaines… Mais ces choeurs de garçons reçoivent une éducation exigeante, enrichissante,

certains sont payés, dès le plus jeune âge, pour le fait de chanter puisqu'ils font

des concerts.

Et priver les jeunes filles de ces privilèges par tradition, c'est injuste.

Saskia : Merci beaucoup Aliette pour cette chronique

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