#73 - L'art de vivre selon les Stoïciens (1)
Episode 73 : l'art de vivre selon les Stoïciens.
Salut à tous et à tous, c'est Hugo et je suis très content de vous retrouver pour ce nouvel épisode qui arrive avec une semaine de retard. J'ai eu un imprévu, la semaine dernière, quelque chose que je n'avais pas prévu, que je n'avais pas planifié – un imprévu – et malheureusement, j'ai pas réussi à publier l'épisode à temps. Donc c'est pour ça qu'il arrive avec une semaine de retard.
Mais pour commencer, je voudrais vous rassurer parce que j'ai reçu pas mal d'emails suite au dernier épisode. Certains d'entre vous sont inquiets pour moi et pour ma santé mentale. Bon, pas à cause des idées que j'ai partagées sur l'héritage (même si certains d'entre vous les ont trouvées un peu bizarre). Non, ce qui vous inquiète, c'est ce que je vous ai dit sur l'équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée. Je vous ai dit que pour moi, c'est un peu difficile en ce moment de trouver le juste milieu. Donc, certains s'inquiètent pour ma santé mentale. C'est très gentil, je suis vraiment touché. Mais ne vous inquiétez pas. Peut-être que j'ai un peu exagéré dans ce dernier épisode. Mais vraiment, tout va bien.
C'est juste que je me suis rendu compte que cette année, j'ai eu les yeux plus gros que le ventre. Ça, c'est une bonne expression : « avoir les yeux plus gros que le ventre.» C'est par exemple quand vous êtes au restaurant et qu'il y a deux desserts sur la carte qui vous semblent vraiment délicieux. Alors, comme vous ne savez pas lequel choisir, vous commandez les deux. Mais une fois que vous avez fini le premier, vous n'avez plus du tout faim et vous avez pas l'appétit pour manger le deuxième. Donc ça, c'est « avoir les yeux plus gros que le ventre ». Quand on a trop d'ambition compte-tenu de ses moyens.
Moi, je vous dis que j'ai les yeux plus gros que le ventre cette année parce que j'ai lancé plusieurs projets en même temps et c'étaient vraiment des gros projets. J'ai commencé par refaire complètement le site Internet et, comme je suis pas programmeur, ça m'a demandé pas mal de travail. J'ai passé pas mal d'heures sur les forums à chercher comment résoudre différents problèmes. J'ai aussi lancé la chaîne YouTube en faisant une vidéo par semaine. Et puis, comme il y a de plus en plus de personnes qui s'inscrivent à mon programme (Build a Strong Core), eh bien là aussi, ça me demande plus de temps pour répondre aux questions, accompagner les personnes quand elles font les leçons, etc.
Et surtout, vous savez que cet été, j'ai lancé la création de mon deuxième cours. Ça, c'est mon gros chantier en ce moment. Un chantier, c'est tout simplement un lieu de construction. Par exemple, quand on construit un nouveau bâtiment, là où on pose les fondations, où on fait les travaux, c'est le chantier. Mais on peut utiliser aussi le mot chantier pour parler d'un projet en cours. Donc moi, mon gros chantier, c'est la création de mon deuxième programme. Je pensais que ça serait plus simple vu que je l'ai déjà fait l'année dernière. Mais j'ai décidé d'utiliser une toute nouvelle plateforme, de changer un peu le concept des leçons, etc. Donc finalement, ça demande encore plus de travail.
Bref, j'ai vraiment sous estimé la quantité de choses à faire pour pouvoir maintenir tous ces projets en même temps. Ce qui fait que voilà, en arrivant à la fin de l'année, je suis un peu fatigué. Mais ne vous inquiétez pas, la situation n'est pas dramatique. Il n'y a rien de catastrophique. Simplement, je commence à comprendre un peu mieux où sont mes limites.
Et puis, surtout, je n'ai pas envie que ce podcast et la chaîne YouTube deviennent des corvées. Une corvée, c'est une chose qu'on est obligé de faire, mais qui nous donne pas vraiment de plaisir. Par exemple, quand on doit faire le ménage à la maison, on peut dire que c'est une corvée. Enregistrer ce podcast et puis les vidéos pour la chaîne YouTube, c'est vraiment quelque chose qui me donne du plaisir. Mais quand j'ai beaucoup de travail en même temps, eh bien ça devient un peu des corvées. Et j'ai pas envie que ça se passe comme ça. J'ai pas envie que ce podcast devienne une corvée. C'est pour ça que j'ai décidé d'espacer encore un peu plus la publication des épisodes.
Donc voilà, je sais pas encore vraiment quelle va être la fréquence, mais jusqu'à la publication de mon nouveau cours, je pense qu'il y aura peut-être un épisode toutes les trois semaines ou tous les mois. Comme ça, ça va me permettre de retrouver un peu d'énergie et de faire ce podcast toujours avec beaucoup de plaisir. Et puis, une fois que j'aurai terminé ce deuxième cours, j'aurai moins de travail, j'aurai les idées plus claires et on pourra reprendre la fréquence de publication normale.
Voilà, c'est tout pour ce préambule. Maintenant, on va pouvoir vraiment commencer l'épisode. Mais on ne va pas perdre nos bonnes habitudes. D'abord, on a un témoignage à écouter, celui de Takunda.
Bonjour Hugo,
Je m'appelle Takunda. Je te salue depuis le Zimbabwe. Je te remercie du fond du coeur pour tous les efforts que tu fais pour partager la langue française dans le monde comme ça.
Tu as raison, il y a beaucoup de ressources en ligne pour apprendre le français, mais après un certain temps, elles deviennent trop faciles et je crois que le cerveau devient paresseux. Et à cause de ça, on s'ennuie de l'apprentissage de la langue. Mais ça, c'est mon avis. Je ne suis pas psychologue.
De l'autre côté, il y a des articles, des actualités, des vidéos, des émissions radiophoniques en ligne, vraiment un tas de ressources pour améliorer la lecture. Enfin, la compréhension écrite. Mais pour la compréhension orale, il me semble qu'il y a un tel fossé entre les ressources pour les débutants et les matériels pour les avancés, mais sans pont entre les deux. On dirait que ton projet est ce pont-ci.
Je l'ai trouvé par hasard quand je cherchais des vidéos sur les manifestations des Gilets jaunes ou l'incendie de Notre-Dame de Paris, je ne suis pas sûr. Mais j'ai vu une de tes vidéos et j'étais très content du contenu. Je passerai l'examen DELF B2 dans deux semaines et tes vidéos dans mon emploi du temps étaient parfaites.
Oh, je réapprends le français après l'avoir appris au lycée il y a dix ans. Mais pour élargir mes horizons, j'ai décidé de réapprendre le français et d'apprendre l'allemand aussi. Pourquoi pas ? Je voudrais ajouter le mandarin à mon répertoire, mais doucement, j'y arriverai.
Continue ton bon travail, Hugo. C'est apprécié dans le monde entier.
Salut, mon frère.
Merci beaucoup pour ton message, Takunda. Si je dis pas de bêtises, c'est la première fois qu'on a un auditeur du Zimbabwe dans le podcast. En même temps, j'ai l'impression de dire ça à chaque épisode. À chaque fois, on a un nouveau pays qui est représenté. Ça me fait super plaisir. Aujourd'hui, la communauté InnerFrench est vraiment internationale. Et qui sait, peut-être qu'un jour, on aura eu un auditeur ou une auditrice de chaque pays dans le podcast. Ça serait vraiment génial ! Il faudrait que je commence à tenir le compte.
Bref, Takunda, je trouve que t'as un très bon français. C'est vraiment très naturel.
Si vous aussi, vous voulez m'envoyer un message pour passer dans le podcast, je préfère vous prévenir, il faudrait mieux attendre l'année prochaine parce que j'ai déjà tellement d'enregistrements en stock que si vous m'en envoyez un maintenant, vous n'allez pas vous entendre avant plusieurs mois. Donc voilà, ce n'est pas la peine. Attendez un peu et envoyez le moi plutôt l'année prochaine.
Il y a quelques mois, j'ai reçu un message d'un autre auditeur du podcast qui s'appelle Mark, qui m'avait conseillé un podcast de philosophie en anglais dont le titre est Philosophize this! En fait, c'est un podcast qui vulgarise les grands penseurs de la philosophie pour qu'on puisse adapter leurs idées à notre vie quotidienne.
Et justement, il y a une école de philosophie qui s'y prête bien. C'est celle du stoïcisme. Le stoïcisme, c'est une philosophie qui est née en Grèce il y a 2500 ans. Alors, quand on pense au stoïcisme, on a plusieurs aprioris. Ah oui, un apriori, c'est une idée préconçue, un préjugé. D'ailleurs, on peut aussi l'utiliser comme locution, je le dis parfois. Quand on dit : « a priori, cette idée est fausse ». « A priori », ici, quand on l'utilise comme locution, ça veut dire « à première vue.» Mais quand on utilise « apriori » comme nom, ça veut dire « une idée préconçue », « un préjugé » – un apriori.
Alors, c'est vrai qu'on a souvent des aprioris sur le stoïcisme. On pense qu'un stoïque, c'est quelqu'un qui n'a aucune réaction, dont le visage impassible (autrement dit, qui ne montre aucune émotion, pas même face à la douleur physique), quelqu'un qui peut rester sous la pluie pendant des heures sans bouger. Bref, c'est pas vraiment quelqu'un qu'on a envie d'inviter à dîner !
Pourtant, le stoïcisme fait un retour en force depuis quelques années. C'est devenu très à la mode parce que cette philosophie a été remise au goût du jour par des entrepreneurs de la Silicon Valley. À première vue, ce retour en force peut sembler un peu surprenant. On peut se demander comment ça se fait qu'une philosophie née dans la Grèce antique soit devenue une source d'inspiration pour les entrepreneurs du XXIème siècle. C'est ce qu'on va essayer de voir dans cet épisode. Et puis, on va aussi se demander pourquoi les conseils des stoïciens peuvent nous aider à vivre une vie meilleure.
Et surtout, je vous montrerai, à la fin de cet épisode, que lire les Stoïciens peut être un très bon exercice de français. Moi, personnellement, c'est quelque chose que je fais en polonais et ça m'aide beaucoup. Donc voilà, à la fin de l'épisode, je partagerai avec vous quelques recommandations et quelques ressources sur le stoïcisme et sur la philosophie en général pour vous aider à apprendre le français en lisant des choses intéressantes.
Pour commencer, on va remonter dans le temps pour s'intéresser aux origines du stoïcisme. Comme je vous l'ai dit, le stoïcisme est né en Grèce au IVème siècle avant Jésus-Christ, grâce à un homme qui s'appelle Zénon de Citium. Citium, c'était une ville de Chypre où Zénon vivait dans une riche famille de marchands (un marchand, c'est quelqu'un qui vend des produits, qui vend des choses, mais maintenant, on dit plutôt « un commerçant »). Donc Zénon venait d'une riche famille de marchands à Citium. Et quand il était adolescent, il est parti faire ses études à Athènes.
Ce qu'il faut savoir, c'est que les philosophies antiques comme le stoïcisme, l'épicurisme, le scepticisme, le cynisme, etc. étaient des philosophies qui prescrivaient un certain mode de vie. Elles étaient très orientées sur la pratique. Bien sûr, elles s'intéressaient aussi aux idées, aux concepts, etc. Mais elles avaient vraiment vocation à guider les hommes dans leurs choix et leur vie de tous les jours.
Zénon, lui, il voulait mener une vie exemplaire. Il rejetait les passions comme des maladies. Il mangeait et s'habillait simplement, modestement. Il parlait peu et, en général, c'était une personne assez facile à vivre. C'était agréable de passer du temps avec lui parce qu'il n'allait pas vous déranger, il n'était pas très exigeant, etc. Et en fait, c'est cette austérité légendaire qui est devenue un peu la base du stoïcisme et qui l'a rendu célèbre.
Mais à la fin du deuxième siècle avant Jésus-Christ, le stoïcisme a trouvé une deuxième jeunesse quand il a été importé à Rome avec le reste de la civilisation grecque. Quand le stoïcisme est arrivé à Rome, il a fait des adeptes. Ça, c'est une bonne expression.
Et parmi les plus célèbres d'entre eux, on trouve notamment Sénèque. Alors Sénèque, c'était un philosophe, un dramaturge (il a écrit des tragédies comme Œdipe et Phèdre). Et l'œuvre la plus célèbre de Sénèque en rapport avec le stoïcisme, c'est un ensemble de lettres qu'il avait écrites à un ami : Les lettres à Lucilius.
On trouve également Épictète. Alors, Épictète, il avait un statut complètement différent parce qu'il était esclave. Il a été esclave jusqu'à l'âge de 18 ans et ensuite, il a retrouvé sa liberté et il en a profité pour ouvrir une école stoïcienne qui a eu un grand succès dans l'Empire romain. Malheureusement, Épictète n'a pas laissé d'écrits, mais un de ses élèves a rassemblé ses principaux enseignements dans un livre qui s'appelle « Manuel », le manuel d'Épictète. Et ça, c'est une des œuvres les plus influentes du stoïcisme.
Et puis une autre figure très importante pour le stoïcisme, c'est Marc Aurèle. Marc Aurèle, c'était bien évidemment l'empereur de Rome au moment où l'empire était à son apogée. Donc, on peut dire que c'était l'homme le plus puissant du monde à cette époque. Et on a de la chance parce que Marc Aurèle avait un journal intime dans lequel il écrivait toutes ses pensées. Il analysait ses actes, sa conduite. Il se donnait des conseils à lui-même pour essayer d'agir de manière plus rationnelle, d'une manière qui soit en accord avec le stoïcisme. Et on a de la chance parce qu'on a accès, aujourd'hui, à ce journal qui s'appelle Pensées pour moi-même. Donc vraiment, Pensées pour moi-même, c'est une sorte de guide de la vie quotidienne à la sauce stoïcienne, écrit par l'homme le plus puissant de son époque, Marc Aurèle. Donc, ça aussi, c'est vraiment un livre important pour le stoïcisme.
Mais ce qui est fascinant, c'est que le stoïcisme n'a jamais vraiment disparu de la carte. C'est une philosophie qui a inspiré pendant des siècles et des siècles les philosophes à différentes époques. On peut dire que c'est une philosophie qui a traversé les âges. Par exemple, elle a eu une certaine influence sur le christianisme. On peut trouver, effectivement, des parallèles entre certains préceptes chrétiens, certaines valeurs et certaines idées qui viennent du stoïcisme. Il y a aussi un auteur français très célèbre, Michel de Montaigne, qui a écrit Les Essais. Et il faut savoir que Michel de Montaigne a été beaucoup inspiré par les penseurs stoïciens. On a également Descartes. Descartes qui a écrit qu'il faut « changer ses désirs plutôt que l'ordre du monde.» Et ça, c'est vraiment une valeur centrale dans le stoïcisme. On va en reparler un peu plus tard. Mais il y a aussi le philosophe allemand Nietzsche, au XIXème siècle, qui a repris certains concepts stoïciens pour son concept à lui d'Amor Fati, son concept qu'il appelle « Amor Fati ».
Bref, on peut dire que le stoïcisme a eu une très bonne longévité, qu'il a continué d'inspirer les philosophes bien après sa création dans la Grèce et la Rome antiques.
Et comme je vous l'ai dit en introduction, aujourd'hui, le stoïcisme fait un véritable retour en force depuis quelques années. Il a été popularisé par un auteur et entrepreneur américain qui s'appelle Tim Ferriss. C'est l'auteur d'un best seller qui s'appelle La semaine de quatre heures. Peut-être que certains d'entre vous l'ont lu. Tim Ferriss, il donne sa propre définition du stoïcisme. Pour lui, le stoïcisme, c'est une sorte de système de productivité qui permet d'atteindre ses objectifs dans un environnement très incertain.
Un peu plus tard, on a aussi Ryan Holiday, qui est lui aussi un auteur, qui écrit beaucoup sur le marketing et les médias, qui a décidé de vulgariser le stoïcisme à travers plusieurs livres, dont le plus célèbre, qui s'appelle The Daily Stoic. En fait, dans ce livre, on trouve des leçons inspirées des grands auteurs stoïciens qui partagent des conseils, qui partagent leur sagesse, pour nous guider dans notre vie quotidienne. Ces deux auteurs ont inspiré pas mal d'entrepreneurs et c'est vraiment devenu à la mode de dire qu'on est stoïcien.
Ce qui fait qu'aujourd'hui, le stoïcisme retrouve une seconde jeunesse et on a l'impression que cette philosophie est devenue une sorte de développement personnel. En fait, pour ces auteurs, le stoïcisme permet d'apprendre à mieux gérer ses incertitudes et ses peurs pour rester concentré et être plus productif.
Alors, il faut savoir qu'en France, on n'est pas trop fan de développement personnel. Je sais pas si j'ai déjà raconté ça dans le podcast, mais quand je suis allé aux États-Unis pour la première fois, j'étais surpris parce que dans les librairies, il y avait énormément de livres sur le développement personnel ou sur la création d'entreprise, alors qu'en France, dans les librairies, on trouve principalement des romans. Donc on voit ici deux attitudes, deux approches qui sont assez différentes.
Donc, c'est vrai qu'en France, on n'est pas trop fan de développement personnel. Mais ça aussi, c'est quelque chose qui est en train de changer. Et maintenant, on voit de plus en plus ce type de livres dans les librairies. Mais même aujourd'hui, ça reste mieux vu de dire qu'on s'intéresse au stoïcisme plutôt qu'au développement personnel. C'est un peu plus classe.
Mais les spécialistes, les universitaires qui étudient le stoïcisme disent que c'est un peu réducteur d'avoir cette vision du stoïcisme. Ils disent que le stoïcisme ne peut pas se résumer à une compilation de slogans pour mieux vivre sa vie. C'est une philosophie qui est riche, qui s'est aussi intéressée à d'autres domaines comme la logique, l'éthique, la connaissance, la physique, etc. Donc, on ne peut pas vraiment la réduire à un ensemble de conseils pour vivre sa vie.
Alors, effectivement, c'est une vision un peu réductrice, mais c'est ça qui fait le succès du stoïcisme aujourd'hui. C'est cette recette du bonheur que nous proposent les Stoïciens. Parce qu'il faut savoir que la finalité du stoïcisme, c'est d'obtenir le bonheur en acceptant l'ordre du monde et les événements que nous vivons. Donc maintenant, on va s'intéresser un peu plus en détail à la philosophie en elle-même. On va voir quelles sont les grandes idées des Stoïciens.