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Les mots de l'actualité, INCONTOURNABLE   2010-06-15

INCONTOURNABLE 2010-06-15

« Le séparatiste flamand Bart de Wever est désormais incontournable en Belgique.

» C'est le sous-titre qui rend compte des élections en Belgique dans un grand quotidien du matin ! Il met en valeur un adjectif qui a fait une superbe carrière dans la langue un peu figée des médias : incontournable , cliché parmi les clichés, ce mot long, un peu gauche et lourdaud apparaît en français en 1967 – c'est en tout cas ce que nous disent les dictionnaires. Et puis, une vingtaine d'années plus tard, il comment à être un mot à la mode, d'abord dans un emploi plutôt ironique, puis de manière plus large. Et l'usage qu'en fait Libération à propos des élections belges est bien représentatif du sens qu'il a aujourd'hui. En effet, Bart Van Wever a émergé il y a peu sur la scène politique belge. Sa carrière, sa notoriété, son influence ont été rapides, et on se rend compte qu'après ce scrutin, la vie politique belge ne peut plus l'ignorer : il faut compter avec lui, on ne peut faire comme s'il n'existait pas, on ne peut l'ignorer. Le corps de l'article est très éclairant à cet égard : « Il est donc devenu incontournable : il sera difficile de former une majorité sans lui et impossible de réformer l'État contre sa volonté. » On voit bien que cet adjectif s'accommode bien donc de l'adverbe désormais : là encore, on est dans le cliché : désormais incontournable , une expression qui montre bien une émergence, une nouvelle donne, un changement. Le sens du mot est encore tout à fait conforme à sa signification d'origine : incontournable ? C'est ce qu'on ne peut contourner ! On connait bien le sens littéral du verbe : il s'agit de tourner autour de quelque chose, pour l'évier, pour ne pas l'affronter directement. Par exemple, on peut très bien dire qu'on va contourner telle montagne : on n'en fait pas l'ascension : trop dur, trop long. On fait un détour, et même si ça paraît plus long, c'est bien plus facile. À partir de là, les sens figurés ont été fréquents : si l'on peut contourner un obstacle, on contournera aussi bien une personne qui fait obstacle. Vous essayez de joindre un personnage important, et chaque fois son secrétariat vous répond aimablement que bien sûr, votre demande sera transmise, mais qu'il n'est pas disponible en ce moment… Si vous voulez vraiment lui parler, il faut contourner cet obstacle, vous arranger pour le rencontrer presque par hasard, lui faire passer un mot par un de ses amis que vous connaissez, par sa femme, ou sa mère. Mais surtout pas par cette secrétaire dont le travail consiste justement à tenir à distance les importuns !

On contourne aussi la loi, dans certains cas.

C'est-à-dire qu'on trouve un moyen, une argutie, une astuce pour faire quelque chose qui a priori est illégal. Mais le texte de loi n'a pas envisagé telle ou telle possibilité. Si ce n'est pas moi qui le fait, mais une association dans laquelle mon nom n'apparaît pas officiellement. On peut ainsi contourner un règlement, un interdit. Et d'ailleurs on parle aussi de tourner la loi, ce qui évoque une manoeuvre encore plus condamnable, et qui souligne davantage encore la mauvaise foi de celui qui arrive à le faire. Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique. http://www.cndp.fr/ Venez découvrir le livre Les Mots de l'Actualité d'Yvan Amar.


INCONTOURNABLE   2010-06-15 INESCAPABLE 2010-06-15 ضروری 2010-06-15 INESCAPÁVEL 2010-06-15 精华 2010-06-15

« Le séparatiste flamand Bart de Wever est désormais incontournable en Belgique.

» C'est le sous-titre qui rend compte des élections en Belgique dans un grand quotidien du matin ! Il met en valeur un adjectif qui a fait une superbe carrière dans la langue un peu figée des médias : incontournable , cliché parmi les clichés, ce mot long, un peu gauche et lourdaud apparaît en français en 1967 – c'est en tout cas ce que nous disent les dictionnaires. Et puis, une vingtaine d'années plus tard, il comment à être un mot à la mode, d'abord dans un emploi plutôt ironique, puis de manière plus large. Et l'usage qu'en fait Libération à propos des élections belges est bien représentatif du sens qu'il a aujourd'hui. En effet, Bart Van Wever a émergé il y a peu sur la scène politique belge. Sa carrière, sa notoriété, son influence ont été rapides, et on se rend compte qu'après ce scrutin, la vie politique belge ne peut plus l'ignorer : il faut compter avec lui, on ne peut faire comme s'il n'existait pas, on ne peut l'ignorer. Le corps de l'article est très éclairant à cet égard : « Il est donc devenu incontournable : il sera difficile de former une majorité sans lui et impossible de réformer l'État contre sa volonté. » On voit bien que cet adjectif s'accommode bien donc de l'adverbe désormais : là encore, on est dans le cliché : désormais incontournable , une expression qui montre bien une émergence, une nouvelle donne, un changement. Le sens du mot est encore tout à fait conforme à sa signification d'origine : incontournable ? C'est ce qu'on ne peut contourner ! On connait bien le sens littéral du verbe : il s'agit de tourner autour de quelque chose, pour l'évier, pour ne pas l'affronter directement. Par exemple, on peut très bien dire qu'on va contourner telle montagne : on n'en fait pas l'ascension : trop dur, trop long. On fait un détour, et même si ça paraît plus long, c'est bien plus facile. À partir de là, les sens figurés ont été fréquents : si l'on peut contourner un obstacle, on contournera aussi bien une personne qui fait obstacle. Vous essayez de joindre un personnage important, et chaque fois son secrétariat vous répond aimablement que bien sûr, votre demande sera transmise, mais qu'il n'est pas disponible en ce moment…  Si vous voulez vraiment lui parler, il faut contourner cet obstacle, vous arranger pour le rencontrer presque par hasard, lui faire passer un mot par un de ses amis que vous connaissez, par sa femme, ou sa mère. Mais surtout pas par cette secrétaire dont le travail consiste justement à tenir à distance les importuns !

On contourne aussi la loi, dans certains cas.

C'est-à-dire qu'on trouve un moyen, une argutie, une astuce pour faire quelque chose qui a priori est illégal. Mais le texte de loi n'a pas envisagé telle ou telle possibilité. Si ce n'est pas moi qui le fait, mais une association dans laquelle mon nom n'apparaît pas officiellement. On peut ainsi contourner un règlement, un interdit. Et d'ailleurs on parle aussi de tourner la loi, ce qui évoque une manoeuvre encore plus condamnable, et qui souligne davantage encore la mauvaise foi de celui qui arrive à le faire. Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique. http://www.cndp.fr/ Venez découvrir le livre Les Mots de l'Actualité d'Yvan Amar.