Chapitre 8
Je prenais un risque en me confiant à Marie. Je craignais de me faire dire que les choses iraient bien si je décidais une fois pour toutes de mettre ma confiance en Dieu. Marie trouve que je me complique la vie en ne croyant pas en Dieu. Pour elle, il est simple d'avoir la foi, alors pourquoi s'en priver et ne pas mettre toutes les chances de son côté.
Mais Marie ne me parla pas de Dieu. Comme elle n'avait jamais entendu parler d'agoraphobie, elle commença par m'écouter, me demandant de temps à autre des précisions, s'éclatant parfois de rire quand elle voyait ce que l'agoraphobie avait de ridicule et d'intenable. Ses yeux se remplirent d'eau quand je lui expliquai que j'étais incapable de traverser seule, en auto, le portage qui sépare Fox Creek de La Hêtrière, pour me rendre dans la vallée de Memramcook. Il faut dire que Marie pèse plus de deux cent cinquante livres et que les larmes lui venaient surtout à l'idée d'être privée des excellentes tartes qu'on sert au restaurant Chez LeBlanc, en face du terrain de base-ball de Saint-Joseph, dans la Vallée. Elle trouva moins grave que je ne puisse me rendre seule à Shédiac de peur de me trouver mal sur l'autoroute.
— T'as juste à prendre le vieux chemin. Même que je dirais que c'est plus beau.
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Sous le signe du Sagittaire, la Maison IX est la maison de l'esprit supérieur qui inspire la religion, la loi, la science, les idéaux et les gouvernements. En ce sens, elle chapeaute la philosophie, l'éducation supérieure, la psychologie et toute forme d'étude du mental, notamment par le truchement des rêves et des visions. Maison des longs voyages de la pensée et des spéculations intellectuelles, des hautes aspirations et des expériences spirituelles, la Maison IX est aussi celle de l'étranger et des étrangers, des longs voyages et du commerce majeur. Maison d'expansion, d'extension vers la masse, elle est aussi la maison de la publicité et de la publication. La Maison IX ouvre une perspective plus large sur la vie : elle pose la question du sens de la mort et aspire à décrire l'indescriptible. Maison de la continuité, elle veille à la préservation de l'héritage par le truchement de rituels et de symboles ; maison des leçons de vie, elle incite à l'objectivité et à la connaissance.
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Marie avait besoin de comprendre.
— Ben, quand ça te prend, quoi c'est que tu crois qui va t'arriver ?
— C'est dur à dire. Je sais juste que je me sens vraiment mal. Le coeur me débat, mes jambes sont molles pis j'ai de la misère à respirer. Au commencement je croyais que j'allais prendre une attaque de coeur. On dirait que je pourrais m'évanouir ou virer folle, un des deux. Dans un avion, j'aurais juste peur de me mettre à crier ou à dire n'importe quoi, et que personne comprendrait.
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Le délire préoccupe moins les psychiatres qu'il ne tracasse la population en général, qui est souvent portée à qualifier de folle une personne en proie à une certaine forme de perte de raison. Il est vrai que le délire dénote un quelconque déséquilibre. Dans certains cas il s'agit de la manifestation, plus ou moins anodine, d'une sensibilité psychologique particulière, alors que dans d'autres cas le délire est à la racine d'un problème complexe de relation au monde. Il convient donc de distinguer le délire de circonstance du délire vrai, si l'on peut dire, en accordant davantage de considération à l'état psychologique de la personne délirante.
Par exemple, le délire est considéré comme tout à fait normal lorsqu'il correspond à l'expression d'une humeur ou d'un état émotif. Affirmer qu'on mangerait un cheval au lieu de dire qu'on a faim exprime un sentiment d'exaltation ou de bien-être qui n'a rien à voir avec un délire maladif. La licence poétique est du même ordre : on étire, on exagère le réel pour mieux l'exprimer ou pour le rendre plus pittoresque. De la même façon, toute personne sous l'effet d'une grande excitation ou d'une grande confusion peut se mettre à divaguer ou à parler de façon décousue.
Mais il est tout probable qu'elle reviendra à la raison une fois l'équilibre émotif rétabli. Ainsi, vu sa fragilité particulière, il serait normal qu'une agoraphobe à bord d'un avion se mette à délirer en plein ciel. Ou encore qu'elle éclate en sanglots. Ce comportement irrationnel ne s'étend cependant pas à toutes les facettes de sa vie avec le même caractère de permanence et de conviction profonde que l'on retrouve chez les personnes souffrant d'illusions, de fantasmes, d'hallucinations ou de psychose paranoïaque.
Bref, nous bénéficions tous et toutes d'une certaine marge de manoeuvre en matière de délire. Tous et toutes, nous avons droit à nos petits délires.
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Je me doutais bien que cette histoire d'avion sèmerait la confusion.
— Ben, la peur en avion, c'est-ti pas de la claustrophobie, ça ?
— C'est tout mêlé. C'est pour ça qu'asteure les psychologues parlent de trouble panique, avec ou sans agoraphobie. Moi c'est avec. Ça qu'est tannant, c'est qu'une crise peut quasiment m'arriver n'importe quand, chaque fois qu'y a comme une distance à traverser.
Pis même une petite distance. Ça peut m'arriver dans une rue avec pas de monde, à la piscine aussi ben qu'à la plage, à un feu rouge ou dans le bois. Pis, ben sûr, dans tous les moyens de transport. Quasiment partout.
Dans les livres, ça dit que c'est une distance psychologique.
Marie réfléchissait à tout cela. Je voulus la rassurer.
— Ben quand même, je suis loin d'être la pire. Y'en a qui sortent jamais de leur maison tout seuls. D'autres qui peuvent pas rester tout seuls à la maison. Aux Agoraphobes Anonymes, j'ai même entendu parler d'une femme qui marchait à quatre pattes dans sa maison, pour pas voir dehors quand a passait devant un châssis.
— Seigneur de la vie !
— C'est surtout les femmes qui ont ça.
— Comment c'que t'appelles ça encore ? Angoraphobie ?
— A. Agoraphobie. Dans les pires cas, ça peut mener à la dépression, à l'alcoolisme ou au suicide.
— Je croirais.
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Les phobies, ces peurs qui parviennent à s'ériger en système dans la psyché d'un être humain, font partie des névroses d'anxiété. Elles naissent et croissent dans la dimension affective de la personnalité, tout comme les troubles psychosomatiques et les psychoses. L'anxiété apparaît lorsqu'il y a conflit entre désir et peur — elle naît de l'acte manqué, pour reprendre l'expression de Freud — et acquiert son caractère phobique lorsqu'elle se fixe sur une idée, une situation ou un objet, la plupart du temps symbolique, qui reflète les désirs non acceptés. D'où le pouvoir d'attraction et de fascination qu'exerce le noyau de la phobie sur celui ou celle qui en souffre.
D'où également la possibilité que la phobie s'installe au coeur de ses préoccupations, au point de devenir une quasi-obsession. Au bout du compte, c'est toujours le comportement d'évitement qui confirme la phobie. La personne atteinte fuira toujours la situation qui éveille le conflit tumultueux enraciné dans son inconscient, conflit dont la gestion, même inadéquate, surtout inadéquate, requiert une énergie hors du commun.
Il existe près d'une centaine de phobies répertoriées, certaines tirant plus à conséquence que d'autres. Il y en a qui sont très répandues, d'autres qui sont plutôt surprenantes de prime abord, mais leur potentiel est vite reconnu pour peu que l'on y réfléchisse : la triskaidekaphobie par exemple, c'est-à-dire la peur de se trouver treize à table, ou l'autodysosmophobie, la peur de répandre des mauvaises odeurs, ou encore la basophobie, la peur de devoir marcher. On peut concéder aux phobies leur nature divertissante sans pour autant dénigrer les victimes des frayeurs qu'elles inspirent.