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Ted Talk en français, 11b. Ça donnerait quoi si on prenait des cours de cerveau ? 2/2

11b. Ça donnerait quoi si on prenait des cours de cerveau ? 2/2

Il y a une de ces façons de faire en Occident.

Une façon assez moderne qu'on appelle l'hypnose. J'ai découvert l'hypnose quand j'étais tout petit. Juste après le piano. C'est quelque chose qui m'a passionné.

Aujourd'hui, j'ai la chance de gérer une école, où l'on transmet à des centaines de personnes chaque année des outils qui leur permettent d'utiliser l'hypnose au quotidien.

Les gens qui se forment sont des coachs, des thérapeutes, des communicants, beaucoup de pédagogues, et tous ont en point commun de comprendre comment on va modifier l'état de conscience pour arriver à agir sur ce qui d'habitude nous échappe.

Je vous ai dit tout à l'heure qu'on commence à avoir une certaine cartographie de tout ça, et évidemment, on pourrait aussi se dire que ces disciplines modernes, et l'hypnose n'est pas la seule évidemment, peuvent être aussi des mises en application de ce que nous apportent les neurosciences.

L'hypnose, évidemment, souffre de beaucoup de mythes, de clichés, d'images d'Épinal.

La plupart sont véhiculés par le cinéma, la science-fiction.

On retient parfois des images un peu choquantes de tout ça, mais l'hypnose est aussi quelque chose de très, très simple.

En fait, l'hypnose est un état quotidien, et on le traverse tous plusieurs fois par jour.

Hier par exemple, et je pense que vous avez vu ça des milliers de fois, je marchais sur un trajet que je prends très régulièrement, que j'ai dû prendre peut-être des centaines de fois, et à un moment donné, ma pensée a bifurqué, je ne sais pas où elle est partie, mais mon corps a continué à marcher.

Et puis quelques minutes après, ou quelques dizaines de minutes après, je suis arrivé exactement là où je voulais arriver.

Je ne sais pas du tout si je me suis arrêté à tel ou tel endroit.

Si j'ai traversé ou non à tel ou tel endroit.

Si le feu était rouge ou vert et qui j'ai croisé.

Je sais juste que je suis arrivé à destination. On appelle ça du somnambulisme, non ?

J'ai laissé mon corps faire.

Je lui ai fait confiance. Et on fait tous ça. Dans cet état, on va dire la plupart du temps, parce qu'on a plein d'expressions pour qualifier ça, qu'on était ailleurs, qu'on était dans les nuages, qu'on était sur la lune, qu'on était sur Mars.

(Rires)

On était ailleurs, ça c'est sûr.

C'est-à-dire qu'on était peut-être beaucoup plus inconscient pendant ce temps-là que conscient de ce qui est en train de nous arriver. Je crois que ça vous est aussi tous arrivé quelquefois de lire un livre, peut-être le soir en étant un peu fatigué, et puis à un moment donné, un mot ou une expression ou une image vous fait partir.

Et puis là, les yeux continuent à suivre les lignes, les mains continuent à tourner les pages, et on se réveille trois, quatre pages plus tard.

On n'a aucune idée de ce qu'on a lu pendant ce temps-là.

(Rires) Notre corps doit se rappeler de quelque chose, mais nous, on se sait pas très bien ce qui s'est passé pendant ce temps-là. Eh bien c'est juste ça un état d'hypnose. Mais si on va encore plus loin, on va s'apercevoir que l'état d'hypnose est quelque chose que l'on recherche très souvent dans notre vie,

puisqu'a priori, quand on va par exemple au cinéma, ce que l'on veut, c'est être absorbé, hypnotisé par le film.

Quand on ouvre un livre, on veut que ce livre nous hypnotise, que les suggestions qui sont contenues dedans agissent sur nous pour nous amener dans un état particulier, dans une expérience particulière, pour que l'on rentre dans l'histoire.

Quand on va dans un musée, qu'on s'arrête devant une œuvre d'art, que nos pupilles se dilatent, que l'on vit une émotion, on est hypnotisé par cette œuvre.

Je pense que l'hypnose est l'expérience que l'on recherche le plus dans notre vie.

Celle qui nous sort du banal pour nous amener vers l'émotion. Vers le vivant. J'ai même tendance à penser qu'un artiste avant tout a pour but d'hypnotiser les personnes qui vont voir son œuvre. Ce qui fait de l'hypnose quelque chose d'à la fois très commun et très spécial, puisque c'est peut-être le lien de toutes ces expériences qui nous marquent et qui nous touchent. Si on considère que ça c'est l'hypnose, alors tout d'un coup ce n'est plus l'idée d'être endormi ou d'être manipulé, c'est l'idée de prendre le contrôle sur soi.

L'hypnose vient du grec.

Hypnose c'était le dieu du sommeil. Alors on y voit le coté endormi, mais on pourrait aussi se rappeler qu'Hypnose c'était celui qui restait réveillé quand tout le monde dormait.

Peut-être que l'hypnose est un état de lucidité accrue.

Alors si je résume, on a d'un coté une carte qui commence à se dessiner, une carte de notre cerveau et de nos fonctionnements, et d'un autre coté, là où on avait une frontière, on a maintenant un moyen de transport.

Un véhicule qui nous permet d'accéder à ce qui nous échappe.

Le problème c'est que la plupart du temps, quand on est hypnotisé, on ne l'a pas désiré, ça se fait. Il nous faudrait quelqu'un qui sache nous conduire dans cet état-là. C'est a priori ce qu'apprend à faire un praticien en hypnose.

Il va apprendre à découvrir le cheminement par lequel on peut dépasser notre conscience habituelle.

Déplacer notre niveau de conscience. Ça passe par des jeux la plupart du temps. Un jeu mental. Un jeu qu'on peut faire avec nous-mêmes.

Alors, avant qu'il y ait un cours de cerveau au CP, on pourrait peut-être le faire en tant qu'adulte.

Et on peut pousser l'idée encore un peu plus loin. Si on considère que notre cerveau est une sorte d'immense récepteur à suggestions, nos sens en permanence captent de l'information.

On est bombardé d'informations depuis le premier instant de notre vie.

Ce sont en fait des milliards et des milliards de suggestions qui modèlent notre perception, qui finissent pas nous créer une vision du monde à partir de laquelle on se crée notre identité, notre subjectivité et donc notre personnalité.

On pourrait presque se dire qu'on est déjà tous hypnotisés finalement par toutes ces suggestions.

Ce qu'on nous a dit, ce qu'on nous a appris, les croyances, les idées qu'on a pu lire, entendre, ressentir, déduire, et tout ça donc crée notre personnalité.

Personnalité ça vient du grec « personæ ».

Vous savez, c'est le masque. C'est le masque qu'on choisit de revêtir pour se confronter à la réalité. Ça pourrait sous-entendre qu'il y en a plusieurs, des masques. Plusieurs masques potentiels. Qu'on pourrait peut-être changer, jouer avec ça. Je lisais un article il y a quelque temps, qui disait que le matin, quand on était en train de se préparer, sans doute quand on sort de notre douche, on met environ une minute trente - entre le moment où l'on ouvre notre penderie - pour regarder toutes les possibilités qui s'offrent à nous.

Pour choisir à quoi on va ressembler aujourd'hui.

On sait très bien que si on s'habille en costume ou en short et en tongs, on ne va pas refléter la même chose. Qu'on va influencer des gens qui vont nous voir, et qu'on va s'influencer nous-mêmes. On va modifier la perception qu'on donne et celle qu'on ressent nous-mêmes.

Alors, imaginez qu'à côté de votre penderie habituelle, réelle, il y ait une penderie virtuelle, imaginaire, mentale.

On l'ouvrirait, et il y aurait toutes les possibilités de nous-mêmes. Tous nos masques possibles. On pourrait les regarder et se demander :

« De quoi on a besoin aujourd'hui ?

Est-ce qu'on a besoin d'être plus créatif, plus libre, plus concentré? » On pourrait regarder tout ça et se demander : « A quoi on va ressembler émotionnellement ?

» Si on prenait quelques instants pour faire ça, on changerait sans doute de possibilités chaque jour. On modèlerait notre identité à partir de plein de possibilités, et à aucun moment on finirait par se prendre au sérieux en pensant qu'on a un masque seul et unique.

On pourrait s'en amuser, en jouer.

Peut-être même qu'un jour en regardant tous ces masques,

en se demandant lequel on pourrait mettre, on pourrait se dire :

« Aujourd'hui pas de masque, » et juste voir ce que ça donne.

Je pense que c'est souvent la multiplication des expériences qui nous rend libre.

Alors avant de vous laisser, je vais vous proposer une chose, je vais même vous demander une chose : Demain quand vous allez vous réveiller, quand vous allez vous demander : « Quels vêtements je vais mettre ? » à cet instant-là, surtout ne pensez pas à une penderie mentale.

(Rires) Merci à vous. (Applaudissements)

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