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Little women ''Les quatre filles du docteur Marsch'', Meg va à la foire aux vanités IX

Meg va à la foire aux vanités IX

« C'est qu'il est bon d'être tranquille et de ne pas avoir toujours à prendre des airs de cérémonie, dit-elle à Jo. Notre « chez nous » me paraît délicieux, quoiqu'il ne soit pas très beau.

– Je suis contente de vous entendre dire cela, ma chère Marguerite, lui dit sa mère qui avait entendu son aveu, j'avais peur que notre chez nous ne vous parût triste et laid, en comparaison de la belle maison que vous venez de quitter. »

Mme Marsch, depuis son retour, l'avait plusieurs fois regardée avec anxiété, car les yeux maternels découvrent vite les changements qu'apportent les choses dans l'esprit ou les manières de leurs enfants.

Meg avait raconté gaiement ses aventures et avait dit et redit combien elle s'était amusée ; mais quelque chose semblait encore peser sur son esprit, et, lorsque Beth et Amy furent allées se coucher, elle resta à regarder pensivement le feu, parlant peu et paraissant ennuyée. Lorsque neuf heures sonnèrent et que Jo proposa de remonter dans leur chambre, Meg se leva subitement et, prenant le tabouret de Beth, elle appuya ses coudes sur les genoux de sa mère et lui dit bravement :

« Chère mère, il faut que je me confesse.

– J'attendais ce bon mouvement ; parlez, ma chérie.

– Faut-il que je m'en aille ? demanda discrètement Jo.

– Naturellement non. Est-ce que je ne vous dis pas toujours tout ? J'avais honte de parler devant les enfants, mais je veux que vous sachiez les choses terribles que j'ai faites chez les Moffat.

– Nous sommes préparées à écouter, dit M me Marsch qui, tout en essayant de sourire, paraissait quelque peu anxieuse.

– Je vous ai dit qu'on m'avait déguisée, mais je ne vous ai pas dit qu'on m'avait poudrée, serrée, frisée. Laurie a pensé que j'étais peu convenable ; il ne me l'a pas dit, mais j'en suis sûre, et un monsieur, qui ne croyait pas être entendu de moi, a dit qu'arrangée ainsi, je n'avais plus l'air que d'une petite poupée ! Je savais qu'en cédant à l'envie de mes amies, j'allais très probablement me rendre ridicule, mais elles m'avaient flattée, m'avaient dit que j'étais une beauté et toutes sortes de bêtises semblables ; mon sot amour-propre l'a emporté sur la raison, et je les ai laissées faire de moi une folle.

– Est-ce là tout ? demanda Jo, tandis que M me Marsch regardait silencieusement la figure de sa fille.

– Non, et je veux tout dire : on m'a offert du vin de Champagne, j'en ai bu et j'ai été très agitée ; cela, je l'ai bien vu après, m'a excité les nerfs et monté un peu à la tête ; alors j'ai essayé de faire la coquette, enfin j'ai été abominable !

– Il y a encore quelque chose, je pense, dit Mme Marsch en caressant doucement la joue de Meg qui devint écarlate quand elle répondit lentement :

– Oui, c'est quelque chose de très sot, de très mal, mais je veux, mère, que vous le sachiez, parce qu'il m'est très pénible qu'on ose dire et qu'on pense des choses pareilles de nous et de Laurie. »

Elle raconta alors ce qu'elle avait entendu chez Mme Moffat au sujet de leurs relations d'amitié avec leurs voisins, et, pendant qu'elle parlait, Jo vit sa mère serrer étroitement les lèvres l'une contre l'autre. Il était évident qu'elle était très fâchée que de semblables pensées eussent été ainsi jetées dans l'esprit innocent de Meg.

Quant à Jo, elle ne pouvait plus se contenir.

« Eh bien, voilà la plus grande bêtise que j'aie jamais entendue ! s'écria-t-elle avec indignation. Pourquoi n'êtes-vous pas tout de suite allée tout dire à Laurie ?

– Je ne pouvais pas. Réfléchissez, Jo, que cela eût été bien embarrassant pour moi. D'abord, je n'ai pas pu m'empêcher d'entendre ; puis, après avoir entendu, je me suis sentie si en colère et si honteuse, qu'il ne m'est pas venu à l'idée que ce que j'avais de mieux à faire était de m'en aller.

– Eh bien ! attendez que je voie Annie Moffat, reprit Jo, et je vous montrerai comment on traite ces ridicules inventions. Cette idée de nous prêter à nous de tels projets et de prétendre que nous sommes bonnes pour Laurie, afin qu'il nous épouse plus tard ! Comme il va rire quand je vais lui raconter quelles sottes choses on dit de nous autres pauvres enfants ! s'écria Jo en éclatant de rire, comme si sa seconde pensée était de ne plus considérer la chose que comme une absurde plaisanterie.

– Si vous le dites à Laurie, je ne vous pardonnerai jamais, répliqua vivement Meg. Je ne dois assurément rien dire de toutes ces vilenies, n'est-ce pas, mère ? demanda Meg toute désolée.

– Non ; ne répétez jamais ces ridicules bavardages et oubliez-les le plus tôt possible, dit gravement Mme Marsch. J'ai été très peu sage de vous laisser aller chez des personnes que je ne connaissais pas assez complètement. Elles sont bonnes peut-être ; mais, je le vois trop tard, elles sont trop mondaines et pleines d'idées qui, grâce à Dieu, ne vous avaient jamais effleurées. Je suis plus peinée que je ne puis le dire du mal que cette visite a pu vous faire, Meg.

– Ne soyez pas si peinée, mère ; j'oublierai tout le mal et je me rappellerai seulement le bien. J'ai eu, en somme, un peu de plaisir qui a fini par une dure et utile leçon. Je vous remercie, mère, de m'avoir mise en situation de la recevoir, c'est une expérience qui me servira à l'avenir. Je ne serai pour cela ni plus romanesque ni moins contente de mon sort ; je n'ignore pas que je suis une petite fille qui ne sais rien du tout, et je veux rester avec vous jusqu'à ce que je sois capable de prendre soin de moi-même. Mais pourquoi est-il agréable d'être louée et admirée ? Je ne peux pas m'empêcher de dire que cela ne m'a pas assez déplu, dit Meg, qui ne paraissait qu'à moitié honteuse de sa confession.

– Ce sentiment ne serait pas mauvais, dit M me Marsch, si les louanges avaient porté sur des choses louables en elles-mêmes. La modestie n'exclut pas la satisfaction d'être approuvée et appréciée comme on l'a mérité. Mais tel n'était pas le cas, ma pauvre enfant. »

Marguerite resta quelques instants silencieuse, et Jo, les mains derrière le dos, paraissait en même temps intéressée et un peu embarrassée ; c'était pour elle une chose toute nouvelle que de voir de telles questions soulevées à propos de Meg. Il lui semblait que, pendant ces quinze jours, sa soeur avait étonnamment grandi et s'éloignait d'elle pour entrer dans un monde où elle ne pouvait pas la suivre.

« Mère, avez-vous donc pensé à mon avenir, comme l'insinuait Mme Moffat ? demanda timidement Meg.

– Oui, ma chère, j'y ai pensé et j'y penserai encore souvent. C'est le devoir de toutes les mères, mais mes idées diffèrent complètement de celles que m'attribue Mme Moffat. Je vais vous en dire quelques-unes, car le temps est venu où un mot peut remettre dans la bonne voie votre romanesque petite tête. Vous êtes jeune, Meg, mais pas trop jeune pour ne pas me comprendre, et les lèvres d'une mère sont celles qui peuvent le mieux parler de ces choses-là à des jeunes filles comme vous. Jo, votre tour viendra aussi un peu plus tard ; ainsi venez toutes les deux entendre quels sont mes vrais plans en ce qui vous concerne. Vous aurez à m'aider à les rendre un jour réalisables, s'ils sont bons ; il n'est donc pas inutile que vous les connaissiez. »

Jo alla s'asseoir sur le bras du fauteuil de sa mère, en ayant l'air de penser qu'elles allaient faire une chose solennelle, et M me Marsch, tenant une main de chacune d'elles et regardant fixement leurs deux jeunes figures, leur dit de sa manière sérieuse et cependant gaie :

« Je veux que mes filles soient agréables et bonnes, qu'elles aient beaucoup de qualités, qu'on les trouve non seulement capables de plaire, mais surtout dignes d'être aimées et respectées. Je veux, après leur avoir fait une enfance et une jeunesse heureuses, pouvoir un jour les marier honnêtement et sagement. Je rêve pour elles une vie simple, modeste et utile, où le bonheur, avec l'aide de Dieu, pourra trouver sa place à côté du devoir.

Je suis ambitieuse à ma façon pour vous, mes chères filles, mais mon ambition n'est pas que vous soyez jamais en situation de faire du bruit dans le monde par la fortune de vos maris. Je ne vous souhaite donc pas d'habiter jamais quelqu'une de ces maisons fastueuses qui ne sont pas des chez-soi, d'où le luxe chasse si souvent la paix, la bonne humeur, la santé, le bonheur et même les vrais plaisirs. Un bon, un courageux et laborieux mari comme le mien, des enfants comme vous, avec un peu plus d'aisance, si c'est possible, voilà ce que je voudrais vous assurer à chacune, mes chéries.

– Beth dit que les jeunes filles pauvres n'ont aucune chance de trouver de mari, dit Meg en regardant Jo.

– Eh bien ! nous resterons vieilles filles ! s'écria Jo. Nous ne quitterons jamais papa et maman, nous demeurerons toujours ensemble et bien unies. Tous les ménages ne sont pas des paradis, après tout.

– C'est cela ! c'est cela ! dit Meg. Est-ce que nous pourrions jamais nous passer les unes des autres ? Ah ! par exemple, non ! »

La bonne mère sourit, les deux enfants lui souhaitèrent le bonsoir, l'embrassèrent, et un quart d'heure après, Meg et Jo dormaient paisiblement toutes les deux.

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