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innerFrench Podcast - Episodes #97 Onward, #115 - Le minimalisme sauvera-t-il la planète ? (1)

#115 - Le minimalisme sauvera-t-il la planète ? (1)

Hugo : [00:00:02] Épisode 115. Le minimalisme sauvera-t-il la planète ?

Hugo : [00:00:19] Salut Ingrid !

Ingrid : [00:00:20] Salut Hugo !

Hugo : [00:00:21] Ça va ?

Ingrid : [00:00:22] Ça va et toi ?

Hugo : [00:00:23] Ça va, ça va. Aujourd'hui, on va parler de minimalisme.

Ingrid : [00:00:26] Ouais.

Hugo : [00:00:28] Il me semble que, bon, à mon avis, tu l'as remarqué, mais c'est un sujet qui est très à la mode depuis quelques années. Moi, je sais que sur YouTube par exemple, il y avait un moment où toutes les vidéos qui m'étaient suggérées, c'était des vidéos en lien avec le minimalisme. Je ne sais pas si toi, tu étais dans la même bulle ou pas ?

Ingrid : [00:00:47] J'ai pas mal, ouais, entendu parler de ça ces dernières années et c'est vrai que c'était très à la mode. Et puis, quand j'ai travaillé, comme je travaillais comme journaliste à Paris sur les sujets un peu… sur ce qui intéressait les jeunes, notre génération, qui était jeune à l'époque, les millennials, c'est vrai que c'était un sujet très, très à la mode, ouais, il y a cinq… dans… les dix dernières années, on va dire.

Hugo : [00:01:15] Mais là, on va adopter un angle un peu différent ?

Ingrid : [00:01:20] Oui. Plutôt critique, non ?

Hugo : [00:01:22] Plutôt critique, ouais. On va réagir à un article qu'on a lu tous les deux, un article qui a été publié sur Slate en janvier. Et le titre de cet article, c'était : « Le minimalisme pourra-t-il sauver la planète ? » C'est ça ?

Ingrid : [00:01:37] Quelque chose comme ça. Bon, c'est un peu plus compliqué. Là, je l'ai, c'est : « Décroissance, sobriété, minimalisme : des pratiques de riches ? »

Hugo : [00:01:47] Voilà.

Ingrid : [00:01:47] C'est plutôt un angle, ouais, critique, sur pour qui et pourquoi est fait le minimalisme.

Hugo : [00:01:56] Exactement. Bon, il faut qu'on commence peut-être par définir ce qu'est le minimalisme.

Ingrid : [00:02:01] Qu'est-ce que le minimalisme ?

Hugo : [00:02:03] Moi, j'ai fait quelques recherches et le mot est apparu dans le domaine de l'art dans les années 60 par un critique d'art qui, justement, trouvait que les artistes étaient… produisaient des oeuvres qui étaient de moins en moins approfondies, on pourrait dire, qui étaient très simplistes, avec des formes assez dépouillées. Je pense qu'il faut expliquer ce que veut dire « dépouillé ».

Ingrid : [00:02:33] Ouais.

Hugo : [00:02:34] Comment on peut expliquer, « dépouillé » ?

Ingrid : [00:02:36] C'est une bonne question. C'est compliqué comme mot, là.

Hugo : [00:02:40] « Dépouillé », par exemple, « une oeuvre d'art dépouillée », ça veut dire une oeuvre d'art très minimaliste, tout simplement, qui n'a pas beaucoup d'éléments, on pourrait dire.

Ingrid : [00:02:53] Oui, « dépouiller », c'est à l'origine un mot qui, aussi, peut être une action. « Dépouiller quelqu'un », c'est lui enlever ses richesses, le voler. Et donc, par extension, quelque chose qui est dépouillé, c'est quelque chose qui n'a pas de décorations, de richesse, de petits détails qui en font quelque chose d'un peu compliqué ou joli. Très simple.

Hugo : [00:03:19] Très simple. Très sobre, aussi, on pourrait dire.

Ingrid : [00:03:22] Ouais.

Hugo : [00:03:23] Donc, ce critique d'art dont j'ai oublié le nom avait inventé ce terme de « minimalisme » pour dire que, voilà, les oeuvres d'art de cette époque étaient de moins en moins riches. Mais justement, ces artistes ont repris ce mot à leur compte et en ont fait quelque chose de positif en affirmant que le minimalisme, c'était quelque chose où la forme se suffisait à elle-même. On n'a pas besoin d'ajouter des tonnes de détails, de fioritures, etc., d'essayer d'imiter parfaitement la nature. Mais on peut réaliser une oeuvre d'art puissante, simplement avec quelques formes qui peuvent exciter notre imagination. Donc, c'était un peu la naissance de ce terme et ensuite, c'est devenu quelque chose d'un peu plus philosophique, économique, culturel, etc.

Ingrid : [00:04:14] On trouve du minimalisme dans beaucoup de domaines, comme dans le graphisme. C'est plutôt à la mode maintenant d'avoir du graphisme pour les logos, les choses comme ça. Assez simple, donc minimaliste. Dans le design, la décoration d'intérieur et finalement même dans les modes de vie. Et c'est ça qui va nous intéresser, là, c'est plutôt le terme « minimalisme » appliqué au mode de vie, à la vie quotidienne.

Hugo : [00:04:41] Exactement. Et toi, tu te considères comme minimaliste ?

Ingrid : [00:04:45] Non, pas du tout. Je sais… donc, comme j'ai beaucoup vu de, comme toi, de vidéos, lu des articles, etc., je sais à quoi ressemble la vie des personnes qui sont vraiment minimalistes. Donc, même si je ne me considère pas minimaliste, je ne pense pas être une super consommatrice, j'ai très peu d'affaires, du fait de voyager énormément, etc., mais en tout cas, je ne suis pas une minimaliste pratiquante qui fait tout pour avoir le moins de choses possible.

Alors peut-être… Est-ce que toi tu te considères minimaliste ? Est-ce que peut-être, tu peux un peu développer sur à quoi ça ressemble, un minimaliste, finalement, un vrai ?

Hugo : [00:05:27] Ouais, c'est vrai que c'était une tendance qui était très présente dans la décoration d'intérieur, notamment des meubles avec des formes très épurées. Et on a tous en tête, quand on pense au minimalisme, ces photos d'intérieurs de maisons ou d'appartements qui sont complètement… où tout est blanc et noir, où il y a seulement des formes très basiques, très épurées, très peu de meubles, etc. C'est un peu ce cliché qu'on a en tête. Mais c'est vrai qu'ensuite, sur YouTube, ça s'est développé avec des youtubeurs qui comptaient le nombre d'objets et le nombre d'affaires qu'ils possédaient pour essayer d'en avoir le moins possible. Tu connais aussi sûrement Marie Kondo, j'imagine ?

Ingrid : [00:06:10] Oui, bien sûr.

Hugo : [00:06:12] Donc, la grande prêtresse du minimalisme qui a eu sa propre série sur Netflix, il me semble. Et moi, il y a un youtubeur américain que j'aime bien, qui s'appelle Matt D'Avella, qui a réalisé deux documentaires sur le minimalisme qui sont sur Netflix. Et moi, c'est quelque chose qui me plaisait bien et pendant un certain temps, je me considérais un peu comme minimaliste. Mais quand je regardais autour de moi dans mon appartement, je me rendais compte que non, ce n'était pas du tout le cas. Donc, je suis minimaliste seulement dans ma tête, mais dans la réalité, quand j'ai envie d'acheter quelque chose en général, je l'achète. Et surtout, je me rends compte, avec le matériel photo, audio, vidéo dont j'ai besoin pour la chaîne YouTube, j'ai tendance à, voilà, vouloir toujours une meilleure caméra, à acheter différents objectifs, différents micros pour tester, etc. Donc je ne suis pas très, très minimaliste, malheureusement. Mais c'est vrai que maintenant, j'essaye de faire plus attention, quand j'achète quelque chose, à retarder un peu l'achat de quelques jours. Et ça, c'est une bonne astuce que j'ai apprise : retarder l'achat pendant deux, trois jours pour voir si deux, trois jours plus tard, j'ai encore envie d'acheter ce truc-là ou pas, pour essayer de voir si j'en ai besoin ou si c'était juste une envie passagère

Ingrid : [00:07:41] Une lubie.

Hugo : [00:07:42] Une lubie. Exactement. Donc toi, tu es minimaliste un peu par défaut, on pourrait dire.

Ingrid : [00:07:47] Oui, moi, par exemple, tous mes vêtements tiennent dans deux valises. Je ne peux pas faire plus parce que si après, je veux changer d'endroit où je vis, il faut que ça tienne, j'ai très peu… Voilà, il y a plein de choses que j'achète pas, parce que pour moi, c'est automatique de dire : « Non, je n'ai pas la place. » Je n'ai pas d'appartement à moi. J'ai toujours vécu dans des « meublés », donc des endroits où les meubles existaient déjà et je complète avec vraiment le minimum. Mais voilà, ce n'est pas forcément… Parfois, je me fais plaisir. Mais je pense que le minimalisme, ça va de pair (« ça va de pair », ça veut dire « c'est associé, toujours ») avec, par exemple, le zéro déchet. La mode du « zéro déchet », ça veut dire ne pas avoir beaucoup de poubelles, en fait. Donc, ça veut dire acheter sans emballage, sans boîte en carton, en plastique. Ça veut dire faire du compost par exemple, donc recycler toutes ses matières organiques pour qu'elles servent à quelque chose. Et finalement, tout ça, c'est des choses que je ne fais pas. Philosophiquement, je trouve ça super. Après, on verra si c'est vraiment utile ou pas, mais en tout cas, c'est bien d'essayer. Mais pour moi, c'est trop difficile, ce n'est pas dans mes modes de vie, ce n'est pas dans mon mode de consommation. Donc c'est pour ça que je ne me considère pas comme minimaliste. Ce n'est pas parce que je n'ai pas beaucoup de vêtements que tout à coup, je peux me mettre une étiquette « je suis minimaliste ». Voilà.

Hugo : [00:09:27] Et toi, tu réfléchis plutôt en termes de valise. Est-ce que ça tient dans la valise ou pas ?

Ingrid : [00:09:31] Ouais, exactement.

Hugo : [00:09:31] C'est ça ton critère déterminant.

Ingrid : [00:09:31] Oui.

Hugo : [00:09:35] Alors, dans cet article, ils disaient que le minimalisme, c'est une tendance qui a été plutôt adoptée par les classes moyennes et moyennes supérieures, notamment celles qui ont un bon capital intellectuel, donc les personnes qui ont fait des études, qui sont diplômées. Et pour elles, le minimalisme, ça permet trois choses. La première, c'est de se distinguer des autres, une fonction de distinction sociale, de dire « Voilà, moi, je suis différent, je suis minimaliste », ou alors « Je suis vegan ». Voilà, se mettre un peu ces espèces d'étiquettes pour se différencier. C'est aussi une façon de critiquer la société de consommation et d‘afficher une certaine supériorité morale, de dire « Voilà, moi, je suis mieux que les autres parce que je fais attention à ma consommation », « J'essaye de réduire mon bilan carbone », etc. Et la troisième fonction de ce minimalisme, c'est que ça leur permet d'améliorer leur qualité de vie en achetant moins, mais en achetant mieux, des produits de meilleure qualité, des fruits et légumes bio au supermarché, etc. Donc ici, on pourrait dire que c'est une certaine forme d'égoïsme. En tout cas, c'est une motivation purement personnelle pour soi et pour sa famille, et pas nécessairement pour la planète.

Ingrid : [00:11:02] Oui, parce qu'on peut avoir cette impression, je ne sais pas si on l'a dit au début, mais voilà, que le minimalisme est plutôt un très bon geste pour la planète, puisque je pense que ça, on l'a beaucoup dit sur le podcast, et tous les auditeurs ont un peu déjà cette idée que la surconsommation est directement responsable de… bah, du réchauffement climatique, etc., et donc on pourrait penser qu'en consommant moins, on fait un geste pour la planète. Mais a priori, ceux qui consomment moins, qui sont minimalistes, n'ont pas forcément cette motivation en premier lieu. Et quand on n'a pas la motivation de faire quelque chose, bah en général, nos actions ne vont pas forcément vers cet objectif par hasard. Donc, les personnes les plus riches, les classes moyennes à aisées, qui sont minimalistes pour les raisons que tu as évoquées, ont quand même, finalement, a priori, une empreinte carbone élevée. « Empreinte carbone », donc, c'est ce que chacun, individuellement, laisse comme marque ; comment, à quel point on pollue.

Hugo : [00:12:16] Exactement. Parce que finalement, même si on a peu d'objets chez nous, mais si on part en vacances trois ou quatre fois par an à l'autre bout du monde, notre bilan carbone sera forcément bien, bien supérieur à celui des personnes qui ont un peu moins d'argent et qui, peut-être, ont plus d'objets chez eux, parfois des objets de mauvaise qualité qu'il faut jeter ou remplacer régulièrement. Mais au bout du compte, finalement, le bilan carbone reste très défavorable aux « minimalistes », entre guillemets, des classes moyennes et aisées.

Ingrid : [00:12:57] Et puis, en plus, ces classes-là, de toute façon, si on regarde leur empreinte carbone sur toute leur vie, en général, elles sont minimalistes après avoir déjà profité de la société de consommation, après avoir déjà beaucoup voyagé, après avoir déjà offert tout ce qu'elles pouvaient offrir à leurs enfants : les cadeaux, la belle vie, etc. C'est des personnes qui ont déjà acheté une maison, par exemple, et consommé beaucoup d'énergie pour chauffer leur grande maison, etc. Donc, finalement, elles ne sont pas forcément plus écolos que les autres. C'est juste qu'elles ont bien profité de la société qui, aujourd'hui, a créé peut-être le problème de réchauffement climatique et qu'elles peuvent se permettre, pour leur qualité de vie et puis pour leur ego — et un peu pour se sentir moins coupables — de dire : « Ah non, moi, voilà, je n'achète plus rien. » Alors que bon, quand on a déjà tout à la maison, forcément, c'est facile de moins acheter.

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