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innerFrench Podcast - Episodes #97 Onward, #109 - Bienvenue dans l'ère de l'inattention (2)

#109 - Bienvenue dans l'ère de l'inattention (2)

Hugo: [00:12:42] Mais moi, je m'en suis rendu compte quand on a commencé à travailler ensemble et je te donnais un sujet sur lequel travailler. Et assez rapidement, tu me demandais si on pouvait en choisir un deuxième, un troisième, un quatrième et je voyais la liste de sujets qui s'allongeait. Et tu me disais que, voilà, tu travaillais sur tous ces sujets en même temps. Alors que moi, au contraire, je suis plutôt, comment dire, monolithique. Bon, ce n'est pas exactement le mot, mais en général, j'ai du mal à me concentrer sur plusieurs choses en même temps et je préfère faire une seule chose à la fois. Donc quand ensuite tu m'as dit que tu avais eu ce diagnostic, etc., ça ça ne m'a pas trop surpris non plus. Mais est-ce que tu penses que ça t'a posé des problèmes pendant ta scolarité, par exemple ?

Ingrid: [00:13:33] Euh, oui. En fait, c'est sûr, parce que j'ai toujours eu, mais depuis la primaire, ce retour des professeurs qui était que j'étais… Ils pensaient que j'étais flemmarde. Donc « flemmarde », « flemme ». La flemme, c'est plutôt, c'est informel comme mot, ça veut dire, c'est la paresse, donc flemmard, c'est être paresseux. Donc j'ai eu des remarques de professeurs, assez jeune, et assez… après coup, en tant qu'adulte, je me suis rendu compte que c'était des remarques assez traumatisantes. Et qui me donnaient cette impression que, en fait, je n'avais pas de volonté puisque j'ai toujours eu des très bonnes notes, en fait, grâce à mes facilités de compréhension. J'ai de la chance, j'ai de la chance d'être intelligente en fait, mais le travail derrière, j'arrivais pas. Et en fait, j'étais persuadée que c'était un manque de volonté. Parce que quand on te dit « t'as tout le potentiel et dommage que tu ne travailles pas ». Et maintenant je sais que c'était parce que la forme de l'école n'était pas adaptée en fait à ma manière de fonctionner et que je ne pouvais pas tenir la distance comme ça d'apprendre des choses. Donc je le faisais, mais effectivement les profs ils voyaient que j'aurais pu faire plus. Et voilà, c'est quand même assez récent que j'ai appris en fait que ce n'était pas ma faute et qu'en fait ça pouvait devenir une force, à condition justement de le savoir et de pas essayer de rentrer dans des cases qui n'étaient pas faites pour moi.

Hugo: [00:15:15] Et en classe, t'étais souvent distraite ? Ou est-ce que…? Parce que ça devait être pénible pour toi de rester assise sur une chaise toute la journée, avec des cours de 2-3 heures parfois. Ça devait être un supplice.

Ingrid: [00:15:27] Ouais. Non. J'étais très très distraite. Donc un des traits des personnes, des enfants, qui ont un trouble de l'attention Et ça, c'est assez récent parce qu'avant, on ne le savait pas. C'est, et surtout chez les petites filles encore plus, c'est le fait d'être « dans la lune ». Donc « être dans la lune« , c'est une expression, je pense qu'elle est assez claire et j'imagine qu'elle doit exister en plus dans d'autres langues, mais c'est d'être un peu dans son monde, de penser à des choses, voilà, on voit un enfant qui est dans son coin, qui regarde le ciel ou qui regarde par la fenêtre. Voilà, j'étais comme ça. Mais pas parce que j'étais timide ou quoi, parce que ça m'arrivait aussi, j'allais voir les adultes, je leur racontais ma vie. Voilà, c'était pas une forme d'introversion. C'était juste que je pensais à des choses. Et donc oui, effectivement, j'avais oublié ça mais ma mère m'a rappelé que quand j'étais en primaire, au début, on a dû me punir beaucoup pour que je reste assise sur ma chaise, parce que sinon je me levais et il y avait toujours la bibliothèque au fond de la classe, donc moi je me levais, et je me disais « ah tiens, c'est l'heure d'aller lire un livre ». Et il y a des moments où je m'enfermais complètement dans les livres. J'en trouvait un qui m'intéressait et je restais complètement bloquée dessus. Puis il y a d'autres moments où ça ne m'intéressait pas et du coup, bah je me levais pour aussi aller aider les autres en classe, par exemple. Et un truc assez… qui aurait pu, encore une fois alerter, et maintenant les instituteurs, les professeurs le savent, mais c'est que j'ai souvent été obligée de rester pendant la cour de récréation, donc pendant le temps de pause, pour faire les devoirs que je n'avais pas faits pendant la classe. Et donc souvent je me rappelle que je restais avec ce petit garçon qui, lui, avait des grosses difficultés d'apprentissage. Donc moi j'étais dans les premiers de la classe, souvent première ou deuxième de la classe, et lui dernier qui a dû redoubler etc., et donc c'était assez quand même…. C'était assez spécial, non, normalement voilà, lui il avait des difficultés et moi c'était juste : « ah bah j'ai oublié de le faire. J'étais en train de faire autre chose. J'ai écrit un texte pendant ce temps, pas du tout ce que vous aviez demandé, mais… » Donc voilà. C'était assez évident. Mais à l'époque, ça ne se savait pas. Et voilà donc…

Hugo: [00:17:58] C'est vrai que pour les professeurs, les élèves comme toi, ça doit être les plus difficiles à « gérer » entre guillemets, parce qu'il faut constamment les stimuler. Ils comprennent les choses beaucoup plus rapidement, mais il faut continuer d'expliquer au reste de la classe. Et c'est vrai que c'est plus facile de se dire « bon bah c'est un élève qui n'est pas discipliné ou qui est flemmard », comme tu as dit, plutôt que d'essayer d'aller un peu plus loin et de se dire « bah peut-être qu'il y a quelque chose comme voilà, des troubles de l'attention ou quelque chose de plus sérieux », en fait.

Ingrid: [00:18:33] Ouais, c'est pour ça que moi, quand j'ai été diagnostiquée au début, je me suis dit que c'était un peu… je ne voulais pas trop en parler parce que, je ne sais pas, je ne voulais pas donner l'impression, voilà de parler, de… Je ne sais pas, j'avais un petit peu, ce n'est pas honte, mais je me disais « je ne veux pas en faire des tonnes ». Mais après, je me suis rendu compte que…

Hugo: [00:18:53] Ça c'est une bonne expression, pardon. « En faire des tonnes » ?

Ingrid: [00:18:55] « En faire des tonnes« , c'est quoi ? C'est exagérer, ou c'est un peu attirer l'attention sur soi. Et je sais qu'en fait, je pense que comme on se moque souvent, il y a souvent des moqueries envers les personnes qui, par exemple les parents qui diagnostiquent à tout-va leur leurs enfants, en disant « ah mon enfant est surdoué ou quoi », je n'avais pas envie, voilà, que des personnes puissent me juger. Mais finalement, j'ai envie d'en parler parce que j'ai envie que les gens puissent savoir que ça existe et que peut-être, il y ait des enfants qui aujourd'hui… voilà, si parmi nos auditeurs, il y a des parents ou des grands-parents qui reconnaissent peut-être leurs petits-enfants, leurs enfants, en sachant que c'est génétique. Et en sachant aussi que c'est quelque chose qui est très courant en fait : il y a 5 à 10% la population, donc c'est « anormal » entre guillemets, parce que c'est hors norme, mais c'est pas si anormal, c'est juste… On en reparlera après, mais c'est quelque chose qui est assez normal dans le développement humain. Donc voilà.

Hugo: [00:20:03] J'ai l'impression que c'est peut-être plus problématique pour les Français parce qu'on a tendance à… Dans l'éducation, on a tendance à considérer que les enfants sont des petits adultes et qu'ils doivent se comporter… assez rapidement, on leur demande d'être capables de se comporter comme des adultes, de rester… Bon, c'est moins le cas maintenant, c'était un peu plus l'éducation à l'ancienne mais à l'époque de mes parents, je sais que quand ils étaient enfants, leurs parents les emmenaient au restaurant. Ils devaient rester assis à table avec les adultes pendant des heures, ne pas bouger, ne pas faire de bruit et, voilà, ne pas déranger les adultes. Et un enfant qui a justement du mal à rester en place, etc, c'est tout de suite un enfant problématique en fait, qu'on considère comme problématique. Alors que j'ai l'impression que dans d'autres pays c'est quelque chose qui est plus accepté. On laisse plus de liberté aux enfants et c'est peut-être plus facile justement de les diagnostiquer qu'en France où, voilà, on considère juste que c'est un enfant problématique en fait.

Ingrid: [00:21:13] Oui. Ouais, ouais, c'est vrai. Et toi quand tu étais enfant, du coup, tu… pas du tout de problème ? C'est quelque chose vraiment qui est arrivé récemment ? Ça t'est tombé dessus ?

Hugo: [00:21:22] Ouais, ouais. Non, moi, quand j'étais enfant, tu pouvais me laisser dans un coin pendant des heures et oublier que j'existais. Vraiment, j'étais… J'étais assez calme. Et je n'avais pas de problèmes non plus de concentration. Donc à l'école, ça a toujours été assez facile pour moi. Mais peut-être pour des raisons inverses, dans le sens où, voilà, j'avais… Je faisais toujours mes devoirs, j'étais toujours bien concentré. Je n'oubliais jamais quand il y avait quelque chose à faire pour le lendemain, etc. Donc j'étais très scolaire en fait.

[00:21:55] Et les problèmes ont commencé, je ne sais pas si c'est vraiment avec la pandémie ou un peu avant, mais globalement quand… avec InnerFrench, en fait. Quand l'entreprise s'est développée, où j'ai commencé à avoir de plus en plus de choses à gérer. Et plus de pression aussi. Quand je voyais que l'audience grandissait, que les gens comptaient sur moi, qu'il fallait publier un nouvel épisode, une nouvelle vidéo, aider les élèves dans les cours, gérer l'entreprise, la comptabilité. Moi, j'en ai déjà parlé pas mal dans le podcast, je me suis déjà plaint assez souvent. Mais là, c'est devenu un peu difficile de me concentrer. Et justement, dans le livre, j'ai appris que l'anxiété, c'est un facteur qui augmente le risque d'être distrait, en fait. Donc quand on est anxieux, on est plus susceptible d‘être distrait, et c'est assez visible, s'il y a des étudiants qui nous écoutent, vous avez un devoir à terminer pour le lendemain, et si c'est quelque chose qui vous rend anxieux, vous allez avoir tendance à passer du temps sur votre téléphone, dès qu‘il y a une notification ou quelque chose, à arrêter ce que vous êtes en train de faire et à regarder ce qui se passe sur votre téléphone au lieu de faire votre devoir. On appelle souvent ça de la procrastination, mais en fait, c'est une forme de distraction et c'est une façon pour certaines personnes de gérer leur anxiété, en fait, en étant distrait, tout simplement. Donc… Et ça, ça a été amplifié après avec la pandémie, pour d'autres raisons qu'on évoquera peut-être ensuite, mais le fait de ne pas pouvoir sortir, de ne pas pouvoir faire de sport, tout ça, c'est aussi des facteurs qui détériorent notre capacité de concentration. Et voilà, ça a fait un cocktail un peu explosif qui fait que maintenant, j'ai l'impression que, vraiment, ma capacité de concentration a beaucoup baissé comparé à il y a 3-4 ans.

Ingrid: [00:24:05] Et c'est-à-dire ? Ça se manifeste comment, exactement ?

Hugo: [00:24:09] Bah typiquement, pour préparer un épisode du podcast, pour prendre cet exemple, au début je pouvais faire un épisode, l'écrire du début à la fin et l'enregistrer en une journée. Et maintenant, c'est impossible, ça me prend minimum une semaine parce qu'il y a plein d'autres choses à faire en même temps, que c'est impossible pour moi de rester 1 heure sur un document, j'ai.. Voilà, je vais aller regarder les mails, s'il n'y a pas quelque chose d'urgent à faire, etc. Donc ouais, c'est vraiment devenu plus compliqué.

Ingrid: [00:24:40] Hmm. Et du coup tu penses que c'est problématique maintenant ? C'est quelque chose qu'il faut que…? Ou tu réussis à te dire que tu fais plein de choses en même temps et…?

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