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Bram Stoker - Dracula, Part (1)

Part (1)

Dracula Bram Stoker traduit de l'anglais par Vincent de l'Epine et Pauline Pucciano

Illustration : Edvard Munch, Vampire Publication sur le site www.litteratureaudio.com décembre 2019 Cette traduction vous est offerte sous licence Creative Commons

Chapitre 1 Journal de Jonathan Harker (Sténographié) 3 mai. Bistritz – Ai quitté Munich à 20h35 le 1er mai, arrive à Vienne le matin prochain ; aurais dû arriver à 6h46, mais le train avait une heure de retard. Buda-Pest me semble être un endroit merveilleux, d'après l'aperçu que j'en ai eu depuis le train, et les quelques pas que j'ai faits dans les rues. Je ne voulais pas trop m'éloigner de la gare, car nous sommes arrivés tard et repartirons autant que possible à l'heure prévue. L'impression que j'ai eue, c'est que nous quittions l'Occident pour entrer en Orient ; le plus à l'ouest de tous les splendides ponts sur le Danube, qui est ici large et profond, nous a conduits dans une contrée où dominent les usages des turcs. Etant partis à l'heure prévue, nous arrivâmes après la tombée de la nuit à Klausenboug. Je m'y arrêtai pour la nuit, à l'Hôtel Royal. Je dînai (ou plutôt je soupai) d'un poulet au poivre rouge ; c'était très bon mais cela vous donnait une de ces soifs ! (Note – demander la recette pour Mina). J'ai demandé au garçon, qui m'a indiqué qu'ils appelaient cela du Hendl au paprika, et que c'était un plat national, et que je pourrais en trouver partout dans les Carpathes. Mes notions d'allemand me furent très utiles en cette occasion, vraiment sans cela je ne sais pas comment j'aurais pu me débrouiller. A Londres, j'avais profité de mon temps libre pour me rendre au British Museum, et faire des recherches parmi les livres et les cartes de la bibliothèque sur la Transylvanie. Il m'était venu à l'esprit qu'avoir quelques connaissances sur le pays aurait sans doute son importance lors de mes rapports avec le gentilhomme que j'allais rencontrer là-bas. J'avais constaté que le district qu'il avait mentionné se trouvait à l'extrême est du pays, à la frontière de trois états : la Transylvanie, la Moldavie et la Bucovine, dans les brumes des Carpathes, l'une des régions les plus sauvages et les moins connues d'Europe. Je ne pus trouver sur aucune carte ou aucun document la localisation exacte du château Dracula, car il n'existe pas de carte de ce pays qui soit comparable à nos cartes d'état-major, mais j'ai découvert que Bistritz, le bureau de poste mentionné par le Comte Dracula, est un endroit très connu. Je vais reporter ici quelques-unes de mes notes, cela me permettra de me rafraîchir la mémoire lorsque je raconterai mon voyage à Mina. La population de la Transylvanie comprend quatre nationalités distinctes : les Saxons au sud, mêlés aux Valaques, qui sont les descendants des anciens Daces, les Magyars à l'ouest, et les Szekelys à l'est et au nord. C'est vers ces derniers que je me dirige, eux qui prétendent descendre des Huns d'Attila. C'est peut-être vrai, car quand les Magyars ont conquis le pays au onzième siècle, ils y ont trouvé les Huns qui y étaient déjà installés. J'ai lu quelque part que toutes les superstitions connues dans le monde se trouvaient rassemblées dans les Carpathes, comme si ce pays était le centre de quelque tourbillon des imaginations ; s'il en est ainsi, mon séjour va être des plus intéressants (note : je dois demander au Comte de tout me raconter à ce sujet). Je n'ai pas bien dormi ; pourtant mon lit était confortable, mais j'ai fait toutes sortes de rêves étranges. Il y a un chien qui a hurlé toute la nuit sous ma fenêtre, et peut-être cela a-t-il un rapport, ou peut-être est-ce le paprika, car j'ai eu beau boire toute l'eau de ma carafe, j'avais encore soif. A l'approche de l'aube, je me suis endormi, et je fus réveillé par quelqu'un qui frappait à ma porte depuis longtemps ; je pense donc que j'ai dormi très profondément. Pour le petit déjeuner on me servit encore du paprika, et une sorte de porridge de farine de maïs qu'ils appellent « mamaliga », ainsi que des aubergines farcies, un plat vraiment excellent qu'ils nomment « impleta » (note : en obtenir la recette également). Je dus avaler rapidement mon petit déjeuner, car le train partait juste avant huit heures, ou plutôt, il devait partir à cette heure- là, car, après m'être précipité à la gare à sept heures et demie, je dus attendre dans le wagon pendant plus d'une heure avant qu'il se mette en mouvement. On dirait que plus on va vers l'est, moins les trains sont ponctuels. Qu'est-ce que cela doit être en Chine !

Toute la journée, nous avons cheminé à travers un pays regorgeant de merveilles de toutes sortes. Parfois nous apercevions de petites villes ou des châteaux au sommet de collines escarpées comme on peut en voir dans les vieux missels. Parfois nous suivions des rivières ou des ruisseaux qui devaient, à en juger par les parapets de pierre sur leurs bords, être sujets à d'importantes crues. Il devait falloir de grandes quantité d'eau, et se déplaçant très vite, pour franchir ces protections. A chaque gare nous voyions des gens, parfois nombreux, dans toutes sortes d'accoutrements. Certains ressemblent aux gens que l'on voit chez nous, ou qui viennent de France ou d'Allemagne, avec des vestes courtes, des chapeaux ronds, et des pantalons qu'ils fabriquent eux-mêmes. Mais d'autres offrent un tableau plus pittoresque. Les femmes semblent jolies, mais quand vous les approchez, vous constatez qu'elles ont la taille trop large. Elles portent de grandes manches blanches, et la plupart d'entre elles ont de larges ceintures avec des bandes de tissu flottant autour d'elles comme des robes de ballet, avec bien sûr un jupon en-dessous. Mais les plus étranges sont les Slovaques, plus barbares que les autres, avec leurs chapeaux de cow-boy, leurs larges pantalons blanc cassé, leurs chemises en lin blanc, et leurs énormes ceintures de cuir, de près d'un pied de large, toutes cloutées de cuivre. Ils portent de grandes bottes, et rentrent dedans le bas de leur pantalon. Ils ont de longs cheveux noirs et de grosses moustaches noires. Ils sont très pittoresques, mais pas très engageants. Si je voyageais en diligence, je les aurais immédiatement pris pour une de ces bandes de brigands orientaux. Toutefois, on m'a dit qu'ils étaient inoffensifs et plutôt timides. Le soleil s'était déjà couché quand nous arrivâmes à Bistritz, qui est un endroit ancien et assez intéressant. Situé pratiquement à la frontière – car la passe de Borgo mène directement en Bucovine – cette ville a eu une existence chaotique, et en porte encore aujourd'hui les stigmates. Il y a cinquante ans, il y eut là une série d'incendies, qui firent de terribles ravages cinq fois de suite. Au tout début du dix-septième siècle, elle subit un siège de trois semaines et perdit 13.000 habitants, les victimes de la famine et de la maladie s'ajoutant à ceux qui furent tués lors des combats. Le Comte Dracula m'a indiqué que je devais me rendre à l'hôtel de la Couronne d'Or, que j'ai trouvé, à mon vif plaisir, tout à fait démodé, car bien sûr je voulais découvrir autant que possible les coutumes du pays. J'étais visiblement attendu : quand je m'approchai de la porte, je me retrouvai face à une vieille femme très aimable, dans la tenue habituelle des paysannes - des vêtements blancs couverts devant et derrière d'un double tablier coloré, presque trop serré pour la pudeur. Quand je m'approchai elle se courba et dit : « Vous êtes le Monsieur anglais ? » « Oui », répondis-je, « Jonathan Harker. » Elle sourit, et dit quelques mots à un vieil homme en chemise blanche qui l'avait suivie. Celui-ci disparut, mais revint presque immédiatement avec une lettre : « Mon ami, « Bienvenue dans les Carpathes. Je suis impatient de vous recevoir. Dormez bien cette nuit. A trois heures demain, la diligence partira pour la Bucovine ; une place vous y est réservée. A la passe de Borgo, ma voiture vous attendra et elle vous mènera jusqu'à moi. J'espère que votre voyage depuis Londres a été agréable, et que vous apprécierez votre séjour dans mon beau pays. Votre ami, DRACULA. » 4 mai Je réalisai que le propriétaire avait lui aussi reçu une lettre du Comte, lui demandant de me réserver la meilleure place dans la diligence, mais quand je lui demandai des détails, il sembla plus réticent, et prétendit qu'il ne comprenait pas bien mon allemand. Ce n'était pas vrai, car jusque-là il m'avait toujours parfaitement compris : d'ailleurs il finit par répondre à mes questions. Lui et sa femme, la vieille dame qui m'avait accueilli, échangeaient des regards quelque peu effrayés. Il murmura que l'argent avait été envoyé par lettre, et c'était tout ce qu'il savait. Quand je lui demandai s'il connaissait le Comte Dracula, et s'il pouvait me parler un peu du château, ils se signèrent tous les deux, et, disant qu'ils ne savaient rien du tout, refusèrent de dire un mot de plus. L'heure du départ approchait et je n'avais plus le temps d'interroger quelqu'un d'autre, mais tout cela était bien mystérieux, et fort peu encourageant.

Juste avant que je parte, la vieille dame monta dans ma chambre et me demanda d'un ton hystérique : « Devez-vous vraiment aller là-bas ? Oh, mein Herr, devez-vous y aller ? » Elle était si excitée qu'elle semblait avoir perdu le peu d'allemand qu'elle connaissait, et le mélangeait avec une autre langue dont j'ignorais tout. Je l'assaillis de questions, en vain. Quand je lui dis que je devais partir tout de suite, et que je m'occupais d'une affaire importante, elle me demanda : « Savez-vous quel jour nous sommes ? » Je lui répondis que nous étions le 4 mai. Elle secoua la tête et me dit : « Oh, oui, je sais ! Je sais, mais savez-vous quel jour nous sommes ? » Quand je lui eus répondu que je ne comprenais pas, elle poursuivit : « C'est la veille de la Saint Georges. Savez-vous que cette nuit, quand l'horloge sonnera minuit, toutes les choses maléfiques règneront sur le monde ? Savez-vous où vous allez, et vers quoi vous allez ? » Elle était visiblement dans une telle détresse que j'essayai de la réconforter, mais sans résultat. Elle finit par se mettre à genoux et par m'implorer de ne pas partir, ou au moins d'attendre un jour ou deux. Tout cela était ridicule, mais je ne me sentais pas à l'aise. Toutefois, mon affaire devait être menée à bien, et rien ne devait interférer avec elle. Je m'efforçai donc de relever la vieille dame et lui dis, avec autant de gravité que j'en étais capable, que je la remerciai, mais que c'était pour moi un devoir impératif, que je devais y aller. Alors elle se releva, sécha ses larmes, puis elle prit le crucifix qu'elle portait autour du cou et me l'offrit. Je ne savais que faire, car élevé dans la religion anglicane, on m'avait appris à considérer de telles choses comme de l'idolâtrie, et pourtant, il me semblait tellement inconvenant d'opposer un refus à une vieille dame si bien intentionnée, et dans un tel état d'esprit ! Elle lut, je crois, le doute sur mon visage, car elle attacha le rosaire à mon cou et me dit : « Pour l'amour de votre mère », puis sortit de la pièce. J'écris cette partie de mon journal tandis que j'attends la diligence, qui, bien sûr, est en retard, et le crucifix est toujours à mon cou. Est-ce dû aux craintes de la vieille dame, aux superstitions du pays, ou au crucifix lui-même, je ne sais pas, mais je ne me sens pas aussi tranquille que d'habitude. Si ce carnet pouvait jamais parvenir à Mina avant moi, alors qu'il lui transmette mes adieux. Voici la diligence ! 5 mai Le château. La pâleur du matin s'est dissipée, et le soleil est haut au-dessus de l'horizon, qui semble découpé, par des arbres ou des collines, je ne saurais le dire, car il est si lointain que grandes et petites choses s'y confondent.

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