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InnerFrench - Vol. 1, #54 - Comment nous apprenons (2) – Text to read

InnerFrench - Vol. 1, #54 - Comment nous apprenons (2)

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#54 - Comment nous apprenons (2)

Vous savez, c'est comme quand votre boîte mail filtre certains emails indésirables, des spams, pour vous permettre de vous concentrer sur les choses essentielles. Eh bien, c'est pareil avec l'oubli. On oublie beaucoup d'informations parce qu'elles ne nous sont pas directement utiles. Par exemple, quand on change le mot de passe de notre boîte mail, notre cerveau filtre l'ancienne information, l'ancien mot de passe, pour le remplacer par le nouveau parce que ce nouveau mot de passe, il nous est beaucoup plus utile que l'ancien qui ne sert plus à rien.

Mais malheureusement, on ne peut pas toujours bien contrôler ce filtre. C'est comme avec l'exemple des élèves qui apprennent pour réussir l'examen et qui oublient tout au moment de répondre aux questions. Donc l'oubli, c'est un outil très intéressant, très efficace, mais malheureusement un peu difficile à contrôler parfois.

Justement, à la fin du XIXème siècle, il y a un philosophe allemand qui a décidé de s'intéresser en profondeur à ce sujet. Ce philosophe, c'est Hermann Ebbinghaus. On le considère comme le père de la psychologie expérimentale. Son objectif, c'était d'analyser comment fonctionne notre mémoire et à quelle vitesse on oublie les choses.

Pour faire ça, il a développé une méthode très rigoureuse et très complète. En fait, il a inventé une liste de combinaisons de trois lettres sans aucun sens. Il ne voulait pas simplement apprendre des listes de mots parce que c'étaient des mots qu'il peut-être connaissait déjà, qui avaient une certaine place dans son cerveau, dans sa mémoire. Donc il a décidé de prendre des combinaisons de trois lettres qui n'avaient aucun sens, qui étaient complètement neutres, pour voir à quelle vitesse il allait être capable de les apprendre mais surtout de les oublier. Et on peut dire que Hermann Ebbinghaus était quelqu'un de très très très discipliné. Il chronométrait chacune de ses sessions d'apprentissage et ensuite il faisait des tests à différents intervalles pour voir combien de combinaisons il avait réussi à mémoriser.

Grâce à ses recherches, Ebbinghaus a découvert que 20 minutes après avoir appris une liste de combinaisons, il se souvenait de seulement 58%. Et après une heure, ce chiffre tombait à 44% puis, après un mois, à 21% (autrement dit, un cinquième de ce qu'il avait appris). Avec tout ça, il a créé ce qu'on appelle aujourd'hui la courbe de l'oubli (the forgetting curve, en anglais). Cette courbe de l'oubli, elle nous montre justement à quelle vitesse nous oublions une chose que nous avons apprise. Donc ça, c'était la première découverte majeure de ce philosophe allemand.

Et sa deuxième découverte, c'est qu'en révisant régulièrement, on améliore notre mémoire. Autrement dit, si on veut contrer les effets de cette courbe de l'oubli, il faut revoir les choses qu'on a apprises de façon régulière. Ça, c'est une connaissance qu'on a bien internalisée, qui est très connue et très répandue dans les écoles et dans tous les systèmes universitaires. On sait que si on veut se rappeler d'une chose pendant longtemps, il faut la réviser, il faut la revoir régulièrement.

Ces découvertes d'Ebbinghaus, elles ont été fondamentales pour la psychologie expérimentale et il a fallu attendre assez longtemps avant que d'autres chercheurs décident de les approfondir. Ces chercheurs, c'étaient deux chercheurs américains : Robert et Elizabeth Bjork de l'Université de UCLA. Ce couple de professeurs a découvert que chaque souvenir a deux forces.

La première force, c'est la force de stockage. Autrement dit, comment le souvenir a été appris. Par exemple, si vous apprenez un nouveau mot, vous pouvez peut-être l'apprendre parce que vous l'avez traduit rapidement dans un dictionnaire après l'avoir lu. Ou alors, vous pouvez le noter dans un carnet avec une définition et un exemple. La première façon (simplement traduire un mot), elle est évidemment beaucoup moins forte, elle a beaucoup moins de force de stockage, que la deuxième méthode dans laquelle vous allez noter avec détails et écrire une définition et un exemple. Autrement dit, la force de stockage de cette deuxième méthode est beaucoup plus grande.

La deuxième force qui existe pour un souvenir, c'est la force de récupération. Autrement dit, c'est la facilité avec laquelle vous vous rappelez d'un souvenir, la facilité avec laquelle ce souvenir vous vient à l'esprit. On peut voir ça comme la vitesse de circulation de l'information dans votre cerveau. Par exemple, quand vous parlez avec des amis français et que vous avez besoin de ce mot que vous avez appris il y a quelques jours, vous allez être capable de le ressortir à une vitesse plus ou moins élevée. C'est ça, la force de récupération.

Et ce qui est intéressant, c'est qu'un souvenir, une fois qu'il a été stocké dans votre cerveau, eh bien il ne peut jamais disparaître. Il est toujours présent quelque part. En fait, un souvenir, c'est simplement un réseau de neurones. Vous savez, ces neurones qu'on a dans le cerveau, ils sont connectés entre eux et ça forme un réseau. Et en réalité, quand on pense oublier quelque chose, ça signifie simplement que la force de récupération de ce souvenir est de zéro (ou qu'elle est proche de zéro). Donc en réalité, ce souvenir est toujours présent quelque part dans votre cerveau mais vous êtes incapable de faire remonter cette information.

Mais pour ces deux chercheurs, l'oubli, ce n'est pas quelque chose de négatif. Au contraire, c'est un peu comme quand vous allez à la salle de sport. Quand vous allez à la salle de sport, vous savez que pour construire un muscle, pour le faire grossir, il faut d'abord le détruire. Il faut le détruire pour le renforcer. Eh bien, c'est exactement la même chose avec les souvenirs. Pour renforcer la force d'un souvenir, il faut d'abord l'oublier. C'est ce qu'ils appellent la “difficulté désirable”. Plus c'est difficile de se rappeler de quelque chose, plus la force de cette chose va augmenter au moment où vous serez capable de vous en souvenir. C'est cette difficulté désirable qu'il faut rechercher pour être capable de mémoriser quelque chose plus longtemps.

Heureusement, maintenant, il existe pour les langues (ou en général pour l'apprentissage) des applications de flash cards. C'est sûrement quelque chose dont vous avez déjà entendu parler. Ces applications, assez souvent, elles sont basées sur ce qu'on appelle le SRS (autrement dit, Spaced Repetition System). C'est quelque chose qui reprend directement les découvertes, les intervalles, d'Ebbinghaus et la célèbre courbe de l'oubli. Ces applications sont très utiles parce qu'elles calculent à votre place la durée idéale pour tester votre connaissance, pour oublier quelque chose et ensuite le garder en mémoire le plus longtemps possible.

Mais si vous utilisez une méthode un peu plus traditionnelle comme par exemple un cahier dans lequel vous notez les mots de vocabulaire, les phrases, les exemples que vous voulez apprendre en français, vous pouvez faire un peu la même chose en essayant de ne pas réviser les mots chaque jour mais plutôt d'espacer les sessions. Autrement dit, quand vous avez appris un nouveau mot, n'essayez pas de le réviser dès le lendemain mais attendez quelques jours pour augmenter la difficulté. Plus ça va être difficile pour vous de vous rappelez de ce mot, plus, quand vous allez le faire, il va s'inscrire pour le long terme dans votre mémoire.

Autrement dit, et pour résumer toute cette partie sur l'oubli : l'oubli c'est quelque chose de positif. Quand on ne se rappelle pas d'un mot, en général, c'est plutôt bon signe. Ça veut dire qu'ensuite, il va rester plus longtemps dans votre mémoire.

Un deuxième domaine relativement important, c'est l'environnement, l'environnement dans lequel on apprend. La croyance populaire, l'idée préconçue qu'on a, c'est que pour apprendre, on a besoin d'un environnement silencieux et surtout d'un environnement qui soit toujours le même. Vous savez, on pense qu'il faut aller par exemple à la bibliothèque et mettre un casque pour ne pas entendre les autres et de rester concentré pendant des heures sur son cahier, sur ses notes, si on veut apprendre quelque chose.

En réalité, là encore, les expériences récentes en psychologie ont montré que cette croyance, cette idée préconçue, est complètement fausse. Ils ont fait plusieurs expériences en changeant les environnements des étudiants avec par exemple des étudiants qui devaient apprendre quelque chose en ayant une musique de fond (c'est-à-dire en entendant une musique dans la salle). Et les chercheurs se sont aperçus que quand les étudiants faisaient un test avec la même musique de fond, ils obtenaient de meilleurs résultats que l'autre groupe d'étudiants qui avait appris dans une salle silencieuse. Ça, c'est encore une fois assez contre-intuitif parce que, souvent, on pense que pour se concentrer, on a besoin de silence et qu'au contraire, la musique va être une source de déconcentration.

Alors là, vous vous demandez sûrement comment la musique a fait dans cette expérience pour améliorer les résultats des étudiants. En réalité, quand on forme un souvenir dans notre cerveau, je vous ai dit qu'on forme un réseau de neurones, des neurones qui sont connectés. Et plus on a d'éléments qui sont associés à ce souvenir, plus le réseau va être important dans notre cerveau (autrement dit, plus c'est un souvenir qui va être très présent et qu'on va pouvoir faire remonter assez rapidement). Ça va donc augmenter les deux forces : la force de stockage et la force de récupération.

Ici, dans le cas des étudiants, ils ont associé la musique aux choses qu'ils apprenaient et ensuite, en entendant cette musique, c'était plus facile pour eux de faire remonter ce souvenir. Autrement dit, si vous apprenez dans différents environnements, vous allez renforcer la force du souvenir. Vous allez créer plus de connexions parce que vous allez associer différents signaux, différents éléments de ces environnements, à votre souvenir.

Ça, c'est génial avec les langues parce que c'est quelque chose qui est très facile à faire. Souvent, le problème quand on apprend une langue à l'école, c'est qu'on utilise cette langue seulement à l'école, seulement dans la salle de classe, donc dans un environnement qui est très limité et qui n'est pas vraiment représentatif des conditions réelles. C'est pour ça qu'il faut utiliser la langue dans, justement, les vraies conditions, dans la vie réelle : en parlant avec différentes personnes (ça peut être sur internet ou dans des groupes de rencontre dans votre ville, par exemple), en lisant, en écoutant, etc. Plus vous allez multiplier les environnements dans lesquels vous utilisez le français, plus vous allez avoir d'associations dans votre cerveau avec la langue et ça va devenir beaucoup plus facile pour vous de l'utiliser.

Mais ce qui est aussi intéressant, c'est que ça ne concerne pas seulement l'environnement mais aussi notre manière d'apprendre. Quand on apprend quelque chose de nouveau, si on le fait simplement en lisant une information, eh bien ça va être beaucoup moins efficace que si vous lisez cette information puis vous l'écoutez, puis vous l'utilisez pour faire des exercices par exemple. Plus vous allez manipuler cette information et l'utiliser de différentes façons, plus vous allez vous l'approprier et ça va être facile pour vous de la mémoriser. On peut imaginer ça très facilement avec les mathématiques. Si vous apprenez une théorie mathématique simplement en la lisant, ça va être beaucoup moins efficace que si vous faites des exercices avec elle et si vous essayez de l'expliquer à quelqu'un, par exemple. Si vous faites ça, si vous utilisez différentes méthodes, ça va être beaucoup plus efficace que de passer une ou deux heures à simplement relire cette théorie.

C'est pour ça que quand on apprend quelque chose, il faut vraiment essayer de s'approprier le contenu. Par exemple, si vous avez pris des notes, il ne faut pas seulement relire ces notes mais essayer de les réorganiser, peut-être de les lire à quelqu'un, de les expliquer à quelqu'un. Car si vous faites ça, vous allez apprendre de manière beaucoup plus efficace.Une autre très bonne méthode pour finir, c'est de se tester. C'est vrai que quand on est étudiant ou quand on est à l'école, les tests, les examens, ce sont les choses qu'on déteste le plus. Mais en réalité, les tests sont très efficaces pour mémoriser quelque chose. C'est pour ça que, quand on apprend, ça peut être vraiment utile de s'auto tester ; ne pas attendre le test le jour de l'examen mais de se poser soi-même des questions ou même de faire des exercices pour voir les choses qu'on a comprises. D'ailleurs, les chercheurs ont établi un ratio pour savoir comment utiliser son temps, quel temps il faut consacrer à l'apprentissage et quel temps il faut consacrer aux tests. Et vous allez peut-être être surpris parce que les chercheurs disent qu'il faut consacrer seulement 30% de notre temps à apprendre et 70% à tester (ça peut être des tests sous différentes formes, par exemple réciter les choses qu'on a apprises, se poser des questions, faire des exercices, etc.). Donc 30% du temps à l'apprentissage et 70% du temps aux tests, à la récitation.

Ce ratio, vous pouvez l'utiliser également avec les langues. Si vous avez une heure par jour à consacrer à la langue, ne passez pas une heure à lire des listes de vocabulaire. Passez seulement 30% de cette heure (autrement dit, environ 20 minutes) à revoir votre vocabulaire, à revoir les choses que vous avez apprises et ensuite passez le reste de cette heure à discuter avec quelqu'un, à utiliser le vocabulaire (peut-être dans de nouvelles phrases, en écrivant un texte, etc.). Si vous faites ça, vous allez être beaucoup plus actifs et justement, ça va vous permettre de mieux mémoriser les choses que vous avez apprises.

Finalement, la conclusion de ce livre, c'est que les salles de classe et les techniques d'apprentissage traditionnelles ne sont pas adaptées à la façon dont notre cerveau fonctionne. Les recherches en psychologie ont montré qu'on pouvait apprendre de manière plus efficace en changeant d'environnement, en faisant des pauses, en essayant différentes techniques et différentes méthodes, et pas seulement en passant des heures à réviser nos notes à la bibliothèque.

À mon avis, c'est une bonne idée de toujours remettre en question les techniques qu'on utilise, remettre en question nos habitudes et tester différentes choses pour voir ce qui peut fonctionner pour nous. Le critère numéro un quand on apprend une langue, le plus important, c'est de trouver une méthode durable, quelque chose que vous allez être capable de faire même les jour où vous n'êtes pas trop motivés, les jours où vous n'avez pas envie de faire de français, parce que ce sont ces méthodes durables qui vont vraiment devenir des habitudes et qui vont vous permettre de garder un contact avec la langue.

Voilà, j'espère que cet épisode vous a plu et qu'il vous a peut-être fait découvrir quelques techniques que vous allez pouvoir implémenter dans votre apprentissage du français. Si vous avez des questions ou des suggestions, vous pouvez m'envoyer un email à l'adresse hugo@innerfrench.com. Et si vous voulez me soutenir, si vous voulez m'aider, je vous invite comme d'habitude à laisser une évaluation sur iTunes ou sur l'application de podcasts que vous utilisez.

C'est tout pour aujourd'hui, on se retrouve dans deux semaines pour un nouvel épisode et en attendant, n'oubliez pas de faire un peu de français chaque jour. A bientôt, salut !

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