×

Usamos cookies para ayudar a mejorar LingQ. Al visitar este sitio, aceptas nuestras politicas de cookie.

InnerFrench - Vol. 1, #39 - Pourquoi l'amour fait mal ? (2) – Text to read

InnerFrench - Vol. 1, #39 - Pourquoi l'amour fait mal ? (2)

Intermedio 1 francés lesson to practice reading

Comienza a aprender esta lección ya

#39 - Pourquoi l'amour fait mal ? (2)

Donc d'un côté, ça nous offre plus de liberté mais, de l'autre, on a aussi perdu une forme de protection. Avant, la famille offrait une protection parce que l'homme qui faisait sa demande en mariage devait obtenir la permission de la famille. En général, dans le modèle traditionnel, le modèle d'avant la seconde guerre mondiale, les individus étaient plus encadrés et plus protégés par leur famille. Mais le développement du capitalisme a radicalement changé tout ça.

Mais Eva Illouz dit que maintenant, les relations amoureuses sont caractérisées par l'incertitude. Les règles ne sont plus du tout claires. On ne sait pas vraiment comment on doit se comporter. On ignore quelle est la nature de la relation. Est-ce que c'est une relation sentimentale, une relation sexuelle ou une relation institutionnelle comme le mariage ? On ne sait pas non plus s'il faut être autonome ou indépendant. Est-ce qu'on veut un partenaire qui soit libre, qui fasse sa vie de son côté, ou au contraire un partenaire qui soit tout le temps avec nous et avec lequel on partage tout.

Mais le capitalisme nous a aussi libéré de l'influence de la famille. On peut faire nos propres choix sans demander l'avis ni la permission de nos parents. Donc d'un côté, ça nous offre plus de liberté mais de l'autre, on a aussi perdu une forme de protection. Avant, la famille offrait une protection parce que l'homme qui faisait sa demande en mariage devait obtenir la permission de la famille. En général, dans le modèle traditionnel, le modèle d'avant la seconde guerre mondiale, les individus étaient plus encadrés et plus protégés par leur famille. Mais le développement du capitalisme a radicalement changé tout ça.

Alors maintenant, on va se demander à quoi ressemble le marché de l'amour, ce marché qui a été créé par le capitalisme.

Il y a un sociologue allemand très célèbre qui s'appelle Max Weber et qui a inventé une expression très intéressante : le désenchantement du monde. Au début du XXème siècle, Weber a analysé qu'avec le développement du capitalisme, les croyances religieuses et magiques ont reculé. Elles ont été remplacées par les explications scientifiques. Par exemple, au lieu de dire qu'une tempête a été provoquée par Dieu, on analyse de façon scientifique comment les tempêtes apparaissent. Tous les évènements, les choses qui nous entourent, notre environnement, doivent être expliqués de façon rationnelle.

Et les relations aussi ont perdu leur caractère sacré. Avant notre place dans la société était déterminée par des facteurs extérieurs à nous. Les sociétés étaient très hiérarchisées, avec différents groupes qui avaient différentes places, droits et privilèges. C'était presque impossible pour un individu de changer de groupe. Dès la naissance, il appartenait à un certain groupe et il y passait toute sa vie. Maintenant évidemment, il y a toujours une hiérarchie, mais elle peut changer. En théorie, dans les pays développés, il n'y a rien qui vous empêche de devenir président même si vous venez d'un milieu très pauvre. Bon en pratique, on sait très bien que ça a peu de chance d'arriver. Mais légalement, il n'y a rien qui vous empêche de devenir président, vous avez la possibilité d'essayer.

Et c'est la même chose avec les relations. Avant, on était obligés de se marier avec une personne de la même religion, du même milieu, de la même race et du sexe opposé. Maintenant, on a beaucoup plus de liberté et c'est évidemment une bonne chose. On peut considérer que chaque individu est libre de choisir son ou sa partenaire, celui ou celle qui correspond le mieux à ses attentes. Dans la pratique, on a quand même tendance à se marier avec une personne du même milieu que nous. Mais encore une fois, il n'y a pas de barrière légale si vous voulez le faire.

Et finalement, ce désenchantement du monde a créé une sorte de « marché de l'amour ». Les relations imitent le fonctionnement de l'économie avec une offre, une demande, et des individus de différente valeur. Mais ça on va en parler un peu plus tard.

En parallèle, le deuxième effet du capitalisme, c'est bien sûr le développement de la société de consommation. Cette société de consommation, elle nous renvoie une image du couple qui est très sexualisée. Par exemple dans les campagnes de publicité pour la mode ou les cosmétiques, mais aussi dans les films et les romans actuels, il y a toujours une dimension sexuelle très forte. Et en plus de cette sexualisation, on voit aussi une uniformisation de la beauté. Maintenant il existe une beauté standard qu'on voit partout dans les médias, et les gens essayent de s'en rapprocher le plus possible. Il n'y a pas vraiment de place pour la diversité. Il existe une sorte de culte de la beauté, un culte du corps. Et si on veut avoir une valeur élevée sur le marché de l'amour, on doit se rapprocher de cet idéal de beauté. Donc il y a une forme de pression pour toujours s'améliorer, par exemple en faisant du sport ou de la chirurgie esthétique.

Bref, vous avez compris que chaque individu a une valeur en fonction de sa beauté, mais aussi d'autres critères comme sa richesse ou son statut. Et l'objectif, c'est de trouver un partenaire qui ait une valeur égale ou supérieure à la nôtre. Tous ces individus (autrement dit nous) constituent un marché, le marché de l'amour. C'est très visible avec les applications de rencontres comme Tinder par exemple. Ces applications donnent accès au marché de l'amour. Vous devez créer un profil pour montrer votre valeur. Ensuite, vous définissez vos critères pour chercher un partenaire. Et vous avez accès à la description des autres personnes, un peu comme des produits. Vous pouvez voir leurs photos, leur style de vie, et ensuite vous décidez si oui ou non vous avez envie de les rencontrer. C'est un peu la même chose que quand vous voulez acheter une nouvelle voiture. Vous comparez les différents modèles et vous achetez celui qui correspond le mieux à vos besoins. Vous voyez, à ce niveau-là il n'y a pas plus du tout de magie, de magie de la rencontre amoureuse par exemple. Maintenant la rencontre amoureuse, c'est quelque chose de très pragmatique. Avec ces applications on a l'impression que le choix est infini. Vous pouvez voir les profils de personnes du monde entier. Donc en théorie, vous avez accès au marché mondial des personnes qui cherchent l'amour.

Le problème avec ça, c'est qu'on a tendance à instrumentaliser l'autre personne. Avant de la rencontrer, on a une liste de critères et on veut que notre futur partenaire corresponde à tous ces critères. Finalement, il n'y a pas vraiment de place pour cette personne, parce que dans notre tête on a déjà une image idéale d'elle. Ensuite si la personne ne répond pas à suffisamment de critères et qu'on n'est pas satisfait de la relation, on peut simplement chercher un autre partenaire. Comme quand on n'est pas satisfait d'un service avec une entreprise. Et ça évidemment, c'est quelque chose qui est difficile à gérer dans les relations amoureuses. C'est difficile d'essayer de construire une relation ; il y a plus d'instabilité parce qu'au moindre problème, c'est plus facile d'arrêter la relation et de chercher un autre partenaire que de surmonter les obstacles. Ah ça c'est une autre expression intéressante. « Surmonter un obstacle », ça veut dire « dépasser une difficulté ». C'est le verbe « surmonter », « surmonter un obstacle ou un challenge ». Bref, en plus de ces obstacles, on doit aussi prouver en permanence notre valeur. On doit prouver à notre partenaire que notre valeur est suffisante pour ne pas le perdre, pour qu'il ou elle ait envie de rester avec nous.

Alors d'après Eva Illouz, ces nouvelles attitudes vis-à-vis des relations amoureuses, ce nouveau « marché de l'amour », ont changé la nature de la souffrance amoureuse. Avant, la souffrance amoureuse était liée à la frustration. La frustration, parce que souvent, la société ne nous permettait pas d'aimer la personne qu'on voulait. Il y avait beaucoup d'obstacles à surmonter. Des obstacles liés à notre milieu, à notre famille ou à la famille de notre partenaire. L'exemple le plus célèbre, c'est peut-être l'histoire de Roméo et Juliette. Deux personnes qui s'aiment passionnément mais qui ne peuvent pas vivre cet amour à cause de leur famille.

Mais maintenant, cette souffrance amoureuse est très différente. Quand on ne trouve pas de partenaire, on a tendance à se remettre en question. On se dit qu'on n'est pas assez bien, que notre valeur n'est pas assez élevée. On ne peut pas blâmer notre famille ni notre milieu d'origine, parce qu'en théorie nous sommes libres de mener la vie que nous voulons. Donc si on n'est pas capable de trouver un partenaire, ça veut dire qu'on n'est pas assez bien. Et cette souffrance est d'autant plus forte qu'on a l'impression que trouver l'amour, c'est une chose essentielle pour notre estime de soi. L'estime de soi, c'est la vision, la perception qu'on a de nous-mêmes, tout simplement. Partout dans la culture occidentale, autour de nous on nous dit que pour être heureux, il faut être en couple. Si vous êtes seul, ça veut dire qu'il y a quelque chose qui ne va pas avec vous. Ça veut dire que vous n'avez pas le droit d'être heureux.

Maintenant on va attaquer la dernière partie, celle qui concerne la place des hommes et des femmes sur ce marché de l'amour. Je vous ai dit en introduction que le rapport de pouvoir entre les hommes et les femmes est déséquilibré. J'insiste sur ce mot, « déséquilibré », parce que je sais qu'il est difficile à retenir. Il est formé sur le mot « équilibre », un mot très utile. L'équilibre, c'est quand les choses sont stables. Par exemple, on parle de l'équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle, quand votre vie professionnelle et votre vie personnelle sont plus ou moins égales, qu'elles ont la même importance, qu'il n'y en a pas une qui prend plus de place que l'autre. Retenez bien ce mot, il est très utile : l'équilibre. Et le déséquilibre, c'est bien sûr le contraire. Donc quand je dis que le rapport de pouvoir entre les hommes et les femmes est déséquilibré, ça signifie que les hommes et les femmes n'ont pas le même pouvoir sur le marché de l'amour.

À mon avis, ça n'est pas quelque chose qui vous surprend. Vous avez sûrement suivi l'actualité avec l'affaire Harvey Weinstein, la question du harcèlement des femmes et le mouvement #metoo. Toute cette affaire a montré que les hommes ont un pouvoir sur les femmes dont ils profitent pour par exemple avoir des relations sexuelles. Mais c'est une chose sur laquelle on a fermé les yeux pendant longtemps.

Pourtant à la fin des années 60 avec la révolution sexuelle, on a pensé que les relations entre les hommes et les femmes allaient s'équilibrer. Avec la contraception, on a voulu enfin donner aux femmes la possibilité de mieux maîtriser leur sexualité et d'avoir plus de liberté. Mais en réalité, cette révolution sexuelle n'a pas tenu ses promesses. En fait, on pourrait presque dire qu'elle a donné encore plus de pouvoir aux hommes. Certes, les femmes peuvent maîtriser leur sexualité, mais c'est aussi beaucoup plus facile pour les hommes d'avoir des rapports sexuels sans conséquence. Et d'après Eva Illouz, les femmes ont toujours envie d'avoir des enfants alors que les hommes, pas forcément. En plus, c'est évident que les hommes peuvent attendre plus longtemps que les femmes avant d'avoir des enfants, donc il y a une pression qui est plus forte pour elles. Au contraire, les hommes profitent beaucoup de la situation. Ils peuvent multiplier les partenaires sexuelles et quand ils font ça, ils augmentent aussi leur valeur. Vous savez que la société considère qu'un homme qui a beaucoup de rapports sexuels avec des femmes différentes est un Don Juan, c'est un homme qui a du succès, qui est populaire. Alors qu'au contraire, une femme qui a beaucoup de partenaires sexuels perd souvent de sa valeur aux yeux des hommes.

Juste pour que les choses soient claires, moi je ne suis pas du tout d'accord avec ça !Mais je vous parle simplement de la façon dont c'est perçu dans nos sociétés. C'est en train de changer, mais ça prend beaucoup de temps. En attendant, les hommes utilisent ce pouvoir pour profiter au mieux du marché de l'amour. Et ça, ça crée souvent de la souffrance amoureuse chez les femmes.Je vous ai présenté la thèse d'Eva Illouz dans les grandes lignes. Si ça vous intéresse et vous voulez en savoir plus, je vais mettre des liens dans la description de l'épisode sur mon site. Vous pourrez regarder l'interview dont je vous ai diffusé un extrait, et d'autres articles.Voilà, on va s'arrêter là. Comme d'habitude, n'oubliez pas que la transcription complète du podcast est disponible sur mon site innerfrench.com. Et si vous voulez m'aider, vous pouvez laisser une évaluation sur iTunes ou Facebook. Merci beaucoup pour votre soutien. On se retrouve dans deux semaines.À bientôt !

Learn languages from TV shows, movies, news, articles and more! Try LingQ for FREE