Chapitre 4 Une histoire d'amour
Depuis son triomphe, Christine évite de se montrer en public.
Ce succès semble la perturber considérablement. Son silence irrite les journalistes. Raoul est désespéré de ne plus voir celle qu'il aime. Il lui écrit une lettre pour lui demander la permission de lui rendre visite. Quelques jours plus tard, il reçoit enfin un message. Je n'ai pas oublié le petit garçon qui a récupéré, il y a bien longtemps, mon écharpe dans la mer.
Je pars pour Perros-Guirec où est enterré mon père. Demain, c'est l'anniversaire de sa mort, et comme tous les ans, je vais prier sur sa tombe. Raoul décide alors d'aller rejoindre Christine.
Il se précipite à la gare Montparnasse et réussit à prendre un train pour Perros-Guirec. Pendant le trajet, il se rappelle son enfance, des vacances à Perros-Guirec, et de monsieur Daaé, le père de Christine. Monsieur Daaé était un excellent violoniste suédois. Il ne vivait que pour sa musique. C'est lui qui a appris à chanter à Christine. Il allait avec elle jouer de village en village. Un jour, le jeune Raoul les a entendus, il a vu Christine et il est tombé immédiatement amoureux d'elle. Le lendemain, alors que le père et la fille allaient se promener au bord de la mer, Raoul les a suivis. Quand Christine est arrivée près du rivage, le vent s'est soudainement levé et son écharpe est tombée dans la mer. Raoul s'est alors jeté dans l'eau pour la rapporter à Christine. Depuis ce jour-là, les deux enfants sont devenus amis. Monsieur Daaé aimait beaucoup Raoul.
Il racontait souvent des histoires à sa fille et au jeune vicomte. Dans de nombreuses histoires apparaissait un étrange personnage : l'Ange de la musique. Monsieur Daaé leur racontait que les grands artistes et les grands musiciens reçoivent au moins une fois dans leur vie la visite de l'Ange de la musique. Monsieur Daaé ne l'avait malheureusement jamais entendu, mais il avait dit à sa fille : « Toi, tu l'entendras un jour ! Je te l'enverrai quand je serai au ciel, je te le promets ! Monsieur Daaé est mort quelques années plus tard.
Depuis ce jour-là, Christine a perdu sa voix magique et merveilleuse. Raoul est maintenant devenu un homme, mais il n'a jamais oublié Christine. Il va souvent la voir à l'Opéra, car il est toujours très amoureux d'elle. Malheureusement, il sait que son amour est impossible : un aristocrate ne peut pas épouser une chanteuse d'opéra. Il fait déjà nuit lorsque Raoul arrive à Perros-Guirec.
Le vicomte se rend au Soleil-Couchant, l'unique auberge du village. La patronne se souvient très bien de lui, et elle l'accueille chaleureusement. Soudain, une porte s'ouvre. Christine est là, debout, face à Raoul. Elle sourit et le regarde tendrement. — Je suis contente de vous voir, dit-elle.
— Christine !
Pourquoi avez-vous affirmé ne pas me connaître dans votre loge ? demande Raoul. Pourquoi avez-vous ri lorsque j'ai parlé de votre écharpe ? Savez-vous que je vous aime ? Christine reste silencieuse.
— Je sais pourquoi !
crie le vicomte. C'est parce qu'il y avait un autre homme dans la loge ce soir-là. J'ai entendu sa voix ! La diva regarde Raoul d'un air terrifié.
Elle semble avoir peur. Puis, elle saisit le bras du vicomte et le serre avec force. — Mais que dites-vous, monsieur ?
s'exclame-t-elle. — Vous lui avez parlé, Christine !
Vous lui avez dit : « Je ne chante que pour vous, je vous ai donné mon âme ce soir ! — Et qu'avez-vous entendu d'autre ?
— Il vous a dit : « Il faut m'aimer.
» Puis, il a ajouté : « Les anges ont pleuré ce soir. » Qui est cet homme que vous aimez tant ? Christine ne répond pas.
Des larmes coulent sur son visage. Après quelques instants, elle dit au vicomte : — Raoul, la voix que vous avez entendue dans ma loge est celle de l'Ange de la musique.
Il a commencé à me donner des leçons de chant il y a maintenant trois mois. C'est un excellent professeur. « C'est vrai que Christine chante merveilleusement bien, comme elle n'a jamais chanté auparavant.
Mais je ne crois pas à cette histoire d'Ange de la musique », pense Raoul. — Christine, vous vous moquez de moi !
dit le vicomte. Blessée, la diva monte dans sa chambre et ne descend même pas pour le dîner.
Vers minuit, Raoul aperçoit Christine qui sort de l'auberge en cachette. Il la suit discrètement dans l'obscurité de la nuit. Quelques instants plus tard, ils arrivent au cimetière. La cantatrice marche au milieu des tombes couvertes de neige. Elle s'arrête près de la tombe de son père, se met à genoux et commence à prier. Soudain, une musique céleste s'élève dans les airs. Il s'agit de la Résurrection de Lazare1. Raoul reste immobile. Il écoute, émerveillé. Le vicomte se retourne pour voir qui est en train de jouer.
Tout à coup, il entend un bruit et regarde par terre : des crânes roulent vers lui ! Il lève la tête et aperçoit, dans l'obscurité, une ombre qui porte un long manteau. Il regarde cet étrange personnage... il a une tête de mort et des yeux de feu à la place du visage ! Effrayé, Raoul s'évanouit. Le lendemain matin, il se réveille devant l'autel de la petite église du cimetière de Perros-Guirec.