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Pas pire - France Daigle (1998), Chapitre 17 – Texto para leer

Pas pire - France Daigle (1998), Chapitre 17

Intermedio 2 lección de francés para practicar la lectura

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Chapitre 17

Plus le temps passait, plus il devenait urgent de trouver une solution à mon problème. Un arrangement possible ne me quittait plus l'esprit. Je pris le téléphone.

— Camil Gaudain ?

— Oui, c'est moi.

— C'est France Daigle…

— Awh, ben hallô ! Comment ça va ?

— Pas trop pire. Je voudrais te parler de que'que chose, as-tu cinq minutes ?

— Ben sûr…

— Bon, ben, je passerai pas par quatre chemins. Pis gêne-toi pas pour dire non si…

— Fais-toi-z'en pas, je suis pas connu pour être un gars gêné.

— Bon, ben, je me demandais si tu voudrais venir avec moi en France pour que je participe à cette fameuse émission de Bouillon de culture ?

Court silence au bout du fil. Ma proposition avait l'air de le prendre de court.

— Mon doux, je suis flatté, mais… ton amie peut pas y aller ?

— A voulait venir, mais a peut pas prendre de vacances juste dans ce temps-là.

— Pour l'amour ! Veux-tu ben me dire pour qui c'qu'a travaille !

Ce fut le seul petit sursaut. Camil Gaudain accepta de m'accompagner et, à en juger par le reste de la conversation, nous étions partis pour bien nous entendre.

***

Ce matin-là, Élizabeth avait réellement le goût de paresser dans les bras de Hans. Il lui semblait que plus rien ne presserait jamais, que plus rien n'aurait jamais autant de charme et de douceur que ce moment à ne rien faire d'autre qu'être. Même les questions de Hans ne la troublaient guère. Leur échange était devenu comme un jeu, agréable et éclairant en quelque sorte, mais sans grandes conséquences.

— … mais puisque vous êtes médecin.

— Il faut bien faire quelque chose. S'occuper. S'intéresser.

— Pas plus que ça ?

— C'est déjà beaucoup.

— Mais la passion ? Le désir ? La volonté ?

— Vous voulez dire l'espoir, l'idéal, la grandeur ?

— Oui, tout ça.

— …

— Non ?

— Je ne sais pas. Plus j'avance, plus je doute. Et en même temps, plus je doute, plus j'avance.

***

Comme d'habitude, le sujet abordé de jour finit par resurgir dans la nuit de Terry et Carmen.

— Toi ? As-tu quelqu'un de famous dans ta famille ?

Carmen fit semblant de réfléchir avant de répondre.

— Mon père a été nommé entrepreneur de l'année sept fois dans le comté de Kent.

— Awh. Quoi c'qu'y'a fait ?

Carmen se doutait bien de l'effet de sa réponse.

— Diamond Billiards, ça te dit-ti de quoi ?

N'en croyant pas ses oreilles, Terry se rassit dans le lit. Arthur Després était un millionnaire local que tout le monde respectait parce qu'il n'avait pas eu l'air d'écraser qui que ce soit sur sa route vers le succès.

— C'est ton père, ça ? Comment ça se fait que tu me l'as pas dit avant ?

— Je sais pas. Ç'a pas adonné, je crois ben.

***

Hans était intrigué par l'attitude d'Élizabeth. Il avait de la difficulté à saisir où elle se situait au juste, de quoi était faite sa liberté, son détachement.

— Mais vous y retournerez ?

— Bien sûr.

— Quand ?

— Je ne sais pas.

— On ne vous attend pas ?

— Oui et non.

— Mais ils ne comptent pas pour vous ?

— Ils attendent. Ils savent. Et quelqu'un me remplace en attendant. Il y a beaucoup de médecins maintenant, vous savez. On peut se relayer.

Mais comme Hans était européen, il n'avait pas l'habitude des grands espaces mentaux des Nord-Américains. Il se perdait dans ce genre de flou.

— Vous dites qu'ils savent. Mais qu'est-ce qu'ils savent ?

— Ce sont des Acadiens. Ils savent que tout n'est pas noir sur blanc.

— Des Arcadiens ?

— A-cadiens. Sans le r. Ce sont des gens là-bas. De descendance française. Ça remonte au temps de la découverte de l'Amérique. Une longue histoire.

— Et ces A-cadiens, ils ne sont pas pressés ?

— Disons qu'ils ont l'instinct de détachement. C'est une sorte de sixième sens.

***

D'une chose à l'autre, les sujets de la célébrité, du père de Carmen, du billard et de la mauvaise musique que l'on faisait jouer dans les salons s'épuisèrent d'eux-mêmes, mais le sujet de la musique tout court resta dans l'air.

— As-tu été voir Bob Dylan quand y'est venu à Moncton ?

La question chatouilla Terry.

— Ben oui ! Quoi c'est que tu crois !

— Y'a-ti chanté Tangled Up in Blue ?

— Non.

— …

— Ben, y pouvait pas toutes les chanter !

— Je crois ben.

— Toi, où c'est que t'étais ?

— Toronto.

— Tu m'avais pas dit ça. Quoi c'que tu faisais par là ?

— Bonne question.

***

Je parlai encore quelques fois à Camil Gaudain au téléphone avant le départ, principalement au sujet de l'achat des billets d'avion et d'autres détails de cet ordre. Je voulus aussi savoir, sans en avoir l'air, s'il se sentait physiquement capable d'entreprendre ce voyage, s'il y avait pour lui un risque de tomber subitement malade en cours de route.

— Ma chère, d'après ça que je peux voir, mes combinaisons intérieures sont stables. J'ai beau virer ça dans tous les sens, je peux pas voir qu'un voyage d'une semaine à Paris pourrait faire du mal à quelqu'un, à moins de tomber sur des terroristes.

Camil ne jugeait pas nécessaire que nous nous revoyions avant le départ, et moi non plus. Le voyage nous donnerait bien le temps de faire plus ample connaissance. Nous nous sommes donc quittés de bonne humeur sur son dernier mot :

— Tu sais, c'est souvent mieux de pas trop en savoir d'avance.

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