23a. Étienne Chouard - Chercher la cause des causes – Partie 1/3.
Alors, je viens vous parler de démocratie.
Mais de la vraie. Celle qui n'existe pas du tout ! Et, celle qui, je crois, serait capable de nous sortir du pétrin. Je suis prof à Marseille et en 2005 j'ai commencé à exister.
Je me suis réveillé politiquement à l'occasion du débat, d'un débat public en France. Où on nous consultait sur une prétendue « constitution » ; et, en la lisant, je me suis mis en colère, j'ai trouvé que c'était dangereux. J'ai écrit un texte d'une dizaine de pages, plus dix pages de notes.
Et je l'ai publié sur mon site. J'ai envoyé ça à mes contacts, 3 fois rien, une bouteille à la mer. Et puis il s'est passé quelque chose qui a transformé ma vie. Les gens s'en sont emparés, ça correspondait à quelque chose qui leur manquait. Et je passais des nuits, pendant des mois j'ai passé des nuit à essayer de répondre à ces gens-là.
Surtout d'ailleurs à ceux qui (ne) m'aimaient pas. En essayant de leur prouver qu'ils avaient tord, qu'ils se trompaient. Et progressivement,… Eh donc là, il y a les journaux s'en sont emparés, les télés, les radios. Tous ces gens-là sont passés à la maison. Le compteur du site se transformait en ventilateur !
Il y avait 40 000 visites par jour ! 12 000 mails en 2 mois. Et finalement, rétrospectivement ensuite, je me suis aperçu que c'est le regard des autres qui était en train de me transformer. Qui était en train de me donner une force inouïe ! À la fois, le regard des autres, positif, qui attendait de moi quelque chose, et il faillait que je sois à la hauteur. Et puis le regard de ceux qui ne m'aimaient pas du tout ! Qui se méfiaient de moi, qui disaient que j'étais un imposteur, un bon à rien, quelqu'un qui n'était pas à sa place. Et j'avais envie de leur montrer qu'ils se trompaient. Et ça tendait le même ressort. Maintenant c'était vraiment tous les regards me donnaient une énergie considérable. Et, qui marche encore absolument aujourd'hui. Et qui marche vraiment absolument aujourd'hui. Et j'ai découvert que c'est une vieille affaire que, les Athéniens appelaient (ça) la vergogne.
Et je trouve que c'est concept très intéressant et essentiel. Pour les Athéniens, le bon citoyen donnait de l'importance au regard des autres. Ça le poussait à la vertu. Quand les autres comptaient sur lui, et le récompensaient de leur regard, ça lui donnait l'intention d'être vertueux. Et, quand les autres avaient un regard réprobateur, ça les incitait à ne pas sortir, ça incite le citoyen à ne pas sortir du sentier de la vertu. Et, c'est vrai que ça marche ! Les gens qui ont de la vergogne, sont plus vertueux que les autres. Et donc, inversement, ceux qui n'ont pas de vergogne, sont extrêmement dangereux. Au point qu'à l'époque, où ils avaient des mœurs plus brutales que nous aujourd'hui… On n'est pas obligés de les mettre à mort, mais… on pourrait éviter de leur donner des responsabilités.
Depuis, finalement, je me donne du mal pour… Pour quoi ? D'abord, je cherche à comprendre la cause des injustices sociales.
J'essaye de voir s'il n'y a pas une cause principale pour toutes les injustices sociales. Ensuite, je découvre avec émerveillement les idées géniales qui fondaient la démocratie athénienne. Donc, une vraie démocratie. Je remets plein de mots à l'endroit. Des mots importants. Qui sont complètement mis à l'envers depuis au moins 200 ans. Et finalement, j'essaye d'imaginer, alors c'est un chantier, j'ai (je n'ai) pas une vérité révélée, je construis un objet là. J'essaye de rendre robuste une idée.
Je cherche à penser des institutions, de bonnes institutions. Qui nous protégeraient tous, contre les abus de pouvoir. Je compte sur de bonnes institutions pour nous pousser à la vertu. Je ne compte pas sur des citoyens vertueux. Je (ne) crois pas à ça, je pense que nous avons en nous-mêmes du bon et du mauvais. Par contre, de bonnes institutions pourraient nous pousser à la vertu. Ou, comme aujourd'hui, nous laissent dériver complètement en dehors (du bien) de l'intérêt général et du bien commun. Euh, pour chercher, pour chercher, j'utilise une méthode formidable que nous a conseillée un vieux monsieur donc Hérodote (N.d.t erreur : Hippocrate) antique.
Un médecin. Qui disait chercher la cause des causes. Et, je me sers de ça tout le temps. Pourquoi il disait ça ? Il disait, quand on a un problème, quand il y a un mal à soigner, évidemment, ne vous en prenez pas aux conséquences !
Vous (ne) règlerez pas le problème. Ne vous en prenez même pas aux causes ! Elles sont multiples. Tout est multifactoriel. C'est pas ça ! Il faut mieux, il vaut mieux chercher, parmi toutes les causes ; la cause s'il y en a une.
Au moins une des causes déterminantes, c'est-à-dire celle qui détermine les autres causes. Et c'est celle-là qu'il nous faut ! C'est ça que je cherche. Alors, je partage avec tous les copains résistants – parce que je rencontre depuis que je fais de la politique, je rencontre plein de gens - qui résistent depuis toujours.
Et, je partage avec eux, évidemment, toutes ces luttes. Et j'ai fait un schéma pour vous montrer la variété des sujets sur lesquels les gens résistent. Et… ce que… et donc j'ai fait ça sous forme d'arbre. Et l'arbre montre ; enfin ça permet de montrer que… …je m'étonne que tous ces résistants s'en prennent, à des choses importantes, mais qui ne sont que des conséquences. Et je trouve que personne n'essaye de comprendre la cause de tout ça !
Et il me semble que j'ai trouvé… Alors je me trompe peut-être. Mais j'ai l'impression d'avoir trouvé, une cause commune, à toutes ces impuissances, et à toutes ces injustices.