52. Aux Origines des Armes à Feu.
Remonter aux origines des armes à feu, c'est remonter à l'Asie du 9e siècle.
Les alchimistes chinois sont alors en quête d'immortalité, et mènent de nombreuses expériences pour établir la formule d'un élixir de vie. Rapidement, ils identifient le salpêtre et le soufre comme deux ingrédients essentiels à leurs concoctions. Ils essaient ainsi différents mélanges et un jour, une potion de salpêtre, de soufre et de charbon de bois leur explose à la figure. Loin d'avoir réussi à préparer un élixir de vie, ils viennent en réalité de créer un mélange détonant : la poudre noire.
Un siècle plus tard, cette poudre noire est aux mains de l'armée de la dynastie Song.
Les soldats s'en servent alors pour alimenter leurs « lances de feu ». Ces tubes de bambou sont pour ainsi dire des lance-flammes primitifs, capables de cracher du feu durant quelques minutes. Le temps passe et ces lances évoluent vers des modèles en bronze et en fer. Elles deviennent aussi capables de tirer des éclats de métal ou de terre cuite.
Vers l'an 1100, les généraux chinois comprennent qu'il est possible de tirer avec beaucoup plus de puissance en ayant recours des projectiles sphériques, adaptés au calibre de l'arme.
Comme ces balles obstruent complètement le canon, le souffle du tir les éjecte avec une énergie maximale. Elles peuvent donc aller plus loin, plus rapidement et faire plus de dégâts. La précision est quant à elle améliorée en allongeant la taille des canons, ce qui permet de mieux concentrer les tirs.
Mais les Song ne vont pas s'arrêter là.
Ils se servent également du pouvoir de la poudre pour développer des lance-roquettes, des mines, des bombes incendiaires et même des canons. L'objectif est de permettre aux soldats chinois de repousser efficacement les hordes d'envahisseurs qui déferlent régulièrement sur le pays. Comme les troupes ennemies se composent essentiellement de fantassins, les Chinois se concentrent sur la fabrication d'armes à feu plutôt légères et peu coûteuses, pensées pour déstabiliser les formations adverses avant la mêlée.
En essence, la Chine est donc dans une logique défensive : elle ne cherche pas à développer une force de frappe phénoménale sur laquelle appuyer ses conquêtes, mais essaie tout simplement de sauvegarder l'intégrité de son territoire et de sa culture.
En Europe, la poudre noire va arriver dans un contexte très différent : dans cette partie du monde, les peuples se structurent en « états-nations » qui ne cessent de rivaliser les uns avec les autres. Alors forcément les choses vont prendre une toute autre tournure…
La poudre noire apparait en Europe au début du 13e siècle.
Certains pensent qu'elle a été importée via la Route de la Soie, d'autres y voit plutôt un transfert de connaissance lié à une invasion mongole. Quoiqu'il en soit, elle arrive à point nommé pour servir les besoins militaires des uns et des autres. Grâce à elle, les Européens se lancent dans le développement de canons de plus en plus puissants. Ces armes d'un nouveau genre sont idéales pour détruire les fortifications adverses ou couler les navires ennemis.
Malheureusement, elles coûtent aussi très chères et seuls les rois disposent des fonds nécessaires pour en acquérir.
Cette réalité économique bouleverse complètement la balance des pouvoirs. Dorénavant, si un noble se rebelle contre l'autorité du souverain, ce dernier peut lui envoyer ses canons et l'écraser en un rien de temps. Dans ces conditions, les forces en présence n'ont d'autre choix que de se soumettre à l'autorité d'un monarque devenant lentement mais sûrement tout-puissant.
Après les canons, d'autres armes à feu voient le jour.
En Allemagne, les premières arquebuses sont développées dès le début du 15e siècle. Une cinquantaine d'années plus tard, c'est au tour des mousquets de faire leur apparition. Moins lourds et plus puissants que les arquebuses, ils peuvent de surcroit être équipés d'une baïonnette, et finissent par s'imposer comme l'arme de prédilection des troupes régulières. Au fil du temps, les systèmes de mise à feu se perfectionnent et permettent une amélioration des cadences de tir : platine à mèche dans les années 1400, platine à rouet dans les années 1500 et enfin platine à silex dans les années 1700.
Grâce à ces nouveaux mécanismes, les pistolets finissent par devenir des armes relativement compactes et fiables.
Ils sont certes moins performants que les mousquets mais particulièrement adaptés à certaines unités comme la cavalerie. Ils sont aussi facilement dissimulables, ce qui n'est pas pour déplaire aux bandits de grand chemin. C'est d'ailleurs pour cette raison que la possession d'un pistolet est souvent réglementée, et ce (et cela) dès le 16e siècle.
Ce n'est qu'au 19e siècle que les armées européennes s'équipent finalement de fusils.
Ces derniers se distinguent des mousquets par un canon rayé. Ce type de canon entraine la balle dans une rotation stabilisatrice quand elle tirée, ce qui se traduit par une précision accrue. Si le fusil arrive tardivement dans l'arsenal des états, c'est qu'il reste longtemps inadapté à la guerre : sa portée est certes supérieure à celle d'un mousquet, mais son temps de chargement est beaucoup plus long et de ses dégâts moins importants. Il faut donc attendre un certain nombre d'innovations, notamment en termes de munition, pour que le fusil ne soit plus cantonné au rang de simple arme de chasse.
Quelle que soit l'époque, la fabrication d'armes reste toujours une affaire d'experts.
La tâche est ardue et demande du doigté à chaque étape de la production pour que les armes assemblées fonctionnent correctement. Les villes disposant de suffisamment d'artisans qualifiés pour fournir d'importantes quantités d'armes sont peu nombreuses. En la matière, la République de Venise est longtemps très réputée à sa prestigieuse production de mousquets. Il se trouve que l'armurier derrière ces mousquets est encore en activité aujourd'hui : il s'agit du fabricant Beretta, l'une des plus anciennes entreprises du monde.
La suite de l'histoire, vous la connaissez.
Grâce à des armes à feu toujours plus dévastatrices, les nations européennes vont s'entre-déchirer sans relâche, jusqu'à l'affrontement final, la seconde guerre mondiale. Cette dernière transformera tout le vieux continent en un immense champ de cadavres et de ruines.