28. SCIENCE & CANNABIS EN BREF !
Nos lointains ancêtres commencent à cultiver le cannabis il y a des milliers d'années.
Pour eux, cette plante est avant tout un excellent matériau pour la confection de tout un tas de produits – que ce soit des vêtements, de la toile, de la corde et même de la poterie. Aujourd'hui, le cannabis est toujours très présent dans nos sociétés mais pour des raisons qui n'ont plus grand-chose à voir avec l'artisanat. En ce début de XXIe siècle, il doit surtout son succès à ses propriétés psychotropes – autrement dit à sa capacité à altérer l'esprit et les sens.
Le cannabis contient en effet des phytocannabinoïdes dont certains – le THC en fait partie – ont des effets psychoactifs sur l'Homme.
Vers la fin des années 1980, une équipe de scientifiques établit que ces substances chimiques impactent le fonctionnement du cerveau en parasitant un certain nombre de récepteurs impliqués dans la communication entre neurones.
Les neurones communiquent entre eux en s'envoyant des messagers chimiques qu'on appelle des neurotransmetteurs.
Une fois émis, les neurotransmetteurs ont une mission très simple : aller se fixer sur le neurone d'en face, au niveau de récepteurs qui leur sont réservés. La plupart des drogues psychoactives agissent en semant la zizanie dans cette mécanique d'ordinaire bien huilée.
Toutes fonctionnent plus ou moins de la même façon.
Pour produire leurs effets, elles volent à certains neurotransmetteurs les récepteurs qui leur sont normalement exclusivement consacrés. Le résultat ? Une communication neuronale perturbée et la sensation d'être complètement défoncé.
Les phytocannabinoïdes agissent exactement sur ce principe et parviennent ainsi à saboter le travail de neurotransmetteurs appelés les endocannabinoïdes.
Cette opération de sabotage se déroule au niveau de récepteurs appelés les récepteurs CB1 et CB2. Hors les récepteurs CB1 participent activement à la régulation de notre système nerveux. Alors forcément, lorsqu'ils sont affectés par une prise de cannabis, notre comportement peut en être profondément altérer : certains vont par exemple se taper des barres de rire interminables alors d'autres vont s'écraser au fond d'un canapé pour « comater. » En réalité, les récepteurs sensibles aux phytocannabinoïdes se retrouvent un peu partout dans le cerveau et participent au bon déroulement de multiples opérations : la consommation de cannabis peut dès lors avoir des effets très variés en fonction des individus mais aussi des situations. Dans certains cas extrêmes, les fumeurs peuvent par exemple expérimenter des phases d'angoisse ou de paranoïa intenses. Les scientifiques ont également démontré que la prise de cannabis favorisait les pertes de mémoire en sur-stimulant les circuits neuronaux dont la fonction est de nous faire oublier les informations jugées superflues ou parasites.
Ce constat a d'ailleurs ouvert de nouvelles perspectives en matière de recherche.
Si les cannabinoïdes impactent la mémoire, ne pourrait-on pas imaginer leur utilisation dans le cadre de soins apportés aux personnes souffrant stress post-traumatique ? Peut-être que les victimes de viols par exemple gagneraient à oublier purement et simplement le souvenir de leur agression ? Affaire à suivre…
Ce qui est certain, c'est que le recours au cannabis présente d'ores et déjà un certain nombre d'atouts sur le plan thérapeutique.
Les cannabinoïdes réduisent en effet la nausée et les envies de vomir, renforcent l'appétit, soulagent la douleur et certaines études tendent même à démontrer qu'ils stoppent le développement de certaines tumeurs chez l'animal. Reste qu'il existe le plus souvent des médicaments alternatifs qui fonctionnent tout aussi bien – voire mieux – et sans effets psychoactifs à la clé. Le débat sur l'intérêt thérapeutique du cannabis reste donc ouvert.
Maintenant, le cannabis est-il additif ?
La réponse est oui. Comme avec de nombreuses autres drogues, la consommation de cannabis active le système de récompense du cerveau et entraine la production de dopamine ce qui nous pousse à renouveler sans cesse l'expérience pour retrouver le plaisir ressenti. Chez les gros consommateurs privés de leur dose, des études ont mis en évidence une période de sevrage se caractérisant par une sensation de manque, de l'irritabilité, de l'anxiété, un appétit réduit et des épisodes dépressifs.
De nombreux travaux ont également été réalisés concernant les conséquences d'une consommation régulière.
Elles tendent à établir des liens de corrélation – et non des liens de causalité – et ne permettent donc pas d'incriminer catégoriquement le cannabis. Disons plutôt qu'elles font peser sur lui des zones d'ombre préoccupantes.
Le cannabis est ainsi soupçonné de favoriser l'échec scolaire, d'entrainer la perte de toute motivation (si ce n'est celle de se rouler et de se fumer des gros « splifs ») ou encore de préparer le terrain aux drogues dures.
Côté santé, les conséquences d'une consommation soutenue de cannabis semblent moins graves que celles liées à un recours régulier au tabac ou à l'alcool. Ceci étant dit, les gros fumeurs finissent régulièrement par souffrir de bronchites à répétition et, même si rien ne permet d'affirmer que le cannabis et le cancer du poumon sont liés de quelque façon que ce soit, il est aujourd'hui établi que la fumée d'un joint contient en moyenne plus de substances cancérigènes que celle d'une simple cigarette.