Joséphine Baker entre dans l'histoire - #74
Vous êtes sur le podcast FLUIDITÉ, épisode 74. Un symbole de la libération féminine est entré
au Panthéon à Paris cette semaine. On va parler de la vie incroyable de
Joséphine Baker. Alors, restez à l'écoute !
[GENERIQUE]
Bonjour et bienvenue dans ce soixante-quatorzième épisode.
D'abord, je voudrais remercier les nouveaux
membres du club VIP de la semaine dernière : Alors merci à William, Marina, Débora, Gerardo,
Francisco, Diane, Juan, Noëlle et Elisabeta. Si vous voulez, vous aussi, profiter du podcast
privé où je vous explique la grammaire de chaque épisode, les conjugaisons, les verbes irréguliers,
les temps, etc. Si vous voulez avoir accès aux transcriptions bilingues des épisodes,
avoir accès au groupe privé Télégram et participer au chat vocal hebdomadaire,
venez rejoindre le club VIP avec plaisir. Je vous mets le lien dans la description
de l'épisode sur les plateformes de podcast et sur Youtube pour vous inscrire.
Justement, si vous m'écoutez en podcast, vous pouvez voir la version vidéo sur Youtube,
donc je vous laisse le lien dans la description pour pouvoir y accéder.
Sur le canal Télégram public, pour choisir l'épisode, vous avez voté pour Paris,
mais renversement de situation : vu les faits de cette semaine, j'ai proposé de refaire un
vote entre Joséphine Baker et Paris et elle a écrasé Paris à 61% des voix. [screenshot vote]
Pourquoi on a parlé de Joséphine Baker cette semaine ? Parce qu'elle est entrée
au Panthéon à Paris, le cimetière des personnes importantes qui ont marqué l'histoire. Et je
vous raconte celle d'une artiste d'exception, talentueuse et militante : Joséphine Baker.
Elle est née sous le nom de Freda Joséphine McDonald (oui je sais,
on prononce McDonald) aux Etats-Unis, à Saint-Louis dans le Missouri en 1906. C'est
là où habite ma cousine d'ailleurs ! Joséphine Baker sera ensuite
son nom de scène, son nom d'artiste. Elle avait des parents métisses d'origines
espagnole, afro-américaine et amérindienne. Son père abandonne sa femme, donc la petite
Joséphine passe son enfance dans une famille très pauvre. Pour aider financièrement,
sa mère l'envoie faire des ménages chez des familles riches, en plus d'aller à l'école.
C'est la première des 4 enfants de la famille, donc elle est l'aînée.
Et chose incroyable, en 1919, à l'âge de 13 ans, elle se marie et quitte l'école.
Bon, en tout cas, elle divorce quelques mois après ce premier mariage.
Elle danse depuis toute petite ce qui fait qu'elle rejoint un trio de danseurs de rue et ensuite,
elle entre dans une troupe itinérante, les Dixie Steppers, avec laquelle elle fera des
tournées et à Philadelphie, elle rencontre Willie Baker qu'elle va épouser en 1921.
Donc ce sera son deuxième mari à l'âge de 15 ans. Je ne pensais
pas que c'était légal de se marier si tôt. Toujours est-il qu'elle s'installe avec lui
et travaille comme danseuse dans un théâtre. Mais elle voit plus grand pour sa carrière et
elle décide de tenter sa chance à New-York. Elle arrive à être acceptée à Broadway pour
un petit rôle, mais c'est déjà très bien. Toujours à New York, la jeune fille se fait
remarquer par l'épouse d'un fonctionnaire de l'ambassade américaine de Paris.
Cette femme propose à Joséphine un salaire beaucoup plus élevé que le sien si elle
accepte de la suivre à Paris pour jouer dans un spectacle musical qui va s'appeler : La
revue nègre. Une revue veut dire un spectacle de cabaret. La revue est aussi un synonyme de
magazine, une revue scientifique par exemple. Le mot nègre était utilisé à l'époque mais je
vous supplie ne de pas l'utiliser de nos jours parce qu'il complètement péjoratif.
Joséphine Baker accepte le contrat, débarque à Paris et emmène avec elle le jazz des Etats-Unis,
mais aussi le charlestone. Et au passage, elle se sépare de son deuxième mari.
Le spectacle commence en octobre 1925 au théâtre des Champs-Elysée et ce sera un énorme succès,
un grand triomphe dès la première représentation. Cette revue est inédite à Paris puisque c'est un
spectacle joué entièrement par des personnes de couleur de peau noire, avec des chorégraphies
originales, burlesque où les danseuses sont presque nues devant des décors magnifiques.
Vu son triomphe, Joséphine devient l'égérie de la ville de Paris et
des années folles. Elle raconte qu'elle s'est sentie libérée en étant en France
parce qu'elle se sentait étouffée aux Etats-Unis à cause de sa couleur de peau.
En 1927 et après plus d'une centaine de représentations,
elle quitte la revue pour travailler au théâtre des Folies Bergères, toujours à Paris.
Elle va danser pour un premier rôle dans un autre spectacle qui s'appelait La Folie du
jour. On dit qu'elle devient meneuse de revue, donc la vedette principale.
La jeune femme joue aussi presque nue, avec des plumes, une ceinture avec des bananes et
surtout un guépard en laisse sur scène, qui faisait peur au public d'ailleurs !
Donc c'était évidemment pas très commun à l'époque.
Toujours en 1927, elle s'essaye aussi à la chanson et au cinéma. Sa chanson
“j'ai deux amours” est un énorme succès où elle chante “j'ai deux amours : mon pays et Paris”.
Joséphine commence une relation avec son impresario, son manager qui s'appelait
Giuseppe Abattino, surnommé Pepito ! Elle devient aussi la muse de plusieurs
artistes, donc elle est au top de sa carrière à ce moment-là.
Baker va ensuite mener une autre revue au Casino de Paris. Donc elle a dansé
dans les salles les plus célèbres de la capitale ou plutôt, c'est grâce à
elle que ces endroits sont devenus réputés. En 1935, elle retourne aux Etats-Unis pour
une tournée d'un an, mais qui n'aura pas le succès attendu. Le spectacle est un échec et
Joséphine et Pépito se séparent. Elle retourne donc en France,
se marie avec Jean Lion et elle obtient la nationalité française en 1937.
Le destin fait bien les choses puisqu'elle avait un guépard sur
scène et elle se marie avec un homme qui s'appelle Lion ! C'est marrant, non ! Bon,
c'est une blague qui s'appelle un jeu de mots. Donc la France devient son pays d'adoption et
elle va bien nous le rendre au vu de ce qu'elle va faire pour le pays, vous allez voir après.
Le nouveau couple s'installe au château des Milandes en Dordogne, un département de la
région Aquitaine, dans le sud-ouest du pays. D'ailleurs, c'est elle qui a fait connaître
la Dordogne et le Périgord aux Anglais et aux Américains.
2 ans après, en 1939, la seconde guerre mondiale éclate, comme j'ai expliqué dans l'épisode 54,
et ce que va faire Joséphine est incroyable. Elle va s'engager dans les services secrets du
contre-espionnage pour lutter contre l'ennemi. Dans son château, elle cache des réfugiés
dans le grenier et des armes dans la cave. Un autre exemple de rébellion, l'artiste envoyait
des messages secrets cachés dans des partitions de musique où elle écrivait à l'encre invisible.
Elle s'engage aussi pour la Croix-Rouge et donne des concerts de soutien aux soldats.
Ensuite, la danseuse chanteuse part vivre au Maroc de 1941 à 1944 pour une mission de collecte de
renseignements au moyen-orient. Elle rejoint aussi l'armée de
l'air où elle passe son brevet de pilote. Donc elle milite pour la libération du pays.
Lors de cette libération et à la fin de la guerre, on lui attribue la légion d'honneur.
Elle retourne ensuite aux Etats-Unis pour retenter sa chance, mais elle y est victime de ségrégation
raciale et elle va notamment refuser de jouer pour un club qui appliquait cette pratique.
Joséphine s'engage quand même dans la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis et
participe à la marche de Washington organisée par Martin Luther King en 1963 où elle fait
un discours devant 250 000 personnes. En France, la vedette s'implique dans la
Ligue internationale contre le racisme, qui s'appelle maintenant la LICRA.
Pour continuer sa bataille, elle adopte 12 enfants de nationalités, d'origines
ethniques et de couleur de peau différentes et elle va les élever dans son château pour
former ce qu'elle a appelé “la tribu arc-en-ciel” avec l'aide de son nouveau mari “Jo Bouillon”.
Elle avait divorcé de son mari précédent Jean Lion en 1940.
En fait, la star ne pouvait pas avoir d'enfants,
donc c'est pour ça qu'elle en a adopté autant parce que c'était son plus grand regret.
Mais, à partir de l'année 64, elle devient très endettée et doit vendre son château
aux enchères. Les enchères, c'est la vente où les acheteurs font des offres
de prix de plus en plus chères devant un juge. Donc le château de Joséphine est vendu en 1968
et la danseuse de cabaret en est expulsée. Elle a même dormi une nuit dehors devant la porte du
château tellement elle ne voulait pas en partir. La star est ruinée,
donc elle doit reprendre la chanson. Elle se fait aider financièrement par
la princesse Grace de Monaco et aussi par la Croix Rouge et se produit dans différentes villes comme
à Paris à l'Olympia, à Belgrade, etc. Pour fêter ses 50 ans de carrière,
en mars 1975, elle commence un nouveau spectacle qui sera sa rétrospective.
Mais, en avril de la même année, elle subit une attaque cérébrale et doit être hospitalisée.
Elle décède après avoir passé 2 jours dans le coma.
Elle reçoit les honneurs militaires et son corps est enterré au cimetière de Monaco.
Et en août dernier, le président Macron annonce son accord pour faire entrer Joséphine au Panthéon
où elle rejoint Victor Hugo, Marie Curie, et bien d'autres grands personnages français importants.
La cérémonie a été magnifique et elle a eu lieu ce mardi 30 novembre
et vous pouvez la revoir sur YouTube. La star du music hall et symbole de la
résistance s'est battue pour de nombreuses causes, que ce soit pour son pays natal les
Etats-Unis ou son pays d'adoption, la France. C'est Joséphine qui a introduit le jazz et la
culture noire en Europe. Donc elle a été l'initiatrice de beaucoup de
changements positifs dans les mentalités. Elle a réussi à sortir de la pauvreté en devenant
danseuse, chanteuse, actrice, puis elle est devenue militante, pilote ou encore agent secret.
Bref, elle a eu une incroyable carrière qui restera gravée dans l'histoire du XXe siècle.
Et j'ai encore des choses sympa à raconter sur elle dans le podcast
“je vous explique” pour les membres du club VIP.
Voilà pour cet épisode sur Joséphine Baker. N'hésitez pas à me dire vos impressions
dans les commentaires. Mettez un like si vous
l'avez aimé et si vous êtes sur YouTube. Merci beaucoup de l'avoir suivi et on se dit à
très bientôt dans le podcast ou sur ma chaîne. bye-bye !