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TEDx Talks, Désobéir à la tyrannie des émotions | Ilios Kotsou | TEDxVaugirardRoad (1)

Désobéir à la tyrannie des émotions | Ilios Kotsou | TEDxVaugirardRoad (1)

Lequel, laquelle d'entre nous n'a pas déjà essayé d'échapper à son ombre ?

De lutter contre un fantôme ?

Un souvenir douloureux du passé ?

Une apprehension quant à l'avenir ?

Une peur, une anxiété dont on ne connaît peut-être même pas la cause ?

Et si c'est le cas,

vous avez certainement remarqué

que les ombres, comme nos fantômes, courent toujours au moins

aussi rapidement que nous.

Je suis chercheur en psychologie, docteur en psychologie

spécialisé dans le domaine des émotions.

Et lorsqu'on s'intéresse au sujet,

on constate que la lutte et la fuite sont deux réactions déclenchées

par notre système d'alarme émotionnel.

Tout au long de l'histoire de l'évolution, elles nous ont permis

d'échapper aux prédateurs, de construire l'environnement,

en bref, de survivre.

Et cela a tellement bien fonctionné puisque, vous et moi,

nous sommes là aujourd'hui, nous tentons d'appliquer les mêmes vieilles recettes

aux menaces qui nous semblent venir de l'intérieur --

nos propres émotions difficiles.

Nous avons peur de notre peur, et tentons de la supprimer.

Nous sommes en colère contre notre jalousie,

et faisons tout pour nous en débarrasser.

Nous avons honte de notre tristesse, et essayons de la cacher.

Cela me rappelle ma dernière fête des voisins.

C'est moi qui invitais, et j'avais fait passer le mot à tout le voisinage.

Et mis sur le fronton de ma porte, au-dessus,

une belle banderole sur laquelle était écrit :

« Bienvenue à tous et à toutes ».

C'était une très belle soirée d'été et tout allait bien,

Jusqu'au moment où je me suis rappelé d'Albert.

Albert est un peu le mouton noir du bloc.

Il vit dans la rue, près du supermarché,

et se promène toujours avec son chien, plein de puces,

qui sent aussi mauvais que lui.

Il parle très fort, il est agressif... désagréable.

Et s'il lui venait l'envie de venir à ma fête ?

J'ai bien écrit --

« Bienvenue à tous et à toutes ».

Me voilà tout d'un coup pris d'une anxiété.

Je me lève, je vais vers la porte pour aller décrocher la banderole,

et alors que je m'en approche, cela sonne, et au travers de la vitre translucide,

je devine la silhouette massive d'Albert, je sens son parfum nauséabond.

Albert, dans mon histoire,

ce sont toutes les émotions que nous n'aimons pas.

Celles dont nous voulons nous débarrasser, la peur, la colère,

la tristesse, la jalousie.

Longtemps dans ma vie, j'ai tourné le dos à la porte,

et fait comme si de rien n'était.

Mais, est-ce que cela fonctionne à long terme ?

Ce jour-là, ce n'est pas une petite peur, c'est une anxiété écrasante.

Albert tambourine sur la porte, je n'ouvre pas,

alors, il va décrocher la porte et il rentre en force.

Je vais alors essayer ma deuxième stratégie.

Contrôler, surveiller Albert,

afin qu'il ne sème pas la pagaille dans ma fête.

Mais imaginez,

si je passe ma soirée accroché aux basques de l'invité indésirable,

pour l'empêcher de faire une bêtise,

quelle disponibilité me reste-t-il à accorder aux autres invités :

La joie, le contentement, la gratitude, la gaieté, l'enthousiasme ?

A ce propos, j'aime beaucoup la phrase de Maître Eckhart --

« Dieu nous rend souvent visite,

le seul problème est que nous sommes rarement à la maison. »

(Rires)

Ne sommes-nous pas prisonniers de tout ce que nous refusons ?

De tout ce contre quoi nous luttons,

dans la mesure même de l'énergie que nous mettons à lutter et à refuser ?

Mais le problème est que lorsque l'on a appris à lutter,

on pense que c'est la seule solution et la meilleure,

et on ne se rend pas compte du prix à payer.

Lorsque j'avais 16 ans, j'habitais dans le sud de la France

et ma mère était en Belgique pour se faire soigner d'un cancer.

Bien sûr, je savais que le cancer était une maladie terrible

mais je ne me rendais pas compte à quel point cela pouvait aller vite.

Et le groupement dans lequel je vivais, qui voulait faire le bien des autres,

à leur insu, ne me tenait pas informé.

Une nuit, on me met dans une voiture,

on me dit : « Ilios, tu dois partir, vite ! »

et 12 heures après,

en descendant du véhicule, quelqu'un me regarde et me dit :

« Ta mère vient de mourir. »

L'émotion qui m'a pris ce jour-là, comme elle me prend aujourd'hui,

a été tellement immense, que je n'ai pas pu y faire face.

Et la personne qui en a payé le prix, c'est ma soeur.

Elle aurait eu tellement besoin de quelqu'un pour la comprendre,

pour l'écouter,

pour partager sa peine.

Mais moi, incapable que j'étais de prendre soin de mes propres sentiments,

bien sûr que je n'ai pas pu prendre soin d'elle.

Cela m'était tout bonnement impossible.

Alors, évidemment

que nous pouvons gagner une bataille contre quelque chose d'extérieur,

mais lorsque que la lutte se fait contre nos propres émotions,

nous perdons toujours.

Quelle autre attitude pourrions-nous adopter ?

Si vous êtes un jour pris dans des sables mouvants,

votre réaction automatique sera certainement la lutte.

Et alors que vous tentez de tirer désespérément un de vos pieds,

vous mettez davantage de pression sur l'autre jambe,

qui à son tour s'enfonce.

La solution, simple, et pourtant contre-intuitive,

consisterait à s'allonger de tout son long sur le marais,

afin de répartir son poids sur la plus grande surface possible,

et peut-être, éviter de couler.

Par rapport à nos propres sentiments, cela revient à consentir,

à vivre nos émotions difficiles, afin de les apprivoiser et de nous en libérer.

Revenons à mon histoire d'Albert.

Ce-jour-là, quand il sonne à la porte, je vais ouvrir directement.

Je sais que c'est lui,

ce n'est plus la première fois que j'écoute mes sentiments.

« Bienvenue, Albert. Quelle drôle de tête tu as aujourd'hui. »

Je l'emmène au buffet, je lui sers une assiette,

je l'installe confortablement.

Bien sûr, ce n'est pas que je doive être d'accord avec tout ce qu'il raconte,

ni même que je doive l'aimer.

C'est simplement

que je sais que refuser n'est pas une option viable.

Que lutter contre lui est plus dangereux qu'accepter.

Alors, une fois que j'en ai pris soin,

j'ai toute ma disponibilité à accorder aux autres invités :

la joie, la gratitude, le contentement, la gaieté, l'enthousiasme, la compassion.

Notre part de liberté ne réside-t-elle pas

dans notre capacité à prendre soin de tous nos invités ?

Même, et surtout,

ceux qui sont désagréables, et que nous n'avons pas conviés.

La recherche scientifique confirme depuis longtemps

les vertus des attitudes d'acceptation et d'accueil.

Une équipe de chercheurs des universités de New York et Boston

a testé cette proposition de manière expérimentale,

sur un groupe de personnes souffrant d'anxiété panique.

Ils ont réparti les participants en trois groupes :

un premier,

à qui l'on proposait d'éviter, de fuir, d'essayer de supprimer les émotions.

Ce que la plupart d'entre nous tentent bien souvent.

Un deuxième,

à qui on ne donnait pas d'instruction particulière,

un groupe de comparaison.

Et enfin le dernier, à qui l'on avait enseigné

à accueillir et à accepter les sensations et émotions désagréables.

Ensuite, tous les participants, à l'aide d'un masque,

étaient exposés à de l'air enrichi en CO2,

qui crée très rapidement les symptômes d'une panique importante.

Avant de mesurer l'anxiété ressentie,

ainsi que le degré de liberté comportementale.

Comment ?

A la fin de l'expérience on demandait à chacun

s'il serait d'accord de revenir faire l'expérience désagréable,

sous pretexte que les mesures n'avaient pas bien fonctionné.

De manière très intéressante,

c'était les participants qui acceptaient leurs sentiments,

qui rapportaient avoir le moins d'anxiété.

Et c'est aussi ceux-là qui étaient davantage d'accord de revenir.

On pourrait dire que,

comparés aux participants des deux autres groupes,

ils étaient moins esclaves des conditions et émotions difficiles,

déclenchées par l'expérience scientifique.

Lutter contre nos émotions, on le voit, ne fonctionne pas.

Mais le pire,

c'est que lorsque nous sommes habitués à lutter et à éviter nos sentiments,

nous finissons par éviter consciemment ou inconsciemment,

les contextes et situations dans lesquels ces sentiments pourraient se produire.

Avec des conséquences plus graves.

Nous n'allons pas nous engager dans un projet important,

par peur d'échouer.

Nous n'irons pas vers quelqu'un qui compte pour nous,

par peur d'être rejeté.

Nous n'ouvrirons pas nos bras à ceux que nous aimons,

par peur de souffrir.

Notre vie devient de plus en plus étriquée, elle se réduit.

Mais une autre conséquence est que,

refuser les sentiments, c'est aussi comme refuser notre boussole intérieure.

Nos émotions sont comme une face d'une pièce de monnaie,

indissociable de l'autre face.

Autre face,

qui correspond à l'information sur tout ce qui est important pour nous.

Car, nous n'avons d'émotions difficiles que parce que c'est important.

Je suis anxieux pour ma petite fille ou pour un ami,

parce qu'ils comptent pour moi.

Je suis triste d'avoir perdu quelque chose,

parce que cette chose était importante.

Refuser d'être connecté à mes sentiments,

c'est comme refuser l'information sur tout ce qui est essentiel dans ma vie,

et duquel je devrais prendre soin.

Bien sûr, nous aimerions tous avoir la baguette magique,

qui supprime toutes les difficultés de l'existence.

Mais nous savons qu'elle n'existe pas.

Pour moi, la grande bascule de ma vie est arrivée le jour où j'ai compris

qu'il me serait impossible d'être libre de quoi que ce soit,

sans être par là-même automatiquement prisonnier

de la chose même de laquelle je voulais me libérer.

Que la désobéissance la plus importante pour ma liberté,

c'était la désobéissance par rapport à mes propres peurs,

mes propres conditionnements.

Si je suis timide

et que j'attends d'être libre de ma timidité

avant d'aller vers les autres,

je pourrais attendre très longtemps.

Et ce jour, peut-être, n'arrivera jamais.

N'est-il pas plus réaliste d'apprendre à vivre avec ma timidité, et ce jour-là,

la prendre en dessous d'un bras, ma peur en dessous de l'autre,

et avec elles deux, aller vers ce qui est important dans ma vie ?

Mais cette forme de liberté-là, elle a un prix.

Entrer en amitié avec toutes mes émotions, même les plus difficiles,

cela s'appelle le courage.

A ce propos, le poète Rilke nous dit :

« Et si tous les dragons de nos vies

n'étaient que des princes et des princesses,

qui attendent de nous voir heureux, heureuses, et courageux, courageuses. »

Du courage, il m'en a fallu longtemps après la mort de mes parents,

pour retourner sur le pas de ma porte intérieure, et faire face

à toutes les émotions qui s'y trouvaient.

Il m'a aussi fallu du temps, pour les apprivoiser pas à pas,

comme le Petit Prince a apprivoisé son renard.

Et cette perte, qui était comme un fantôme

que je voulais tenir éloigné de moi,

s'est transformée en une fleur dans mon jardin intérieur.

Une fleur que j'arrose parfois de quelques larmes,

et qui me connecte à notre commune humanité.

La bonne nouvelle,

pour celles et ceux, qui comme moi, connaissent la peur,

c'est que ce sont les seuls qui peuvent se montrer courageux.

Petite peur, petit courage.

Grande peur, grand courage.

Pas de peur, pas de courage.

(Rires)

La peur n'est donc pas un problème.

C'est la peur de la peur qui nous paralyse.

Lorsque j'apprends à vivre

avec tous les invités de ma fête des voisins intérieure,

je ne suis plus, alors, conditionné à réagir de manière automatique,

et souvent tout à fait inappropriée

aux circonstances et émotions difficiles de la vie.

Mais je peux répondre de manière libre, et intelligente,

à la situation telle qu'elle se présente.

Saviez-vous que lorsque les vents tourbillonnants d'un ouragan

vont à plus de 300 km/h,

l'endroit le plus calme se trouve, paradoxalement,

au coeur même de la tornade.

Mais y aller demande du courage.

Le courage de cesser de fuir,

celui de faire face à nos ombres et à nos fantômes.

Pour nous installer, au coeur même de l'expérience.

Là, dans l'oeil du cyclone, les vents ne font plus que 30 km/h.

Il y règne un calme d'une étonnante beauté.

C'est là que nous pouvons découvrir

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