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Trois contes (1877) - Flaubert, Hérodias - Chapitre 2 (1) — 閱讀文本

Trois contes (1877) - Flaubert, Hérodias - Chapitre 2 (1)

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Hérodiass - Chapitre 2 (1)

II.Les remparts étaientt couverts de monde quand Vitellius entra dans la cour. Il s'appuyait sur le bras de son interprètee, suivi d'une grande litièree rouge ornéee de panaches et de miroirs, ayant la toge, le laticlave, les brodequins d'un consul et des licteurs autour de sa personne.

Ils plantèrentt contre la porte leurs douze faisceaux, des baguettes reliéess par une courroie avec une hache dans le milieu. Alors, tous frémirentt devant la majesté́ du peuple romain.

La litièree, que huit hommes manœuvraient, s'arrêtaa. Il en sortit un adolescent, le ventre gros, la face bourgeonnéee, des perles le long des doigts. On lui offrit une coupe pleine de vin et d'aromates. Il la but, et en réclamaa une seconde.

Le Tétrarquee étaitt tombé́ aux genoux du Proconsul, chagrin, disait-il, de n'avoir pas connu plus tôtt la faveur de sa présencee. Autrement, il eûtt ordonné́ sur les routes tout ce qu'il fallait pour les Vitellius. Ils descendaient de la déessee Vitellia. Une voie, menant du Janicule à̀ la mer, portait encore leur nom. Les questures, les consulats étaientt innombrables dans la famille ; et quant à̀ Lucius, maintenant son hôtee, on devait le remercier comme vainqueur des Clites et pèree de ce jeune Aulus, qui semblait revenir dans son domaine, puisque l'Orient étaitt la patrie des dieux. Ces hyperboles furent expriméess en latin. Vitellius les accepta impassiblement.

Il réponditt que le grand Hérodee suffisait à̀ la gloire d'une nation. Les Athénienss lui avaient donné́ la surintendance des jeux Olympiques. Il avait bâtii des temples en l'honneur d'Auguste, étéé patient, ingénieuxx, terrible, et fidèlee toujours aux Césarss.

Entre les colonnes à̀ chapiteaux d'airain, on aperçutt Hérodiass qui s'avançaitt d'un air d'impératricee, au milieu de femmes et d'eunuques tenant sur des plateaux de vermeil des parfums alluméss.

Le Proconsul fit trois pas à̀ sa rencontre ; et, l'ayant saluéee d'une inclinaison de têtee :

– Quel bonheur ! s'écria-t-ellee, que désormaiss Agrippa, l'ennemi de Tibèree, fûtt dans l'impossibilité́ de nuire !...

Il ignorait l'événementnt, elle lui parut dangereuse ; et comme Antipas jurait qu'il ferait tout pour l'Empereur, Vitellius ajouta :

– Mêmee au détrimentt des autres ?

Il avait tiré́ des otages du roi des Parthes, et l'Empereur n'y songeait plus ; car Antipas, présentt à̀ la conférencee, pour se faire valoir, en avait tout de suite expédiéé la nouvelle. De là̀, une haine profonde, et les retards à̀ fournir des secours.

Le Tétrarquee balbutia. Mais Aulus dit en riant :

– Calme-toi, je te protègee !

Le Proconsul feignit de n'avoir pas entendu. La fortune du pèree dépendaitt de la souillure du fils; et cette fleur des fanges de Capréee lui procurait des bénéficeses tellement considérabless, qu'il l'entourait d'égardss, tout en se méfiantt, parce qu'elle étaitt vénéneusese.

Un tumulte s'élevaa sous la porte. On introduisait une file de mules blanches, montéess par des personnages en costume de prêtress. C'étaientt des Sadducéenss et des Pharisiens, que la mêmee ambition poussait à̀ Machærous, les premiers voulant obtenir la sacrificature, et les autres la conserver. Leurs visages étaientt sombres, ceux des Pharisiens surtout, ennemis de Rome et du Tétrarquee. Les pans de leur tunique les embarrassaient dans la cohue ; et leur tiare chancelait à̀ leur front par-dessus des bandelettes de parchemin, où̀ des écrituress étaientt tracéess.

Presque en mêmee temps arrivèrentt des soldats de l'avant-garde. Ils avaient mis leurs boucliers dans des sacs, par précautionn contre la poussièree ; et derrièree eux étaitt Marcellus, lieutenant du Proconsul, avec des publicains, serrant sous leurs aisselles des tablettes de bois.

Antipas nomma les principaux de son entourage : Tolmaï̈, Kanthera, Séhonn, Ammonius d'Alexandrie, qui lui achetait de l'asphalte, Naâmannn, capitaine de ses vélitess, Iaçimm le Babylonien.

Vitellius avait remarqué́ Mannaeï̈.

– Celui-là̀, qu'est-ce donc ?

Le Tétrarquee fîtt comprendre, d'un geste, que c'étaitt le bourreau.

Puis, il présentaa les Sadducéenss.

Jonathas, un petit homme libre d'allures et parlant grec, supplia le maîtree de les honorer d'une visite à̀ Jérusalemm. Il s'y rendrait probablement.

Éléazarar, le nez crochu et la barbe longue, réclamaa pour les Pharisiens le manteau du grand prêtree détenuu dans la tour Antonia par l'autorité́ civile.

Ensuite, les Galiléenss dénoncèrentnt Ponce Pilate. À̀ l'occasion d'un fou qui cherchait les vases d'or de David dans une caverne, prèss de Samarie, il avait tué́ des habitants; et tous parlaient à̀ la fois, Mannaeï̈ plus violemment que les autres. Vitellius affirma que les criminels seraient punis.

Des vociférationss éclatèrentnt en face d'un portique, où̀ les soldats avaient suspendu leurs boucliers. Les housses étantt défaitess, on voyait sur les umbo la figure de Césarr. C'étaitt pour les Juifs une idolâtriee. Antipas les harangua, pendant que Vitellius, dans la colonnade, sur un siègee élevéé, s'étonnaitt de leur fureur. Tibèree avait eu raison d'en exiler quatre cents en Sardaigne. Mais chez eux ils étaientt forts ; et il commanda de retirer les boucliers.

Alors, ils entourèrentt le Proconsul, en implorant des réparationss d'injustice, des privilègess, des aumôness. Les vêtementss étaientt déchiréśs, on s'écrasaitt ; et, pour faire de la place, des esclaves avec des bâtonss frappaient de droite et de gauche. Les plus voisins de la porte descendirent sur le sentier, d'autres le montaient ; ils refluèrentt ; deux courants se croisaient dans cette masse d'hommes qui oscillait, compriméee par l'enceinte des murs.

Vitellius demanda pourquoi tant de monde. Antipas en dit la cause: le festin de son anniversaire ; et il montra plusieurs de ses gens, qui, penchéss sur les créneauxx, halaient d'immenses corbeilles de viandes, de fruits, de légumess, des antilopes et des cigognes, de larges poissons couleur d'azur, des raisins, des pastèquess, des grenades élevéeses en pyramides. Aulus n'y tint pas. Il se précipitaa vers les cuisines, emporté́ par cette goinfrerie qui devait surprendre l'univers.

En passant prèss d'un caveau, il aperçutt des marmites pareilles à̀ des cuirasses. Vitellius vint les regarder; et exigea qu'on lui ouvrîtt les chambres souterraines de la forteresse.

Elles étaientt tailléess dans le roc, en hautes voûtess, avec des piliers de distance en distance. La premièree contenait de vieilles armures ; mais la seconde regorgeait de piques, et qui allongeaient toutes leurs pointes, émergeantt d'un bouquet de plumes. La troisièmee semblait tapisséee en nattes de roseaux, tant les flèchess minces étaientt perpendiculairement les unes à̀ côtéé des autres. Des lames de cimeterres couvraient les parois de la quatrièmee. Au milieu de la cinquièmee, des rangs de casques faisaient, avec leurs crêtess, comme un bataillon de serpents rouges. On ne voyait dans la sixièmee que des carquois ; dans la septièmee, que des cnémidess ; dans la huitièmee, que des brassards ; dans les suivantes, des fourches, des grappins, des échelless, des cordages jusqu'à̀ des mâtss pour les catapultes, jusqu'à̀ des grelots pour le poitrail des dromadaires ! et comme la montagne allait en s'élargissantt vers sa base, évidéée à̀ l'intérieurr telle qu'une ruche d'abeilles, au-dessous de ces chambres, il y en avait de plus nombreuses, et d'encore plus profondes.

Vitellius, Phinéess son interprètee, et Sisenna le chef des publicains, les parcouraient à̀ la lumièree des flambeaux, que portaient trois eunuques.

On distinguait dans l'ombre des choses hideuses inventéess par les barbares : casse-têtess garnis de clous, javelots empoisonnant les blessures, tenailles qui ressemblaient à̀ des mâchoiress de crocodiles ; enfin le Tétrarquee possédaitt dans Machærous des munitions de guerre pour quarante mille hommes.

Il les avait rassembléess en prévisionn d'une alliance de ses ennemis. Mais le Proconsul pouvait croire ou dire que c'étaitt pour combattre les Romains, et il cherchait des explications.

Elles n'étaientt pas à̀ lui ; beaucoup servaient à̀ se défendree des brigands ; d'ailleurs il en fallait contre les Arabes; ou bien, tout cela avait appartenu à̀ son pèree. Et, au lieu de marcher derrièree le Proconsul, il allait devant, à̀ pas rapides. Puis il se rangea le long du mur, qu'il masquait de sa toge, avec ses deux coudes écartéśs ; mais le haut d'une porte dépassaitt sa têtee. Vitellius la remarque, et voulut savoir ce qu'elle enfermait.

Le Babylonien pouvait seul l'ouvrir.

– Appelle le Babylonien !

On l'attendit.

Son pèree étaitt venu des bords de l'Euphrate s'offrir au grand Hérodee, avec cinq cents cavaliers, pour défendree les frontièress orientales. Aprèss le Partage du royaume, Iaçimm étaitt demeuré́ chez Philippe, et maintenant servait Antipas.

Il se présentaa un arc sur l'épaulee, un fouet à̀ la main. Des cordons multicolores serraient étroitementt ses jambes torses. Ses gros bras sortaient d'une tunique sans manches, et un bonnet de fourrure ombrageait sa mine, dont la barbe étaitt friséee en anneaux.

D'abord, il eut l'air de ne pas comprendre l'interprètee. Mais Vitellius lançaa un coup d'œil à̀ Antipas, qui répétata tout de suite son commandement. Alors Iaçimm appliqua ses deux mains contre la porte. Elle glissa dans le mur.

Un souffle d'air chaud s'exhala des ténèbreses. Une alléee descendait en tournant ; ils la prirent et arrivèrentt au seuil d'une grotte, plus étenduee que les autres souterrains.

Une arcade s'ouvrait au fond sur le précipicee, qui de ce côté-làlà défendaitt la citadelle. Un chèvrefeuillee, se cramponnant à̀ la voûtee, laissait retomber ses fleurs en pleine lumièree. À̀ ras du sol, un filet d'eau murmurait.

Des chevaux blancs étaientt là̀, une centaine peut-êtree, et qui mangeaient de l'orge sur une planche au niveau de leur bouche. Ils avaient tous la crinièree peinte en bleu, les sabots dans des mitaines de sparterie, et les poils d'entre les oreilles bouffant sur le frontal, comme une perruque. Avec leur queue trèss longue, ils se battaient mollement les jarrets. Le Proconsul en resta muet d'admiration.

C'étaientt de merveilleuses bêtess, souples comme des serpents, légèreses comme des oiseaux. Elles partaient avec la flèchee du cavalier, renversaient les hommes en les mordant au ventre, se tiraient de l'embarras des rochers, sautaient par-dessus des abîmess, et pendant tout un jour continuaient dans les plaines leur galop frénétiqueue ; un mot les arrêtaitt. Dèss que Iaçimm entra, elles vinrent à̀ lui, comme des moutons quand paraîtt le berger; et, avançantt leur encolure, elles le regardaient inquiètess avec leurs yeux d'enfant. Par habitude, il lançaa du fond de sa gorge un cri rauque qui les mit en gaieté́ ; et elles se cabraient, affaméess d'espace, demandant à̀ courir.

Antipas, de peur que Vitellius ne les enlevâtt, les avait emprisonnéess dans cet endroit, spéciall pour les animaux, en cas de siègee.

– L'écuriee est mauvaise, dit le Proconsul, et tu risques de les perdre ! Fais l'inventaire, Sisenna !

Le publicain retira une tablette de sa ceinture, compta les chevaux et les inscrivit.

Les agents des compagnies fiscales corrompaient les gouverneurs, pour piller les provinces. Celui-là̀ flairait partout, avec sa mâchoiree de fouine et ses paupièress clignotantes.

Enfin, on remonta dans la cour.

Des rondelles de bronze au milieu des pavéss, çàà et là̀, couvraient les citernes. Il en observa une, plus grande que les autres, et qui n'avait pas sous les talons leur sonorité́. Il les frappa toutes alternativement, puis hurla, en piétinantt :

– Je l'ai ! je l'ai ! C'est ici le trésorr d'Hérodee !

La recherche de ses trésorss étaitt une folie des Romains.

Ils n'existaient pas, jura le Tétrarquee.

Cependant, qu'y avait-il là-dessouss ?

– Rien ! un homme, un prisonnier.

– Montre-le ! dit Vitellius.

Le Tétrarquee n'obéitt pas ; les Juifs auraient connu son secret. Sa répugnancee à̀ ouvrir la rondelle impatientait Vitellius.

– Enfoncez-la ! cria-t-il aux licteurs.

Mannaeï̈ avait deviné́ ce qui les occupait. Il crut, en voyant une hache, qu'on allait décapiterr Iaokanann ; et il arrêtaa le licteur au premier coup sur la plaque, insinua entre elle et les pavéss une manièree de crochet, puis, roidissant ses longs bras maigres, la souleva doucement, elle s'abattit; tous admirèrentt la force de ce vieillard. Sous le couvercle doublé́ de bois, s'étendaitt une trappe de mêmee dimension. D'un coup de poing, elle se replia en deux panneaux ; on vit alors un trou, une fosse énormee que contournait un escalier sans rampe ; et ceux qui se penchèrentt sur le bord aperçurentt au fond quelque chose de vague et d'effrayant.

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