Les musiciens classiques n'écoutent que du classique - Aliette de Laleu
Saskia de Ville : Il est 8 heures et 54 minutes, nous retrouvons Aliette de Laleu.
Bonjour Aliette !
Aliette de Laleu : Bonjour Saskia ! Bonjour à tous ! Saskia de Ville : Et votre chronique ce matin chasse le cliché de
ce que les musiciens classiques entendent trop souvent...
Aliette de Laleu : Oui, et pour cela je m'adresse à toutes les personnes qui côtoient de manière
professionnelle ou non des musiciens, chanteuses, chanteurs, chefs d'orchestre, ou compositeurs...
Il faut arrêter de croire que parce qu'ils jouent de la musique classique, ils n'écoutent
que de la musique classique.
Alors c'est un domaine où il y a beaucoup de choix, de variété, de diversité
- on le sait - en même temps sur des millénaires de musique, c'est une évidence.
Mais qui pourrait se priver d'un peu de jazz ? De rock ? Du génie de Michael Jackson
ou de la poésie de Jacques Brel ?
(musique)
Aliette de Laleu : Ca vous va, un peu de Brel de bon matin ?
Saskia de Ville : Ah moi j'adore ça.
Tiens, Justin Taylor, vous écoutez d'autres choses que de la musique classique ?
Justin Taylor : Oui effectivement, on ne s'enferme pas dans un répertoire.
Moi c'est peut-être ABBA à fond chez moi, qui me plaît.
Aliette de Laleu : Bon, ABBA... en tout cas, on va rester un petit peu sur la musique à texte
de Jacques Brel parce qu'il y a eu un débat autour de l'attribution du prix Nobel
de littérature au musicien et chanteur Bob Dylan.
Pour en arriver à une conclusion : l'art ne se catégorise pas et un artiste complet ne s'arrêtera pas
à un seul domaine : il s'inspire, il s'enrichit des autres arts, sans pour autant y participer.
Les musiciens classiques, évidemment, ne s'arrêtent donc pas à la musique classique.
Ce ne sont pas des ovnis qui vivent dans un autre temps.
On va prendre des exemples concrets, quand les musiciens viennent ici, à France Musique,
ils doivent parfois, comme dans cette matinale, sélectionner quelques morceaux... et il n'est
pas rare que les artistes piochent dans des styles autres que la musique dite classique.
La semaine dernière nous avions Bohemian Rhapsody de Queen, choisi par Paul Agnew,
un peu plus tôt dans l'année David Bowie, que voulait écouter le pianiste Bertand Chamayou,
ou encore Stevie Wonder, sélectionné par la soprano Karina Gauvin, qui lui trouve une
énergie vitale et inspirante dans sa voix.
Saskia de Ville : On reste tout de même un peu dans le même registre,
la même génération avec ces artistes.
Aliette de Laleu : C'est vrai parce que peut-être qu'avec ces artistes il y a un peu un génie,
une recherche incroyable sur la voix, la mélodie, le rythme, le texte... on peut rappeler la
collaboration entre David Bowie et le compositeur Philip Glass qui montre bien le lien musical
qui peut unir des artistes de styles différents.
Et alors en parlant de styles différents, je vais terminer cette chronique en évoquant
le rap : une musique qui hérisse beaucoup d'amateurs de musique classique mais pourtant
des musiciens classiques en parlent comme une source d'inspiration.
Il y a quelques années le chef d'orchestre et fondateur de l'ensemble Le Balcon,
Maxime Pascal, me racontait qu'il y avait pour lui dans le rap un rapport au texte important,
évidemment, et surtout une démarche dans laquelle il s'identifiait.
Je le cite : "les premiers rappeurs fonçaient tête baissée dans un art parce qu'il y avait
une urgence, c'était une question de survie".
Il est à peine neuf heures, chers auditeurs, donc je vous épargne, non sans regret,
le petit morceau de rap de bon matin et, à la place, je vous propose d'écouter un extrait
de la Quatrième Symphonie de Philip Glass, inspirée de l'album Heroes de David Bowie.
(musique)