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InnerFrench - Vol. 1, #88 - Pourquoi les Français sont-ils anti-vaccins ? (2)

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#88 - Pourquoi les Français sont-ils anti-vaccins ? (2)

Jusqu'au début des années 2000, la France faisait partie des bons élèves en matière de vaccination. Il y avait seulement entre 8 et 10% de la population qui exprimait des réticences (rappellez-vous qu'aujourd'hui, ce taux a triplé, il est passé à 33%). En fait, au XXème siècle, il y avait un fort consensus autour de cette question. Les Français acceptaient la vaccination comme une pratique de la médecine moderne qui permettait de sauver des millions de vies. C'était même une source de fierté nationale grâce à notre héros Louis Pasteur et son célèbre vaccin contre la rage.

Alors, qu'est-ce qui a changé ?

Je ne sais pas si vous vous en souvenez, ça semble loin aujourd'hui, mais pendant l'hiver 2009-2010, le monde a été frappé par une autre pandémie : la grippe porcine, aussi appelée grippe A (H1n1).

Quand elle est apparue, les experts se sont inquiétés parce qu'elle était très contagieuse et on ne connaissait pas encore son taux de mortalité. Donc en France, la ministre de la Santé a commandé des dizaines de millions de vaccins, assez pour pouvoir traiter 75% de la population. Et elle a lancé une grande campagne de communication pour encourager les Français à se faire vacciner.

Mais rapidement, on s'est rendu compte que cette grippe était beaucoup moins dangereuse que ce qu'on pensait au départ. Résultat : seuls 8% des Français ont décidé de se faire vacciner. Mais la ministre de la Santé n'a pas pu annuler les commandes de vaccin, donc la note a été salée.

Ah oui, ça c'est une expression familière : une note salée. On dit aussi «une addition salée». La note (ou l'addition), vous savez, c'est ce qu'on paye au restaurant à la fin du repas. Quand on dit que «l'addition est salée», ça signifie que le repas a coûté cher, en tout cas plus cher que prévu. Mais on n'utilise pas cette expression uniquement au restaurant. On l'utilise aussi de manière générale pour dire que quelque chose coûte plus cher que prévu.

Bref, après avoir acheté tous ces vaccins contre la grippe A pour rien, la note a été salée pour la France. À ce moment-là, des rumeurs ont commencé à se répandre, des rumeurs disant que le gouvernement français avait commandé tous ces vaccins seulement pour enrichir les groupes pharmaceutiques. Ça, cette accusation de collusion entre l'État et des grands groupes industriels, en particulier, ici, dans le domaine pharmaceutique, c'était pas quelque chose de nouveau. Mais l'ampleur du gaspillage, de tout cet argent jeté par les fenêtres, dépensé pour rien, ça a beaucoup énervé les Français, d'autant plus dans le contexte de crise économique de l'époque.

Au même moment, il y a eu un autre scandale sanitaire, l'affaire du Médiator. Le Médiator, c'était un médicament contre le diabète produit par un laboratoire français, le laboratoire Servier, qui a été commercialisé pour la première fois en 1976. C'était un médicament qui coupait la faim, qui coupait l'appétit, donc des médecins le prescrivaient aussi aux patients qui voulaient perdre du poids.

Le problème, c'est que dans les années 90, certains experts se sont rendu compte que le Médiator favorisait l'apparition de risques cardiaques. Il perturbait le bon fonctionnement du cœur. Donc les Italiens l'ont interdit en 1999 et les Espagnols en 2003. Mais en France, il est resté sur le marché jusqu'en 2009, année où l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament l'a enfin interdit. Une étude publiée en 2011 a estimé qu'il y avait eu entre 500 et 2000 décès liés au Médiator en France. Donc un procès s'est ouvert contre le Laboratoire Servier et l'Agence Nationale de la Sécurité du Médicament, et cette affaire a été très médiatisée.

Alors, le Médiator, ça n'avait rien à voir avec les vaccins, mais cette affaire a confirmé les doutes des Français sur les liens entre l'État et les groupes pharmaceutiques.

Et là, on arrive au cœur du problème. Si certains Français ont des doutes quant à la sûreté des vaccins, c'est en partie parce qu'ils ne font plus confiance au gouvernement. C'est ça, le problème de fond : un manque de confiance.

En tout cas, c'est la conclusion d'une étude publiée en novembre dernier, une étude de la très sérieuse Fondation Jean Jaurès. Cette étude a essayé d'établir le profil de ces Français qui refusent de se faire vacciner contre le covid, soit environ la moitié de mes compatriotes. Ici, on ne peut pas les appeler «anti-vaccins» parce que ça concerne uniquement un vaccin bien spécifique. Ça ne veut pas dire que ces gens sont fondamentalement opposés à tous les vaccins, qu'ils refusent de faire vacciner leurs enfants contre les autres maladies etc., simplement qu'ils n'ont pas l'intention de se faire vacciner contre le covid.

Alors, dans cette étude, il y a certains résultats qui m'ont surpris, par exemple que les personnes croyantes, les personnes qui croient en une religion, eh bien elles font plus confiance aux vaccins que la moyenne. Ça a bien changé depuis le XIXème siècle !

L'étude montre aussi que les femmes ont généralement plus peur des effets secondaires du vaccin que les hommes. Ça, ça semble assez logique vu que beaucoup de femmes ont souffert des effets secondaires de la pilule contraceptive, et aussi parce qu'elles doivent faire très attention à leur santé quand elles sont enceintes, quand elles attendent un enfant.

Mais à votre avis, quel est le principal point commun de ces Français qui ne veulent pas du vaccin contre le covid ?

En fait, ce n'est pas la religion ni le sexe. Ce n'est pas non plus la profession ni le niveau d'éducation. Non, d'après cette étude, leur principal point commun, c'est la proximité partisane, autrement dit «leur préférence politique». Les personnes qui refusent ce nouveau vaccin sont généralement des électeurs des partis populistes, soit de l'extrême droite (la candidate Marine Le Pen), soit de l'extrême gauche (avec Jean-Luc Mélenchon).

À première vue, ça peut sembler bizarre puisque ces deux politiciens ont des idées complètement opposées. Mais ils ont une chose en commun : ils sont tous les deux anti-systèmes. Ils pensent que les partis traditionnels de gauche et de droite ont plongé la France dans une crise profonde, une crise que le parti centriste d'Emmanuel Macron n'a fait qu'aggraver. Ce sont eux qui critiquent le plus durement le gouvernement actuel. Donc naturellement, les gens qui ne font plus confiance à l'État, eh bien ils sont séduits par ces arguments.

Donc l'auteur de cette étude, le professeur Antoine Bristielle, il pense que cette défiance vis-à-vis du nouveau vaccin, c'est d'abord un problème de confiance entre les Français et leur gouvernement. Ça, c'est pas vraiment une découverte puisqu'il y a d'autres études récentes qui ont montré que dans les pays où les citoyens ont confiance en leurs responsables politiques, ils respectent mieux les gestes barrières, le port du masque, et ils sont davantage pro vaccination que dans les pays où cette confiance fait défaut.

Malheureusement, en France, les sondages montrent que depuis une vingtaine d'années, les Français font de moins en moins confiance au gouvernement. Et ce problème est aggravé par l'attitude paternaliste des responsables politiques, en particulier du président actuel. Au lieu d'être pédagogue, d'expliquer la situation aux Français et de les laisser choisir, le gouvernement impose des mesures. Par exemple, en 2018, le nombre de vaccins obligatoires pour les enfants est passé de 3 à 11, faisant de la France l'un des pays où cette obligation est la plus grande, et sans vraiment en expliquer les raisons aux parents. On leur a dit : «C'est comme ça, et c'est tout. Faites ce qu'on vous dit et ne posez pas de questions !» Donc il n'est pas étonnant que certains parents se rebellent et en aient marre de ces vaccins.

Le pire, c'est que cette attitude paternaliste obtient rarement de bons résultats. C'est le cas avec le covid. La majorité des Français pensent que le gouvernement a très mal géré la crise sanitaire. Par exemple, les premières semaines, il y a eu de nombreux messages contradictoires concernant les masques. Au début, le message officiel, c'était que les masques étaient inutiles pour ralentir le virus, et que ça ne servait à rien d'en acheter. Mais en réalité, le gouvernement a fait cette déclaration parce que la France n'avait pas de stocks de masques suffisants pour le personnel soignant, autrement dit les gens qui travaillent dans les hôpitaux, etc. Donc il a essayé de gagner du temps. Et bien sûr, quelques semaines plus tard, le message a changé : le gouvernement a rendu le port du masque obligatoire pour tous les Français.

Ça, c'est seulement un exemple parmi d'autres. Et la France n'est pas un cas isolé. J'imagine que dans votre pays aussi, il y a beaucoup de personnes qui pensent que le gouvernement a fait des erreurs dans la gestion de cette crise sanitaire. Mais le problème, pour les Français, c'est que si l'État joue ce rôle paternaliste, il doit être capable d'assumer ses responsabilités et de vraiment protéger les citoyens. Sinon, la confiance disparaît. Et malheureusement, c'est ce qui s'est passé l'année dernière.

Ce qui est vraiment inquiétant, c'est qu'aujourd'hui, même le personnel soignant ne fait plus confiance au gouvernement. Par exemple, en décembre, une étude a été menée auprès du personnel dans les Ehpad. Les Ehpad, ce sont les établissements pour les personnes âgées dépendantes, autrement dit les personnes âgées qui ont besoin d'une aide médicale quotidienne. Cette étude a montré que dans les Ehpad, seul 1 employé sur 5 voulait se faire vacciner contre le covid, seulement 19% du personnel de santé. C'est vraiment problématique vu que les résidents des Ehpad sont très vulnérables. Donc si les gens qui s'occupent d'eux ne sont pas vaccinés, le risque de contamination augmente.

Mais on ne peut pas leur en vouloir, on ne peut pas être en colère contre les employés des Ehpad. Comme je l'ai dit en introduction, les principales raisons évoquées par les Français qui refusent ce vaccin contre le covid, c'est qu'ils ont peur des effets secondaires et qu'ils doutent de son efficacité. Honnêtement, ce sont des doutes légitimes ! Au début de l'épidémie, on nous avait dit que le premier vaccin n'arriverait pas avant au moins deux ans. Et là, en seulement quelques mois, plusieurs vaccins ont été développés et commercialisés. C'est normal que les gens s'inquiètent des effets secondaires !

C'est au gouvernement de rassurer et convaincre les Français, de leur expliquer comment ce vaccin fonctionne, pourquoi les études qui ont été faites par les laboratoires sont fiables, pourquoi la production a été plus rapide que prévu. Mais malheureusement, cet effort de pédagogie n'a pas été fait en France, donc mes compatriotes sont sceptiques.

Justement, j'ai une anecdote qui illustre bien ça. Quand j'ai parlé du vaccin à mon père, il m'a répondu que lui, il ne se ferait pas vacciner. Et il a utilisé exactement les mêmes arguments : les effets secondaires, les doutes sur l'efficacité sachant que le virus continue de muter. À la fin, il m'a dit : «Que Macron et ses ministres se fassent vacciner les premiers, en public, avec un huissier pour contrôler qu'ils se font bien injecter le vaccin et pas de l'eau, et ensuite, moi, j'accepterai de le faire.» Donc là, dans sa réponse, on voit bien que le problème de fond, c'est la confiance dans le gouvernement et pas le vaccin en lui-même. Voilà, c'est juste une anecdote, mais j'y ai repensé en lisant cette étude de la fondation Jean Jaurès parce que ça confirmait parfaitement sa conclusion.

Justement, ces dernières semaines, le gouvernement semble avoir changé son fusil d'épaule, autrement dit, il a changé de stratégie. Depuis décembre, on voit de plus en plus de campagnes d'information sur le vaccin contre le covid et sur la vaccination. Par exemple, en préparant cet épisode, je suis tombé sur des articles publiés sur le site de la Mairie de Paris qui racontaient l'histoire de la vaccination en France, les découvertes de Pasteur, etc. Donc les pouvoirs publics adoptent une attitude un peu plus pédagogue.

Mais on peut se demander si ce n'est pas trop tard parce que dans cette guerre d'opinion, il y a un groupe qui a pris beaucoup d'avance : les anti-vaccins. Ça fait déjà plusieurs années que les anti-vaccins sont très actifs sur internet. Et vous allez voir que grâce à la crise du covid, aujourd'hui ils sont plus puissants que jamais.

Si les groupes anti-vaccins ont gagné du terrain, c'est à cause de la politique du gouvernement mais aussi parce que les Français font moins confiance aux institutions scientifiques. En fait, ce sont deux phénomènes qui sont liés. Plusieurs études montrent que les gens qui rejettent le gouvernement ont aussi tendance à rejeter les médias et les institutions scientifiques. C'est particulièrement vrai chez les électeurs des partis populistes de droite. Par exemple, un sondage a montré qu'entre le début de la crise du covid et octobre 2020, la confiance des Français dans les institutions scientifiques a baissé de 20 points : elle est passée de 95% à 75%. Bon, ça reste un niveau assez élevé, mais la vitesse de cette chute est vraiment alarmante.

Comme je vous l'ai dit, une partie des Français pense que les institutions scientifiques sont au service du pouvoir politique, et que le pouvoir politique est lui-même au service des intérêts économiques des grands groupes industriels. Donc forcément, quand les Français font moins confiance au gouvernement, ils font également moins confiance aux scientifiques.

Mais les médias ont eux aussi joué un rôle important dans cette évolution. Pendant les premiers mois de la crise du covid, ils ont mis de l'huile sur le feu. Vous connaissez cette expression, «mettre de l'huile sur le feu» ? Je crois que je l'ai déjà utilisée dans un épisode. Quand vous mettez de l'huile sur le feu, il s'intensifie, il brûle encore plus fort. Donc cette expression signifie «aggraver une situation», «amplifier un problème ou une dispute».

Les médias français ont jeté de l'huile sur le feu pour créer la polémique et gagner de l'audience. Ils invitaient des experts qui avaient des avis très contradictoires, et pas toujours raisonnables, pour montrer que même ces scientifiques ne savaient pas vraiment comment combattre le covid. Ces polémiques et ces disputes étaient géniales pour attirer les téléspectateurs, mais malheureusement, elles ont dégradé l'image de la communauté scientifique.

Par exemple, vous avez peut-être entendu parler du professeur Didier Raoult. C'est un microbiologiste qui dirige un hôpital à Marseille, un hôpital spécialisé dans les maladies infectieuses. Au début de l'épidémie de covid, il a essayé un traitement expérimental basé sur l'hydroxychloroquine, une molécule qui est utilisée depuis longtemps pour combattre le paludisme, qui ne coûte pas cher à produire et qui est disponible facilement. Avec son équipe, il a ensuite publié une étude avec des résultats prometteurs.

Pendant un moment, on a cru que l'hydroxychloroquine serait un traitement miracle pour sauver la planète. Le professeur Raoult est devenu une star en quelques semaines. Il était invité sur tous les plateaux de télévision. Sa chaîne YouTube a gagné des centaines de milliers d'abonnés. Sur Facebook, plein de groupes sont apparus pour le soutenir. C'était un personnage rassurant pour les Français, beaucoup plus rassurant que le gouvernement. Il affirmait que le covid n'était pas une maladie si dangereuse que ça, et qu'on pourrait la traiter rapidement si tous les hôpitaux adoptaient son traitement à l'hydroxychloroquine.

Mais les autres médecins n'étaient pas convaincus de l'efficacité de ce médicament pour combattre le covid. Après la publication de l'étude réalisée par le professeur Raoult, beaucoup d'experts internationaux ont critiqué sa méthodologie et contesté ses résultats. Ils ont même montré que l'utilisation d'hydroxychloroquine était dangereuse pour certains patients. Si bien qu'à la fin du mois de mai, le gouvernement français a décidé d'interdire ce traitement.

Malgré cette interdiction, le professeur Raoult a gardé son aura. Il est même devenu un symbole : un symbole de courage et de résistance face au pouvoir politique. Il a continué de gagner des supporters et de l'influence.

Justement, sur Facebook, les anti-vaccins ont rejoint les groupes de fans du professeur Raoult. En fait, jusqu'à la crise du covid, les anti-vaccins étaient assez peu nombreux en France. Ils reprennaient juste certains arguments bien connus, notamment que la vaccination des enfants augmente le risque d'autisme. Je vais pas entrer dans la polémique ici. Cet argument a déjà été démenti par des dizaines d'études.

Mais voilà, avec le développement des réseaux sociaux, la communauté des anti-vaccins a commencé à se fédérer, et le covid lui a permis de faire de nouveaux adeptes, autrement dit de convaincre de nouvelles personnes. En quelques semaines, des chaînes de YouTubers anti-vaccins ont gagné des centaines de milliers d'abonnés. Ces YouTubers sont devenus plus populaires que certains médias traditionnels ! Sur Facebook, les groupes de soutien au professeur Raoult se sont progressivement transformés en groupe anti-masques puis anti-vaccins.

Mais pourquoi ces groupes ont-ils grandi aussi vite ? Eh bien, tout simplement grâce aux algorithmes. Facebook et YouTube adorent ce type de contenus polémiques parce qu'ils provoquent beaucoup de réactions et d'interactions. Par exemple, les gens voient une théorie selon laquelle le gouvernement a interdit le traitement du professeur Raoult pour que les groupes pharmaceutiques puissent s'enrichir en vendant un vaccin, et forcément, ça provoque des réactions ! Les gens qui lisent ça sont en colère, alors ils partagent cette théorie avec tous leurs contacts pour les informer du complot. Ce contenu devient viral, (comme le covid !) donc Facebook et YouTube gagnent plus d'argent grâce à la publicité. Résultat : les réseaux sociaux donnent encore plus de place à ces contenus, et la communauté continue de grandir. En même temps, chaque personne se retrouve de plus en plus enfermée dans sa bulle, une bulle qui renforce quotidiennement ses croyances avec des nouveaux articles, des nouvelles vidéos.

Bon, là, j'ai résumé ce mécanisme, mais si ça vous intéresse et que vous voulez en savoir plus, je vous conseille de regarder le documentaire «The Social Dilemma» sur Netflix qui explique bien tout ça.

J'en profite juste pour vous dire quelques mots sur un autre documentaire qui a fait polémique en France à la fin de l'année dernière, un documentaire intitulé «Hold-Up» (ou «hold-up» comme on le prononce à la française).

En gros, c'est un documentaire de 2h45 qui fait la synthèse de toutes les théories du complot concernant le covid. Il commence par critiquer la façon dont le gouvernement a géré la crise sanitaire, et progressivement, il présente des arguments pour montrer qu'en réalité, c'est le gouvernement lui-même qui a créé le covid avec l'aide des grandes entreprises pharmaceutiques et technologiques. Selon les auteurs de cette théorie, les personnes les plus riches de la planète, notamment Bill Gates, ont inventé ce virus pour ensuite forcer les gens à se faire vacciner. Car dans ce nouveau vaccin, il y a des nanoparticules qui permettront à Bill Gates et aux autres grandes entreprises de contrôler les gens grâce à la 5G. C'est une théorie qu'on appelle «le nouvel ordre mondial».

Alors, je vous avoue que je n'ai pas regardé ce documentaire donc peut-être que je caricature un peu, mais d'après les résumés que j'ai lus, c'est l'idée centrale.

Ça peut vous sembler ridicule mais ce documentaire a eu un énorme succès ! Il a été vu des millions de fois en quelques jours grâce, encore une fois, aux réseaux sociaux. Il a eu une telle influence sur l'opinion publique que les médias traditionnels ont décidé d'en parler et de démentir les arguments un par un. Mais évidemment, comme ces théories affirment que les médias aussi font partie du complot, ça n'a fait que renforcer leurs arguments ! Et surtout, ça a renforcé la méfiance et la défiance d'une partie des Français contre le gouvernement.

Voilà, j'espère que maintenant, vous comprenez un peu mieux pourquoi les Français sont aussi divisés sur la question de la vaccination en général, et du vaccin contre le covid en particulier. Vous voyez que c'est une question complexe qui ne concerne pas seulement la médecine.

Dans le contexte actuel, il semble impossible de convaincre les anti-vaccins les plus radicaux. Pour le reste (et la majorité) de l'opinion publique, le combat s'annonce difficile aussi.

Si le gouvernement continue sa gestion autoritaire et paternaliste de la crise (par exemple en rendant le vaccin contre le covid obligatoire, ou en créant un passeport spécial pour donner plus de droits aux personnes vaccinées), la défiance des Français risque d'augmenter. En plus, les adeptes des théories du complot auront des arguments supplémentaires pour prouver que l'État est au service des grands groupes pharmaceutiques.

Au contraire, la bonne stratégie serait de rassurer et d'éduquer les Français sur cette question, puis de les laisser choisir librement de se faire vacciner ou non. Le succès de la campagne de vaccination dépend plus que jamais de la confiance que les Français ont dans leur gouvernement.

On peut être optimistes parce que la tendance semble être en train de s'inverser. Dans un sondage publié le 14 janvier, 56% des Français déclaraient avoir l'intention de se faire vacciner contre le covid. C'était le 1er sondage dans lequel une majorité de Français était favorable au vaccin. Mais les résultats continuent de changer d'un sondage à l'autre donc pour le moment, rien n'est encore joué, rien n'est sûr. À l'heure où j'enregistre cet épisode, environ 1 million de Français se sont fait vacciner (sur une population totale de 67 millions). Les prochaines semaines seront décisives.

Voilà, on va s'arrêter là. Bravo d'avoir écouté jusqu'au bout! Je pense que c'était pas un épisode facile. J'espère que vous avez appris des choses intéressantes. Merci pour votre fidélité et on se retrouve dans quelques semaines pour un nouvel épisode. À bientôt!

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