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Acmaq.1 La secret de la vieille Madouesse-Diane Carmel Leger, Chapitre 1 - Benoît Bedou

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Chapitre 1 - Benoît Bedou

Chapitre 1

Benoit Bedou

C'est le moment que Benoît déteste à mort ! Il ne reste que deux garçons à choisir pour compléter les équipes de ballon-panier de la sixième année. Comme toujours, depuis le début de l'année scolaire, le plus petit et le plus gros sont les derniers choisis. Puis, comme toujours, on prend d'abord le petit et Benoît, le gros restant, devient membre de l'autre équipe par défaut.

— Avec Benoît Bedou, on va perdre pour sûr ! se plaint un coéquipier.

Pourtant, Benoît n'était pas pire au ballon-panier et il n'était jamais le dernier choisi au Québec. Depuis son arrivée au Nouveau-Brunswick, il a pris du poids parce qu'il ne fait pas assez d'exercices, selon le professeur d'éducation physique, et parce qu'il mange trop de malbouffe, d'après sa mère. Cependant, Benoît pense qu'il y a aussi une autre raison pour laquelle on ne le choisit jamais. Ce n'est pas juste à cause de sa grosseur, mais bien parce qu'il est le nouvel élève. Ici, il sera toujours « Benoît Bedou » ou « Benoît le Québécois » et la cible de railleries, même si ses parents sont Acadiens… La partie de ballon-panier se déroule assez bien, mais Benoît ne brille pas, car il court moins vite que dans le passé et il s'essouffle en peu de temps.

Dans le cours de français, l'enseignante Mme Bourgeois demande à Benoît de lire à haute voix sa rédaction sur sa province natale. Benoît sait bien que son accent et ses descriptions des attraits du Québec provoqueront le dédain de certains. Au milieu de la récitation de Benoît, on frappe à la porte. En allant répondre, Mme Bourgeois suggère une pause à Benoît et elle sort de la classe. Muet comme une statue, Benoît fixe sa feuille. Du coin de l'oeil, il voit Dan, le brute de la classe, sourire avec mépris.

— Hé, le Québécois, lance Dan, en imitant un accent québécois, s'il fait si beau que ça au Québec, qu'est-ce tu fais ici ?

Quelques élèves ricanent, mais ils se taisent quand Mme Bourgeois rouvre la porte.

Dans l'autobus en fin de journée, Benoît s'assoit près du chauffeur pour éviter les insultes de Dan et son acolyte Éric, assis sur la banquette arrière. En descendant à son arrêt, Benoît entend crier par une vitre baissée : « Bye, bye Benoît le Québécois bedou ! »

Enfin chez lui, sa mère Monique l'attend avec sa petite soeur Emma. Monique doit partir pour une entrevue en ville. Il y a longtemps depuis que Benoît a vu sa mère en tailleur, ses cheveux bien coiffés, prête à affronter le monde du travail. Il préfèrerait qu'elle reste à la maison en jeans et t-shirt, parce qu'il n'aime plus garder Emma.

Depuis leur emménagement dans le grand village de Memramcook, la petite est devenue de plus en plus exaspérante. Il n'est pas question de se plaindre à leur mère parce qu'elle est vite à s'irriter. Heureusement, son père Serge ne change pas, lui.

Avant de partir pour son entrevue, Monique répète ses consignes habituelles :

— N'ouvrez pas la porte à qui que ce soit. Répondez au téléphone seulement si c'est moi ou Papa. Sinon, laissez le répondeur prendre le message.

Benoît souhaite qu'elle ne trouve pas d'emploi et qu'elle reste à la maison garder Emma.

— Viens jouer avec mes « Barbies ! »

— Non, Emma. Tu sais que j'aime pas ça, répond-il.

— Benoooît !

Benoît continue à gober des croustilles en évitant de regarder Emma.

— Benoooît ! Je dirai à Maman que tu as tout mangé les « chips. »

— Dis-lui, ça me dérange pas.

— Si tu joues pas avec moi, je dirai à tout le monde que tu aimes les Barbies !

— Je hais ces poupées ! Je les hais à mort ! rugit-il fortement, surpris de lui-même.

Emma recule d'effroi. Jamais son frère ne lui a crié ou dit des méchancetés. Il a beaucoup changé depuis qu'ils ont déménagé.

En voyant sa petite soeur apeurée, Benoît regrette ses paroles et surtout sa colère.

— Voyons Emma, dit-il tendrement, je jouais aux Barbies avec toi quand tu étais petite… Fais-moi pas jouer aux poupées maintenant, à mon âge !

Emma se décontracte.

— T'es une grande fille de cinq ans, poursuit Benoît, tu peux jouer à autre chose ou regarder la télé ou jouer sur l'ordi… !

Emma fronce les sourcils, lève le menton, et fait toute une moue. « Avec cette grimace, elle ressemble à un vrai bouledogue », se dit Benoît en retenant un rire.

Le téléphone sonne. Ils écoutent le message. Au son de la voix de leur père, Benoît répond.

— Allô, Papa, Maman est allée à son entrevue.

— T'arranges-tu bien avec ta petite soeur, Benoît ?

— Oui…

Benoît ne veut pas se plaindre, car ses parents ne s'entendent pas dernièrement et son père est débordé au travail. Lorsque sa mère se plaint d'un manque d'argent, son père réplique qu'elle dépense trop sur des choses dont ils n'ont pas besoin, comme des Barbies pour Emma. Puis Monique reproche à Serge d'avoir acheté un véhicule tout-terrain (VTT) dont il ne se sert jamais.

— Dis à ta mère que je dois rester à Halifax encore un autre jour.

— Comme ça nous n'irons pas en VTT demain, dit Benoît, découragé.

— Désolé Benoît, je ne peux pas refuser ce travail supplémentaire. Je te promets que nous irons en VTT aussitôt que possible. Dis à ta mère que je lui téléphonerai ce soir. Laisse-moi parler à Emma. Bye mon grand !

Benoît se retient de souligner que c'est la troisième fois que son père annule une sortie en VTT. Pendant que sa petite soeur est au téléphone, Benoît profite de quelques moments de répit. Il vide le sac de croustilles au-dessus de sa bouche ouverte pour avaler les dernières miettes. Il prend une canette de Pepsi du réfrigérateur et il se rend au garage.

Comme son père, il aime bien leur garage et leur grande cour, deux choses qu'ils n'avaient pas en ville au Québec. Leur maison est vieillotte, mais elle est plus grande que leur ancienne maison, ce qui plaît à sa mère. Fixant des yeux le VTT flambant neuf, il ouvre la canette et savoure son Pepsi. Il aperçoit quelques taches de boue sur la peinture rouge du VTT. Benoît place sa canette sur une étagère, happe une guenille qu'il mouille et il se met à frotter le véhicule pour enlever la boue asséchée, tout en se rappelant sa première et seule sortie en VTT avec son père…

Assis derrière son père sur le siège du véhicule, Benoît inspirait à pleins poumons l'arôme de la haute herbe des marais et le baume des arbres des sentiers forestiers. Ces beaux paysages parfumés, la brise, le ronronnement du moteur et le réconfort de son père tout près de lui effacèrent toutes ses peines. Ce jour-là, ils avaient ri aux éclats. Benoît avait constaté à quel point son père préfère vivre en campagne. Il avait aussi compris que se promener en VTT dans ces beaux paysages éliminait le stress.

Sur une colline en pleine forêt, ils avaient fait la pause pour manger leurs sandwichs et admirer la vue panoramique de la vallée. Par hasard, deux VTT s'étaient arrêtés tout près. Son père avait reconnu ses anciens camarades. Quelles retrouvailles ! Il s'était plu à écouter les drôles histoires d'enfance de son père ! Les gens se plaisaient à taquiner Serge, qui lui, aimait les faire rire.

Puis, sur le chemin du retour, son père lui avait cédé le guidon. Benoît en était ravi et fier de son habileté à conduire le VTT. « À onze ans, tu as déjà le tour, mon grand ! » lui avait dit Serge sincèrement.

Sur le sentier du marais, ils avaient rencontré d'autres gens en VTT qui les dépassaient en souriant, avec un hochement de tête ou un signe de la main. Même quelques jeunes de son école lui firent des sourires et le saluèrent de la main comme s'ils étaient contents de le voir. Surpris, Benoît s'était mis à sourire aux passants et à les saluer lui aussi.

Dans le garage, son père l'avait serré et lui avait dit : « Tu vois comme c'est bon de vivre ici ? De notre cour, nous pouvons décoller en VTT, respirer de l'air frais et oublier nos ennuis dans l'espace de quelques minutes. Nous aurons une bonne vie saine ici, Benoît. Tu verras. »

Mon père a beau faire les éloges de la vie en campagne, mais son emploi l'oblige à voyager dans les villes et il a moins de temps pour moi.

De l'extérieur du garage, Emma crie.

— Benoooît ! Maman veut te parler au téléphone !

Ah non, la petite tannante a appelé Maman !

Benoît traîne les pieds jusqu'à la maison et parle à sa mère.

— Mais j'ai onze ans Maman… O.K., O.K., je jouerai aux Barbies !

Tête baissée, il dit au revoir.

Avec un sourire triomphant, Emma lui tend Ken, le fiancé de Barbie.

— Habille-le pour le mariage, commande sa petite soeur.

— Pas un autre mariage, murmure Benoît écoeuré, happant Ken par la tête.

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