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Pas pire - France Daigle (1998), Chapitre 5 – Tekst om te lezen

Pas pire - France Daigle (1998), Chapitre 5

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Chapitre 5

La cueillette des petites fraises sauvages dans le grand champ juste derrière la maison nous occupait pendant les premiers jours de l'été. Au début la chaleur et le soleil suffisaient à rendre excitante cette petite excursion dans les champs, contenant en main. Mais avec les jours et les années, le jus qui rougissait les doigts et les petites boules de crachat renfermant de minuscules insectes vert pâle qui nous collaient aux jambes finissaient par nous faire perdre intérêt. La cueillette des petites fraises servait néanmoins de préambule à la cueillette des bleuets, qui poussaient plus loin de la maison, près de la piste de courses de chevaux. Les bleuets étaient plus plaisants à cueillir et ils faisaient un agréable petit bruit sec en tombant dans notre casseau, notre bocal en verre ou notre contenant de plastique. Le choix du récipient découlait de considérations diverses, la plus importante étant que nous aimions nous rendre aux talles en bicyclette, ce qui rendait cette activité doublement distrayante, mais qui nous obligeait à faire preuve d'une ingéniosité particulière pour revenir sans renverser les petits fruits de notre labeur.

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Sous le signe du Taureau, la Maison II est la maison des talents et des ressources personnelles, des émotions et du besoin de se réaliser. C'est la maison du sens des valeurs et du sens de sa propre valeur. Maison des talents et des capacités de l'esprit, c'est aussi la maison du corps, notamment de la musculature et du toucher, ainsi que celle du comportement devant les biens matériels : confort, sensualité, liberté personnelle. La Maison II est aussi la maison des aptitudes aux gains financiers et à leur gestion, ce qui peut aller jusqu'à leur éventuelle perte.

C'est donc aussi la maison de la dette personnelle, de la pluralité des revenus ou de l'absence de revenus, du pouvoir d'achat et de la situation économique vue de l'extérieur. L'agriculture, la banque et l'alimentation y tiennent une grande place, tout comme la tendance à la générosité ou à l'égoïsme. Maison de la richesse pour ce qui est des capacités que l'on a de se l'accorder et d'en jouir, la Maison II est aussi celle de la capacité de s'attribuer du pouvoir et d'en user.

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L'enfant-roi dans sa talle de bleuets, un état se complexifiant selon le commerce, selon les moustiques, selon les cigarettes, selon l'indulgence ou la sévérité des parents. À vrai dire, la cueillette des bleuets avait un petit côté existentiel, un petit côté bleuté absolument absent de la cueillette des petites fraises, sans doute parce que nous délaissions définitivement le champ de fraises pour celui des bleuets au début de l'adolescence, quand nous étions pleinement capables de mesurer tous les avantages de la cueillette du petit fruit bleu, rond et ferme. Fini le dilemme de l'équeutage : valait-il mieux enlever la queue des fraises au fur et à mesure ou seulement une fois arrivé à la maison ? Le bleuet s'imposait de lui-même du simple fait qu'il ne nécessitait pas cette manipulation supplémentaire fort ennuyante.

Il faut aussi dire que, pour une raison ou une autre, peut-être à cause de leur rareté, les petites fraises semblaient seulement destinées à la maisonnée : il ne nous serait jamais venu à l'idée de les vendre pour nous faire de l'argent. Les bleuets par contre se prêtaient bien à la vente et nous étions libres de partager notre cueillette entre la maisonnée et le marché : le premier casseau servirait à confectionner un pâté pour la famille, et le deuxième serait vendu à une voisine ou à un passant. La somme obtenue irait directement dans notre poche. L'aspect commercial de la cueillette des bleuets rendait cette activité plus séduisante pour tous, tant pour les parents que pour les enfants.

Il justifiait aussi des éloignements prolongés de la maison, puisqu'il fallait bien se rendre aux talles. De sorte qu'au bout du compte, entre un casseau plein et un autre à remplir, la cueillette du bleuet se transformait en une partouze de cigarettes au cours de laquelle nous exhalions d'un même souffle nos ennuis, notre désoeuvrement et nos rêves, les uns aussi innocents et profonds que les autres.

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De tous les archétypes, ces créatures primordiales qui agissent en nous, celui du héros est probablement le plus universellement répandu. Sorte de personnalité tribale vissée à l'enchaînement souvent rocambolesque d'un très large éventail de forces et de faiblesses se jouant les unes des autres, le héros sert d'exemple ultime à tous ceux et à toutes celles qui ne tiennent plus que par un fil. Par sa simple survivance, qu'il doit la plupart du temps à de multiples résurrections, le héros parvient à soutenir les individus dans leur quête personnelle et à aider les sociétés à se constituer une culture à partir du chaos. Dans un cas comme dans l'autre, il peut s'agir d'une tâche gigantesque, ce qui explique que les héros sont très souvent des individus au très long parcours, comme Hercule et Ulysse, les héros les plus célèbres de la mythologie classique.

Les héros naissent toujours de façon un peu miraculeuse, et très tôt dans la vie ils exhibent la force surhumaine qui les caractérisera. Mais ils ont beau avoir une grande force, les tâches qu'on leur confie sont la plupart du temps hors de toute mesure. Le pire, c'est qu'après avoir surmonté d'innombrables épreuves de tous genres, ils risquent de succomber aux machinations de contemporains jaloux de leur force, ou de déchoir de leur grandeur du fait de leur propre orgueil. En fin de compte, leur combat sera rarement gagné une fois pour toutes, le bonheur n'étant accordé qu'à ceux qui réussiront à naviguer sagement à travers les écueils, à entendre les conseils de leurs protecteurs — c'est un fait que les héros reçoivent presque autant d'aide que d'opposition pour accomplir leurs exploits — et à tirer de la force des puissances destructrices.

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Quand nous voulions explorer d'autres contrées que les champs près de la maison, nous nous dirigions vers le boisé derrière l'école Sainte-Thérèse où commençait le sentier des trois ruisseaux. Il fallait marcher dans le petit bois sur une distance d'environ un demi-mille pour atteindre le premier ruisseau. Juste avant d'y arriver, il y avait une petite clairière, de l'herbe rase avec quelques grosses roches sortant du sol. À quelques dizaines de pieds plus loin se trouvait le ruisseau comme tel, aux berges à peine dégagées, où il était tout de même possible de s'asseoir pour pique-niquer.

L'idéal était de bâtir un petit feu et de faire cuire des patates dans la braise. N'importe qui pouvait se rendre sans trop de peine jusqu'au premier ruisseau, il n'y avait pratiquement aucune possibilité de se perdre en route. Le sentier qui menait au deuxième ruisseau était plus embroussaillé, de sorte que l'on ne voyait pas grand-chose en chemin. Je ne suis allée qu'une fois au deuxième ruisseau.

Comme c'était plus loin, à peine y était-on arrivé qu'il fallait déjà songer à rentrer chez soi. La distance et les rumeurs sur ce qui se passait au troisième ruisseau ne m'ont jamais incitée à m'y rendre. Tout compte fait, j'étais une fille du premier ruisseau, mais j'aurais aimé me retrouver plus souvent seule avec le ruisseau, y barboter à ma guise, y faire des feux à mon aise, pêcher une truite, guetter les castors. Mais les autres qui s'y rendaient ne prenaient rien de tout cela au sérieux.

Ils parlaient fort et se narguaient sans arrêt avant de carrément se courir après et s'attraper pour se chamailler ou s'embrasser sur la bouche, selon les répulsions et les attirances du moment.

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D'Hercule on retient surtout la force physique et les douze travaux, bien qu'il ait réalisé de nombreux autres exploits à part ces travaux qu'on lui imposa pour se purifier du meurtre de ses premiers enfants. Élève fort indiscipliné, Hercule avait déjà tué son maître de lettres et de musique, Linos, en le frappant, dans un accès de colère, avec un tabouret ou une lyre. Il s'en tira en invoquant la légitime défense, mais par la suite, craignant de nouvelles crises de folie, son père l'envoya à la campagne soigner les troupeaux. Peu de temps après, ayant tué ses enfants sans le vouloir — s'agissait-il d'un mauvais sort que lui avait jeté Héra ? —, Hercule voulut se suicider, mais on réussit à l'en distraire, et les douze travaux lui fournirent l'occasion d'expier la souillure. En psychanalyse, les travaux d'Hercule symbolisent le long et douloureux processus d'auto-éducation de l'être pour accéder à la sagesse et à la sérénité.

La tuerie, soit d'animaux, d'êtres ou de monstres malfaisants, est au coeur des Douze Travaux, mais à l'occasion Hercule se montra tout simplement galant, libérant par-ci par-là des êtres dignes. Il lui arriva aussi d'être serviable. Par exemple, il nettoya en un jour les écuries d'Augias, où s'entassait le fumier de centaines d'animaux depuis des décennies. Pour ce faire, Hercule eut l'idée géniale de détourner le cours de deux fleuves de manière à ce qu'ils coulent dans les écuries.

Mais le fait qu'il exigea d'être payé pour son labeur jette une ombre sur la légitimité de cet exploit et sur l'altruisme du héros. Autre fait à noter, quelques-uns des douze travaux furent exécutés en Arcadie, région idéalisée où l'on vivait en harmonie avec la nature et où florissaient le chant et la musique. C'est en Arcadie qu'Hercule dut affronter les oiseaux du lac Stymphale, qui dévoraient les récoltes et tuaient les voyageurs.

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