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La grammaire est une chanson douce - Erik Orsenna, Chapitre… – Text to read

La grammaire est une chanson douce - Erik Orsenna, Chapitre 19

Semi-gevorderd 1 Frans lesson to practice reading

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Chapitre 19

Toute la population s'était rassemblée sur la plage, la plage de notre arrivée.

Drôle de spectacle !

Les uns riaient, chantaient, s'embrassaient.

Les autres grimaçaient de colère ou de tristesse.

Que se passait-il ?

Comme d'habitude, Monsieur Henri avait compris ma question et s'apprêtait à y répondre alors que je n'avais pas encore ouvert la bouche. À croire que son oreille entendait mes pensées. Était-ce ce genre d'oreilles qu'on appelle « absolues » ? D'autres interrogations me trottaient dans la tête. Ce pouvoir de deviner était-il réservé aux musiciens ? Ou nos amis, nos amis les plus proches, avaient-ils aussi cette capacité ? Mais alors, l'amitié n'était-elle pas une forme de la musique ?

— Tu m'écoutes, Jeanne ?

— Pardon, je réfléchissais à des choses…

— Oh, quelqu'un qui « réfléchit à des choses », surtout par une telle chaleur, mérite mon respect. Même si ce quelqu'un qui réfléchit à des choses oublie de remercier.

— Remercier ? Remercier qui ? Et pourquoi ?

— Mais tu parles, il me semble. Tu n'es pas heureuse d'avoir retrouvé la parole ?

— Oh pardon !

De honte, je faillis mourir. Des larmes me vinrent aux yeux (les filles, souvent, plutôt que mourir préfèrent pleurer). Et je me jetai dans les bras de Monsieur Henri (j'avais déjà appris que peu d'hommes résistent aux sanglots d'une fille).

— Calme-toi, calme-toi, tu as toutes les excuses, tu réfléchissais à des choses…

— S'il vous plaît, ne vous moquez pas de moi ! Que se passe-t-il ?

— Nous fêtons l'anniversaire de notre vieille nommeuse. Personne ne connaît la date de sa naissance. Mais quelle importance ?

À ce moment retentit un hurlement en forme de prénom. À mi-chemin entre l'injure et le cri de joie. « Jeanne ! » C'était mon frère.

— Où étais-tu ? Je t'ai cherchée partout (menteur). Tu veux entendre ce que j'ai appris aujourd'hui ?

— Mais Thomas, toi aussi, tu parles !

— C'est grâce à la musique. Elle a remis de l'ordre dans mon cerveau.

— Solfège et grammaire, même combat ?

— Exactement.

Monsieur Henri et son neveu avaient disparu. Sans doute avalés par la foule en liesse. Nous restions tous les deux, mon frère et moi, en famille. Tout près, une tortue géante pondait ses oeufs dans le sable, tranquillement, sans s'occuper de nous ni du vacarme. Je l'enviais. Moi aussi j'aimerais pondre des oeufs. Plus tard, quand l'heure sera venue d'avoir des enfants. Pondre fait forcément moins mal qu'accoucher. Mon frère jouait. Une lumière que je ne connaissais pas éclairait ses yeux. Il jouait Michelle des Beatles, plutôt bien, je dois le reconnaître, sans trop de fausses notes. Peut-être que les mots n'étaient pas son vrai langage à lui. Je comprenais mieux pourquoi il m'avait si souvent parlé si mal. Il s'est arrêté. Ce devait être la fin. J'ai applaudi. Pour lui faire plaisir. Faire plaisir à son frère, à toute heure du jour et de la nuit, vous connaissez d'autres moyens pour rendre potable la vie de famille ?

— À propos…

Pour me dire les choses importantes, Thomas a une technique, il regarde ailleurs. Je plains sa femme future.

— À propos, Papa et Maman arrivent demain. Ils viennent nous chercher, en hydravion.

— Ensemble ?

— Toujours tes grands mots !

— J'espère que l'île leur fera du bien.

— Depuis combien de temps ils ne se sont pas parlé ? Tu crois qu'ils se parlent dans l'hydravion ?

— Impossible. Ça fait trop de bruit, ces engins-là.

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