17. LA SECTE DES ASSASSINS - CHRONIQUES SANGLANTES D'ALAMUT.
Assassin a été un mot redouté à toutes les époques, dont l'origine insolite nous emmène dans l'Asie du Moyen-Âge.
Tout commence au Proche-Orient dans les années 1090.
Hassan ibn al-Sabbah, mystique musulman, dirige la branche perse de l'Ismaélisme, un courant minoritaire de l'Islam prêchant une lecture ésotérique du Coran. Prenant parti pour Nizar, un imam en fuite, Hassan s'attire les foudres du Vizir et doit se réfugier dans sa forteresse d'Alamut, perchée à 2000 mètres dans les montagnes perses. Mais l'homme n'a pas dit son dernier mot.
Il est « le Vieux de la Montagne », le fondateur d'une organisation secrète composée d'Ismaéliens fanatisés. Grâce à eux, il tisse peu à peu une influence occulte et politique sur toute l'Asie occidentale. Un pouvoir rampant fait d'ombre, de chantage et de terreur. En effet, Hassan ibn al-Sabbah a recours à une solution radicale pour éradiquer ses opposants : le poignard empoisonné. Dès la fin du XIe siècle, ces Nizarites se taillent une réputation de tueurs insaisissables.
Experts en maniement des armes et en déguisement, endoctrinés pour obéir au doigt et à l'œil, ils sèment la mort dans les palais, même les mieux gardés. Ni princes ni généraux ne sont à l'abri des assassins du Vieux de la Montagne. Quand malade il s'éteint en 1124, sa secte lui survit et parvient à établir de nouveaux fiefs. Tout au long des années 1200, intimidations et meurtres organisés se multiplient, souvent en plein jour et en public pour un impact psychologique encore plus dévastateur.
Très vite, les puissants voient en ces assassins une arme sûre et imparable pour supprimer leurs rivaux. Ainsi, Louis IX de France et Richard Cœur de Lion les auraient contactés pour des missions sanglantes. Ces fanatiques ne craignent personne : le roi de Jérusalem, Conrad de Montferrat, est poignardé à mort, et le grand sultan Saladin lui-même pris pour cible. Mais la chute est proche.
En 1237, les Mongols règnent en conquérants sur l'Asie centrale et la Perse. Menacée, la secte des Assassins tente ni plus ni moins d'occire leur khan suprême, Möngke. Par vengeance, les Mongols assiègent un à un les fiefs nizarites et s'emparent enfin d'Alamut en 1256. Ainsi s'achève le règne terrifiant de ceux qui marqueront à jamais l'Histoire sous le nom d'« Assassins ». Pourtant leur célébrité va encore faire couler beaucoup d'encre. Chroniques des Chrétiens d'Orient, récits de voyageurs et légendes romantiques enflamment les imaginations européennes.
Ainsi, d'après Marco Polo, Hassan ibn al-Sabbah aurait aménagé dans ses montagnes un jardin idyllique pour ses sbires. Une fois drogués au haschich, les élus se seraient réveillés dans un havre de tentations, devant mets rares, luxueux décor et jeunes beautés entreprenantes. Convaincus d'avoir entrevu le paradis, ils n'auraient eu dès lors comme obsession que d'y retourner en mourant pour le grand maître. Il est à noter que c'est seulement en 1560, que le terme « assassin » est pour la première fois attesté en français.
Il vient du mot pluriel arabe « Hashīshiyyīn », qui ne signifie pas « ceux qui consomment du haschich », comme on l'a longtemps cru, mais plutôt « ceux qui sont fidèles au fondement de la foi ».