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Le Ciné-Club de M.Bobine, SNOWPIERCER de Bong Joon-ho : l'analyse de M. Bobine (2)

SNOWPIERCER de Bong Joon-ho : l'analyse de M. Bobine (2)

Snowpiercer est un film latéral.

chacun des choix de Curtis se font de gauche à droite

à travers des actions qui le déshumanise progressivement.

La bonne année est ce moment où Curtis franchit un point de non retour

en laissant mourir son ami et protégé, Edgar,

pour privilégier sa mission.

L'utilisation du ralenti à ce moment précis souligne l'importance de cette décision

et c'est aussi cette scène qui annonce la disparition progressive

de tous les compagnons de route qui lui étaient chers.

Un choix de mise en scène qui n'est pas sans rappeler L'aurore de Murnau

dans lequel chaque entrée et sortie de champ des personnages,

de la droite vers la gauche et vice versa, donne lieu à un choix moral.

Comme de nombreux spectateurs l'ont fait remarquer

les incohérences semble de plus en plus grosses à mesure que le récit avance.

Si la queue du train ou vivent les protagonistes semble à peu prêt tenir debout,

il n'en va pas de même pour les autres wagons.

Ou vivent le restaurateur, les soldats de Wilford ou les night clubers ?

Comment un aquarium aussi gigantesque peut tenir dans un train ?

Ou vivent les vaches que l'on nous présente directement sous forme d'abats ?

Bref, Snowpiercer à de quoi décontenancer

à une époque qui ne jure que par le rationnel de ses univers et de ses symboles.

Pour comprendre un tel choix

l faut retourner vers la scène centrale de la Bonne année.

Il s'agit du moment ou le récit délaisse tout contact rationnel

pour se concentrer vers un parcours allégorique

misant davantage sur la psyché de ses personnages

que sur la crédibilité de son univers.

Ainsi Bong Joon-ho détourne astucieusement les contraintes budgétaires

qui ne lui permettent pas de créer un train univers similaire à une ville,

comme chez Lob,

pour livrer un récit mental où la psyché des protagonistes côtoie

une représentation intemporelle du monde.

L'ultra high tech militaire côtoie un salon de coiffure des années 50.

Tandis qu'un wagon voyageur qu'on croirait sorti de l'Orient Express

côtoie une boite de nuit qui n'aurait pas dépareillé dans un cyberpunk.

Visiblement conscient qu'il joue sur le terrain de l'irréel,

Bong Joon-ho se plait même à citer

l'un des plus célèbres représentants du film mental,

dont l'univers à priori incohérent dissimulait un sacré bordel dans l'esprit de son personnage.

attention tendez bien les oreilles.

On a connu des citations beaucoup moins subtiles que celle là.

Ainsi, Bong Joon Ho convoque une mise en scène symbolique

propre au cinéma et à la culture asiatique

qui joue davantage la carte de l'évocation et du symbole qu'en occident.

Ce qui nous amène à évoquer le climax

ou le parcours de Curtis prend tout son sens à travers sa confrontation avec Wilford

qui va lui révéler le côté factice de sa quête.

Une quête programmé d'avance et dans lequel Gilliam,

qui occupait une fonction similaire à Curtis par le passé

s'avère être un complice de Wilford.

Ce dernier reclus à la tête du wagon, programme la vie de chaque compartiment,

y compris les révoltes afin d'assurer l'équilibre et la stabilité

des dernier représentants de la race humaine.

Qu'il s'agisse du logo de sa compagnie,

de son compartiment ou des enfants travaillant pour lui,

tout renvoie à un mouvement cyclique,

telle une horlogerie bien huilée qu'il semble impossible d'arrêter.

Un élément qui n'a pas échapper au compositeur Marco Beltrami

dont le morceau « Axe Gang » évoque un compte à rebours.

Récapitulons.

On a une fausse révolte dans une société caricaturale et déshumanisée,

un meneur qui croit être libre de son destin mais en réalité pas du tout.

Le tout dirigé en sous main par le créateur de ce joyeux foutoir.

Et oui difficile de ne pas penser à Matrix Reloaded des Wachowski,

tant les similitudes sont frappantes,

au point qu'on pourrait s'amuser à superposer la scène de l'architecte

avec celle de Wilford.

Tiens bah on va le faire justement.

À l'instar des Wachowski,

ce qui taraude l'esprit de Bong Joon-ho sur Snowpiercer

c'est le libre arbitre et comment ce dernier peut s'exprimer

au sein d'une société simulacre d'elle même.

Cependant à contrario des soeurs Wachowski,

le cinéaste sud coréen propose clairement une note d'espoir dans son climax,

dans lequel le déraillement d'une machine passe par un retour à la solidarité,

mais surtout par les jeunes générations

comme en témoignent les derniers instants du long métrage.

Si Snowpiercer s'avère être une oeuvre aussi passionnante,

c'est parce ces éléments fonctionnent sur un registre ludique

qui permet de donner à l'ensemble une richesse insoupçonné,

que n'aurait sans doute pas permis une oeuvre

qui d'entrée de jeux aurait grillée toutes ses cartouches.

Ce qui intéresse le prodige sud coréen

c'est de transmettre un savoir universel et érudit sans renier ses origines populaires

à travers une oeuvre ludique et sensitive.

En cela la démarche de Bong Joon-ho se rapproche de deux autres génies contemporains

Edgar Wright et Juan Antonio Bayona.

Une démarche qui a dû également taper dans l'oeil des Wachowski

qui feront de Doona Bae, comédienne de Joon-ho,

une actrice récurrente de leurs oeuvres.

Bong Joon-ho quant à lui, emprunte aux soeurs Wachowski

leur responsable des SFX Dan Glass pour Okja.

Tout ça pour vous dire que Snowpiercer est une oeuvre plus subtile qu'elle n'y paraît,

aussi vivante et prenante qu'un train lancé à pleine vitesse.

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