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TED Talks in French, Comment vivre à 25 ans dans un monde... – Text to read

TED Talks in French, Comment vivre à 25 ans dans un monde qui meurt ? | Eliott SCHONFELD | TEDxNarbonne

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Comment vivre à 25 ans dans un monde qui meurt ? | Eliott SCHONFELD | TEDxNarbonne

Traducteur: Jade Mouquet Relecteur: Claire Ghyselen

J'ai eu la chance d'assister à mes propres funérailles.

C'était le 15 août 2016 en tout petit comité,

seulement avec mes parents qui voulaient quelque chose de...

quelque chose de simple, quelque chose de sobre.

Quelques jours avant ma mort, j'étais en Alaska

au-dessus du cercle polaire arctique

et ça faisait plus de deux semaines que je n'avais pas croisé une trace humaine.

Pas de route, pas de déchets, même pas un avion dans le ciel.

Rien.

Je suis seul.

Mais pas tout à fait :

les ours me tiennent compagnie et certains sont de véritables voyous.

Vidéo : (Bruit du vent) Voix-off : Hee, haaaaa, haaaaaaa.

Hee, haaaaaa.

Hee, haaaa.

(Clappement dans les mains)

Oh, oh, oh, oh, aaaaaah.

Aaaah, aaaah, oh, oh, oh, oh.

(Clappement dans les mains)

Oh, oh, oh, oh, oh.

J'ai rendez-vous sur mon téléphone satellite avec mon père et ma mère.

Sauf que j'oublie de les appeler

et ils en concluent donc que je suis mort.

(Rires)

Et logiquement, comme quiconque ferait,

ils se mettent à écrire le discours de mes funérailles.

Alors, l'ironie de cette histoire,

c'est qu'au même moment où mes parents pleuraient mon être

qui s'était vaillamment battu contre un ours à main nues,

tout de même,

je suis tombé sur une mine abandonnée

et j'étais en train de m'empiffrer joyeusement

de conserves périmées pendant mes parents écrivaient leur discours.

Quelques semaines après, je rentre à Paris

et mon père me lit son texte.

Il s'interroge sur la vie d'Achille, le héros grec,

qui a choisi une vie courte mais glorieuse,

plutôt qu'une existence longue mais sans éclat.

Il se demande s'il a eu raison de vivre comme ça, Achille.

Si j'ai eu raison de vivre comme ça,

moi, Eliott, le mort.

Mais revenons quelques années en arrière.

J'ai 20 ans, je suis fatigué d'être assis

et je décide de quitter ma classe de maths sup pour l'Australie.

Comme beaucoup de jeunes de mon âge,

je ne sais pas bien quoi faire de ma vie,

je suis un peu perdu

et je me dis simplement qu'un voyage me remettra les idées en place.

En fait, ça a fait exploser mes idées.

Par accident, je me retrouve plusieurs jours dans une forêt tropicale

avec un paquet de pâtes pour seules vivres.

Pour la première fois, je découvre la solitude, le silence, l'espace,

la lenteur de la marche

et la vie avec les autres animaux.

Je découvre aussi que bouffer des pâtes crues pendant une semaine,

c'est pas du tout recommandable et je ne vous le recommande pas,

mais...

je suis tellement ébloui

par cette expérience dans la nature sauvage

que je décide d'en faire mon métier.

Voilà, je serai donc explorateur.

L'année suivante,

moi, jeune banlieusard de Seine-Saint-Denis,

j'atterris à 22 ans en pleine steppe mongole.

Les choses font que je tombe sur un cheval

complètement instable et probablement schizophrène,

ravi de me foutre des coups de sabot dès qu'il en a l'occasion.

(Vidéo) Oh, Oooh.

Oh, oooh, oh, ooooh

Oh, oooh, oh, ooooh

Shhhhut, ooh

Shhhhut, shut.

Ooooh.

Grâce aux nomades,

je découvre un mode de vie

totalement autonome.

Ils fabriquent des cordes avec la crinière de leurs chevaux,

des pulls avec la laine de leurs moutons,

du fromage,

de la crème, et même de l'alcool

avec le lait de leur bétail.

À ma grande surprise,

ils passent des journées entières à ramasser des bouses de yak.

Au début, j'étais un peu surpris.

Je ne comprenais pas bien pourquoi ils en faisaient collection.

Je me suis dit que c'était une autre culture.

(Rires)

Puis j'ai fini par comprendre

que la merde de yak est un excellent combustible

pour se chauffer et pour cuisiner.

J'apprends aussi - et ça, c'est important -

que s'humecter délicatement le visage

avec l'urine d'une grand-mère

permet de faire baisser la fièvre de manière drastique,

et pour ça, en fait, j'ai décidé de les croire sur parole.

(Rires)

Les nomades m'expliquent des choses fondamentales

qu'on oublie quand on vit en ville.

En fait, je réalise que,

à force d'être entouré depuis ma naissance

par des magasins remplis de vêtements, de nourriture,

par des gros bâtiments, par du béton,

que je suis complètement coupé de l'origine des choses.

Je finis ce voyage plein d'énergie, plein d'enthousiasme,

je commence à m'intéresser de loin à l'écologie,

et je fais [preuve] d'un optimisme un peu niais.

Je me dis qu'un peu de bonne volonté, quelques éoliennes

et des poubelles multicolores

résoudront le problème.

Changer le monde est la moindre des ambitions,

tout est possible.

Tout est possible...

De retour à Paris après trois mois dans la nature,

la rupture est brutale.

Pour la première fois,

je prends conscience que la civilisation est une bulle

où l'homme se croit maître et possesseur de la nature.

Le problème me saute à la gueule.

L'homme appartient à la nature et il l'a oublié.

Je découvre la réalité du monde :

premier choc.

À 23 ans, direction l'Alaska.

Cette fois-ci, je ne pars plus pour sauver le monde mais pour le fuir.

J'ai une intuition un peu floue mais très puissante qui grandit en moi :

en fait, je pense que

nos sociétés sont folles

et que le monde court à la catastrophe.

Dans mon carnet de voyage, j'écris :

« Je vois la civilisation

comme une feuille qui vient de se détacher de sa branche.

Elle virevolte, elle croit voler, elle se croit libre,

affranchie de son socle,

puis elle s'écrase sur le sol

et s'aperçoit que depuis tout ce temps,

elle était déjà morte. »

De retour à Paris, je m'intéresse d'un peu plus près à l'état de la planète.

Je lis des rapports scientifiques.

60% des animaux sauvages exterminés en 40 ans.

80% des insectes européens exterminés en 30 ans.

200 espèces exterminées chaque jour.

La pollution, la déforestation, les océans qui se vident,

la fonte des glaces, l'exploitation démente des ressources naturelles.

Livre après livre,

article après article,

je découvre que le vivant,

ce qui rend notre planète unique dans tout l'univers,

meurt.

Et il meurt de plus en plus vite.

En fait, je réalise qu'on est tous dans un avion, en première classe,

que le champagne coule à flots,

que les mets les plus exquis sont servis en abondance,

tout le monde fait la fête,

convaincu de vivre une époque formidable.

Le seul problème, c'est que l'avion est en train de se crasher

et que personne ne regarde par le hublot.

Second choc,

et beaucoup plus brutal, celui-là.

Je finis par être convaincu qu'on se dirige droit vers la fin du monde,

que l'humanité disparaîtra en emportant avec elle une immense partie du vivant.

Le pire, c'est que plus la science nous apporte les preuves de la catastrophe,

plus la destruction s'accélère.

Alors mon optimisme fait place

à un désespoir total.

L'année suivante, je repars en expédition

pour traverser la chaîne de l'Himalaya à pied.

C'est le moyen pour moi de reprendre des forces.

Ça me permet de tenir, de me calmer.

Pour ce voyage,

je décide de me séparer de tous les objets industriels de mon sac à dos

et de les remplacer par la nature.

Pendant quatre mois, je marche seul dans les montagnes.

Je suis accompagné par ce beau petit cheval blanc que je nomme Robert

et qui s'avère bien plus équilibré et sympathique

que l'autre taré qui m'avait accompagné en Mongolie.

(Rires)

Je rencontre les nomades tibétains

et les derniers chasseurs-cueilleurs d'Asie.

Ces rencontres me redonnent foi en l'homme.

Elles me rappellent qu'il existe des humains

capables de vivre en harmonie avec la nature,

qu'une vie sans détruire toutes les autres est possible.

En ville, je deviens vite misanthrope.

Dans la nature,

ces rares rencontres me font aimer les hommes.

La solitude est la plus grande des humanistes.

Je finis ce voyage avec un sac tissé en bambou,

deux peaux de chèvre en guise de manteau.

J'arrive même à me séparer de ma tente en dormant dans des grottes.

Et pour la première fois de ma vie, je parviens à faire du feu par friction.

Je me sens libre, apaisé,

comme si j'avais retrouvé un équilibre sur la crête des montagnes.

Je remplis mes poumons d'oxygène

pour pouvoir tenir en apnée à mon retour,

avant de repartir.

En fait, c'est en ville que je survis

et dans le sauvage que je vis pleinement.

De retour à Paris,

je reprends ma double vie,

ce perpétuel décalage entre la partie de mon cerveau

qui sait que tout empire de jour en jour,

et l'autre qui va boire des coups avec ses potes

et qui essaie de vivre en société sans trop se faire remarquer.

Et là, figurez-vous que ces braves gens de TEDxNarbonne me contactent

pour me proposer une conférence.

Alors, j'ai tout de suite pensé

à une introduction superbe, un truc inspirant,

un message d'espoir, je dirais,

qui faisait quelque chose comme :

« On va tous crever,

TEDx ou pas TEDx, ça ne sert strictement à rien. »

(Rires)

« Mais à rien du tout, quoi. »

Et bizarrement, les organisateurs n'ont pas été si emballés que ça par cette idée.

(Rires)

Donc j'essaie de creuser un peu.

Qu'est-ce que je fais ?

Pourquoi je le fais ?

En fait, la question que je me pose pour la première fois,

c'est :

Comment vivre à 25 ans dans un monde qui meurt ?

Je réalise que je vais dans la nature comme si j'allais sur une autre planète.

Plus aucun lien entre la vie que je mène ici à Paris

et là-bas, sur la planète sauvage.

Rien ne passe entre les deux mondes.

J'ai fermé la porte.

Je ressens un sentiment d'urgence.

Je cherche des réponses,

et je rencontre des gens

qui sont conscients de la situation.

Je découvre que je ne suis pas seul et...

et ça me fait un bien fou.

Malgré leur connaissance de la situation,

ils veulent se battre,

résister, construire l'avenir -

des choses qui me paraissaient

complètement farfelues encore très récemment.

Il y a trois mois, en août dernier,

je repars en expédition pour traverser

la jungle amazonienne.

Alors, l'objectif est toujours le même :

me séparer de tous les objets de mon sac à dos.

Tout ne s'est pas passé comme prévu.

Je me fais arrêter par les gendarmes,

ils m'apprennent que cette zone de la jungle est interdite.

J'ai donc trois options :

Un, eh bien, passer le barrage sans me faire repérer,

deux, changer d'itinéraire, ou trois, rentrer à Paris.

Je choisis de changer d'itinéraire

et la veille de mon nouveau départ, je me réveille en sursaut

et je vois un homme partir en courant avec toutes mes affaires dans ses mains.

Je me retrouve donc à poil,

dans la jungle,

sans rien.

Moi qui voulais me déposséder de toutes les affaires de mon sac à dos,

je pense qu'on peut dire

que cette expédition est une véritable réussite.

(Rires)

Et le lendemain,

je me rends compte que le lieu où j'ai installé mon hamac

s'appelle « Le Terminus ».

(Rires)

Ça s'appelait vraiment « Le Terminus ».

Quand on finit nu,

en pleine nuit, dans la jungle amazonienne,

c'est en général un bon moyen pour se remettre en question,

pour faire un petit point sur sa vie, quoi.

(Rires)

Et c'est ce que j'ai fait.

Je suis obligé de rentrer prématurément.

Qu'est-ce que ça signifie ?

Peut-être que c'est l'occasion

de réunir ces deux mondes,

ou plutôt ces deux moi,

celui qui survit en ville et [celui] qui vit dans la nature,

et je crois que c'est ça.

Il faut que j'arrive

à vivre aussi quand je suis de retour dans la civilisation,

que je fasse preuve de la même énergie, de la même combativité,

de la même envie qu'en expédition.

Que le voyage continue à mon retour.

Je ne veux plus fuir ni oublier le réel,

il est temps que je lui fasse face.

En fait, cet échec

m'a permis de venir à bout d'une expédition bien plus difficile

qui durait depuis des années maintenant,

un genre d'expédition intérieure.

Prendre la mesure de la catastrophe m'a assommé,

puis désespéré,

et finalement elle me remet en capacité d'agir.

Souvenez-vous du jour de mes funérailles en Alaska

et du discours de mon père

sur la vie brève et excitante d'Achille que j'aurais mené.

Pour lui répondre,

si je pars dans la nature, c'est pour vivre sobrement,

loin de l'excitation et de la démesure de la civilisation.

C'est elle qui a choisi de mener une vie brève et excitante comme Achille.

Mais j'ai bien l'impression que la réalité nous rattrape

et qu'on arrive à la fin de cette brève grandeur.

Mais alors bordel, on n'a toujours pas répondu à la question

« Comment vivre à 25 ans dans un monde qui meurt ? »

Est-ce que vous pensez que la solution est d'aller sur une autre planète ?

Eh bien moi, je pense

qu'on vit déjà

comme si on vivait sur une autre planète.

Alors je préfère revenir sur Terre

et défendre ce qu'il reste à défendre.

La bonne nouvelle,

c'est que quelque chose d'immense se bat à nos côtés.

C'est l'ensemble du vivant qui veut désespérément vivre.

C'est la minuscule racine qui s'attaque au plus grand des barrages,

la fleur qui pousse sur le trottoir,

l'orang-outan s'attaquant aux pelleteuses qui dévastent son territoire,

les zadistes qui défendent la vie sauvage

à Notre-Dame-des-Landes et ailleurs.

Tous ces êtres

luttent de toutes leurs forces contre l'effondrement.

Tous veulent respirer, tous veulent pousser, tous veulent vivre.

J'ai appris récemment

que le mot « courage » vient du mot « cœur ».

Comme le dit Derrick Jensen,

l'élément vital du courage est bien sûr l'amour,

et nous avons besoin de tout le courage dont le cœur humain est capable

pour défendre ce qu'il reste de cette planète.

Il ne manque plus que la résistance humaine

pour mettre fin à cette destruction qui dure depuis trop longtemps.

La Terre entière résiste.

Tous les êtres vivants résistent.

Ils sont dans notre camp,

et nous n'avons qu'à les rejoindre.

Au travail !

(Applaudissements)

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