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Acmaq.1 La secret de la vieille Madouesse-Diane Carmel Lege… – 読むためのテキスト

Acmaq.1 La secret de la vieille Madouesse-Diane Carmel Leger, Chapitre 6 - Ti-Grisou

フランス語の の読み練習用レッスン

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Chapitre 6 - Ti-Grisou

Chapitre 6

Ti-Grisou

Même si les Détraqués sont isolés l'un de l'autre en classe et même s'ils sont en punition aux récréations, Benoît n'arrive pas à se concentrer. Il ne pense qu'au secret de Madouesse.

À la sortie des classes, Benoît évite encore Dan et Éric en se rendant chez sa grand-tante. Elle l'attend sur la galerie avec une autre collation que Benoît n'aurait jamais choisie, des biscuits à l'avoine avec des noix et des raisins.

— Te voilà enfin. Viens manger ces biscuits que je viens de faire. Je vais nous chercher du lait.

Benoît savoure une bouchée toute chaude. La vieille Madouesse dépose deux verres de lait sur la table.

— C'est vraiment bon, dit-il en toute sincérité.

Elle lui sourit, jette un regard autour du voisinage et lui parle tout bas.

— Prêt pour mon secret ?

La bouche pleine, Benoît lève le pouce d'une main en poing.

— Ma famille avait une ferme sur le bord de la rivière Petitcodiac quand j'étais jeune. Notre chère mère y est décédée. Ce fut la fin de mon enfance.

La mine assombrie, Madouesse fait une pause avant de poursuivre.

— Du jour au lendemain à l'âge de onze ans, je suis devenue comme une mère pour mes petits frères. Notre père ne pouvait pas s'occuper de nous.

Gentiment, Benoît informe sa grand-tante :

— Mon père m'a dit que si ce n'était pas de vous, mon grand-père et mon grand-oncle auraient été envoyés à l'orphelinat.

— C'est vrai. Je voulais absolument sauver Claude et Édouard de l'orphelinat, même s'il fallait que je fasse la majorité des tâches à la maison, car notre père travaillait du matin au soir, sept jours par semaine à la ferme. Même avec un peu d'aide de mes frères et de la voisine, je manquais au moins deux jours d'école par semaine. Les tâches domestiques étaient plus laborieuses en ces temps-là, il n'y avait pas les appareils électroménagers d'aujourd'hui. Je faisais notre pain, notre beurre et notre savon. Je raccommodais même les trous dans les chaussettes, ce qu'on ne fait plus de nos jours.

Madouesse prend une grande inspiration.

— J'aimais beaucoup l'école et ça me faisait tellement de la peine de manquer des jours de classe. Mais j'avais tout juste évité l'orphelinat moi-même. Là, mes petits frères auraient été séparés de moi. À l'orphelinat, les garçons et les filles ne pouvaient pas rester ensemble.

— C'est triste.

— Après la mort de notre mère, notre père a changé. Il est devenu très dur envers nous. Il était en deuil de sa femme, mais il oubliait que nous étions en deuil de notre mère. Il nous disputait et nous punissait pour des riens.

Un soir, alors que mon père venait de critiquer le souper que j'avais préparé, j'ai perdu patience. Mais au lieu de me fâcher contre mon bourreau de père, je m'en suis pris à mon petit frère, ton grand-père. Claude n'avait que cinq ans et il n'avait rien fait de mal, sauf gigoter sur sa chaise. Quand je l'ai grondé, il a éclaté en sanglots.

Pleine de remords, je l'ai serré dans mes bras et je lui ai demandé pardon, mais il continuait à pleurer. Mon père lui a crié d'arrêter et Claude a crié « Maman ! » Mon coeur s'est cassé. Je suis sortie de la maison pour ne pas pleurer devant mes frères.

Ça leur aurait causé plus de peine. Fallait que je me montre forte pour les petits. Comprends-tu ?

Benoît songe à la récente chicane entre son père et sa mère. Au début de leur argument, il amena sa petite soeur jouer au fond de la cour. Il ne voulait pas qu'Emma les entende et loin de la querelle, il pouvait mieux se retenir de pleurer lui-même.

— Oui, je comprends, dit-il.

— Je n'en pouvais plus d'entendre mon père disputer mon pauvre petit frère. Puis quand Édouard a commencé à pleurer aussi, j'ai couru jusqu'à l'aboiteau des Boudreau. À mi-chemin dans le sentier de la levée, j'ai fondu en larmes. Je suis descendue sur la digue pour me cacher dans l'herbe haute et j'ai pleuré aussi fort que mes frères. Quand toutes mes larmes furent versées, j'ai ouvert les yeux. J'étais entourée d'un brouillard dense.

Désorientée, je me demandais quelle direction prendre pour m'en aller lorsque j'ai entendu pleurer. Pensant qu'un de mes frères m'avait suivi, je me suis avancé dans la brume vers le son des pleurs comme une aveugle.

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Je discernai une petite silhouette grisâtre accroupie sur la berge de la rivière ! Je n'en croyais pas mes yeux. C'était un être humain minuscule, d'une trentaine de centimètres en hauteur, enveloppé d'une cape grise à capuchon qui cachait son visage !

Tout doucement, j'ai continué de m'approcher et le petit continuait à sangloter sans me voir ni m'entendre.

Ne voulant pas le perdre de vue, je n'ai pas regardé où je posais le pied et j'ai calé dans la vase gluante de la berge. J'ai eu beau essayer de me déprendre sans faire de bruit, mes flicflacs dans la vase l'ont alerté. Il s'est enfui, la cape au vent.

Une fois libérée de la vase, ce fut impossible de trouver le petit dans la brume. Je me suis dit que mes larmes avaient dû embrouiller ma vue et que c'était probablement un petit animal qui ressemblait à un homme. D'ailleurs, nos ancêtres appelaient les marmottes des « bonshommes couèches ».

— Bonshommes couèches ?

— C'est une variante du mot « marmotte » en langue mi'kmaq. Dans ma jeunesse, on les appelait aussi des siffleux parce qu'ils sifflent. Où est-ce que j'étais rendue ? Ah oui, la preuve. En frottant mes souliers sur l'herbe pour enlever la vase, mes pieds ont cogné des pierres étranges. À ma grande surprise, j'ai découvert que ce n'étaient pas des pierres, mais des sabots minuscules !

— Nous avons vu la même chose ! s'étonne Benoît. Un petit bonhomme vêtu d'une cape grise à capuchon qui courait près d'une digue.

— Et c'était aussi dans un brouillard épais, précise Madouesse.

— Et le bonhomme est apparu quand nous pleurions, renchérit-il.

— Toi aussi, tu pleurais ? Pourquoi ? demande-t-elle doucement.

Les petits yeux bruns de sa grand-tante émanent tellement de sympathie que Benoît décide de lui faire confiance.

— Parce que mon père n'a plus de temps pour moi.

Benoît n'ose pas dire que ses parents se chicanent trop. Il avale sa salive.

— Puis… Je suis gros, je n'ai pas d'amis et je ne me ferai jamais accepter ici.

Madouesse attend un moment avant de lui adresser la parole.

— Ce qui semble te déranger le plus, c'est l'absence de ton père. Sois patient, Benoît. C'est normal que son nouvel emploi lui demande plus de temps la première année. Il passera plus de temps avec toi quand il le pourra, car il t'aime beaucoup. Tu es chanceux d'avoir un bon père.

Benoît se dit qu'elle venait de lui parler, non pas comme une vieille institutrice stricte, mais comme une bonne tante qui veut le réconforter.

Elle sonde le visage triste de Benoît.

— Aujourd'hui, ta tâche est de me montrer où tu as vu notre petit bonhomme.

Benoît lui sourit, malgré son chagrin. Son père avait raison, sa tante n'est pas mal du tout.

*

À quelques kilomètres de sa maison, Madouesse gare sa voiture en bordure du marais. À pied, ils empruntent le sentier de la digue qui longe la rivière serpentine de Memramcook. Un vent doux fait onduler l'herbe du marais comme des vagues dans une mer verte à perte de vue.

— Avant l'invention des VTT, je marchais souvent sur les levées en gardant espoir d'épier le lutin à cape grise. Je ne l'ai jamais revu.

— Pensiez-vous qu'il avait quitté les lieux ou qu'il était mort ?

— Oui. Au fil des ans, j'ai fait des recherches sur les lutins dans le folklore acadien. J'ai seulement trouvé des anecdotes sur des lutins voleurs de chevaux. Il paraît que les matins où les Acadiens trouvaient leurs chevaux en sueur avec la crinière nouée, on disait que des lutins auraient fait ces noeuds pour s'agripper au cheval et parcourir de grandes distances pendant la nuit.

— Pensez-vous que notre petit être gris est une espèce de lutin aux oreilles pointues comme dans les contes de fées ?

— Probablement. Son capuchon aurait pu cacher des oreilles pointues.

— Il doit être très vieux si vous l'avez vu dans votre enfance.

Aussitôt dit, Benoît regrette sa phrase. C'est la deuxième fois qu'il fait référence à l'âge avancé de sa grand-tante.

Néanmoins, Madouesse rit.

— Peut-être qu'il est même plus ancien que moi. Selon un livre sur les lutins en France, ils commencent seulement à vieillir à trois cents ans ! Mais c'est sûrement une exagération.

*

Sur les lieux de l'accident, Benoît reconnaît les barres de terre brune et l'herbe aplatie où le VTT a glissé.

— C'est ici que j'ai pris le fossé. La brume était si épaisse que je voyais moins d'un mètre devant moi. Quand le petit bonhomme est apparu devant mes roues, il s'en venait du bord de la rivière pour traverser la levée.

Madouesse scrute les alentours.

— Notre bonhomme se promène joliment loin sur ses petites jambes. Moi, je l'ai vu près de la rivière Petitcodiac et toi, tu l'as vu des kilomètres plus loin près de la rivière Memramcook. Où se niche bien notre lutin ? Puis, était-il réellement habillé en gris ou est-ce l'effet de la brume ?

Supposément, les lutins portent plus souvent le rouge et le vert. Dommage. Un bonnet rouge serait plus facile à voir !

Benoît s'aperçoit qu'elle ne pense pas au temps qui passe.

— Ma mère doit rentrer du travail bientôt et nous avons un bout à marcher avant de nous rendre à la voiture.

— Mon doux ! T'as raison. Dépêchons-nous !

Madouesse tourne les talons et marche si vite que Benoît peut à peine la suivre.

Dans l'auto, elle se confie.

— Benoît, je ne voulais pas te parler du plan qui m'est venu à l'idée plus tôt, au cas où des petites oreilles pointues seraient à l'écoute. J'ai déduit que sans un brouillard pour le camoufler, notre lutin restera caché. Le premier jour brumeux, nous lui tendrons un piège !

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