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Acmaq.1 La secret de la vieille Madouesse-Diane Carmel Lege… – 読むためのテキスト

Acmaq.1 La secret de la vieille Madouesse-Diane Carmel Leger, Chapitre 23 - Le rêve triplé

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Chapitre 23 - Le rêve triplé

Chapitre 23

Le rêve triplé

Par une journée de pluie, Benoît attend debout à la porte, sur la galerie chez sa grand-tante, anxieux pour des nouvelles des Acmaq et de la créature. Lorsque Madouesse lui ouvre la porte, l'arôme délicieux de pommes au four se rend jusqu'à Benoît. Malgré qu'il a l'eau à la bouche, il s'informe des Acmaq.

— Les avez-vous vus, ma tante ?

-Non. Je me suis même promenée jusqu'aux peupliers avant la pluie. Pas d'Acmaq. Ni de siffleux ni de mulot ni de mouffette.

Un plateau de pâtisseries est sur la table. Chaque pâtisserie est une boule grosse comme un pamplemousse et sur le faîte de sa croûte dorée, il y a un trou d'où s'échappe la vapeur.

— Ça sent très bon. C'est quoi ?

— Des poutines à trou, une gâterie pour nous réconforter. Elles sont aux pommes, raisins et pommes de pré.

— Pommes de pré ?

— Des canneberges. Tiens, dit-elle en glissant une pâtisserie sur une assiette. Essaye celle-ci. Verse un peu de sirop d'érable dessus.

Benoît déguste sa première bouchée de poutine à trou baignant dans le sirop.

— C'est super bon, ma tante !

— Faut se gâter de temps en temps.

Pendant qu'il mange sa poutine à trou sucrée, elle lui annonce une nouvelle amère.

— Aujourd'hui, faut que tu m'accompagnes chez Luc et que tu passes du temps avec Zoé, afin que je puisse parler à Luc seul. Ton père est d'accord.

Benoît avale difficilement cette nouvelle.

Elle ne pense pas au grand risque que Zoé découvre notre secret !

— Vous allez accueillir Zoé ?

— Benoît, mon ancien élève est dans la misère et Luc n'a personne pour l'aider tout de suite. S'il accepte mon offre, Zoé nous rejoindra demain.

— Demain ! s'indigne Benoît, ne pouvant plus retenir ses émotions. Mais ma tante, comment pouvons-nous aider les Acmaq sans qu'elle s'en aperçoive ?

— Ne t'en fais pas. C'est seulement jusqu'à la fin juin. Je sais comment lui cacher notre secret, tout en étant disponibles pour aider les Acmaq. Après tes devoirs, rejoins-moi en haut et je t'en parlerai.

Cela dit, elle monte à l'étage.

Benoît aimerait remettre sa préparation pour un examen pour quand il sera chez lui, afin de passer plus de temps seul avec sa grand-tante, mais il n'ose pas la contrarier. Il étudie en sautant des pages, dans l'espoir que Madouesse ne lui pose pas de questions sur le sujet. Un grincement de freins fait sursauter Benoît. Il court à la fenêtre. Devant la voiture arrêtée dans la rue, une marmotte se relève et se jette dans le fossé. La voiture redémarre, puis l'animal s'enfuit derrière la grange, en boitant.

Madouesse descend l'escalier.

— J'ai tout vu, Benoît. Mettons nos imperméables.

Sous la pluie drue, ils font le tour de la grange, mais ils ne voient rien.

— Le siffleux est peut-être entré par un trou sous la grange, conclut Madouesse.

Ils entrent dans la grange, mais ils ne voient pas de marmotte.

— Vital ? appelle Benoît.

— Icitte, répond une petite voix haletante dans l'obscurité.

Vital sort de l'arrière de vieilles caisses en bois et Benoît voit du sang sur son pantalon.

— Vous êtes blessé !

— J'ai yinque cogné ma jambe sur le pavé en évitant le char.

— Vous êtes chanceux que le char ne vous a pas transformé en crêpe, affirme Madouesse.

Benoît voit bien que Vital est angoissé et n'ose rien dire.

— Ma mère a bâsi ! Nos meilleurs émoyeux n'ont point trouvé de trace !

— Oh non ! Dame Nadège a disparu ! Mon doux de la vie ! s'exclame Madouesse.

— Quand et comment est-ce que c'est arrivé ? demande Benoît.

— Samedi soir, après avoir discuté longuement du grand voyage à Chipoudie et de l'étrange créature, tout le monde a décidé de dormir au campement de pêche.

Le lendemain matin, Pépére Gabi et mes grands-oncles nous ont annoncé qu'ils ont eu un rêve triplé ! Quand ils ont conté leur rêve, ma mère n'a point accepté le message du rêve et elle ne voulait point que les autres l'acceptent non plus. Oncle Geoffroi et ma mère se sont ostinés jusqu'à ce qu'elle braille. Là, ma mère s'est enfuie au logis du petit aboiteau de l'Anse-des-Cormier. J'voulais l'accompagner, mais les Aînés m'ont dit qu'il fallait lui donner du temps pour réfléchir.

Quand je suis rentré au logis l'après-midi, ma mère n'y était point. Ce n'est point la première fois qu'elle bâsit pour un couple de jours. Les émoyeux continuent de la chercher partout dans le domaine. S'ils ne la trouvent point aujourd'hui, on espère que vous nous ramènerez traveler en char pour chercher plus loin.

— Racontez-nous donc le rêve triplé pour savoir où chercher, suggère Madouesse.

Vital hésite.

— D'accoutume, c'est seulement les Acmaq qui ont eu le rêve partagé qui doivent le raconter. Mais dans ce cas d'urgence, j'pense que les Aînés me permettraient de vous en parler. Le rêve disait que tous les Acmaq du domaine de Memramcook doivent déménager au vieux logis des frères fondateurs.

— Qui sont les frères fondateurs ? interroge Benoît.

— Pépére Gabi, mes grands-oncles, Gui, Geoffroi et le regretté Grégo.

— Qu'est-ce qu'il y a de mal à déménager tous ensemble dans ce foyer ancestral ? demande Madouesse.

— C'est au vieux logis que nous avons vécu notre plus grande tragédie. Ce grand logis est abandonné depuis le jour le plus terrible de notre histoire, dit Vital en secouant sa tête. Cet endroit est encore plus troublant pour ma mère.

— Expliquez-nous pourquoi, s'il te plaît, supplie Madouesse. Peut-être que ça pourrait nous aider à la trouver.

— Une cinquantaine d'années passées, ma mère a organisé le mariage de ma soeur Véronique et son promis Sylvère, le petit-fils d'Oncle Geoffroi. Avant la barre du jour, les fiancés et la parenté devaient se rencontrer dans le pré de Saint— Joseph. Ensemble, ils devaient faire la procession vers le vieux logis, l'autre bord de la rivière.

Les Aînés trouvaient que c'était trop risqué de rassembler autant d'Acmaq à cet endroit, même dans la brume matinale. Malgré ce danger, ma mère insistait sur ses plans pour en faire le plus grand et le plus beau mariage jamais vu pour sa fille. Elle a réussi à convaincre tout le clan, même mon oncle Geoffroi de suivre ses plans grandioses.

La voix de Vital craque. Il fait une pause avant de continuer.

— Mon père Mathias, puis mes soeurs Véronique et Vénérande partirent à la rencontre de Sylvère, sa soeur Sara, nos autres cousines, nos tantes et nos oncles, tous en route.

Pendant ce temps, au grand hall du vieux logis, ma mère, mes frères, mes cousins et moi achevions les décorations. Fallait accrocher les guirlandes de fleurs, juste avant l'arrivée de la procession des futurs mariés, pour que les fleurs ne soient point fanées pendant la grande cérémonie. Tous les Aînés attendaient dans la salle pour accueillir les mariés et leur cortège lorsqu'on a entendu l'explosion l'autre bord de la rivière.

Sans que nous le sachions, c'était aussi le jour que des êtres humains détonaient la dynamite dans le pré de Saint-Joseph pour changer le cours de la rivière Memramcook !

— Je m'en souviens. Ils ont fait ça pour remplacer le vieux pont par le pont-chaussée, dit Madouesse.

— J'étais un des premiers arrivés sur les lieux, dit Vital en se fermant les yeux un moment. Il y avait des montains de vase. Nous avons trouvé des mottes de pré avec quelques taches de sang d'animaux ou d'Acmaq. Il ne restait rien de mon père, mes deux soeurs, mon cousin, toutes mes cousines, toutes mes tantes et tous mes oncles.

— Ah ! Mon doux de la vie, Vital. Quelle horrible tragédie ! murmure Madouesse.

Benoît essaye d'imaginer la douleur que Vital et ses proches ont dû ressentir.

Vital est sur le point de pleurer, mais il se reprend.

— Lorsque ma mère arriva sur les lieux, elle s'est mise à hucher que c'était de sa faute. Elle cherchait mes soeurs et mon père et s'éreintait à soulever des mottes de pré et de vase partout où elle croyait voir une tache de sang.

Les larmes ruissèlent sur ses petites joues d'Acmaq. Benoît met sa main sur la toute petite épaule jusqu'à ce que Vital retrouve la force de continuer son récit.

— C'est à ce moment-là que ma mère a perdu la raison et n'a point parlé pour des mois. Elle a porté ses hardes de deuil pendant trois ans. Au fil des années, elle s'est plus ou moins remise, mais elle n'a jamais regagné sa joie de vivre. Jamais. Ses cauchemars tachés de sang la hantent toujours.

— Pauvre Dame Nadège, dit Madouesse. Astheure, je comprends pourquoi elle a horreur de la couleur rouge et qu'elle ne veuille pas retourner au vieux logis.

— On a perdu toute la génération des bicentenaires, sauf ma pauvre mère, et aussi toutes les filles de ma génération. L'âge de se marier et de fonder une famille est d'environ cent ans. Alors ma mère se blâme pour la mort de nos bien-aimés et pour la fin de notre clan.

— Très désolé pour vous, dit Benoît.

— Pourquoi pensez-vous que vous devez retourner au vieux logis ? demande Madouesse gentiment.

— Je ne le sais point. Les Aînés n'y comprennent rien non plus. Ils supposent qu'ils le sauront lorsqu'ils y déménageront. Malgré la tristesse que cela peut nous causer, nous allons y retourner. Astheure, avez-vous des idées où trouver ma mère ?

Benoît et sa grand-tante secouent la tête que non.

— D'après ce que vous venez de nous dire, je ne peux pas deviner où elle a pu fuir, avoue Madouesse. Vital, nous allons vous aider, c'est certain, mais ça va être un peu compliqué. C'est fort possible que Zoé, une copine de classe de Benoît, vienne rester avec nous pendant ce mois.

— Mais cette fille va nuire à notre recherche pour ma mère et à notre quête !

— Ne craignez pas, Vital. On s'arrangera pour que Zoé ne vous voie pas, et qu'elle ne nuise pas à la recherche de Dame Nadège ni à notre quête.

Vital est d'accord avec moi, ma tante et Zoé vont tout ruiner !

— Benoît, cache Vital dans une caisse et apporte-le dans la maison. Je vais vous montrer mon plan.

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