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Acmaq.1 La secret de la vieille Madouesse-Diane Carmel Lege… – 読むためのテキスト

Acmaq.1 La secret de la vieille Madouesse-Diane Carmel Leger, Chapitre 17 - Les témoins d'une tragédie

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Chapitre 17 - Les témoins d'une tragédie

Chapitre 17

Les témoins d'une tragédie

Au début du voyage, les Acmaq parlent tout bas entre eux. Les protecteurs ne peuvent pas distinguer les mots. Tout à coup, Madouesse et Benoît entendent un drôle de bruit. Benoît jette un coup d'oeil dans la boîte sur le plancher arrière. Les Acmaq font la sieste. Le seul mouvement est celui de la grosse moustache de Gui qui bouge avec ses ronflements.

Après une heure de route, Madouesse arrête sa voiture devant un kiosque d'information touristique au centre du village d'Hillsborough.

— Benoît, chuchote-t-elle, je vais à la toilette. Reste avec les Acmaq.

Elle laisse sa portière entrouverte pour ne pas les réveiller.

Lorsque Madeleine revient à la voiture, elle a des dépliants touristiques en main.

— Ceci peut t'aider avec ton projet, au cas où on manquerait de temps pour visiter les Rochers Hopewell comme il faut. Qui sait combien de temps notre quête à Chipoudie va prendre ?

Quand elle referme sa portière, les Acmaq se réveillent.

— On est à Chipoudie ? marmonne Gui.

— Pas encore, dit Benoît.

— Êtes-vous bien dans la boîte ? demande Madouesse.

— On doit aller au lieu, répond Gui.

— Ne vous inquiétez pas, nous serons bientôt à Chipoudie, affirme-t-elle.

— Point Chipoudie, « aller au lieu », comme aller à la bécosse. Pouvez-vous nous emmener près d'une levée, loin des logis ?

— Oh, la toilette ! On est tout près du chemin du marais.

Benoît sourit à lui-même.

On ne parle pas de ça dans les contes de fées !

Ils passent près des deux grandes tours de béton, le château imaginaire de la jeune Madeleine. Elle gare la voiture près d'une grande digue. Benoît sort ouvrir la portière arrière. Avec délicatesse, il soulève et dépose par terre un Acmaq à la fois, chacun léger comme un chaton.

Vital et Simon partent d'un bord. Gui et Lili partent de l'autre. Puis ils se dissimulent dans l'herbe du fossé.

— Moi aussi j'ai envie, ma tante.

Des petits sons bizarres viennent du bord de Lili et Gui.

— Ils sont en train de vomir. Le mal de route, affirme Madouesse.

Benoît file plus loin, hors de la vue de sa grand-tante assise au volant.

En retournant à la voiture, Benoît ne voit pas de Madouesse ni d'Acmaq.

— Ma tante ! Ma tante !

— On est l'autre bord de la levée, répond sa grand-tante, de loin.

Il monte sur la grande levée. Ils sont tous assis dans l'herbe face à la rivière. Le visage blême, Lili et Gui ne semblent pas tout à fait remis du mal de route.

— Ce marais est le champ où la bataille de la Petitcodiac a eu lieu, dit Madouesse.

Soupçonnant une leçon d'histoire, Benoît souhaite qu'elle soit brève pour qu'ils puissent se rendre à Chipoudie sans plus tarder.

— C'est ici, au Village-des-Blanchard qu'en 1755 le capitaine français Boishébert et ses hommes ont réussi à repousser les soldats anglais. Ceux-ci venaient d'incendier des villages acadiens le long de la Petitcodiac et de forcer des Acadiens à monter à bord de navires pour les déporter loin de l'Acadie. Mais les gens d'ici ont pu fuir.

— Je pensais que les Acadiens furent déportés aux États-Unis et qu'après la guerre, ils ont eu la permission de retourner en Acadie, dit Benoît.

— La plupart d'entre eux ont été déportés, dit Madouesse, mais des centaines d'Acadiens comme nos ancêtres se sont réfugiés en forêt pendant quatre ou cinq ans. Beaucoup sont morts de froid, de faim ou de maladie.

— L'histoire de nos ancêtres est très triste, ma tante.

Gui et Lili, toujours mal à l'aise, échangent un regard.

Madouesse continue sa leçon.

— Presque tous les établissements acadiens furent brûlés. Alors nous avons peu d'information, écrite ou autre, sur la vie des pauvres Acadiens de cette époque. On a surtout des faits militaires écrits par les soldats et les prêtres, puis quelques artéfacts. Nous ne connaîtrons jamais les histoires personnelles de ces familles éprouvées.

— Pardon, Madeleine, dit Gui, mais mon frère Grégoire fut tué lors de la bataille de la Petitcodiac, près de l'île des Jacques, dit-il en pointant du doigt un monticule de terre dans le marais. J'étais avec lui.

Madouesse et Benoît regardent Gui, hébétés.

— Ensemble, on a creusé des tunnels d'ici, dans le pré des Blanchard, jusqu'à l'île des Jacques. Nous avions hâte de construire nos logis de l'autre bord de l'île dans le pré des Léger. La vieille levée et nos tunnels doivent être embourrés dans cette levée reconstruite par des machines.

Les protecteurs ne trouvent toujours pas la parole.

— Pendant la bataille, j'étais coincé dans un tunnel. Après l'embuscade et les tueries, j'ai eu le grand malheur de trouver ce qui restait du corps de mon Grégo, à l'entrée du tunnel effondré.

Lili serre le bras de Gui et il continue son récit.

— Mon pauvre frère était fiancé avec Ludivine, la soeur de Lili.

— Ludie et Grégo s'aimaient beaucoup, ajoute Lili larmoyante.

Le couple échange un regard triste et Gui continue son récit.

— Capitaine Boishébert, ses soldats français et des guerriers malécites s'étaient cachés derrière les levées, pour surprendre les soldats anglais. Quelques jeunes cultivateurs acadiens, armés de fourches, se sont cachés à l'orée des bois pour défendre leurs familles en fuite dans la forêt.

Lili prend le relais de son époux.

— Vingt-quatre soldats anglais furent tués et onze furent blessés. Seulement un soldat français fut tué, mais trois Malécites furent blessés. Ce n'était pas glorieux pour eux de tuer autant d'ennemis, mais c'était leur seul moyen de protéger les familles acadiennes, résume Lili.

— Mon doux Gui ! Ç'a dû être terrible de trouver le corps de votre frère, dit Madouesse.

Une larme ruisselle sur la joue de Gui jusqu'à sa moustache.

— Mon frérot grégaire me manque toujours, dit-il d'une voix rauque. Ce jour-là, nous étions en route pour Chipoudie où nous allions faire la cour à nos promises, Lili et Ludie.

— J'ai perdu des membres de ma famille à Chipoudie en 1755. Tout comme les autres Acmaq, nous étions aussi témoins des tragédies infligées aux pauvres Acadiens, dit Lili, tristement.

Après un moment de silence respectueux, Madouesse prend la parole.

— Mais quel âge avez-vous ?

— J'ai 350 ans et Lili a 348 ans, révèle Gui.

Une fois de plus, les protecteurs sont abasourdis.

— Et les jeunes ? demande Benoît.

— Nous avons chacun nonante-sept ans, répond Vital.

— Mon doux de la vie ! Quatre-vingt-dix-sept ans ! s'exclame Madouesse en regardant Vital et Simon. Moi, j'ai soixante-dix ans. Je pensais que vous étiez de jeunes hommes, mais vous êtes plus vieux que moi !

— C'est quand même jeune pour un Acmaq, dit Simon.

— À l'âge de septante, vous n'êtes qu'une jeune poulette, Madeleine, taquine Gui.

— Moi, jeune ?

— Une jeune poulette ! répète Benoît avec un sourire taquin.

— Mon doux ! Je suis pas mal grisounnée pour être une jeune poulette !

Tous rient avec Madouesse, sauf Lili.

— Tu es très blême, Lili. Qu'est-ce qu'il y a, chérie ?

— Oh Gui, je pressens qu'il faut partir vers Chipoudie au plus vite.

— Allons-y tout de suite ! commande Madouesse. C'est moins d'une autre demi-heure de route.

Près de la voiture, Gui s'adresse à Benoît :

— Peux-tu nous mettre sur tes genoux ? Voir le paysage autour de Chipoudie pourrait nous aider. Il y a très longtemps que Lili et moi avons mis pied dans son domaine natal.

— Certainement.

Benoît place les Acmaq dans la boîte, il s'assoit sur le siège avant du passager et Madouesse dépose la boîte sur les genoux de son petit-neveu. Les Acmaq se mettent debout en s'agrippant au bord de la boîte, mais ils voient seulement le ciel et les nuages.

Benoît colle ses genoux ensemble et il hausse la boîte lentement afin que les Acmaq puissent mieux voir.

— Essayez de ne pas bouger lorsque nous rencontrerons des passants, leur prévient Madouesse. Comme ça, ils penseront que vous êtes des poupées.

— Ne vous chagrinez point des passants, Madeleine, dit Gui, ça fait depuis l'empremier qu'on se fait passer pour des catins et des statues.

Vital et Simon figent en prenant leur pose « catin », avec les sourcils en arc, les yeux écarquillés et un sourire de clown, ce qui fait ricaner les autres malgré leur quête urgente.

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