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Acmaq.1 La secret de la vieille Madouesse-Diane Carmel Lege… – 読むためのテキスト

Acmaq.1 La secret de la vieille Madouesse-Diane Carmel Leger, Chapitre 16 - Les logis de la Petitcodiac

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Chapitre 16 - Les logis de la Petitcodiac

Chapitre 16

Les logis de la Petitcodiac

— Benoît ! Réveille-toi !

En ouvrant les yeux, Benoît est désorienté dans la pénombre. Lorsqu'il discerne l'ancienne penderie sous la pente du plafond, il réalise qu'il est chez Madouesse. Il sourit en se souvenant de la veille.

Le prétexte pour notre voyage à Chipoudie était facile à trouver. J'ai choisi les Rochers Hopewell pour mon projet de Sciences humaines. Vrai. Ma tante a dit à mes parents qu'il y a longtemps depuis sa dernière visite au Centre Éducatif des Rochers Hopewell et que ça lui ferait plaisir d'y aller avec moi.

Vrai. Puis ma tante a insisté auprès de mes parents pour que je dorme chez elle, afin de ne pas les réveiller tôt le samedi. Vrai. Alors nous n'avons pas exactement menti…

À moitié éveillé, Benoît descend à la cuisine, où sa grand-tante prépare des crêpes.

— Des crêpes au sarrasin et de la mélasse, comme on mangeait à la ferme. On se levait toujours avant l'aurore. Mes frères devaient aider notre père à traire les vaches et nourrir les animaux avant d'aller à l'école. Pendant ce temps, je faisais un feu dans le poêle à bois pour réchauffer la maison et faire cuire notre déjeuner.

— Mais il fait encore noir, dit Benoît, nous allons arriver avant le temps…

— Tu verras qu'au cours de notre repas, il commencera à faire jour. Nous devons maximiser notre temps avec les Acmaq. Notre quête pourrait prendre longtemps.

Benoît, qui n'a jamais goûté des crêpes au sarrasin, y ajoute un peu plus de mélasse avant d'y goûter.

— C'est bon, ma tante.

— Dans ma jeunesse, nous mangions des crêpes au sarrasin pour le souper aussi. Notre seul dessert de la semaine était du pain et de la mélasse. Mon père ne voulait pas que je fasse de gâteaux ou de biscuits, parce que le sucre coûtait trop cher.

— Vous aviez la vie dure.

— Ce n'est pas le manque d'argent qui nous rendait la vie dure, mais le manque d'affection de notre père depuis la mort de notre chère mère. Puis Édouard, timide et solitaire comme il était, a eu la vie plus difficile que ton grand-père ou moi. Tu ne peux pas savoir à quel point ça me réconforte que les Acmaq étaient les amis d'Édouard.

Madouesse fixe son assiette un moment, puis, la larme à l'oeil, elle regarde Benoît.

— Édouard était tranquille et sensible aux besoins des autres, dit-elle lentement, un peu comme toi.

Ce commentaire plaît à Benoît.

— Ça devait être malaisé pour mon frère de protéger les Acmaq, avec ses longues heures de travail. En ces temps-là, plus de gens travaillaient dans les marais à faire les foins, maintenir les aboiteaux, pêcher le poulamon, puis cueillir la passe-pierre et les tétines de souris.

— Ma tante, les gens qui vivent près de l'aboiteau des Boudreau vont se demander pourquoi nous sommes sur la levée à l'aube…

— J'y ai pensé. On va emporter des cannes à pêche et faire comme si on allait pêcher le poulamon.

Rassasié, Benoît se table de table et amène son assiette pour la laver dans l'évier.

— Je laverai la vaisselle, Benoît. Va chercher les cannes dans la grange et mets-les dans le coffre de l'auto.

Dans la grange, Benoît décroche les cannes à pêche du mur et ramasse une boîte vide en carton.

Les cannes rangées, Benoît emporte la boîte à la maison.

— Ma tante, pensez-vous que les Acmaq aimeraient mieux s'assoir dans cette boîte au lieu des sacs ? Ils seraient plus à l'aise pour ce premier grand voyage en voiture.

— Bonne idée. On pourrait aussi mettre une serviette pour faire un tapis à l'intérieur. Regarde dans le premier tiroir.

Benoît cherche une serviette d'une belle couleur pour le tapis des Acmaq, mais elles sont soit blanches, beiges ou de couleurs très fades.

Ma tante n'aime pas la couleur. Même les murs et les rideaux de sa maison sont blancs ou beiges et sa voiture est blanche.

*

Madouesse stationne sur le bord de la route, près d'une levée à grande courbe. Benoît scrute la digue, mais ne voit aucun aboiteau.

— Où se trouve l'aboiteau des Boudreau ?

— Regarde derrière nous. L'aboiteau est sous le pont, dit Madouesse.

— À marée montante, le clapet de l'aboiteau se ferme, empêchant l'eau salée de pénétrer le marais. À marée descendante, le clapet ouvre et l'eau douce excédante est drainée du marais.

Ils regardent vers la rivière. Au loin, sur l'autre berge, se trouvent deux grandes tours en béton semblables à celles d'un château fort.

— C'est quoi là-bas, ma tante ?

— Ces tours sont d'anciens entrepôts de gypse. Dans ma jeunesse, j'imaginais que c'étaient les tours d'un château de prince charmant qui viendrait me secourir de ma vie misérable, comme dans un conte de fées.

Benoît réfléchit.

— Si nous avons découvert un petit peuple comme dans un conte de fées, il est possible que vous trouviez un prince, ma tante, taquine Benoît.

— On dit que tout est possible, mais à mon âge, je n'ai pas besoin de prince, dit-elle en ricanant.

Avec leurs sacs dans le dos et leurs cannes à pêche sur l'épaule, ils poursuivent le trajet vers des arbres au bout de la levée.

-C'est ici que j'ai vu Dame Nadège pour la première fois. Vois-tu le morceau de bois flotté ? C'est là que j'ai trouvé les sabots.

Un sifflement familier se fait entendre. Une marmotte surgit derrière eux et trottine à leurs côtés jusqu'aux arbres.

Sous la voûte des arbres se trouvent Vital, Gui et une jolie petite femme rondelette aux doux yeux bleus et aux grands cils noirs. Sa chevelure ébène avec une mèche blanche est attachée en chignon.

— Bonjour Madeleine et Benoît ! dit-elle d'une petite voix douce. Je suis Liliane, mais vous pouvez m'appeler Lili.

— Bonjour ! Mme Lili, dit Benoît.

— Lili suffit, cher, susurre-t-elle.

— Enchantée de vous rencontrer Lili, dit Madouesse. C'est un honneur pour nous de vous accompagner. Nous pourrons voyager avec deux d'entre vous par sac.

— Lili, embarquons dans celui de Madeleine, décide Gui. Vital et Sim…

Simon n'est toujours pas transformé de sa forme de marmotte. Gui regarde l'animal.

— C'est point Simon, c'est Geoffroi ! révèle Gui.

Sa ruse découverte, Geoffroi se mue en Acmaq.

— C'est moi qui dois y aller, insiste Geoffroi, car je ne veux point risquer de perdre un autre de mes petits-enfants.

— Geoffroi, arrête de faire ton entêté. Tu sais bien qu'il faut respecter ce que le rêve-doublé nous a dicté. Il nous faut Simon pour cette quête ! Où est-il ?

— Je l'ai enfermé au logis.

— Voyons Geoffroi ! lance Gui.

— Je l'ai fait pour le sauver du danger, marmonne Geoffroi.

— Madeleine, allons chercher Simon à l'aboiteau de la chapelle, dit Gui.

Les Acmaq embarquent dans les sacs. À la voiture, les petits passent des sacs à dos à la boîte apportée par Benoît qui la place sur le plancher arrière. Tous les Acmaq, sauf Geoffroi, semblent à leur aise dans la boîte tapissée.

Au volant, Madouesse pointe son menton en direction d'une colline sur laquelle se trouve une maison isolée et délabrée, à côté d'une grange effondrée. Notre ancienne ferme, dit-elle. Après quelques minutes, elle ralentit sa voiture devant un grand aboiteau qui débouche sur le fossé à côté de la route.

— Cet aboiteau-ci ? demande Madouesse.

— Non, plus loin, dit Geoffroi.

— Avant le décès de Judith, tu étais le premier à dire que nos jeunes hommes devaient prendre plus de risques pour apprendre à mieux se défendre dans le monde des grands, lui reproche Gui. Simon est un homme digne de cette mission.

— Mais, c'est point comme avant, il nous en reste si peu des jeunes et nous venons d'en perdre quatre d'un coup, rétorque Geoffroi.

— C'est beaucoup d'un seul coup, mais ce n'est la première fois que cela nous arrive, murmure Lili. C'est plus malaisé de laisser partir Simon parce qu'il ressemble à Pierrot et à Judith, suggère-t-elle avec affection. N'est-ce pas Geoffroi ?

Lili touche le bras de celui-ci et le visage de Geoffroi s'adoucit un peu.

— Pour le bien de tous nos petits-fils, faut s'émoyer du rêve doublé. Les songes nous ont souvent fourni des connaissances importantes, lui rappelle Gui.

— Et cette fois, nos jeunes voyageront en grande sécurité avec deux protecteurs, renchérit Lili.

— Vous avez raison. Simon doit y aller, avoue enfin Geoffroi. Ses parents et mon épouse l'auraient voulu ainsi.

Rendus à l'aboiteau de la chapelle de Beaumont, Madouesse se gare sur le bord de la route. Geoffroi laisse Benoît le soulever de la boîte pour le déposer sur le siège arrière. Il sort de la voiture sous forme de marmotte et court dans le marais jusqu'à la levée près de la route. Il entre dans un trou près de l'aboiteau.

En quelques minutes, un autre siffleux sort du trou et court jusqu'à la portière ouverte. Sautant à quatre pattes, il se transforme en l'air pour atterrir sur deux pieds chaussés de mocassins.

— Permettez-moi de vous placer dans le salon de… travelage, dit Benoît.

Simon sourit en apercevant les autres assis en tout confort dans la boîte tapissée.

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