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Acmaq.1 La secret de la vieille Madouesse-Diane Carmel Lege… – 読むためのテキスト

Acmaq.1 La secret de la vieille Madouesse-Diane Carmel Leger, Chapitre 12 - La grande quête

フランス語の の読み練習用レッスン

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Chapitre 12 - La grande quête

Chapitre 12

La grande quête

Le lendemain, Benoît est moins dérangé par les insultes des Détraqués, tellement il est préoccupé à savoir comment les petites personnes ont trouvé la mort. Il se demande aussi comment faire pour aider leur parenté éprouvée. Les Détraqués sont tracassés par l'indifférence de Benoît. Ils planifient donc une embuscade, sachant que dans la grande ruée à la sortie de classe du vendredi, la surveillante ne les verra pas faire faire trébucher Benoît.

Les Détraqués exécutent leur plan et la chute de Benoît est spectaculaire. Ses manuels volent de son sac à dos et Benoît tombe à plat ventre sur le gazon. Le visage dans l'herbe, il entend rire les élèves. Ils se taisent lorsqu'une surveillante les réprimande. Elle accourt auprès de Benoît. Embarrassé, il reste allongé par terre jusqu'à ce que la surveillante l'aide à se relever.

— Ça va ? demande-t-elle.

— Oui…

— Dan et Éric seront en retrait aux récréations de la semaine prochaine. Je vais aussi téléphoner à leurs parents.

— Merci, Madame.

Zoé et sa nouvelle amie Alice aident Benoît à ramasser ses livres.

— Merci, leur dit-il, un peu gêné.

— Je suis contente qu'ils soient punis comme il faut, dit Zoé.

-Ouais, puis ils vont être punis à la maison itou, assure Alice. Leurs parents vont être enragés comme des blés d'Inde !

Benoît et Zoé ne peuvent s'empêcher de sourire.

— As-tu dit « enragés comme des blés d'Inde » ? demande Benoît.

— Ouais, une expression de par icitte, dit Alice. Je ne la comprends pas non plus, mais j'aime dire ça pour faire rire.

Benoît se surprend à rire et à marcher avec elles jusqu'aux autobus. Puis il marche hâtivement chez sa tante. Sur sa galerie, Madouesse le guette, puis descend à sa rencontre avec son grand sac à dos.

— Pas de devoirs ni de besognes, Benoît. Faut consacrer le plus de temps possible à aider notre petit peuple. J'ai de l'eau, des collations et des pansements, car nous ne savons pas ce qui nous attend.

— Laissez-moi porter votre sac, ma tante.

Rendus au bosquet de la grande levée, ils pénètrent l'enceinte de peupliers aux feuilles nouvelles. Les arbres ne les dissimulent pas suffisamment. Afin d'être mieux cachés des gens en VTT, Benoît et Madouesse s'assoient sur un vieil arbre tombé où ils sont entourés de buissons déjà touffus. Ils y mangent leur collation en guettant la levée.

Vital arrive, accompagné des jumeaux blonds, Victor et Vincent, puis un nouveau aux cheveux bruns. Vital présente ce dernier, leur frère benjamin, Valentin. Ils sont tous vêtus d'une cape à capuchon, d'une longue chemise et de pantalons jusqu'aux genoux, tout en brun. Ils se placent en rangée à côté de l'entrée du bosquet. Puis, la majestueuse Nadège fait sa grande entrée. Même en robe brun terne, elle est resplendissante.

Le brun doit être la couleur qu'ils portent pour le deuil. Aux funérailles de grand-père Gaudet, tout le monde était habillé en noir. Porter le brun fait du sens pour un enterrement, puisqu'on place les morts dans la terre.

— Merci de nous rejoindre. Désormais, mon fils Valmont, ainsi que mes neveux Tilmon, Sifroi et Urbain vivront toujours dans nos coeurs, dit-elle.

Benoît et Madouesse hochent la tête.

Pendant un moment de silence, les yeux de Nadège et de ses fils s'embuent de larmes.

Benoît ne sait pas quoi dire. Sa tante prend la parole.

— Mes sincères condoléances, dit Madouesse.

Dame Nadège tamponne ses larmes avec un mouchoir minuscule. Ses fils prennent le revers de leurs manches pour en faire autant.

— Nous vous remercions, dit Nadège en reniflant.

— Qu'est-ce qui a causé leur décès ? ose demander Madouesse.

— Nous ne le saurons jamais, répond la dame, d'une voix tremblante.

Benoît et Madouesse se retiennent de poser d'autres questions.

— Depuis l'empremier, nous courons le risque d'être dévorés par les rats musqués, les renards, les hiboux et les faucons des marais. Mais de nos jours, ce sont surtout les machines à quatre roues qui peuvent nous estropier ou nous tuer, sans même que les conducteurs s'en rendent compte.

Les quatre jeunes ont-ils été tués par un VTT ?

La mère angoissée fait une pause avant de continuer.

— Il n'y a point de jeunes femmes ici. Nos regrettés sont partis chercher des épouses, s'il en reste dans les anciens domaines de l'Acadie. Il faut poursuivre leur quête parce que sans épouses pour nos jeunes hommes, nous allons disparaître comme peuple pour toujours.

Ses beaux yeux gris s'embuent de larmes à nouveau.

— Mais nous ne pouvons point risquer de perdre d'autres jeunes hommes.

— Comment pouvons-nous vous aider ? demande Madouesse, doucement.

— Nos jeunes ont besoin de votre protection pour accomplir cette quête. Dame Nadège prend un grand souffle. Auriez-vous la charité de les accompagner sur les grandes routes ?

— Je ferai tout mon possible pour sauver votre peuple, chère dame, dit Madouesse.

— Moi aussi, renchérit Benoît.

Les petits visages attristés sourient un peu.

— Mon peuple n'a jamais travelé en char à moteur. Pour être certaine que ce moyen de transport ne les rende point malades, j'aimerais faire un essai aujourd'hui. Pourriez-vous emmener mes fils dans votre sac de travelage jusqu'à votre char et les conduire au petit aboiteau de l'Anse-des-Cormiers.

— Avec grand plaisir, Dame Nadège, répond Madouesse.

— Vital et moi, nous vous rejoindrons là-bas.

Benoît ouvre le sac à dos. Les petits hommes grimpent à l'intérieur et s'assoient. Avec précaution, Benoît ajuste le sac à son dos, prenant soin de le laisser à moitié ouvert afin que les petits êtres puissent respirer. Ils pèsent moins qu'un sac de pommes. Sourcils froncés, Dame Nadège les regarde partir sur le sentier de la levée, puis elle s'esquive au trou de marmotte avec Vital.

Au cours de cette première mission, la tante et le neveu n'échangent pas un mot. Ils sont à l'écoute des jeunes hommes, au cas où ils seraient malades. Ceux-ci ne font aucun son et aucun mouvement.

J'espère qu'ils ne sont pas morts de peur !

Avant de s'installer dans la voiture, Benoît jette un coup d'oeil à l'intérieur du sac. Trois petits visages se tournent vers lui, les yeux refermés à la lumière soudaine du soleil, puis ils lui sourient. Il fait signe à sa tante que les petits sont bien. Il ouvre la portière et il s'assoit sur le siège, le sac sur les genoux.

Lorsque Madouesse démarre la voiture, un petit cri d'effroi se fait entendre. Benoît ouvre le sac. Valentin est debout, apeuré.

— C'est rien que le son du moteur, Valentin. On sera à l'aboiteau dans quelques minutes.

Le visage blême, Valentin se rassoit. Benoît ne peut plus se retenir de leur poser la question qui le ronge.

— Quel est le nom de votre peuple ?

— On n'a point la permission de vous le dire, répond Vincent.

Benoît regrette de les avoir mis mal à l'aise.

Au marais des Landry, Madouesse stationne sa voiture sur le bord du chemin.

— Mon frère Édouard travaillait à la ferme des Landry, entre autres. Après le décès de notre père, je suis partie enseigner à Fredericton et ton grand-père a poursuivi ses études au Québec. Édouard a toujours voulu rester ici.

— On m'a dit qu'il est décédé avant ma naissance.

— Oui. Sais-tu, tu lui ressembles un peu avec tes doux yeux bruns. Pauvre Édouard, il travaillait dur pour peu d'argent. Il n'a jamais eu une amie de coeur et il vivait seul dans sa petite roulotte.

Doux yeux bruns… Moi ? Un compliment de Madouesse ?

Du sac à dos toujours à moitié ouvert on entend Valentin qui laisse échapper :

— Ma mère aimait Édouard et lui aussi l'aimait !

Vincent donne un coup de coude à Valentin.

— Qu'est-ce que tu dis là ? Mon frère connaissait Dame Nadège ? Et ils s'aimaient ?

— Notre mère vous en parlera en temps et lieu, affirme Victor.

— Mon doux de la vie ! Édouard ne m'a jamais rien dit !

— Lui aussi avait un secret, ma tante.

— Je n'en reviens pas ! Il avait une petite amie et c'était Dame Nadège ! Mon cher frère si doux et si bon avait un secret plus extraordinaire que le mien !

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