L'art de la guerre par Sun Tzu - Histoire de la Chine
Mes Chers Camarades, Bien le bonjour ! Aujourd'hui on va s'intéresser à l'évolution de la guerre
en chine ancienne durant une période que vous êtes nombreux à apprécier : celle des
Royaumes-Combattants, lorsque les réflexions de stratégies militaires commencent à se développer
au sein d'une chine morcelée en plusieurs états indépendants. Et forcément quand on parle Chine,
stratégie et guerre, on pense tout de suite à un très célèbre personnage de l'histoire
chinoise : “Sun Tzu” en bon français, qu'on appelle aussi [SOUEN TZEU],
et son fameux livre le Sun Zi bingfa [SOUEN TZEU BING FA] ou « L'art de la guerre de maître Sun ».
La célébrité actuelle de ce texte n'est plus à prouver. Il est utilisé à toutes les sauces:
qu'il s'agisse des livres de géopolitique, de films, blogs,
ou de discours politiques. Ce texte est aussi devenu, depuis plusieurs années déjà, un fonds
de commerce particulièrement lucratif pour les dirigeants d'entreprises. Sun Zi,
c'est un peu comme le bon copain sage qui t'apporte des réponses à toutes les situations
de la vie quotidienne. Et il fait bien sûr partie du top des citations sur le net avec
par exemple la célèbre phrase : « Connais ton ennemi et connais-toi toi-même ».
Le plus souvent cependant, les textes de Sun Zi sont décontextualisé,
idéalisé et réemployé pour d'autres fins, on va donc profiter de cette
vidéo pour revenir aux fondamentaux en remontant aux sources du texte,
du personnage et on va suivre l'histoire de sa transmission jusqu'à nos jours !
Allez, on plonge autour de l'an 300 avant notre ère,
et même quelques siècles avant, dans le cœur des grandes batailles chinoises,
quand tous les coups étaient permis pour avoir la victoire. ça va être fun !
On ne le dira jamais assez : 221 avant notre ère est une date primordiale de l'histoire de
la Chine. Après des siècles de guerres entre états rivaux, on retrouve enfin une harmonie sur terre,
avec au centre du monde, le Premier Empereur, fils du ciel, doté d'une administration
capable de gérer l'immense territoire occupé par des milliers de personnes.
En fait, cette unification fait écho à la paix qui existait durant l'hégémonie de la dynastie
des Zhou Occidentaux et le début des Zhou Orientaux, entre 1100 et 700 avant notre
ère environ. Une période considérée comme bénie pour les historiographes chinois, très loin de
la période des guerres constantes, comme cela sera le cas dès le Vème siècle avant notre ère.
Les batailles rangées sont avant tout des guerres aristocratiques et ultra ritualisées. Les armées
étaient privées, au même titre que les armées féodales levées durant l'Europe du Moyen-age. A la
demande du Souverain, les nobles, issus de lignées lointaines, recrutaient des fantassins armés,
essentiellement des paysans considérés comme moins importants que le bétail.
Le résultat : des armée pouvant osciller entre vingt et mille hommes, la plupart
du temps désorganisées. Pas franchement ouf quoi. Mais ce n'est pas très grave,
dans la mesure où la victoire se règle surtout dans le combat rituel entre nobles de hauts rangs.
C'est pour eux le meilleur moyen d'accroître le renom de leurs clans, d'obtenir des titres
et des privilèges. A condition de bien faire la guerre, en faisant preuve de bravoure, de courage,
de grandeur d'âme, de ne pas s'abaisser à la duperie, et à observer un respect strict de
l'étiquette. Ce qui bien entendu, passe par des duels entre guerriers nobles,
un peu comme dans l'Illiade et qui donne des situations assez...étonnantes on va dire…
Le char par exemple fait son introduction comme élément de combat autour du 10 et 9ème siècle
avant notre ère. Sur le champ de bataille, c'est évidemment un signe social distinctif.
Lorsque deux chars se croisent sur un champ de bataille et que l'un des guerriers décoche une
flèche en premier, il doit attendre que l'autre fasse de même avant d'enchainer,
même s'il crève ! En gros, on se trucide, mais avec politesse.
Nous sommes donc aux antipodes de la période où Sun Zi rédige son texte,
dans un univers à la logique hasardeuse où se sont les exploits qui comptent plus que
le nombre de combattants. Comme le dit si bien Jean Levi, expert de ces sujets,
c'est une période qui tente l'impossible synthèse entre efficacité pratique (gagner
en massacrant) et ritualité (gagner avec panache).
Cela va bien sûr changer, quand la maison royale des Zhou [TZHOU] va
petit à petit, puis de plus en plus rapidement, perdre en autorité.
Autour de 700 avant notre ère, la succession de mauvais choix politiques va mettre en péril
l'autorité suprême de la maison des Zhou. Le centre royal se réduit et de nouvelles
principautés dirigées par des hégémons, des chefs de clans, commencent à prendre leur essor. Ce sont
ces puissances qui vont prendre de plus en plus de pouvoir, tentant par différentes stratégies
politiques d'étendre leurs territoires. On entre ainsi dans une toute autre période,
et cela va s'observer surtout avec les changements dans la constitution d'armées.
Au fur et à mesure que nous arrivons à la fin du 5ème siècle avant notre ère,
les affrontements se multiplient entre les principautés, avec dissensions internes et
conquêtes de territoires. De nombreux nouveaux clans surgissent des ombres,
et à la tête des armées des Qin [TCHIN], Jin [TSIN], Chu [TCHU], et Wu [WOU]…
Et dans ces clans émergent de grands officiers de carrières qui acquièrent un poids considérable,
remplaçant finalement le rôle des nobles de jadis.
Ces grands généraux doivent assurer une logistique précise des armées qui s'agrandissent. Celles-ci
sont d'ailleurs composées de troupes légères et lourdes, très disciplinées,
organisées en sections, et bien entrainées. Les soldats sont âgés de 16 à 60 ans. Il y a
également des corps d'élites capables, dit-on, de faire des marches de 300 li sans se reposer.
300 Li ça vous dit peut-être rien mais c'est la distance entre Paris et Blois.
Imaginez l'état des pieds en arrivant. Ces armées se déplacent au grès des
saisons pour faire campagne, sont cuirassées, équipées en armes, et nourries. A ce stade,
le nombre de fantassins (atteignant bien souvent plusieurs dizaines,
voire centaines de milliers de soldats en fonction des périodes) devient un élément
déterminant pour la victoire. Il en va de même pour les innovations technologiques.
Car il ne faut pas oublier que nous sommes à une époque très florissante de l'économie
et du commerce. Suivant un code pénal très sévère destiné à contrôler la population (et
surtout les paysans, soit 90%), les Etats commercent entre eux, s'échangent soieries,
sel, poisson séché, fer, bronze et autres biens. Les restaurants,
salles de musiques et maisons closes animent les grandes capitales des Etats. Et on parie sur des
matchs de cuju [TSU TJU], une forme de football à la chinoise, pour entraîner les militaires!
Autour des années 600-400 avant notre ère., on voit ainsi apparaître plusieurs mutations
dans les équipements militaires, avec une véritable industrie dédiée à guerre. La
fonte du fer fait son apparition progressive, remplaçant les lourdes armes en bronze. Les
arbalètes à répétitions se développent, tandis qu'on commence à délaisser le
char de combat par des armées de mieux en mieux organisées. De même, la cavalerie,
une coutume influencée par les peuples de la steppe, est pour certaines principautés
du nord une efficace et redoutable puissance de frappe. Les soldats apprennent l'art subtil
de tirer des flèches au galop tout en portant le pantalon (une influence d'Asie centrale).
Enfin, les textes anciens font références à un arsenal impressionnant d'armes de sièges et de
jets très sophistiquées. Dans un traité de stratégie du IVème avant notre ère,
on trouve une liste complète de tout ce qu'il faudrait pour avoir la victoire à
coup sûr parmi lesquels, montées sur roue, 36 machines d'assaut blindées,
36 balistes géantes à triples répétitions montées sur support tracté, 140 engins d'assaut de support
des ailes équipés de batteries d'arbalètes. On compte encore 1200 marteaux de fer, 120 rouleaux
compresseurs avec piquiers et hallebardiers. Et pour la défense de forteresses et de villes,
on place des clous creusés en avant, on dissimule des piques courtes rectangulaires…
Bref, imaginez le carnage ! Alors autant vous dire que les anciens codes « chevaleresques » avec deux
nobles qui s'affrontent avec respect, c'est de l'Histoire ancienne ! Les hauts responsables
doivent éviter de s'engager dans la bataille, car il n'y a pas de gloire
à mourir au combat. D'ailleurs un certain général Wu Ji [WOU DJI] aperçoit un jour
un de ces officiers s'exposant sur le champ de bataille pour trancher quelques têtes. Résultat,
le général ordonne la décapitation de son officier pour lui avoir désobéi. ça rigole pas. Désormais,
l'objectif est d'éviter à tout prix la bataille en détruisant, par la ruse,
et par les capacités de surpasser technologiquement son adversaire.
On inonde donc des villes en détournant des fleuves, on brûle et on pille des territoires,
on massacre sans hésitation des villes entières sans distinctions. Bref, en déshumanisant les
combats, la violence est omniprésente à chaque occasion de conflits entre deux principautés.
C'est dans ce contexte, où les décès se comptent par milliers, que des penseurs tels Confucius,
font leurs chemins jusqu'à l'oreille de tel ou tel roi dénonçant violemment le caractère
futile des guerres. Ainsi, le philosophe Mo Zu [MUO ZOU] (479-381 av. J.-C.), affirme ceci :
« Si un homme tue un innocent, lui dérobe ses vêtements, ainsi que sa lance et son épée,
il commet un crime plus grave qu'en s'introduisant dans une étable pour y
voler un bœuf. […] N'importe quel homme sensé sait que c'est mal et que c'est inique. Mais,
lorsqu'il s'agit du meurtre commis en attaquant un pays, on n'y voit aucun mal ; on applaudit et on
parle de justice. Peut-on dire que cela s'appelle savoir ce qui est bien et ce qui est mal ? »
D'autres intellectuels se manifestent avec notamment le développement d'une
autre forme de littérature : les traités de stratégies militaires ou l'art subtil
de remporter la victoire avec un minimum de sang. Ils sont nombreux,
citons ainsi « Le traité militaire de maître Wou [WOU]», « Les trois ordres stratégiques de Maître
Pierre Jaune », et bien sûr le très célèbre « L'art de la guerre de Maître Sun » [SOUEN].
Et du coup on va pouvoir s'y intéresser pleinement dés maintenant à ce fameux “art de la guerre” !
Mais avant toute chose, question qu'on doit se poser : est ce que Sun Zi est
un personnage fictif ? Et bien... il y a pas de vrai consensus sur le fait qu'il ait bien
existé. Et on va clairement pas apporter la réponse définitive dans cet épisode ou
révolutionner l'approche du personnage. Mais on va quand même aborder un ou deux points !
D'abord à cette époque on ne signait par les livres (cette pratique est venue plus tard),
ce qui évidemment n'aide pas ! Ensuite la plus ancienne biographie consacrée
à Sun Wu [SOUEN WOU], Sun Zi [SOUEN TZEU] est en vérité son nom honorifique,
est celle contenue dans le monumental « Mémoires historiques », une première somme systématique de
l'histoire de la Chine. Rédigé par Sima Tan [SIMA TANNE] et Sima Qian [SIMA TCHIANNE],
vers l'an 100 avant notre ère, à la cours de la dynastie impériale des Han [RANNE] Occidentaux,
la biographie indique qu'il aurait vécu autour de 512 avant notre ère à l'époque des « Printemps
et Automnes ». Originaire de l'Etat de Qi [TCHI] Sun Zi aurait été alors introduit
à l'Etat de Wu [WOU] auprès du roi Ho Lu [RHO LOU] grâce à ses écrits. Il aurait servi comme
général en chef de ses armées, ayant amené la victoire face au puissant Zhou [TCHOU].
Il est ainsi fait mention d'un échange avec ce roi qui veut voir de ses yeux l'efficacité des
méthodes du stratège. Il lui demande alors si des femmes peuvent devenir une armée. Sun Zi
lui demande de convier les maîtresses du roi, qui étaient fort nombreuses,
leurs demandant de suivre ses instructions. Seulement voilà, les deux favorites du roi,
placées à la tête de l'armée, n'écoutent pas les ordres car elles pensent que c'est un
jeu. Erreur fatale : elles se font décapitées pour leur manque d'implication dans l'affaire.
Inutile de vous dire qu'après ça, tout le monde flippe et se met en rang ! Alors
c'est bien beau cette histoire mais il y a un truc qui ne colle pas. Premier problème,
l'époque ne correspond pas du tout à ce qui est décrit en termes de structure de combats rangés !
D'abord, il aurait été alors impensable à cette époque qu'un général prenne la
place d'un souverain pour diriger une armée. Ensuite, les armées dont parle le soi-disant
Sun Zi sont composées d'opérations tactiques capables de manœuvrer de façon indépendante et
coordonnée les armées, ainsi que d'exécuter sur le champ les ordres transmis par des sonneries,
des gongs, des tambours, des pavillons et des bannières. Ce qui correspond correspond à une
structure décrite durant les Royaumes Combattants qui débute vers 450 avant
notre ère avec l'intensification des combats entre royaumes.
Et autant dire qu'avant cette période les troupes de paysans engagées sont incapables de telles
manœuvres, mis à part l'appel pour la soupe. Et c'est pourquoi de nombreuses critiques vis-à-vis
de l'authenticité de ce personnage commencent à apparaître au temps de la dynastie des Song,
au 11ème siècle. Et vu que le personnage n'est cité nulle part dans les annales de
l'époque en question, certains disent qu'il n'aurait tout simplement jamais existé.
Il faut bien comprendre que pour l'histoire de la chine ancienne, nous reposons sur deux types de
textes : ceux conservés dans les bibliothèques impériales qui sont copiés et transmis de
dynasties en dynasties, et les textes découverts dans des tombes. Parce que oui c'était courant
de s'enterrer avec des textes de philosophie, de stratégie et même de lois ! Et ces textes n'ont
jamais été remaniés ou révisés pour se conformer au désir de tel ou tel dirigeant. C'est la mise
en parallèle de ces deux sources qui permet de se faire une idée de ce qui s'est réellement passé.
Ainsi, en 1972 on découvre dans une tombe du début du second siècle avant notre ère
un exemplaire de l'Art de la Guerre. Le tombe révèle le nom d'un espion décédé en 312 av.
notre ère et là, ça colle parfaitement à l'époque ce qui est écrit dans le livre.
Comme le souligne à nouveau l'orientaliste Jean Levi,
il est fort à parier que le texte dans la version que nous avons est le bilan de
réflexions stratégiques qui sont transmises oralement avant d'être mises à l'écrit dans
un manuel cohérent et rédigé pour être présenté aux rois des différents états.
Finalement, le peu de savoir sur ce personnage nous oblige à le classer dans la catégorie
des « auteurs incertains ». Mais il y a une chose qui est sûre, la structure très cohérente
du texte laisse à penser qu'il aurait bien été composé par un même individu, quel qu'il soit.
Bon, après tout ça, comment on doit faire la guerre d'après Sun Zi ? Alors autant dire qu'il
y aurait matière à alimenter plusieurs vidéos, donc ici on va se concentrer sur l'essentiel.
Sun Zi part d'une évidence : « La guerre est la grande affaire des nations ; elle est le lieu où
se décident la vie et la mort ; elle est la voie de la survie ou de la disparition. » Pour gagner,
il faut savoir manier l'art subtil d'inquiéter l'adversaire afin de le
conduire à capituler sans verser une seule goutte de sang. Rien ne résume
ainsi mieux le traité que par cet extrait : « Capable, passez pour incapable. Prêt au combat,
ne le laissez pas voir. Proche semblez donc loin, loin semblez donc proche. Avide d'un avantage,
défendez-vous. S'il est fort, évitez-le. Coléreux, provoquez-le. Méprisant,
excitez sa morgue. Dispos, fatiguez-le. Uni, semez la discorde. Attaquez là où il ne vous
attend pas. Surgissez toujours à l'improviste ». En gros, il faut toujours perturber l'adversaire
et avoir un bon doliprane quand on fait chauffer les neurones !
Le traité est ainsi divisé en treize chapitres, chacun explorant des thématiques différentes.
Le texte s'ouvre avec les « Supputations », où l'on trouvera un condensé de la réflexion
générale de Maître Sun. Il explique alors que la guerre est associé à cinq facteurs :
1- La vertu, pour suivre le chef jusqu'à la mort sans crainte du danger ;
2 - Le climat, pour ne pas se battre sous la neige ;
3 – La topographie, pour connaitre les distances et la nature du terrain ;
4 – Le commandement qui doit être impartial, perspicace, humain, résolu et sévère ;
5 – L'organisation générale avec un respect de la discipline, de la hiérarchie et de la logistique.
En règles générales, Sun Zi préconise toujours la victoire immédiate plutôt que la guerre d'usure
qui laisse souvent des traces après le conflit. Et pour cela il faut bien se préparer. Dans « les
opérations », correspondant au chapitre 2, il est ainsi rappelé l'importance de disposer de
« […] mille quadriges rapides, mille fourgons à caisse de cuir, cent mille soldats cuirassés,
et des vivres en suffisance pour nourrir une armée évoquant à milles lieues de sa base ».
Donc, là c'est clair, pas de places pour les faibles, seuls les Etats riches sont victorieux,
ce qui n'a pourtant pas toujours été une constante dans l'histoire. A ceci près
que l'auteur met le doigt sur la bienveillance dans le traitement des prisonniers de guerres,
dans le respect des vaincus. Pour lui, c'est très important pour assurer la stabilité
après le conflit, car on ne gagne pas sur un terrain rempli de cadavres. Autrement dit,
il faut « soumettre l'ennemi sans ensanglanter la lame ».
Dans ce but, il y a évidemment une stratégie plutôt bien huilée. Il convient de commencer
par attaquer les plans de l'ennemi d'où le fameux “connais ton ennemi pour ne jamais
être surpris”. Ensuite, on peut attaquer ses alliances puis ses troupes et enfin,
et en dernier recours seulement, ses villes.
Chaque armée doit être mobile, prête à se déplacer rapidement, à surprendre l'adversaire
tel un joueur d'échec. C'est là où rentre en scène l'expérience d'un chef de guerre
aguerri. Un vieil adage cité dans le chapitre 12 (l'avant dernier) veut que « Le souverain avisé
projette la victoire, le bon général l'exploite ». Le commandant est capable d'user de la ruse,
d'espions et du mensonge pour la victoire, tout en incendiant des terres entières quand nécessaire.
Comme personne d'autre il se doit de flairer le danger,
de savoir organiser ses plans de bataille et plus encore, il doit toucher le cœur des hommes.
Voilà donc ce que nous dit Sun Zi dans le chapitre 10 : « Pour peu
que leur chef les aime comme un nouveau-né et les chérisse comme un fils bien -aimé,
les soldats seront prêts à le suivre en enfer et à lui sacrifier la vie ».
Tout ceci nécessite évidemment une incroyable capacité de calcul, et d'adaptation. L'état
victorieux gagne par la capacité à ordonner ses plans d'attaques, à gérer l'après-conflit,
et plus essentiel encore à contrôler par la loi son peuple. Tels sont les préceptes principaux
de ce traité finalement assez court, proche de la morale confucéenne dans son éthique,
qui apporte comme bien d'autres textes similaires,
des conseils avisés propres à une époque où l'on veut réformer les techniques de batailles.
Alors si c'est surtout du bon sens qu'on retrouve ailleurs,
pourquoi Sun Zi est-il si célèbre de nos jours ? Le traité de Sun Zi est déjà connu au temps de
l'accélération du processus d'unification des Qin [TCHIN]. Han Feizi [RAN FEI TZEU], alias
le prince lettré, qui vit au 3eme siècle avant notre ère est un habile
penseur politique qui à l'écoute de Ying Zheng [YING ZHENG], futur Premier Empereur de Chine;
Il dresse un éloge complet de l'Art de la Guerre en proclamant que tout souverain
devrait en posséder une copie. C'est sans doute pourquoi le livre échappe à
l'autodafé impérial de 213 avant notre ère., et qu'il survit aux périodes plus récentes.
L'audotafé de 213, c'est un épisode de l'Histoire chinoise où en gros l'empereur
crame tous les bouquins qui ne vont pas dans son sens et enterre même vivant
des hommes de lettres qui là encore colle pas trop à sa vision des choses. Sympa !
En 80 avant notre ère, on fait usage du livre de l'Art de la Guerre dans un débat destiné à
réformer l'administration de l'empire. Vers 500, deux éditions au moins circulent. On
le retrouve ensuite dans des encyclopédies et dans des anthologies. Vers 1070 très exactement,
le traité figure dans la liste des Sept « Classiques militaires » que les élèves
passant les concours d'examens impériaux doivent impérativement connaître par cœur.
A partir des Ming au 14ème siècle, puis des Qing au 17ème siècle, il n'est fait mention
d'aucune nouvelle édition. En revanche, le traité commence à faire son petit chemin en dehors de
l'Empire du Milieu. A
partir de 1582, suite aux grands navigateurs portugais et espagnols
ayant précisés les axes maritimes vers l'Asie, les premiers prêtres
de la Compagnie de Jésus se rendent en chine, souvent à leurs risques et périls.
Le Père français Joseph-Marie Amiot est l'un de ceux-là. Cet astronome, originaire de Toulon,
demeure à Pékin entre 1751 et 1793. Sa tombe se trouve aujourd'hui même au cœur
de la ville ! Grand lettré et connaisseur du chinois et du mandchou, il s'intéresse
au traité de Sun Zi qu'il est le premier à traduire en Français en 1772. La traduction
arrive alors en France et fait son chemin dans les cercles de penseurs de la fin des lumières.
Y'a même des gens qui disent que Bonaparte en avait eu connaissance et s'en serait
servi même pour échafauder ses plans de bataille. Mais là on est dans le domaine du mythe !
Ce qui est sûr en revanche, c'est l'impact du texte chez Mao Zedong qui en a fait son livre
de chevet et une source d'inspiration primordiale pour ces nombreux essais comme Guerre de guérilla.
Les généraux de l'armée rouge s'inspirent des tactiques de batailles qui y sont exposées. Et
cela a un certain succès puisqu'ils s'assurent plusieurs victoires entre 1930 et 1934 face aux
armées de Tchang Kai Chek. Mao disait d'ailleurs : « Nous devons étudier avec soin les leçons qui
ont été apprises lors des guerres passées au prix du sang et qui nous ont été léguées… ».
Etonnant de voir comment un texte si ancien peut se transmettre comme ça jusqu'à nos jours hein
C'est tout pour aujourd'hui. Je vous rassure, nulles besoins de stratégies pour liker. Juste un
pouce bleu suffit ! Merci à Arnaud Bertrand pour la préparation de cette émission, merci à Tianci
Media, notre partenaire qui nous permet notamment de choper des images directement en Chine pour
illustrer les épisodes de cette série. On se retrouve bientôt pour un nouvel épisode. Salut !